Les textes présentés sur ce site ne sont pas des reproductions de larges extraits de livres : j’ai sélectionné les phrases les plus opératives pour moi et construis des textes, forcément hybrides, pas des résumés ou des synthèses. S'ils font parfois quelques pages, les citations utilisées pour les constituer sont brèves, elles n’excèdent pas quelques lignes. La référence du livre est mentionnée au bas de chaque texte. "Dans un contexte thérapeutique, que celui-ci soit d’inspiration analytique, de Gestalt-thérapie, de thérapie reichienne ou autre, il y a toujours inévitablement une part d’hypnose informelle. En cherchant des “causes” et en essayant de comprendre des “mécanismes psychiques”, on a de toute évidence considérablement sous-estimé l’importance du rôle de l’imagination créatrice en thérapie (et dans la vie en général). En un sens, la thérapie n’est rien d’autre que la restitution à l’imagination du pouvoir de modifier partiellement l’imaginaire rigidifié, réifié, que nous tenons pour réel. Il est essentiel que le thérapeute ne se laisse pas hypnotiser par la manière dont le patient pose le problème, c’est-à-dire par la manière dont le patient s’(auto-)hypnotise lui-même et essaie d’hypnotiser les autres en même temps. Faute de quoi il participerait involontairement à cette auto-hypnose négative, limitante, fermée, la renforcerait, et perdrait une bonne partie de sa liberté d’action thérapeutique. On pourrait dire que le patient a des difficultés, mais qu’il s’agit de réaliser avec lui une construction thérapeutique du problème. Ces considérations permettent aussi d’envisager le travail d’hypnothérapie comme une déshypnotisation ou une contre-hypnose, une hypnose qui aide à modifier l’hypnose (négative) spontanée du patient. Dans cette perspective, le thérapeute n’est plus tellement à la recherche de “causes”. Son rôle sera davantage d’amplifier ou de diminuer certains écarts, certaines déviations, émergeant dans les boucles de rétroaction." Thierry MELCHIOR, Créer le réel, Hypnose et thérapie, Seuil, 1998 Pendant la séance "le thérapeute rejoint le patient là où il est. Il s'est tout simplement placé lui-même en état de veille paradoxale et généralisée. L'induction a déjà eu lieu pour lui, et c'est parce qu'il a précédé son patient sur ce terrain qu'il va pouvoir l'y entraîner. Si la veille généralisée est seule à l’œuvre, la vie quotidienne et les rapports sociaux sont rendus difficiles ou impossibles : la menace est celle de la psychose. Si la veille restreinte domine, alors s'installent l'étroitesse et la rigidification de la névrose. Nous n'avons pas à choisir entre ces deux manières d'être au monde : nous avons sans cesse à les partager toutes les deux. La veille généralisée ne doit plus bousculer, ni ridiculiser la veille restreinte, elle doit se mettre à son service. Seule l'imagination peut nous permettre d'établir un pont entre l'une et l'autre. L'imagination fait éclater le système perceptif jusqu'alors en place. L'imagination en état de transe peut modifier le programme ressassé depuis l'enfance. Sans l'imagination, la réalité n'ose pas se déployer à nos esprits affolés dès qu'ils ont à tenir ensembles plus de trois ou quatre paramètres. La veille généralisée s'ouvre sur le champ qui lui est propre, celui de la possibilité. Elle ouvre sur la possibilité des apprentissages. Le thérapeute ne doit suggérer que ce qui est possible aujourd'hui. Il lui faut entendre la demande qui lui est faite et procéder par étape. Le patient ne veut pas être anticipé trop loin, parce que l'écart entre ce qu'il éprouve et ce qui se profile le déstabilise au lieu de le conforter. A l'inverse, la limitation des attentes du thérapeute se répercute sur le déploiement des possibilités." François ROUSTANG, Qu’est-ce que l’hypnose ?, Les Editions de Minuit, 1994 "Le "refus de s'ennuyer", et plus précisément le refus de se soumettre à des procédures dont il savait que l'intérêt majeur était "d'avoir l'air sérieux", a mené Léon Chertok à la démarche la plus risquée : renouer avec la vieille tradition des magnétiseurs." Il va alors "consacrer tous ses efforts à dénoncer l'imposture que constitue à ses yeux la thèse officielle : la psychanalyse aurait fait "rupture" par rapport à l'hypnose." (Préface de Didier Gille et Isabelle Stengers) Que se passe-t-il dans l'hypnose (et dans la transe légère d'une séance de psychothérapie) ? "Sur la base d'une rupture préalable des relations du sujet avec l'environnement, il se produit une régression, qui se traduit par une production massive d'affect, une "circulation affective" intense entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé. Quelle que soit la technique utilisée, dans toute rencontre thérapeutique il y a cette part inconnue, ce "lien libidinal" primaire. On peut se demander si la réactivation de ce lien n'est pas l'un des facteurs essentiels de l'efficacité thérapeutique. En permettant au sujet de vivre l'expérience d'une relation fusionnelle, de symbiose affective, l'hypnose opère une sorte de "réunification corporelle"." La déprivation sensorielle - le fait d'être allongé, les yeux fermés, pendant la séance - " a pour effet d'opérer une sorte d'ouverture affective, l'émergence d'un potentiel relationnel qui se déclenche en l'absence de tout support réel. On peut dire qu'il s'agit là d'une réaction adaptative, d'un mécanisme de protection qui se met en route face au stress que constitue la privation de tout lien relationnel. Freud a fini par accorder une réalité à la télépathie, dans laquelle il voit la survivance d'une forme de communication archaïque qui se maintiendrait dans la petite enfance. Elle renvoie à un mode de communication pré-langagier dans lequel les sujets ne se distinguent plus l'un de l'autre, mais se trouvent pris dans une relation fusionnelle archaïque, dont rien ne garantit qu'elle soit analysable. La similitude entre la position du devin et celle du psychanalyste est évidente : même si celui-ci se base sur le matériel associatif apporté par le patient, l'interprétation suppose une réceptivité particulière." Léon CHERTOK, Le non-savoir des psy, Ed. Les empêcheurs de penser en rond, 1998 "La pensée de voyance ressemble à une pré-pensée polysensorielle ou à une pensée par idéogrammes, activité non structurée par le langage. C'est la substance signifiante de l'information qui est perçue. A la naissance, la séparation des corps de la mère et de l'enfant n'entraine pas une séparation sur un plan psychique. Le psychisme de l'enfant est dans un premier temps celui de la mère, du moins ses scopèmes [images et émotions]. Cette "activité" de voyance passive du bébé prend moins d'importance avec son "sentiment d'identité" naissant. Elle devient secondaire avec le processus d'individuation. Le bébé développe un "appareil à penser les pensées" sous l'impact des pensées (scopèmes) de la mère. Il développe une capacité de penser qui lui permet de gérer les fragments de pensées qui viennent d'autrui. A partir du moment où l'enfant peut se représenter lui-même les dangers, il n'a plus besoin de la "prothèse" de la pensée maternelle. En devenant adulte l'homme sacrifie l'enfance et la compréhension de son entourage sans aide du langage. Cette fonction ne disparait pas lorsque la capacité langagière est acquise, mais elle deviendrait moins utile et resterait en principe inconsciente. L'être humain a besoin de sentir qu'il est maître de ses pensées et qu'il peut avoir des secrets. Sinon il risque le syndrome de la transparence : le sentiment de persécution et le de manque de contenant. Le vécu précoce de séparations douloureuses avec la mère est fréquent chez les voyants (maladies, abandons, hospitalisations,...). Il s'effectue alors une sorte de régression de l'enfant à une phase qui était caractérisée par une relation fusionnelle. Certains conservent de cette régression la possibilité de nouer des relations fusionnelles trés facilement avec n'importe qui. Elisabeth LABORDE-NOTTALE, La voyance et l'inconscient, Ed. du Seuil, 1990 Il se noue une extrême complexité "entre la réception d’un message télépathique et sa verbalisation. Lente remontée des profondeurs de l’inconscient durant laquelle le message se déguise et se travestit presque complètement... tout comme dans un rêve... Si une personne A envoie mentalement à une personne B [un message, celle-ci] verbalisera la plupart du temps un message présentant des liens évidents avec le scénario original, mais qui devra être décodé en fonction des déformations qu’il aura subies, déformations en tous points semblable à celles qu’accomplit le travail psychique et notamment celui du rêve : déplacement, condensation, inversion en son contraire, métaphorisation, etc. La démonstration de l’existence du paramormal n’est [donc] ni plus ni moins possible que celle du fantasme ou même de la pensée. Lors de décompensations psychotiques, les limites du moi éclatent, le psychotique ne peut plus se prémunir contre ce matériel hétéropsychique qui, de la psyché de l’autre fera directement irruption en lui (l’inverse étant bien entendu aussi vrai). Cette décompensation serait dans cette perspective, un défaut, un échec du processus de répression organique, mis en place pour substituer au système archaïque de communication, un système de valeurs et de codes socialement admis.” Djohar SI AHMED, Parapsychologie et psychanalyse, Ed. Dunod, 1990 "Le sage n'est pas celui qui est riche d'expériences. Le sage est celui qui jette une lumière dans l'obscurité, qui défait les noeuds, qui manifeste l'inconnu, qui précise l'incertain. Apollon symbolise ce coup d'oeil pénétrant, son culte est une célébration de la sagesse. La connaissance fut, pour les Grecs, la plus grande valeur de la vie. D'autres peuples ont connu et exalté la divination, mais aucun ne l'éleva au rang de symbole décisif, par lequel, au plus haut degré, la puissance s'exprime en connaissance, comme ce fut le cas précisément chez les Grecs. L'extase mystérique, en tant qu'elle est atteinte à travers un abandon total des conditions individuelles et qu'il est possible de dire qu'en elle le sujet qui connaît ne se distingue plus de l'objet de sa connaissance, doit être considérée comme le présupposé de la connaissance et non comme la connaissance elle-même. Par contre la connaissance et la sagesse se manifestent à travers la parole. Les études plus récentes sur la religion grecque ont mis en évidence une origine asiatique et nordique du culte d'Apollon. Dans les plaines du Nord et de l'Asie centrale, une tenace persistance du chamanisme a été attestée, ainsi qu'une particulière technique d'extase. Si une recherche des origines de la sagesse dans la Grèce archaïque nous pousse dans la direction de l'oracle delphique, de la signification complexe du dieu Apollon, la "mania" se présente à nous comme encore plus primordiale, comme fond du phénomène de la divination. La folie est la matrice de la sagesse." Giorgio COLLI, La naissance de la philosophie, Ed. de l'éclat, 2004 |