Enjeux inter-religieux
La Loi est au centre de la tradition juive et la Croix au centre de la tradition chrétienne. Manifester leur accord c'est fournir des éléments permettant à ces deux traditions de se reconnaître et de se rencontrer.
En second lieu déterminer les conditions de cette rencontre revient à poser les bases les plus profondes de tout discours interreligieux et, plus universellement encore, de toute rencontre de l'autre. Comme l'exprime la pensée d'Emmanuel Levinas, toute rencontre de l'autre est en appel de la rencontre de l'Autre.
Enjeux philosophiques Notre étude sur la nature de la Torah - sur son mode d'intellectualité - nous a permis de manifester la différence entre pensée juive et pensée grecque, en donnant à chacune sa raison d'être.
Par ailleurs il s'est avéré que cette différence entre raison grecque et raison juive permettait de situer l'enquête phénoménologique du côté de la pensée juive alors que la pensée chrétienne avait épousé les destinées de la raison grecque et pénètre plus difficilement les enjeux de la phénoménologie. La différence entre pensée juive et pensée chrétienne permet donc d'identifier le sens de l'un des clivages fondamentaux de la philosophie.
Une filiation intellectuelle existerait donc entre la pensée juive et la phénoménologie. Le clivage entre raison grecque et raison juive constitue un thème important de la pensée juive.
C'est la situation du chrétien au regard du monde qui lui aurait fait adopter la pensée grecque. L'effet pervers de cette adoption a été une coupure de la source juive de la révélation.
Sur le plan philosophique encore nous manifestons un clivage au sein de la réflexion phénoménologique. Ce clivage distingue, pour faire très simple, entre l'opposition de l'être et du non-être et l'opposition de l'un et de l'autre. Une certaine propension à les confondre viendrait précisément de ce que la différence absolue (dont la différence ontologique heideggerienne pourrait être une formalisation) serait analogue à la différence d'altérité dont il faudrait identifier l'expression paradigmatique dans la différence homme femme.
L'enjeu est de situer la différence ultime non pas entre l'homme et le monde (différence ontologique - l'homme face à la nature), mais entre l'homme et son semblable, dans le face à face. Chez Heidegger l'homme est exposé à l'absolu tandis que chez Levinas il est exposé à l'autre homme, et ce notamment en lieu et place de la femme.
Cette distinction nous semble être un éclairage déterminant. Il joue à posteriori, c'est à dire qu'on pourra l'utiliser pour départager certaines positions ou propositions mais qu'on ne pourra pas bien sûr y rapporter la pensée de ces auteurs. La philosophie s'éclaire toujours dans les deux sens. Du présent au passé et du passé au présent. Lévinas donne à la phénoménologie un présent qui en éclaire les enjeux passés.
Enjeux anthropologiques Une ontologie de l'écriture
Au centre de cette étude - dans la première partie - se trouve une évaluation du phénomène de l'écriture - avec un petit e - qui se présente comme un acte humain dont la structure est susceptible de révéler la dimension relationnelle de l'homme.
Nous avons travaillé tant la nature même de l'écriture que son histoire et sa place dans le devenir de l'humanité. C'est un vaste champs d'investigation, encore peu exploré et très prometteur.
Derrière cette question de la nature de l'écriture se tient en réalité une question anthropologique essentielle qui est la différenciation homme/femme. L'écrit fait toucher une sorte de réduction ultime de la différence, comme son ombre portée. De même qu'une réflexion sur la parole a donné lieu à de nombreux développements anthropologiques de même une réflexion sur l'écriture. Sur le plan philosophique on pourra dire que l'écriture est comme la marque de ce que, en philosophie, Heidegger a appelé la différence ontologique. Seulement, contre Heidegger, l'écriture ne renverrait pas tant à une différence ontologique qu'à une ontologie de la différence qui la situe entre les hommes, là où se tient le langage. L'écriture est analysée dans son lien avec la parole parlée. Nous précisons parole parlée pour en rester à une perspective concrète où il s'agit de comparer l'écriture sur un support et la parole qui sort de la bouche (des traits sur un support neutre et des sons articulés). Il s'agit de ne pas faire l'amalgamme entre une réflexion sur la parole et une réflexion théologique qui part de la Parole/Verbe ou encore une réflexion généraliste ou universaliste sur la parole en tant que telle. Il faut distinguer l'enquête anthropologique de l'enquête théologique. La non distinction de ces deux plans a souvent conduit la réflexion dans des impasses.
Il a fallu aussi distinguer une réflexion sur l'écrit, en lien à la parole, d'une réflexion sur l'écrit comme trace.
Enjeux éthiques Nous nous approchons de la Loi juive pour y trouver le paradigme de toute légalité. C'est un point original de ce travail qui essaie de comprendre le sens que peut revêtir la loi en général - tout ce qu'on met habituellement sous le vocable de loi: loi civile, loi morale, loi naturelle, loi scientifique (ce chapitre trop complexe n'a pas été incorporé) - à partir de la Loi, ou Torah. Le point de départ de cette entreprise est cette donnée de la tradition selon laquelle toute vérité trouve son étalon dans la Parole divine et non l'inverse.
Dans ce travail de mise à jour de la vérité du monde à partir de l'Ecriture il s'agit, le plus souvent, de manifester les limites de l'intelligence humaine sans pour autant la disqualifier.
Cette approche procède à une critique du formalisme moral ou de la moralisation. La Loi juive se distingue radicalement de la loi morale et son étude permet de mettre à jour l'impasse que comporte cette dernière. A tout le moins la loi morale ne suffit-elle pas. Elle paraît, en dernier lieu, comme un énoncé à postériori.
La Bible n'est pas un livre de moral, et ce de la Genèse à l'Apocalypse en passant par les épîtres pauliniennes, souvent invoquées à tort pour soutenir le contraire : "je ne veux connaître que Jésus et Jésus Christ crucifié" reste la seule clé - spirituelle et intellectuelle - du discours paulinien qui voit dans le Christ l'achèvement de la Torah.
Enjeux théologiques
Redécouverte de Paul
Le premier enjeu théologique est la lecture entièrement renouvelée que nous faisons des épîtres pauliniennes.
Il n'y a pas de révolution car il s'agit d'un ajustement et parce que, si révolution il y a, elle a déjà été inaugurée avant nous avec le choc de la Shoah et les ouvertures du Concile Vatican II.
Paul est un pharisien qui ne renonce à rien de sa tradition mais qui voit dans le Christ son plein accomplissement. Il nous manque simplement d'avoir la même vision que lui. Mais - paradoxe - cela est impossible car la vision juive n'est pas conférée par une orthodoxie - une connaissance formelle susceptible d'être établie dans un énoncé - mais par une orthopraxie. Il faudrait alors revenir à la pratique de la Torah, ce qui est rendu impossible par l'accomplissement. Il y a donc un positionnement de Paul qui - tout en étant paradigmatique - est unique et permet de comprendre pourquoi ses épîtres ont acquis une telle autorité.
Lorsqu'on adopte le paradigme de la continuité tout se transforme dans la lecture que nous faisons de Paul. L'erreur inverse alors, cédant à un mouvement de balancier, serait de penser que toute l'herméneutique chrétienne des lettres de Paul est erronée. Or, précisément, nos traditions sont compatibles et la découverte de l'héritage juif de Paul ne peut que dévoiler un versant de la Révélation qui portera la tradition chrétienne à un nouvel approfondissement, sans changer la nature de ce qui s'est construit jusqu'alors.
Les réflexions élaborées sur la Loi juive et la Loi romaine et ce qui les différencie nous ont permises de relire l'Evangile de Jean dont le coeur est le récit du Procès de Jésus. On y voit Jésus accomplissant la Loi juive face à la logique destructrice de la loi romaine qui brise les différences et à l'apostasie de la Loi juive menacée dans sa différence. Il est Le seul reste. Il ne renie pas la Loi divine mais il l'accomplit en laissant transparaître sa propre divinité : "Je suis".
Définition renouvelée de la théologie et de l'Eucharistie
Deux enjeux théologiques sont développés dans notre Epilogue: le premier concerne la nature du discours théologique qui ne peut aboutir que dans une déconstruction ordonnée par l'engagement du sujet. Un engagement pour l'autre qui pointe sur l'offrande de la Croix.
Le second est la mise en oeuvre de ce processus dans le rite et, en l'espèce, le rite eucharistique, centre et sommet réel et existentiel de la vie de l'Eglise. |