France - Sénégal

Le Saint-Rémy -- Saint-Louis : 12 au 20 juillet 2009


C'est parti pour une longue descente par la route de France au Sénégal via l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie.
Caravane de la danse à la clé une fois arrivées, 5 jeunes femmes  se lancent sur les chemins battus de France, avant ceux moins fréquentés du désert.


Étape 1   Le départ
Les routes de France nous ont vu passer. Le camion parti avec 4 gentes demoiselles en a retrouvé une cinquième en Lozère. Un camion qui nous mène sûrement,
parfois un peu lentement en côte.
Paysages sublimes et le cœur en goguette, nous voici pour notre première nuit à Perpignan, après bain de minuit. A nous l'Espagne demain, tout va bien.

Étape 2   Traversée de l'Espagne
La côté espagnole méditerranéenne nous déçoit, nous sommes écœurées par les paysages recouverts de serres entre autoroute et industries. Nous campons sur
les bords d'un lac pour passer la nuit avant de filer vers le Sud-Est prendre le bateau à Algeziras. Nous parcourons nos derniers kilomètres sur le continent européen.
Étape 3 Le Détroit de Gibraltar
Passer d'un continent à l'autre par la mer, voir ces deux continents se regarder de si près et marcher de l'un vers l'autre sur l'eau.
L'émotion est intense - nous passons un cap de ce Paris-Dakar. La douane marocaine se passe très bien. Nous assistons pendant notre attente à l'interception de sacs de drogue dans un double coffre de voiture.
Les Marocains nous accueillent avec grands sourires. Nous filons passer la nuit sur Rabat. Une immense maison avec piscine d'une amie nous ouvre ses bras.
Étape 4 Rabat
Étape obligée pour la demande du visa à l'ambassade de Mauritanie. Le dépôt se passe à merveille. Nous devrions récupérer nos passeports demain
après-midi et prendrons à nouveau directement la route vers le Sud du Maroc avant le Sahara occidental.
Étape obligée dont nous profitons au mieux pour nous reposer en ce presque milieu de parcours. Sieste, piscine et balade dans Rabat viennent nous redonner
des forces pour prendre à nouveau la route dès demain.
La médina de Rabat nous a offert de belles ambiances et nous dégustons un tajine à l'entrée du marché alors que l'ambiance est à son comble entre 22h et minuit
lorsque les marchands à la sauvette ont l'autorisation de poser leurs marchandises au milieu de la rue.
Lendemain matin repos avant de reprendre le périple - délicieux bain détente et soleil dans la piscine. Nous plions bagage et partons pour récupérer les visas. Nous sommes un peu en retard mais repartons in extrémis avec le sésame mauritanien inscrit dans
notre passeport. Nous gagnons au passage 2 co-équipiers voyageurs français qui descendent en Mauritanie. Le Peugeot Boxer commence a être bien rempli !
Étape 5 La traversée du Maroc
Nous longeons la côte et campons à la belle étoile au dessus de la plage qui est recouverte d'un campement de tentes à perte de vue.
Nous dormons au milieu d'un champ de mini escargots qui crissent sous nos pas. Les levers restent matinaux. Je tiens le rythme, réveille toujours tout le monde et conduis la première portion de route avant l'arrêt petit déj' dans la ville que nous
croisons. La route est encore bordée de verdure et nous passons sur une route montagneuse rouge ou nous croisons nos premiers dromadaires.
Premier bain dans l'océan lors d'une petite pause, et déjeuner dans le marché aux mille couleurs d'Agadir. Nous nous chargeons de fruits pour la route.
Étape 6 La traversée du désert Nuit a Guelmim aux Portes du désert, demain nous entamons le Sahara. Nous montons notre tente à côté d'une très belle casbah à la tombée de la nuit.
Le vent souffle et la fraicheur s'installe rapidement contrastant avec les températures de la journée.
La route au bord du Sahara le long de la côte est incroyable. Nous roulons majoritairement à quelques mètres du bord de la falaise entre tons rouges, roses et
blancs. Le paysage se dénude mais est encore couvert de petits arbustes et fleurs très diversifiés. Nous nous faisons inviter dans une petite grotte creusée par les
Saharawis (la zone est marocaine mais revendiquée par la Mauritanie et en lutte pour l'indépendance par les Saharawis) en haut de la falaise et partageons le thé
avant de reprendre la route pour avancer sur ces quelques milliers de kilomètres que nous traversons.
Les villes deviennent très rares, la route rectiligne et interminable commence à être monotone en ce début de désert rocailleux, mais cette monotonie même fascine.
Nous arrivons pour la nuit dans une ville reculée du Sud du Maroc où 7 étrangers ne passent pas inaperçus. Dormir sur la plage est impossible, le camping style
militaire, désert et au prix d'une auberge ne nous convainc pas.
Après avoir posé plusieurs fois la question d'un endroit pour passer la nuit aux passants ou magasiniers, l'un d'eux nous invite à nous héberger et nous installe dans
un superbe appart' où nous profitons du confort pour douche, lessive et bonne nuit après un diner dans une taverne du coin.
Départ au lever du jour le lendemain après un vrai petit déjeuner à la maison. Les paysages arides varient du blanc au rouge en passant par le marron. Toujours cette même monotonie rocailleuse, mais où des changements minimes se font
remarquer. Nous commençons à subir d'incessants contrôles de police, gendarmerie et douanes nous demandant des fiches de renseignement à chaque entrée et
sortie de ville. Les uniques villes, que l'État essaye de développer, sont très militaires dans leur style et d'une propreté saisissante au milieu de ce désert de
poussière. Nous sommes en zone peu accueillante, il est toujours surprenant d'observer l'homme s'obséder à s'y implanter pour des raisons politiques mais y
impliquant la population.
La route devient déserte, nous pouvons ne croiser personne pendant plus d'une heure. La route passe dans des canyons colorés puis au bord de la falaise qui n'en
finit pas et nous voyons et traversons nos premières dunes de sable, ici encore jaunes. Nous nous arrêtons à la sortie d'un virage où un gros camion de chargement
s'est renversé sur le côté. Nous leur offrons de l'eau et des cigarettes, eux nous donnent des fruits de cette cargaison perdue. Cet immense bolide renverse sur le
côté et cassé de tout côté est impressionnant.
Le vent souffle fort. Il nous est impossible de déjeuner à l'extérieur du camion. Alors nous organisons notre première cuisine dans le camion. Cuisine et déjeuner en
roulant avec simple changement de conducteur pour arriver au plus vite à la frontière mauritanienne . Nous aimerions la passer ce soir. Notre réserve de gasoil nous
aide bien au milieu de ce désert, mais notre première tentative de remplissage en plein vent s'est avérée infructueuse. Nous nous arrêtons dans une maison
abandonnée ouverte sur le côté dans laquelle je fais entrer le réservoir du camion pour nous protéger du vent et verser du précieux liquide jaune qui fera tenir la route
jusqu'à la ville frontalière. En repartant, la force du vent faillit nous arracher une portière. Nous la rattrapons à deux de toutes nos forces et la fermons. L'homme se
sent bien petit et impuissant au milieu de cette nature rude et violente. Le sable entre de toutes parts dans le camion à chaque arrêt et ouverture de portière.
Mais ce paysage est fascinant et offre une réelle beauté.
Passage dans un paysage de sable blanc. Le vent soufflant, nous nous retrouvons dans une tempête de sable créant illusion de tempête de neige par sa couleur
blanche aveuglante. Mais nous maintenons malgré tout le cap de la frontière car la route est en excellent état.
Étape 7 Le no man's land
A
rrivée à la ville frontalière. Certains nous disent que la frontière a été fermée hier jour des élections présidentielles mauritaniennes et encore aujourd'hui jour de
proclamation des résultats. En réalité un homme assis à un bureau au bord de la route nous donne un papier à remplir et nous pouvons traverser ce soir juste à la
fermeture de la frontière à 18h30.
Formalités de police et douane marocaine avant de nous engager dans le no man's land qui sépare le Maroc au Sud du Sahara occidental et la Mauritanie.
Pour la seule portion de notre voyage, la route n'est pas bitumée et la piste rocailleuse peut former quelques amas de sable en certains endroits. Nous sommes
en zone de "non droit", sous aucun contrôle politique. Cela a tout du no man's land que l'on peut s'être imaginé. Paysage désert, dunes de sable et carcasses de
voitures désossées et brulées. On se demande d'où viennent les hommes que l'on y voit et ce qu'ils peuvent bien faire là. Je ne pense qu'à avancer. Une voiture
passant dans le sens inverse veut nous dire quelque chose. Nous ne prenons pas le temps de nous arrêter. Cette zone ne donne pas envie de s'y éterniser.
Je veux avancer, avancer ... mais me fais avoir par une bande de sable sur la piste et mon camion cale. Un calme glacial s'installe dans la cabine, un homme court
vers nous. Il faut sortir pousser le véhicule. Mathilde habituée à la neige prend le volant. Il fallait bien que nous fassions une petite expérience de l'ensablement,
non ? Je ne vous cacherais pas que nous aurions toutes préféré ne peut la faire en cet endroit précis. Nous arrêtons la voiture croisée tout à l'heure et leur
demandons de nous aider. Après quelques calages, le camion repart. Chacune se presse de remercier nos aides et de remonter au plus vite dans le camion.
Nous repartons. Ouf. Vivement de sortir de cette zone. Je suis exactement les roues de la voiture devant nous et nous sommes suivies d'un 4x4, donc la fin du
passage est un peu plus détendue.
Nous arrivons en vue du poste frontière mauritanien. Hallelujia. On nous fait attendre devant la barrière fermée de République Islamique de Mauritanie ... le
douanier est en train de faire sa prière ! En effet, le soleil a disparu dans les nuages de l'horizon pendant notre passage du no man's land.
Je finis par passer la barrière et régler les nombreuses formalités auprès des douanes, police et gendarmerie. Je signe l'attestation sur l'honneur de faire sortir à
nouveau le véhicule du territoire mauritanien ... et à nous la Mauritanie !! Tout s'est très facilement passé, en prenant le temps, mais sans embêtement, même à
propos du chargement du camion.
Étape 8 Mauritanie Nous roulons juste les quelques km qui nous séparent de la première ville et y prenons repos juste avant le coucher du soleil. Nous atterrissons dans une "maison"
(l'espace commun étant en extérieur sur une dune de sable) où les femmes chantent des youyous pour célébrer l'élection du président. Voilà la seule expérience
que nous aurons eu en Mauritanie de l'élection présidentielle.
Nous commandons à diner et même s'il arrive un peu tard, nous dégustons notre premier repas en Afrique "noire" avec régal. L'ambiance est plus fraiche le soir,
nous veillons un peu sur une natte devant notre case, le ciel offrant un magnifique ciel étoilé.
Nous faisons une bonne nuit et réalisons qu'il s'agit de notre dernier jour de voyage pour cette traversée. Une vague de nostalgie nous fait souhaiter de continuer
encore des semaines cette aventure.
Petit-déjeuner servi dans notre chambre et nous démarrons après un nettoyage du pare brise qui accumule sa dose de sable. Le Nord de la Mauritanie est
somptueux, nous roulons au milieu des dunes, alternant les tons - jaune, blanc, rose, rouge. Il n'y a pas foule à l'horizon de ces grandes lignes droites au milieu du
désert ou sur les routes entre les dunes.
Le désert commence à s'éloigner, nous allons arriver a Nouakchott, il n'y a pas de ville digne de ce nom auparavant et nous devons verser notre bidon de gasoil
dans le réservoir pour pousser jusqu'à la capitale. Nous réitérons notre protection contre le vent, mais cette fois-ci à l'aide du pare-soleil. Cela marche très bien !
Nous voilà donc dans Nouakchott. Cela ne ressemble en rien à une capitale et la ville nous donne envie de fuir. Nous commençons à toutes être un peu fatiguées et
l'environnement n'a rien d'engageant. Nous faisons le plein de gasoil et achetons baguette et vache-qui-rit pour notre dernier repas de guerrières du trajet : tartinage
et déjeuner en roulant ! Nous ressortons au plus vite de la ville qui n'a aucun panneau indicateur, demandant notre direction à chaque carrefour en criant par la
fenêtre. Cela nous a finalement permis de traverser Nouakchott assez rapidement.
Les contrôles des autorités sont permanents sur la route, nous sommes comme des petites écolières à remplir nos fiches de renseignement au plus vite entre
chaque contrôle. Ceux ci ne manquent jamais d'être ponctués de remarques sur le fait que nous ne soyons que des femmes à voyager.
La nature de désert revient après la fureur et pauvreté de la ville, mais du moins ces dunes sont plus reposantes et les quelques villages traversés se fondent très
bien au paysage. Les contrôles sont de plus en plus laxistes en descendant dans le Sud. Mais ils nous font quand même perdre beaucoup de temps et ce soir
sera encore un temps contre la montre : passer avec le dernier bac à Rosso sur le fleuve Sénégal entre la Mauritanie et le Sénégal - destination du voyage !
Nous avons roulé sans nous arrêter
de 8h30 à 18h passées, prenant juste 5 minutes pour marcher dans les dunes de sable. Nous tentons le tout pour le tout. Nous voulons vraiment être au Sénégal. Nous roulons sans trêve et malgré les découragements de certains policiers ou douaniers, nous allons jusqu'au poste
frontière de Rosso.
Étape 9 Arrivée au Sénégal Deux grandes portes en fer peintes en bleu s'ouvrent sur l'espace douanier de sortie de Mauritanie, directement au bord du fleuve Sénégal - et nous voyons en face
la rive sénégalaise. Je suis immédiatement prise en charge par un homme qui me fait courir avec grande précision d'un point à l'autre de cette zone pour faire remplir
des papiers, des tampons, des attestations ... et le minibus est finalement monté sur le dernier bac officieux, après l'heure du dernier bac officiel. La lumière du
soleil déclinant est somptueuse, le ciel est gris orageux pour cette saison des pluies, le fleuve est bordé de roseaux, des barques passent à coté de nous. Il se met
à pleuvoir. Nous posons notre premier pied sur le sol sénégalais, en arrivant par terre, mer et fleuve. Lors des formalités et jusqu'à la sortie de la ville de Rosso
Sénégal nous sommes accueillies par un arc en ciel. La route est magnifique, le soleil se couche et nous sommes captivées par la beauté du paysage alors que
j'aperçois des éclairs dans mon rétroviseur.
Il me reste plus d'une heure et demi de route jusqu'à Saint-Louis alors que la route est pleine de trous - pour la première fois de tout notre trajet depuis Paris, en
dehors du no man's land. Nous roulons jusqu'à Saint-Louis et y apercevons nos hôtes sur le bord de la route ... mission accomplie !!! Nous avons fait notre
Saint-Rémy - Saint-Louis et non Paris-Dakar. L'explosion de joie est intense. Nous nous installons confortablement dans notre maison à Saint-Louis.
Une autre part de voyage commence, celle de la route se termine ici.
Nous avons parcouru 5 435 kilomètres et traversé seulement 3 frontières dont une zone de no man's land. Nous avons la tête pleine d'images et sommes riches d'une expérience unique. La préparation de la Caravane de la danse s'achèvera donc au Sénégal qui n'est
plus terra incognita ...

^ Retour haut de page ^