Bienvenue‎ > ‎

Culture

Algérie-France :  l’action culturelle au centre d’une réunion de coordination

Le renforcement de l’action culturelle au profit de la communauté algérienne en France a été l’un des principaux thèmes abordés mercredi à Paris, au cours d’une réunion de coordination qui a regroupé l’ambassadeur d’Algérie en France, Missoum Sbih, les consuls généraux, les consuls et le directeur du Centre culturel algérien de Paris, l’écrivain Mohamed Moulesshoul.


« Il existe une attente pressante sur le plan de la culture auprès de notre communauté nationale. De nombreux concitoyens m’ont interpellé pour demander le prolongement des activités du Centre culturel algérien (CCA) de Paris au niveau de nos circonscriptions consulaires », a indiqué, dans une déclaration à la presse, l’ambassadeur d’Algérie en France.


Le taux de lecture est de 6,8%

Les Algériens ne lisent pas

C'est ce que révèle une enquête réalisée par le Centre International de conseil et d'études économiques...

La lecture n’est pas le passe-temps favori des Algériens. Selon une enquête réalisée par le Centre International de conseil et d'études économiques, Dans une société de 35 millions d'habitants, le taux de lecture est très faible avec 6,8%.

Selon le directeur du Centre International de conseil et d'études économiques, Abdellah Badida, 56.86 de la population ne lit aucun livre dans l’année, ce qui représente 20 millions de personnes qui ne lisent pas, c'est la moitié de la société.

Les résultats de cette enquête exposés lors d'un séminaire académique à Alger montrent qu'il y a un vrai décalage entre l'algérien et la lecture. Les personnes interrogées dans les dix wilayas concernées par l'enquête affirment ne pas lire un livre par an.

L'enquête révèle que 16 % des algériens préfèrent les livres religieux qui occupe la première place, suivent les livres de l'informatique et l'économie avec 9% et les livres de droit avec 8%.

La majorité des Algériens (51%) choisissent les livres pour la langue arabe, la langue française est déterminante dans le choix de 32,5% des lecteurs et seuls 3.5 d'entre eux choisissent les livres en anglais.

Seules 14.2 % des personnes interrogées sont abonnées aux journaux et magazines (locaux et étrangers). 45,1% des Algériens lisent quotidiennement les jouranux «pour se détendre» alors que 9,1% d'entre eux privilégient une lecture très rapide des quotidiens révèle cette enquête sur les habitudes de lecture des Algériens.

Les spécialistes attribuent cette baisse de la lecture chez les Algériens aux facteurs historiques, sociaux et culturels, tout en jetant la responsabilité sur le public, les médias locaux et les éditeurs.

Le taux de lecture est faible, en raison de l'émergence de nombreux médias et nouvelels technologie qui concurrencent le livre, en particulier l'Internet, sans parler de la faiblesse du pouvoir d'achat des citoyens, et l'absence de l'édition et de distribution.



Fellag. Le taxi et les mécaniciens

« Je suis ADN, Algérien démocratique et national »

Par R.Y

Cible d’une campagne hostile, l’humoriste algérien répond aux détracteurs de son spectacle et de sa personne.


- Franchement, quelle idée d’intituler votre spectacle « Tous les Algériens sont des mécaniciens ! ». Il y a des gens qui n’ont pas hésité à écrire au directeur du Théâtre du Rond-Point pour lui demander d’enlever ce titre de l’affiche.

- (Rires) Ces gens-là n’aiment ni les mécaniciens, ni les Algériens ! Ou alors ils ne sont ni mécaniciens ni Algériens. Ou vice-versa. Même s’ils sont chauffeurs de taxi.

- Il parait que vous n’aimez pas l’Algérie...

- C’est absurde ! J’aime l’Algérie, les Algériens et les mécaniciens. Je suis algérien jusqu’à l’obsession et amazigh jusqu’à l’entêtement. Pour être encore plus sincère, j’aime aussi les taxieurs arabes et amazighs. A part quelques exceptions, mes compatriotes de tous métiers sont absolument formidables.

- Pourquoi les chauffeurs de taxi ? Eux aussi ont recours aux mécaniciens, non ?

- Il faut croire que certains d’entre eux ont du mépris pour les mécaniciens puisque l’instigateur de toute cette polémique est devenu chauffeur de taxi. Quand la carrière de cet apprenti sorcier producteur de spectacles a pris fin (car tout le monde sentait de loin l’escroquerie arriver au pas de course), ce margoulin de basse altitude a vite changé de métier. Il le fait d’ailleurs par dépit car le métier de chauffeur de taxi est aussi noble que celui de mécanicien et il faut avoir de la vocation pour le pratiquer sainement. Il a écrit une lettre au directeur du théâtre où je jouais pour lui demander de changer le titre de mon spectacle. Vous ne trouvez pas ça d’un ridicule mortel ? Le ridicule yeqtel eddebane ki « El moubyd » ! (Le ridicule tue les mouches comme un fly-tox). Ça c’est de la honte pur « Sélecto », kho. La vraie.

- Mais que s’est-il passé au juste ?

- En 1993, il m’avait téléphoné à Alger pour m’engager à me produire dans une salle parisienne. Je n’avais jamais entendu parler de lui. Z’dam’t b’neyti (J’ai foncé naïvement). Il m’avait dit d’acheter mon billet d’avion qu’il devait me rembourser à Paris. Il m’avait également assuré qu’il se chargerait de mon hébergement et nous nous étions entendus « naturellement » sans contrat, bel kelma (parole d’honneur), sur le montant de ma prestation. Je me souviens avoir rempli la salle, mais pas mes poches. Il m’avait donné rendez-vous pour le lendemain afin de me payer. Men hadak n’har ma chemit rihtou ou ma d’har aâlih hata khbar ! (De ce jour, je ne l’ai pas revu et je n’ai plus eu de ses nouvelles). Il avait changé de décor en emportant la recette. Au bout d’un mois et demi passé à l’attendre et à le traquer, j’avais fini par baisser les armes… et j’étais reparti à Alger chargé de dettes et de h’chouma (honte) de m’être fait avoir comme un zrag (bleu). J’attends toujours de récupérer mon dû. Et je ne suis pas le seul artiste algérien à avoir été arnaqué par lui « bel beaucoup » !

- Vous êtes accusé de ne pas être assez nationaliste, patriote. Serez-vous du Hizb França ?

- (Rires) Quand on veut noyer son Algérien, on le traite de Hizb França. Et le crime " d’appartenance " au parti de la France ne paie plus. La mondialisation est passée par là. J’ai l’Algérie dans le sang. C’est mon ADN : Algérien Démocratique et National. Je suis peut-être le seul Algérien à mettre à fond, sans pitié, Amar Ezzahi aux Champs-Elysées. Et les youyous, expression des temps immémoriaux de l’Algérie et de l’âme nationale qui fusent à chacune de mes représentations, prouvent que les Algériens, très nombreux dans la salle, ne sont pas dupes de toute cette campagne de haine. J’ai mis l’Algérie au cœur des Champs-Elysées, à deux cents mètres du palais présidentiel, ce n’est pas une preuve d’amour ça, kho ?

- Houlà, vous parlez comme un homme politique…


- Absolument pas ! Je ne suis pas un homme politique mais juste un homme de théâtre. Je n’aime pas assez l’homme politique pour le mettre en scène dans mes spectacles. Je ne connais que le peuple et c’est lui que je mets en scène. Tous mes personnages sont le produit du système qui les a pervertis. Je vous annonce un scoop, je suis l’ambassadeur de l’âme algérienne. Mon inspiration vient du peuple, c’est profond. J’ai une relation charnelle avec lui. Si j’étais dans le faux, le public ne m’aurait pas suivi pendant vingt ans ! Et qui proclame partout tout le temps dans tous les médias et sur toutes les scènes de France et de Navarre son amour pour l’Algérie !?

- Revenons aux mécaniciens. Franchement, on ne comprend rien à cette polémique. Pourquoi ce serait donner une mauvaise image des Algériens que d’intituler votre spectacle « Tous les Algériens sont des mécaniciens » ?

- Je ne vois rien d’infâmant à être mécanicien. Bien au contraire. Y-a-t-il quelque chose à comprendre à cette polémique ? Mokhek yehbes ya mouh (le cerveau se bloque). Une polémique stérile ! Je crois que c’est l’imam Ali qui a dit : « Toutes les maladies sont curables, sauf la stupidité ». Les Algériens sont de formidables mécanos qui ont érigé le système en art et en science presque exacte. ! Dans " mécanique ", il y a mouvement, malice, de l’énergie au service de l’intelligence en mouvement.

- On est dans l’absurde, dans la pièce Les Chaises de Ionesco. On nage dans l’irrationnel…

- Les gens qui ne sont pas capables de rire ne sont pas sérieux " et ce n’est pas de moi, c’est du grand philosophe Alain… et le rire c’est du sérieux qui se la joue pas, mon frère ! Le théâtre tel que je le conçois s’intéresse plus au petit peuple qu’aux puissants. Le théâtre appartient à l’espace imaginaire. C’est le lieu de toutes les inventions. Ce que les acteurs disent n’est pas nécessairement calqué sur la réalité. C’est du délire et ça amuse, ça détend. Je dissèque et m’amuse avec les ingrédients réels ou imaginaires de la société qui m’a vu naître. Si j’étais vraiment le chantre de la mauvaise image de l’Algérie comme mes détracteurs le soutiennent mordicus, il y a longtemps que Le Pen m’aurait téléphoné. Il faut arrêter de délirer, les gars.

Ce n’est pas les artistes qui font du mal au pays. Les artistes n’ont ni le désir encore moins le pouvoir de nuire… même si le rire peut être délicieusement subversif. Car si le rire est le propre de l’homme, il faut qu’il soit aussi le propre de l’Algérien. Tiens, djatni afssis… et c’est pas pour rire. Et si El Watan réalisait un sondage d’opinion, une enquête qualitative, pour savoir si nos compatriotes sont quelque part, à leur façon, « tous des mécaniciens » ? Si plus de 50% ne sont pas d’accord, je changerais le titre de mon spectacle et offrirais à chacun d’eux un Delco tout neuf.

Repère :

Fellag est né en 1950 dans un village proche d’Azzeffoun, Après ses études à l’Institut national d’art dramatique de Bordj El Kiffan, de 1968 à 1972, il a évolué dans différents théâtres régionaux. De 1978 à 1981, il s’installe au Canada, puis en France pendant trois ans. En 1985, il rentre en Algérie et réintègre le TNA, en tant que comédien et metteur en scène. À partir de 1987, il crée ses premiers one man shows et crée Tchop, premier personnage décapant qui se moque avec une réserve encore timide, des travers de l’Algérie. Il sera après l’ouverture de 1988 plusieurs semaines, seul sur scène, à Riad El Feth, avec des thématiques plus politiques et accrocheuses. Son spectacle est même diffusé à la télévision. Après les événements de 1991 et 1992, il occupe encore la scène malgré tout. Mais en 1994, il s’exile de nouveau, en Tunisie, puis en France où il crée trois spectacles : Djurdjurassic Bled, Un Bateau pour l’Australie et Le Dernier chameau. Fellag est aussi écrivain. Il a publié trois recueils de nouvelles et deux romans : Rue des Petites Daurades (2001) et L’Allumeur de rêves berbères (2007) aux éditions J.C. Lattès. Prix de la révélation théâtrale de l’année, attribué en 1998 par Le Syndicat professionnel de la critique dramatique et Syndicale, pour Djurdjurassic Park. Prix de l’Humour noir pour Un Bateau pour l’Australie. Prix Raymond Devos pour la langue française (2003). Prix de la Francophonie. SACD (2003).



Une mémoire reconstituée

La préface du nègre de Kamel Daoud

Par S. K

Quelle définition pourrait-on donner aujourd’hui à l’Algérien ? Qu’est-ce que c’est que de l’être ? Et surtout comment l’être alors que le passé est floué et embrumé, le présent subi et l’avenir sans perspectives ? Ce sont autant de questionnements qui traversent la plume incisive et alerte du journaliste et chroniqueur, Kamel Daoud, dans son recueil de nouvelles la Préface du nègre (prix Mohammed Dib 2008), paru aux éditions Barzakh, lors du dernier Sila.

En fait, la Préface du nègre est un recueil de quatre nouvelles, écrites à la première personne et qui représentent une vision à la fois noire et tendre de l’Algérie d’aujourd’hui ; d’un pays qui veut à tout prix oublier son passé, mais celui-ci le rattrape sans cesse.

La première nouvelle intitulée l’Ami d’Athènes raconte l’histoire d’un coureur de fond, qui court et court et court sans objectif bien précis, sauf – peut-être – pour fuir un “pays à moitié desséché”. Mais c’est sans compter sur sa mémoire et ses souvenirs qui remontent à la surface. Le coureur est obligé de se souvenir car sa mémoire à des droits sur lui, tout comme ses ancêtres et ses descendants. L’objectif se dessine enfin pour ce coureur à partir du moment où il restitue sa mémoire. En fait, on fuit souvent notre passé, mais il finit toujours par nous rattraper parce qu’il fait partie de notre histoire (personnelle ou nationale). N’offrant aucun répit à son lecteur, Kamel Daoud enchaîne avec une seconde nouvelle métaphorique, à savoir Gibrîl au kérosène, où il est question de l’histoire d’un militaire reconverti en chef d’entreprise et qui a construit un avion. Malheureusement, lorsqu’il participe à une foire pour présenter son invention, personne ne s’y intéresse. Alors le doute l’envahit temporairement car il réalise vite que “le peuple ne fonctionne pas” normalement, et qu’il a pris le pli d’être écrasé. L’auteur pose également dans cette nouvelle la question de l’origine ainsi que celle de l’histoire : deux concepts étroitement liés. En effet, lorsqu’on sait d’où on vient, on sait automatiquement où on va, mais ce n’est pas le cas de l’Algérien pour qui l’Histoire est chargée de mensonges, de mystères et de mythes. Difficile donc pour l’Algérien de s’affranchir de la passion d’un passé glorifié à outrance. Le militaire fou d’aviation constate, non sans amertume, qu’il existe deux sortes de peuples : “Ceux qui ont appris à marcher sur le ciel et ceux qui se laisse marcher dessus.”
La préface du nègre est la troisième nouvelle proposée dans ce recueil qui porte le même titre. Dans celle-ci, Kamel Daoud s’attaque aux falsificateurs, aux faux moudjahidine, aux faux militants, aux faux nationalistes… aux usurpateurs qui s’approprient les mérites d’autrui. La nouvelle raconte l’histoire d’un ancien combattant durant la guerre de Libération qui décide d’écrire sa propre histoire. Ne sachant écrire lui-même, il embauche donc un nègre pour qu’il raconte sa version de la vérité. Le nègre qui ne comprend pas réellement les motivations du vieil homme, modifie son récit.
D’outre-tombe, le vieil homme ne peut ni contester, ni affirmer plus rien… “L’Arabe et le vaste pays de Ô” est la nouvelle qui clôt ce recueil de 154 pages et qui pose la problématique de la reconstitution de la mémoire et celle du monde dont le meilleur et/ou le pire reste à faire. La quête de Kamel Daoud est celle de tout Algérien à savoir, comment se construire dans un pays qui cherche à tout prix et par tous les moyens à oublier. Un pays plein de contradictions et de frustrations ; et une génération perdue, hagarde et sans repères. L’utilisation du “je” est également une manière de s’impliquer et d’impliquer son lecteur avec un humour noir et mordant et une conception de la littérature très – trop parfois – sérieuse ; on est dans l’érudition. L’obsession que cultive Kamel Daoud pour la mémoire est également très évidente et signifie une sorte de change par rapport au climat ambiant et au discours courant.
En même temps, tous les écrivains algériens sont obsédés par les problématiques de la mémoire et de l’Histoire. Ces questionnements basiques pour certains, constituent les fondements même de la littérature algérienne actuelle. Au bout du compte, la mémoire est donc tout et en même temps, elle n’est rien… rien que des bribes et des éléments épars, reconstitués dans ce recueil passionnant.