" L’accès à l’eau - Un droit humain inaliénable en RD. Congo? "
Par Prof. Yav
Katshung Joseph*
I. Liminaires
L'eau est une substance liquide des
plus répandues sur la terre. Plus de 70 % de la surface du globe est
recouverte d'eau. Nous avions tous appris en maternelle et/ou à l’école
primaire que l'eau est un liquide incolore, inodore et insipide. [1]
Ainsi, l'eau est très importante, quand il n'y en a pas, c'est un problème
et quand elle est sale aussi.
L’accès à l’eau est un droit que doit
garantir tout État à ses citoyens. Mais il a aussi un coût. Que le
pourvoyeur d’eau soit public ou privé, il s’agit cependant de garantir les
droits des usagers. Le maintien d’un contrôle décentralisé et autonome est donc
essentiel. Cette condition exige le renforcement des mécanismes de gouvernance.
C’est aussi une pièce maîtresse de la prévention de conflits, à l’heure où
augmentent les tensions autour de cette source de vie, soumise à une pression
sans égale dans l’histoire de l’humanité.
L’eau est indispensable à la vie, dit-on ; ou
mieux, Sans eau, il n'y aurait pas de vie ! Malgré son
importance et son caractère souvent sacré, l’eau continue dans plusieurs coins
et recoins du monde à être rare et souillée, dans les villes comme dans les
milieux ruraux. C’est pourquoi l’Assemblée générale des Nations Unies, dans sa
résolution proclamant la période 2005-2015 Décennie internationale d’action sur le thème «
L’eau, source de vie », a préconisé une action concertée afin de diminuer de
moitié, d'ici à 2015, le nombre de ceux qui n'ont pas accès à l'eau salubre ou
à l'assainissement de base.
Dans cette perspective, la
Constitution de la République Démocratique du Congo (RDC) affirme à l’article
48 que : « le droit d’accès à l’eau potable et à l’énergie électrique
sont garantis ». Voulant se rapprocher le plus possible d’un des
volets des Objectifs du millénaire pour le développement, particulièrement
celui se rapportant à l’accès à un grand nombre de la population à l’eau
potable, le gouvernement de la RDC, au travers des ministères du Portefeuille
et de l’Energie, a responsabilisé la Régie de distribution d’eau de la RDC
(REGIDESO) pour réussir ce pari. Bien plus, c’est donc en toute logique que le
volet « eau et électricité » se retrouve parmi les grands axes de «
cinq chantiers » de la République énoncés par le Président Joseph Kabila, lors
de son discours d'investiture le 6 décembre 2006. Mais une question mérite
d’être posé : Est-ce que la réalité sur terrain est-elle conforme aux
dires ou déclarations ?
Non, car l’on assiste dans nos
villes, cités et villages à une situation très alarmante : carence,
démographie galopante, mésusages croissants et intensifs, pollution mettent
aujourd’hui gravement en péril les ressources en eau. En dépit d’énormes
potentialités énergétiques dont regorge la RDC, une bonne frange de sa
population n’a pas accès à l’eau potable, surtout à l’intérieur du pays. Seule,
une petite fraction de la population a accès à l’eau potable alors que la
desserte en eau et en électricité constitue en elle-même un des indices du
développement d'une nation. Il est donc temps que le gouvernement s’en
préoccupe au plus haut point, d'autant plus que le pays sera jugé sur des
efforts qu'il déploiera dans ce secteur vital dans le cadre des objectifs du
Millénaire.
II. L’eau et les questions autour
de sa gestion et de son accès en RDC
2.1. Le Silence des
robinets en RDC ou Quand l’eau ne coule pas !
La population congolaise même au seul
niveau des grandes villes comme Kinshasa, Kisangani voire Lubumbashi n'a pas
suffisamment accès à l'eau potable. Les ménagères souffrent. L'eau ne coule des
robinets que dans des heures indues de 2 à 4 heures du matin. Cela mettant en
danger les femmes et filles qui cherchent à puiser l'eau à ces heures-là.[2]
Les habitants de la RDC –de la ville au village- en majeure partie, doivent
parcourir des distances importantes pour aller chercher de l'eau salubre ou de
l’eau (tout simplement) et près de la moitié de la population ne dispose pas
d'un assainissement de base. Ceci a pour conséquence directe la mort
quotidienne des enfants suite aux maladies d'origine hydrique et/ou
diarrhéiques.
L’on déplore de plus en plus en RDC,
des cas des décès causés par le « silence des robinets ».
C’est-à-dire, l’eau ne coule plus dans plusieurs quartiers, communes, villes du
pays pendant des longs mois voire années. Comme si cela ne suffisait pas,
certains abonnés continuent de recevoir des factures de consommation d’eau sans
la consommer. Les chançards, il en existe, sont desservis tard dans la nuit
(vers minuit) ou carrément très tôt matin (vers deux heures du matin). Il faut
donc faire le guet à chaque instant pour s’approvisionner en cette denrée rare
dans un pays qui dispose en effet, d’abondantes réserves: la pluviosité est
importante à travers l’ensemble du territoire (plus de 1 200 mm par an en
moyenne), le réseau hydrographique est l’un des plus développés au monde, la
recharge annuelle des nappes représente des volumes d’eau sans commune mesure
avec les besoins. Pourtant, seule une minorité a accès à une source d’eau
propre (souvent éloignée).
Sans douche et sans eau potable voire
sans toilette, les populations se débrouillent comme ils le peuvent. Tenez, il
suffit de se lever tôt le matin pour découvrir le calvaire des habitants de la
ville de Lubumbashi, toute classe confondue. Des fils des bidons jaunes ou
jaunis par le temps et par les conditions de conservation défilent dans nos
rues et avenues de Lubumbashi et d’ailleurs, en quête de cette denrée rare :
l’eau ou si l’on a de la chance, l’eau « potable ». Tous sont
présents et au rendez-vous : enfants, adultes, vieillards, filles,
garçons, femmes, hommes, etc. Même les voisins de la Mairie ou du gouvernorat
de province ne sont pas épargnés.[3] Que
dire alors des populations qui vivent dans les cités lointaines?
Si l’argent le permet, des puits sont
installés par les particuliers et/ou certains organismes. Heureusement qu’un
député provincial essaie tant soit peu de soulager la population de Lubumbashi
en lui offrant gratuitement des puits évitant à cette dernière des coûts
astronomiques d’une telle installation. Cette eau, qui provient des nappes
phréatiques, représente depuis un certain temps la principale source d’eau pour
une grande partie des résidents ruraux et urbains de Lubumbashi. Toutefois,
bien que les eaux souterraines constituent une provision d'eau potable
inestimable pour l'humanité, elles peuvent être contaminées par la pollution et
causer des dégâts. N’aura pas donc tort, l’observateur -neutre soit-il- qui
s’écriera face a cette situation : Quand le silence des robinets
tue !
2.2. Les problèmes actuels de la
gestion d’eau en RDC
A. Quand le Sénat s’y
implique : La Question orale sur la gestion et la qualité d’eau en RDC
La population est en train d’assister
à des scènes qui dénotent d’une crise de gestion de la question
« eau » en RDC. En effet, les Administrateurs Délégués Généraux (ADG)
de la Société nationale d’électricité (SNEL) et de la Régie de distribution
d’eau (REGIDESO), ont répondu le mercredi 26 novembre 2008, à la question orale
que leur a posée le Sénateur Florentin Mokonda Bonza, conformément aux
dispositions légales relatives au contrôle du gouvernement et des entreprises
publiques par le Parlement. Les deux mandataires ont expliqué aux sénateurs la
gestion de leurs entreprises respectives concernant la production et la
distribution de l’électricité et de l’eau notamment dans la ville de Kinshasa
et dans la province Orientale[4].
En ce qui concerne la REGIDESO, le Sénateur Mokonda Bonza fait observer à l’ADG,
que l’eau produite dans ses usines de Kingabwa, de Binza, et de la Lukaya et
destinée à la population n’est ni incolore, ni inodore, ni insipide suivant la
définition apprise à l’école primaire. « En effet, votre eau est non seulement
sale et colorée, mais surtout impure », a-t-il dit avant de poursuivre : «
Votre responsabilité est engagée par rapport au taux élevé de morbidité et de
mortalité de la population congolaise qui, heureusement pour vous, ne pense
qu’à la sorcellerie comme cause de décès ».[5]
Après les exposés de ces deux mandataires, les Sénateurs ont exprimé leurs
inquiétudes quant la gestion de la SNEL et de la REGIDESO, deux entreprises
d’Etat dont le rendement et la qualité de leurs produits sont loin de
satisfaire les besoins de la population de Kinshasa et de toutes les provinces
du pays.
B. Quand l’eau nous
divise : Conflit entre la GECAMINES et la REGIDESO !
Le malheur ne vient jamais seul, dit-on. Comme si
cela ne suffisait pas, un autre fait défraye la chronique ces jours et toujours
en rapport avec la question d’eau en RDC. En effet, un jour après que le Sénat
congolais se soit inquiété de la situation de la REGIDESO ou de la gestion de
l’eau en RDC, un conflit surgit entre la Générale des Carrières et des Mines du
Congo (GECAMINES) et la Régie nationale de distribution d’eau (REGIDESO),
autour d’un projet de forage des puits d’eau à Lubumbashi.
En effet, La direction de la
GECAMINES, a décidé de forer ses propres puits d’eau dans ses sites des villes
de la province du Katanga. Un projet que la REGIDESO, est déterminée à
combattre. Ce projet de forage des puits d’eau dans les sites de la GECAMINES a
été décidé semble-t-il, par le Comité de gestion de l’entreprise et avalisé par
son Conseil d’administration. Il a comme objectifs de palier le déficit de la
desserte en eau par la REGIDESO et se préparer à affronter la crise financière
qui n’épargne personne. Aussitôt dit, aussitôt fait : la GECAMINES est vite
passée à l’action. Des engins sont déjà à pied d’œuvre en dépit des
protestations de la REGIDESO
Cette dernière oppose deux arguments
principaux : Primo, la GECAMINES est débitrice de la REGIDESO pour
un montant de 26 millions de dollars américains. Et secundo, un arrêté du Maire
de la ville de Lubumbashi rendu public récemment interdit tout forage en milieu
urbain sans autorisation. Pour ces raisons, la REGIDESO se croit en droit de
s’opposer au projet de la GECAMINES, étant donné que celui-ci marche sur ses
plates-bandes. La GECAMINES de son côté entend concrétiser son projet et n’est
donc pas disposée à se plier. En guise de représailles, la REGIDESO a coupé, depuis
le jeudi 27 novembre 2008, la fourniture d’eau au domicile de l’Administrateur
Délégué Général de la GECAMINES et annonce d’autres coupures aux domiciles
d’autres cadres de cette entreprise. Un bras de fer est ainsi engagé entre
les deux sociétés du portefeuille de l’Etat.
Sans chercher à savoir qui a tort ou raison, nous notons tout
simplement qu’il sied de respecter le droit a l’accès à l’eau garantie par la
Constitution congolaise ainsi que les instruments régionaux et internationaux
des droits humains. Toute action ou omission doit être respectueuse des
directives du Comité des Nations Unies pour les droits économiques, sociaux et
culturels qui a déclaré l’eau « indispensable à la vie et à la
santé ». « Le droit de l’être humain à l’eau est donc fondamental
pour qu’il puisse vivre une vie saine et digne. C’est la condition préalable à
la réalisation de tous ses autres droits. »
III. Qualité et Contrôle Sanitaire
de l’Eau en RDC
Comme nous l’avons relevé supra, il
semble qu’en RDC, l’eau destinée à la population n’est ni incolore, ni
inodore, ni insipide suivant la définition apprise à l’école primaire.[6]
Ce constat amer émanant du Sénateur initiateur de la question orale précitée,
veut tout simplement interpeller ou rappeler nos consciences sur le fait
que l’eau produite par la REGIDESO est non seulement sale et colorée, mais
surtout impure. Incolore veut dire sans couleur, inodore veut dire sans odeur
et insipide veut dire sans goût. Dans ces conditions, elle peut être
dangereuse à la consommation et il est impérieux d’initier ou de renforcer des
contrôles de potabilité afin d’éviter les graves conséquences sur la santé
publique.
3.1. « Quand l’eau nuit à la
vie » alors qu’elle en est la source, dit-on !
Peut-on boire en RDC, l'eau du robinet en toute tranquillité
? Doit-on ou non éviter de boire de l'eau du robinet ? Ces questions
reviennent chaque fois à l’esprit des consommateurs congolais et étrangers. Il
est certes vrai que depuis plusieurs années, nous pensons que l'eau du robinet
est excellente pour la santé. Beaucoup de médias relayent cette information.
Nous aimerions que ce soit le cas... C'est tellement plus pratique, et moins
coûteux !
Mais, depuis un certain temps, il semble que cela n’est plus le
cas. La confiance aveugle a laissé place au doute suite aux cas de pollution,
intoxication, etc… Dans ces conditions, boire de l’eau du robinet peut être un
geste dangereux. Les familles de la RDC et principalement de Lubumbashi dans la
Commune de Kampemba, en ont fait l’amère expérience depuis un certain temps. Au
mois de juin et juillet 2008 plus d’une famille a consommé une eau qui avait
une odeur, un goût et une couleur bleuâtre ou violâtre, bref impropre à la
consommation et qui a provoqué des malaises parfois très graves (vomissures,
diarrhées, maux de tête, etc.). Durant toute la période d’intoxication, la
régie impliquée dans l’exploitation de l’eau potable ne s’était contentée que
de dire que c’était un cas isolé et qu’un prélèvement d’échantillon avait été
effectué pour une analyse fiable. Le gouvernement provincial par le biais de
son Ministre en charge des infrastructures avait aussi corroboré la nécessité
d’une analyse afin de tirer l’affaire au clair. Plus de 5 mois après,
quels sont les résultats de cette analyse ? Quelles en sont les
conclusions et solutions ? C’est le silence radio !
Il est donc malheureux pour la population de constater que le
Gouvernement provincial, la Régie en charge des questions d’eau tout comme le
Parlement provincial « en recréation » mieux « en
vacances » sans pour autant avoir travaillé, ne le prend pas en
considération.
* Maître YAV KATSHUNG JOSEPH est Docteur en Droit de l’Université de Lubumbashi (UNILU), Master en Droits de l’Homme et Démocratisation en Afrique de l’Université de Pretoria en Afrique du Sud, Diplômé en Justice Transitionnelle (Cape Town), Diplômé d’Etudes Supérieures (D.E.S) en Droit de l’UNILU et Licencié en Droit de l’UNILU.
À son actif, il a plusieurs livres, articles scientifiques et avis en français et anglais.
Il est Professeur Associe à la Faculté de Droit de l’Université de Lubumbashi en RDC et Avocat au Barreau de Lubumbashi. Il est en outre Chercheur et Consultant international auprès de plusieurs institutions et organisations internationales, régionales et nationales. Il coordonne la Chaire UNESCO des Droits de l’Homme /Antenne de l’Université de Lubumbashi et dirige le CERDH (Centre d’Etudes et de Recherche en Droits de l’Homme, Démocratie et Justice Transitionnelle). Email : info@joseyav.com Fax : +1 501 638 4935 Phone : +243 81 761 3662 Website : www.joseyav.com
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Les problèmes de contamination se multiplient en RDC. La contamination peut rendre l'eau entièrement inutilisable. Dans de nombreux cas, la contamination n'est reconnue qu'après l'exposition des utilisateurs à des risques éventuels pour la santé. On a souvent supposé que les contaminants laissés sur ou sous un sol demeureront à cet endroit même. C'est malheureusement prendre ses désirs pour des réalités. L'eau souterraine disperse souvent les effets des décharges et des déversements bien au-delà du lieu de la contamination initiale. Les décharges, les fuites de réservoirs d'essence, les pertes de fosses septiques et les déversements accidentels ou l'infiltration des pesticides et des engrais des terres agricoles contaminent les sols. L'eau potable peut également être contaminée en entrant en contact avec certains produits et matériaux. L'eau est un solvant capable de dissoudre des substances métalliques et chimiques et d'autres produits circulant dans les tuyaux, raccords, robinets et autres matériaux de plomberie Les sociétés et entreprises minières et brassicoles sont souvent mises en cause dans les cas de pollution de l’eau en RDC et particulièrement dans la province du Katanga sans que ces affaires ne fassent mouche. L’impact écologique des activités minières est de plus en plus évident. Les polluants se rendent jusqu’à la nappe phréatique. Les grandes quantités de produits chimiques déversés dans les mines se retrouvent dans les nappes phréatiques. Ces dernières s’en trouvent contaminées. Les cours d’eau sont pollués par les déchets chimiques. En effet, la population a encore à l’esprit l’affaire SOMIKA qui, en 2004, avait défrayée la chronique Katangaise voire nationale et puis plus rien. Les ONGs, la population locale et la Régie de Distribution d’Eau (REGIDESO/Katanga) s’étaient mobilisées pour réclamer la délocalisation de cette usine de traitement par hydrométallurgie des minerais de cuivre, de cobalt et d’hétérogénites sur le versant de la nappe aquifère alimentant la source d’eau de Kimilolo, déclarée depuis 2000, zone ‘non aedificandi’.[7] Cette source fournit l’eau potable depuis 1952 à près de 70% de la population de la ville de Lubumbashi. Quatre ans après, le Centre des droits de l’homme et du droit humanitaire (CDH) revient à la charge dénonçant la pollution de l’eau de consommation domestique à Lubumbashi et fustigeant le fait que toutes les tentatives de l’autorité provinciale pour délocaliser cette usine ont été et continuent d’être vaines.
Cette ONG de défense des droits de la personne met à l’index les « exploitants » miniers tels que SOMIKA, SHEMAF et l’EXACO, et fait état de « l’existence de plusieurs cas de déformation congénitale constatés dans divers hôpitaux de la ville. Un phénomène qui serait une conséquence de la consommation d’une eau polluée »[8]. Face à cette situation, que font les actuelles autorités provinciales ? Rien dirait tout observateur neutre. Mais n’est-ce pas cela la triste réalité? En effet, en rapport avec cette question de pollution par les sociétés minières précitées et dénonçait par le CDH, la Radio Okapi, rapportait il y a quelques jours, que « la Ministre Provinciale de l’Environnement du Katanga avait démenti que la SOMIKA polluait l’eau destinée à la consommation domestique. D’après elle, les pollueurs sont à la Brasserie et la population elle-même. Nous faisons un grand effort pour lutter contre cette pollution. Jusqu’à preuve du contraire, la nature de l’eau que je contrôle et que la REGIDESO fournit à la population ne présente pas les interférents venant de SOMIKA. SHEMAF a arrêté toute sortie de ses eaux vers l’extérieur. C’est déjà une grande amélioration... »[9] Que dire de plus face à cette défense -des présumés pollueurs- faite par la ministre qui est censée œuvrer pour le bien être de la population ? A-t-elle manquée l’occasion de se taire ? Les juristes renverront tout simplement Madame la Ministre à la maxime « nul ne plaide par procureur »[10] !
3.2. De la nécessité de renforcer
le contrôle sanitaire de l’eau en RDC!
Fort de ce qui précède, il sied de
mettre l’accent sur le contrôle sanitaire de l’eau afin de parer a toute
éventualité. En effet, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a mis en place
des normes internationales relatives à la qualité de l'eau sous la forme de
directives qui servent de base à l'élaboration de réglementations et de normes
dans les pays développés et en développement du monde entier. Une eau est dite potable quand elle
satisfait à un certain nombre de caractéristiques la rendant propre à la
consommation humaine. Dans cette quête de potabilité, un contrôle rigoureux
doit être initié et effectué. Il semble qu’en RDC, c’est cela qui fait défaut.
Ainsi, la qualité de l'eau potable peut être soumise à deux types de
contrôles, que son distributeur soit public ou privé :
Un contrôle officiel, ponctuel, qui relève de la
compétence des pouvoirs publics Il s'agit là du contrôle réglementaire
fondamental ; qui peut porter sur l'ensemble du système de
distribution : points de captage, stations de traitement, réservoirs et
réseaux de distribution. Les échantillons d'eau prélevés aux différents points
de contrôle sont analysés par des laboratoires agréés par le ministère chargé
de la Santé. La nature et la fréquence de ces analyses sont fixées par arrêté
du maire ou du gouverneur. Elles dépendent notamment de la taille de la
collectivité desservie : plus celle-ci est grande, plus les contrôles sont
fréquents.
Une auto surveillance permanente par
les exploitants de leurs services de distribution (régies ou sociétés
déléguées). En RDC, cette auto surveillance doit être faite par la
REGIDESO qui est une entreprise publique à caractère technique, industriel et
commercial dotée de la personnalité juridique. Créée en 1939, elle est régie
actuellement par les dispositions générales de la loi cadre applicables aux
entreprises publiques et par ses propres statuts. Sa mission est d’étudier,
d’installer et de gérer la production et la distribution d’eau à travers le
pays. Mais, l’enjeu pour cette régie consiste à parvenir à mobiliser les
immenses ressources en eau dont regorge la RDC, à assurer leur potabilité et à
les distribuer à la population.
Il ne suffit pas de se limiter au
contrôle de la qualité d’eau seulement, il faut également agir, en cas de
pollution. Ainsi, que se passe-t-il quand l’eau ne respecte plus les
exigences de qualité ?
Le distributeur, (ici la REGIDESO), a
une obligation d'alerte dès qu'il constate le non-respect des
exigences de qualité. Il doit :
informer immédiatement le maire, le gouverneur, voire dans une
certaine mesure le bourgmestre;
effectuer une enquête afin de déterminer la cause de la
non-conformité ;
communiquer immédiatement au bourgmestre, maire, gouverneur, les
constatations et les conclusions de l'enquête.
En cas de dépassement des limites de
qualité, il doit également prendre des mesures correctives pour rétablir la
qualité de l'eau, « que le non-respect soit ou non imputable à
l'installation privée de distribution ».
IV. Pour la réalisation du
chantier « accès à l’eau potable » en RDC et atteindre
le 7ème Objectif de développement pour le Millénaire
L’eau constitue avec l’électricité,
des nécessités aussi bien pour la vie humaine que pour la vie économique. En effet, l’accès à
l’eau potable et à l’électricité participe à l’amélioration des conditions de
vie des populations ; il figure parmi les critères servant à mesurer le
niveau de développement humain d’une communauté. Pour ce faire, le Président
Kabila à travers les 5 chantiers, entend encourager l’accroissement de la
production énergétique nationale ainsi que la desserte en eau et en électricité
sur l’ensemble du territoire national, mais aussi l’extension des champs de
production des hydrocarbures dans le bassin côtier, la cuvette centrale et le
Graben.
Cette ambition exprimée à travers le
chantier “eau” rencontre le 7ème objectif de développement pour le
Millénaire qui est de réduire de moitié la proportion de personnes sans accès à
l’eau potable. Cet objectif est particulièrement important dans la
mesure où il influence la réalisation d’autres objectifs, en particulier ceux
qui portent sur la santé. La RDC parviendra-t-elle à
atteindre cet Objectif? Pour atteindre le faire, la part de la
population ayant accès à l’eau potable devrait passer à plus de 75%.
Malheureusement, le pays en est loin. L’accès a été réduit au cours des années
de crise – et se situe donc aujourd’hui en dessous du niveau de 1990. La
situation est aggravée par les déplacements de population, qui ont souvent
entraîné une croissance rapide des centres urbains, sans que les
infrastructures ne puissent être développées de manière parallèle. De plus, les
constructions anarchiques, qui sont à la base des phénomènes d’érosions par
manque de voirie et d’assainissement, exposent les canalisations aux multiples
dangers provoquant des fuites répétitives. Face à ce tableau quasi sombre que
présente le pays dans la desserte en eau potable, il semble être difficile pour
la RDC d'atteindre cet objectif.
Renverser cette tendance implique de
mettre sans attendre les bouchées doubles. L’engagement pour l’eau potable et
l’assainissement réclame les forces unies des acteurs de la société civile, du
secteur public et du secteur privé. Si nous ne remplissons pas le contrat fixé
par l’Objectif du Millénaire numéro 7, nous manquerons aussi la cible des
objectifs liés à la santé, l’éducation, l’environnement et la pauvreté.
C’est pourquoi il est temps que
nombre de projets des gouvernements locaux, de communautés, d’ONGs aient pour
buts l’extension de l’accès à l’eau potable en quantité et qualité suffisantes
et la garantie d’un assainissement et d’une gestion des déchets adéquats. Dans
la réussite de ces objectifs, l’amélioration de la durabilité des services
existants joue déjà un rôle très important. Un entretien insuffisant et une
gestion défaillante des systèmes de distribution d’eau et des installations
d’assainissement provoquent beaucoup de gaspillage et une pollution accrue du
milieu. Pénurie d’eau et accès réduit et inéquitable entraînent à leur tour des
problèmes de santé publique et des conflits.
V. Que
conclure ? L’eau potable et saine, une responsabilité
partagée !
Une eau potable saine est la
responsabilité de chacun. La gestion appropriée des approvisionnements en eau
potable, de la source d'eau au robinet du consommateur, exige beaucoup de
connaissances et de coordination de la part des divers intervenants - qu'il
s'agisse des gouvernements, des entreprises et des populations concernées.
La meilleure façon d'assurer la propreté, la salubrité et la
fiabilité des approvisionnements en eau potable consiste à suivre une méthode
de gestion des risques axée sur la prévention. Il faut pour cela
comprendre chaque approvisionnement en eau, de la source d'origine dans la
nature jusqu'à son point de destination, le consommateur. Sur son
parcours jusqu'aux consommateurs, que nous sommes, l'eau potable peut se
contaminer de diverses manières, dont certaines sont connues et d'autres,
prévisibles. Pour ce faire, il sied que la gestion des
approvisionnements en eau potable soit fondée sur une gestion des risques basée
sur la prévention, dans le cadre de laquelle tous ces dangers connus ou
possibles sont identifiés afin d'assurer la mise en place de barrières pour
réduire ou éliminer le risque de contamination. C’est ce que l’on appelle ‘l’approche
à barrières multiples’ qui doit être recommandée en RDC. Au lieu de
tourner au ridicule en faisant semblant de maîtriser la situation de
l’intoxication et/ou pollution de l’eau à Lubumbashi, il sied que le
Gouvernement provincial (Ministre des Infrastructures ; Ministre de
l’Environnement et le Ministre de la Santé), le Parlement provincial à travers
ses commissions, la Régie de distribution d’eau du pays et toute personne
physique et /ou morale intéressée sachent comment le programme de gestion
de l'eau potable fonctionne. Les autorités en place doivent avoir des points de
repère pour la qualité de l'eau, lesquels doivent être présentés sous la forme
des recommandations pour la qualité de l’eau potable par une commission
spécialisée et publiées par le Ministère de la Santé au niveau provincial et/ou
national. Grâce à ces recommandations, l'eau potable peut être analysée à
divers points de son parcours pour vérifier si elle peut être bue sans danger.
Ainsi, toute gestion ou toute politique
d’accès à l’eau en RDC doit viser à assurer l’utilisation de l’eau la
plus efficace et la plus durable possible, la protection des ressources de
toute pollution et la reconnaissance du droit à l’eau pour tous les êtres
humains. Il inclut la planification et le management des fournitures en eau
potable, l’accès aux services d’assainissement et une provision d’eau
suffisante pour la production. C’est à ces conditions, que la population sera
mise à l’abri et réellement, l’eau sera une source de vie et non de
mort !
[1] Notons que l'eau peut prendre plusieurs formes. On la retrouve sous forme solide, liquide et gazeuse. [2] Entre 2 heures et 4 heures du matin, ces femmes peuvent être victimes des viols qui sont devenus légions dans nos cités [3] Une petite anecdote : Un haut cadre universitaire et habitant de Lubumbashi sur l’avenue Kasavubu se réveille depuis 6 mois vers 5heures du matin pour aller puiser de l’eau dans les environs d’une Boulangerie située à 20 minutes de sa résidence, propriété d’un député provincial qui a eu l’amabilité de forer des puits dans quelques coins de la ville de Lubumbashi. Curieusement, il n’est pas seul, car il y rencontre aussi d’autres citoyens y compris un conseiller du gouverneur de province qui reste sur l’avenue Kasavubu. Cela démontre de la gravite de la situation. [4] D’où est originaire l’auteur de la question. Mais, c’est le cas dans tous les coins et recoins de la RDC [5] Journal Le Potentiel, « Sénat : les Adg de la Snel et de la Regideso répondent à la question orale », Kinshasa, 27 Nov. 2008 [6] Journal Le Potentiel, op.cit. [7] Les études faites avaient semble-t-il, démontré qu’il y a interconnexion hydraulique entre le site d’exploitation de la SOMIKA et celui de captage d’eau de Kimilolo I et II. Ce qui a pour conséquence l’augmentation des risques de pollution. Face à ce danger, il avait été institué en août 2004, une Commission de surveillance composée des services publics spécialisés et des ONG pour étudier les risques et prévenir la pollution. Aux termes de ses rapports d’août et de septembre 2004, ladite Commission avait recommandé au Gouvernement et à l’autorité provinciale de prendre des dispositions nécessaires afin que la SOMIKA cesse ses activités car la pollution avec le début de la saison de pluie, devient certaine. Le 29 octobre 2004, l’ancien Gouverneur de la province du Katanga, avait à l’issue de la réunion avec la Commission de surveillance, pris la décision par sa lettre No 10/1382/CAB/ GP/ KAT/2004 portant délocalisation de l’usine SOMIKA de la route Kipushi vers la route Kasumbalesa sur un site de 15 ha lui octroyé gracieusement à 12 Km de Lubumbashi. Contre toute attente, le 2 novembre 2004, une autre réunion convoquée par l’ancien Vice -gouverneur en charge des questions politiques et administratives, en présence du Conseiller juridique d’un ancien Vice-président de la République, avait remis en cause la décision prise précédemment par l’ancien Gouverneur du Katanga entraînant le maintien de la SOMIKA sur le site controversé. [8] Communique de presse du CDH, Novembre 2008 [10] Cette règle de droit prohibe la présence au procès d'une personne agissant pour défendre, non ses droits, mais ceux d'un autre dont elle refuserait de révéler l'identité, privant ainsi son contradicteur de la possibilité de contester en toute connaissance de cause les droits de cette véritable partie, absente du procès. La liberté de la défense et la loyauté de la lutte judiciaire exigent que les parties combattent à visage découvert, et que chacun sache exactement contre qui il plaide réellement. Un défendeur ne saurait être contraint de soutenir un procès contre un adversaire inconnu, dissimulé derrière un figurant.
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