IUT de BOURGES
Licence professionnelle
: "Gestion de la protection sociale" 400 heures La protection sociale en EuropeJSM/JSM Châteauroux, le 13/10/08
IUT de BOURGES
Année universitaire 2008-2009
Licence professionnelle
: "Gestion de la protection sociale" 400 heuresConcepts de base et financement de la PS en Europe
(
Introduction :
Le concept de protection sociale ne prend de réelle signification que défini en termes de
" configuration " de la protection sociale, notion qui met d'abord l'accent sur les inter-relations entre les organisations, les acteurs, et leur " contexte ".
Ce " contexte " recouvre plusieurs sphères : économique, sociale-domestique, politique-administrative, et une sphère transversale, relative aux normes-traditions.
Une configuration est liée à la présence de régularités de long terme des institutions. Les conditions de création des systèmes de protection sociale exercent encore une influence importante. Ces systèmes ont en effet été construits, à la fin du XIXe siècle, sur la base de " compromis institutionnalisés " concernant le plus souvent les systèmes de retraite et de santé, qui ont alors joué un rôle majeur dans la légitimation de l'État. Tous ces éléments conditionnent les évolutions dans chaque pays.
Un système de protection sociale est la composante de deux éléments :
- une juxtaposition de programmes d’action publique visant à pallier les différents risques ;
- une conception normative globale, définissant les objectifs sociaux à atteindre,
les fonctions économiques dévolues à la protection sociale et le rôle approprié de l’Etat.
Les dépenses de protection sociale comprennent :
- les prestations sociales , c’est à dire les transferts, en espèces ou en nature, versés aux ménages et aux individus pour alléger la charge financière entraînée par un certain nombre de besoins ou de situations à risque
- les dépenses de fonctionnement, qui représentent les frais supportés par le programme social pour sa gestion et son fonctionnement,
- les autres dépenses, qui comprennent les frais divers des régimes de protection sociale (paiement du revenu de la propriété et autres).
Les pays d’Europe de l’Ouest sont souvent différenciés des autres pays industrialisés par l’existence de leur " modèle social ". Celui-ci repose sur un principe et un socle communs :
- le principe est commun à tout système de protection sociale : DEGAGER LES INDIVIDUS DES PURES LOIS DU MARCHE, aussi bien en recherchant le plein emploi qu’en garantissant un revenu de remplacement en cas de difficulté ;
- le socle commun érigé au cours des trente glorieuses, qui associe :
- recherche du plein emploi,
- garantie de droits sociaux et du bien-être relativement déconnectée de la situation sur le marché du travail,
- politiques keynésiennes de soutien de la demande.
Aujourd'hui
, la protection sociale dans les pays européens est encore relativement généreuseLes systèmes de protection sociale impliquent des niveaux de dépenses publiques considérables dans tous les Etats membres. En 1999, la dernière année pour laquelle on dispose de données pour tous les pays, les dépenses se sont élevées globalement à 27,5 % du PIB de l’UE. (26,5%, hors frais administratifs), soit environ 5 800 € / habitant / an, dont l'essentiel (63%) est consacré aux retraites et aux soins de santé.
La protection sociale joue un double rôle :
- elle fournit non seulement des filets de sécurité aux plus démunis. Son rôle dans la redistribution est considérable : faute de transferts sociaux, près de 40% des ménages vivraient dans une pauvreté relative, alors que ce chiffre passe à 17% grâce aux régimes fiscaux et aux systèmes de prestations.
Cf. cette comparaison montrant l’influence positive des dépenses sociales
Source
La protection sociale est un facteur productif en facilitant la capacité d'adaptation professionnelle et en contribuant à accroître les performances de l'économie..
La prospérité économique dans l’UE doit aller de pair avec une plus grande cohésion sociale, non seulement afin de maintenir la stabilité politique et économique sur la base d’un large consensus social, mais aussi de soutenir le processus de développement lui-même en facilitant les changements structurels engendrés par les transformations industrielles, les technologies de l’information et la mondialisation.
Il est également admis que, à long terme, les dépenses de protection sociale ne doivent pas progresser à un rythme susceptible de mettre en danger la compétitivité des économies européennes.
Tous les gouvernements de l’Union sont confrontés à un défi, celui de fournir une protection sociale de haut niveau, qui est essentielle pour les personnes qui ne peuvent travailler, que ce soit pour des raisons de maladie, d’invalidité, d’incapacité à trouver un emploi, de vieillesse, de garde d’enfants ou autres personnes à charge.
Chaque pays ouest-européen a cependant élaboré ses propres compromis politiques autour de ce socle commun, et instauré des façons de faire, des institutions de protection sociale particulières.
Le modèle social européen est en fait décliné en différentes familles (britannique, nordique, continentale, méditerranéenne, est européenne).
Depuis le milieu des années 1970, ce modèle est en crise et fait l’objet de nombreuses réformes. Certains préconisent même l’élaboration d’un nouveau modèle social européen.
Pour autant, au-delà des différences, il est possible de dégager une forte tendance commune
aux réformes de la protection sociale engagées en Europe : il s’agit partout de rendre la protection sociale plus favorable à l’emploi et de tourner les mécanismes de protection sociale vers des politiques d’offre.Plan :
Construite historiquement autour de deux logiques différentes, la protection sociale européenne connaît désormais une grande diversité (I),
Malgré des enjeux communs, c’est en vain que la construction européenne a essayé d’harmoniser les différents systèmes (II).
Le débat sur les prélèvements publics débouche sur d’autres formes d’intervention sociale (III).
- . Jusqu’à la fin du XIXème siècle, seul l'état de pauvreté était éventuellement pris en compte par la collectivité.
Sous l'Ancien Régime
, seule l'Eglise assiste le pauvre, tandis que le reste de la société s'efforce de l'oublier, le cacher, ou le réprimer, à travers un arsenal juridique qui le met en demeure de s'extirper de sa propre misère.Le premier effort social est constitué par des mesures d'assistance. L'assistance sociale ou publique se développe pour contrer le phénomène de la pauvreté, en se fondant sur la division entre :
- "pauvres valides", pour lequel il n'est nullement question, jusqu'à la fin du XIXème siècle, de procéder à une quelconque forme d'assistance financière ou économique,
- les " pauvres invalides ", dont le sort en revanche est considéré comme une volonté divine et à qui, en conséquence, la société doit fournir un moyen de subsistance..
La Constitution française de 1791
place "au rang le plus sacré de la nation, l'assistance aux pauvres dans tous les âges et dans toutes les circonstances de la vie". Une personne avait besoin d'assistance à partir du moment où elle vivait dans des conditions misérables ; l'absence de travail ne constituant pas en soi un critère ouvrant droit à une quelconque assistance.Ce n'est qu'avec le développement d'assurances mutualistes, à la fin du XIXème siècle, que naît l'idée d'un revenu de substitution, qui ne serait pas conditionné à un travail obligatoire.
Le principe de la protection sociale, mutualisée au niveau professionnel ou national est né en Europe à la fin du 19ème siècle en réaction à l'apparition d'une misère ouvrière importante (Rapport Villermé 1842 ; romans de Ch. Dickens sur le sort des enfants dans les filatures de textile en Grande Bretagne au XIXème siècle) lors de l'industrialisation.
Avec l'intensification de la révolution industrielle
, la situation des salariés se modifie.Ces derniers ne disposent que d'un seul bien, leur force de travail, et tirent leur unique revenu de la location de ce bien à un entrepreneur. Leur protection ne peut donc être entièrement résolue par l'assistance ou l'assurance volontaire.
Le développement de risques sociaux (accidents du travail, maladie, chômage,…) compromettant la sécurité économique des individus, a favorisé la mise en place d'une protection sociale publique, visant à protéger tous les individus.
Si, au 19ème siècle, avec la révolution industrielle, le concept d’assistance s’est imposé face à la notion de charité, au cours de la première moitié du 20ème siècle, il a ensuite évolué vers les assurances sociales.
La distinction assurance / assistance semble aujourd'hui presque généralement acceptée.
- La première forme de protection sociale est le système d'assurance sociale mis en œuvre en Allemagne par le Chancelier Otto von Bismarck .
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l'Allemagne connaît une accélération de son industrialisation, accompagnée par la montée du mouvement socialiste. En réaction à l'élection de députés du parti social-démocrate au Reichstag en 1877, Bismarck décide d'accompagner sa politique de répression par une politique de réformes sociales permettant d'encadrer la population salariée et d'assurer une certaine redistribution vers les ouvriers.
" Messieurs les démocrates joueront vainement de la flûte lorsque le peuple s’apercevra que les princes se préoccupent de son bien-être. " Bismarck, Mémoires
Afin de résoudre les problèmes de pauvreté induits par la révolution industrielle, de tenir compte des revendications sociales naissantes, de faciliter le passage à l’état industriel et d’asseoir l’unité nationale.le chancelier fait de cet outil un instrument de lutte contre les syndicats et contre la montée du parti socialiste. Cette politique se traduira par la dissolution de ces organisations.
En contrepartie, l'Etat prend la responsabilité d'institutionnaliser la protection sociale, dispensée auparavant par de nombreuses " caisses de secours ". En généralisant ce système, l’Etat pallie deux carences principales du système mutualiste privé :
- une couverture de la population largement imparfaite et
- une grande disparité entre les différentes situations personnelles.
Trois lois fondamentales sont votées :
- la loi sur l'assurance maladie en 1883,
- la loi sur l'accident du travail en 1884
- la loi sur l'assurance vieillesse et invalidité en 1889.
La nouveauté fondamentale réside dans le caractère obligatoire et national de ces assurances.
Quatre principes fondamentaux définissent le système bismarckien :
- une protection exclusivement fondée sur le travail et, de ce fait, limitée à ceux qui ont su s'ouvrir des droits à protection par leur travail ; l'assurance est nettement distinguée de l'assistance sociale : la protection sociale est en effet accordée en contrepartie d'une activité professionnelle.
- s'agissant des bénéficiaires : une protection obligatoire pour les seuls salariés dont le salaire est inférieur à un certain montant, donc pour ceux qui ne peuvent recourir à la prévoyance individuelle ; initialement, tous les ouvriers et les employés de l'industrie dont les salaires sont inférieurs à un certain montant sont concernés.
L'évolution se fera ensuite vers l'extension des catégories assurées, notamment par la création de droits dérivés pour les membres de la famille du travailleur ;
- s'agissant des objectifs poursuivis et de la technique employée : une protection fondée sur la technique de l'assurance, qui instaure une proportionnalité des cotisations par rapport aux salaires, et une proportionnalité des prestations aux cotisations ; les assurances sociales visent à compenser la perte de salaire.
Les cotisations et les prestations sont proportionnelles aux salaires des affiliés.
Les charges sont réparties entre l'assuré et l'employeur (l'Etat ne participe au financement qu'en matière de pensions)
- - une protection gérée par les employeurs et les salariés eux-mêmes. la gestion est assurée par les acteurs mêmes du système.
Schématiquement, la doctrine bismarckienne peut se résumer à une publicisation de l'assurance telle que proposée par les structures mutualistes privées à la fin du XIXème siècle. L'ouverture de droit aux prestations dépend de la qualité de cotisant de l'intéressé. Cette conception va perdurer dans différents systèmes européens et notamment en Allemagne qui reste encore aujourd'hui, particulièrement attachée au système d'assurance sociale.
Dans tous les pays qui ont adopté le modèle bismarckien, le principe d'assurance s'est peu à peu généralisé par l'extension à des catégories de population initialement non protégées (employés, étudiants, travailleurs indépendants...) et à des " risques " non pris en compte à l'origine.
1850
: Loi créant la Caisse Nationale des Retraites pour la Vieillesse (CNRV)1853
: Mise en place des pensions des agents de l’Etat.Loi du 1er/04/1898
créant les premières sociétés de secours mutuel en France.1898
: Loi sur " les accidents du travail "1905
: Loi sur l’assistance obligatoire aux vieillards1910
: Loi sur les retraites ouvrières et paysannes (ROP), qui sont des systèmes de retraite par capitalisation.Mais il a fallu attendre les lois du 5 mars 1928 et du 30 avril 1930 sur les " assurances sociales ", proches des lois allemandes, pour qu’une assurance obligatoire soit greffée sur les réalisations mutualistes antérieures rendant la couverture maladie obligatoire.
Il n’est obligatoire que pour ceux dont le salaire ne dépasse pas un certain plafond.
A l’époque, l’Allemagne Bismarck avait déjà créé des assurances maladie et vieillesse obligatoires depuis plus de quarante ans !
1932 / 1939
: Loi sur les allocations familiales/code de la familleFin des années 1930
, faillite des systèmes de retraite par capitalisation.1941
: Création de l’Allocation aux Vieux Travailleurs Salariés (AVTS), premier système de retraite par répartition.A la Libération, les forces politiques françaises réunies au sein de Conseil national de la résistance (CNR) ont voulu combler ce retard.
Adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944, le programme d’action du CNR propose :
" un plan complet visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec une gestion appartenant aux représentants des intéressés et à l’Etat
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours "
Le CNR entend aller vers une " Sécurité sociale " pour tous, fondée sur le travail, cogérée par les travailleurs et l’Etat. On parle même d’un " ordre social nouveau ", selon l’expression de Pierre Laroque . Celui-ci, nommé responsable de la Direction générale des Assurances Sociales en 1944 , est chargé de l’élaboration d’un plan de Sécurité sociale.
Bien que lecteur de Beveridge, il s’appuie néanmoins sur les principes du système bismarckien : pour lui, la politique de sécurité sociale doit résulter de la conjonction de trois politiques différentes :
- une politique économique commandée par le souci du plein-emploi ;
- une politique d’équipement sanitaire et d’organisation médicale permettant de lutter contre la maladie (oubli de la prévention);
- enfin, une politique de redistribution des revenus tendant à modifier la répartition résultant du jeu aveugle des mécanismes du marché.
Son rapport aboutit à la ratification des ordonnances des 4 et 19 Octobre 1945 , dont les motifs sont ainsi énoncés :
EXPOSÉ DES MOTIFS DE L'ORDONNANCE DU 4 OCTOBRE 1945 (extraits)
" La Sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu'en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l'incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d'infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d'eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. "
" Envisagée sous cet angle, la Sécurité sociale appelle l'aménagement d'une vaste organisation nationale d'entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu'elle englobe et quant aux risques qu'elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d'un plan qui couvre l'ensemble de la population du pays contre l'ensemble des facteurs d'insécurité ; un tel résultat ne s'obtiendra qu'au prix de longues années d'efforts persévérants, mais ce qu'il est possible de faire aujourd'hui, c'est d'organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan
. "Les termes de garantie et de justice sociale sont bien la traduction directe de ceux d’assurance et de solidarité. Le Régime Général de la Sécurité sociale créé par cette ordonnance repose donc sur trois principes fondamentaux :
- la généralisation de la Sécurité sociale à toute la population ,
- l'unité des institutions et l'universalité des risques : son plan de la Sécurité sociale se veut l’incarnation même du principe de solidarité nationale qui caractérise la société française. Il a été créé pour aider les familles et garantir l’ensemble de la population contre un certain nombre de risques sanitaires et sociaux. L’ambition était de regrouper les éléments successifs de protection sociale déjà mis en place pour certaines catégories professionnelles en un système unique et universel garantissant à tous, la même protection.
- l'expression de la démocratie sociale : son plan de la Sécurité sociale ne tendait pas uniquement à " l’amélioration de la situation matérielle des travailleurs, mais surtout à la création d’un ordre social nouveau dans lequel les travailleurs aient leurs pleines responsabilités ". Il s’agissait de rendre responsable les travailleurs, mais également leur donner un sentiment de sécurité et que cette sécurité soit de leur propre fait, c’est-à-dire qu’ils en assument la responsabilité.
Cette volonté forte de démocratie sociale résultait de la situation politique de 1945 (prédominance du PC et de la CGT : 5 millions d’adhérents) et de la crainte de voir l’Etat seul responsable de la sécurité sociale. Les concepteurs de l’époque étaient persuadés que l’Etat n’était pas le mieux placé pour la gestion d’un tel système car il en ferait une bureaucratie paperassière manquant de souplesse et de capacité d’adaptation.
Il fallait donc se méfier de l’Etat technocratique mais aussi du paternalisme que l’on avait connu avec le patronat chrétien sensible aux encycliques papales et qui aurait pu revêtir les habits de l’Etat ! Il fallait absolument que le monde ouvrier de prenne lui-même en main et ne soit pas soumis aux fluctuations politiques.
Enfin, le député Grinda (PC) était persuadé qu’en réunissant ouvriers et patrons dans une gestion d’intérêts communs, cela permettrait de les unir dans une même pensée et de préparer ainsi l’association de plus en plus étroite du capital et du travail !
Le patronat, qui s’était compromis pendant l’Occupation, l’accueillera " avec résignation ", comme l’écrit le général de Gaulle.
Mais les mutuelles et les assurances, qui avaient acquis des marchés avant-guerre, font pression, relayées par les médecins et les associations familiales. Certains iront même jusqu’à dénoncer " un projet totalitaire, absolument contraire aux idées de liberté ".
- La deuxième forme de protection sociale est le système de sécurité sociale mis en œuvre en Grande Bretagne, sous l'influence de l'économiste Beveridge en 1945.
L'après seconde guerre mondiale est une période de renouveau tant au niveau économique qu'au niveau des idées et des conceptions en matière de protection sociale.
Critiquant alors le régime britannique d'assurance maladie obligatoire et le considérant comme " trop limité avec le système du plafond d'affiliation, trop complexe avec la multitude des caisses et mal coordonné ", Lord William Beveridge - dont les travaux du début du siècle ont déjà conduit à l'adoption d'une loi sur l'assurance maladie, l'assurance invalidité et l'assurance chômage - propose une réforme fondée sur la socialisation des coûts à l'échelle nationale. Dans son rapport de 1942 " Social Insurance and Allied services ", il pose les bases théoriques d'une nouvelle doctrine. Ce rapport constitue une étape fondamentale dans l'histoire de la protection sociale.
Du rapport de 1942 sont dégagés les grands principes de la sécurité.
Selon Beveridge, la protection sociale doit en effet être :
- universelle (couverture de l'ensemble de la population),
- uniforme (prestations égales pour tous, uniformité des prestations en espèces),
- unitaire : tous les risques doivent être couverts par un système unique.
Ces trois grands principes : unité, universalité et uniformité, sont communément appelés les " 3U " :
Le principe d'unité s'applique à l'organisation du dispositif et consiste à unifier tous les régimes d'assurances sociales en un système d'assurance nationale placé sous une autorité unique.
Cette unité de gestion s'explique par l'universalité du système de protection mis en œuvre, une extension du champ d'application et une continuité de la protection tout au long de la vie " From womb to tomb " ("du berceau à la tombe").
Le principe d'universalité, principale contribution de Beveridge à la conception moderne de la protection sociale, plaide pour une extension de la protection à :
- tous les citoyens : les personnes protégées cessent d'être déterminées exclusivement par l'appartenance à la classe des travailleurs salariés. C'est désormais l'ensemble des citoyens qui est couvert - par "citoyens", tous ceux qui remplissent une condition de résidence et qui contribuent sont visés - et chaque personne se voit reconnaître des droits propres.
En pratique, Beveridge opère un classement au sein de la population entre différentes catégories et attache à chaque catégorie les risques auxquels ses membres sont exposés plus particulièrement (universalité sélective). Ainsi, les travailleurs salariés (classe I) peuvent prétendre à toutes les prestations, alors que les femmes mariées au foyer (classe III) bénéficient de l'allocation de mariage et de l'allocation de maternité, et les personnes âgées (classe VI) des pensions de retraite.
Le principe d'uniformité tient à la conception même de la protection sociale. Le système est financé par une contribution unique et la prestation versée est identique pour tous en cas de perte du revenu. Cela témoigne du refus d'introduire dans le domaine de la protection sociale les disparités constatées dans la distribution primaire des revenus.
L'objectif principal du système de sécurité sociale est de garantir une protection égalitaire de base, et non de garantir le niveau de vie antérieur. L’amélioration éventuelle du niveau de protection est laissée à l’initiative des intéressés et relève de l’assurance privée (plus le niveau de protection "égalitaire" est bas plus cela renforce le poids des assurances et donc des inégalités).
" La protection de l'assistance doit être ressentie par la personne comme étant moins favorable que la protection par l'assurance ; sinon l'assuré n'aura droit à rien en contrepartie de sa contribution. (C'est pourquoi) l'assistance donnera lieu à une justification des besoins et à examen des ressources ;
elle sera soumise également à des conditions de comportement dont l'objectif sera d'accélérer la restauration des moyens d'existence ". (Rapport Beveridge de 1942, n° 369)
Le plan de sécurité sociale britannique reprend les techniques d'assurance sociale et d'assistance mais Beveridge reconnaît une priorité absolue à la technique de l'assurance sociale. Il est gratuit, financé par l’impôt, géré par l’Etat, et contrôlé par le Parlement.
Le patient n’a pas le choix de son praticien ou de son hôpital. C’est la médecine nationalisée (NHS ).
La Sécurité sociale, de type universel, prévoit une solidarité nationale : ses recettes proviennent essentiellement des impôts, qu'ils soient directs ou indirects.
Le système est financé par une contribution unique et la prestation versée est identique pour tous en cas de perte du revenu. Cela témoigne du refus d'introduire dans le domaine de la protection sociale les disparités constatées dans la distribution primaire des revenus.
La participation patronale y est faible ; en revanche, le salarié paie beaucoup d'impôts dont une partie pour la Sécurité sociale.
La doctrine Beveridge a fortement influencé les systèmes européens .- à l'exception notoire de l'Allemagne. La logique beveridgienne est, quant à elle, appliquée à des degrés divers : imparfaitement au Royaume Uni, qui l’a pourtant vu naître et de manière beaucoup plus approfondie dans les pays scandinaves.
*
Bien que les variantes soient nombreuses, le modèle beveridgien a marqué une étape fondamentale dans la construction d'un système social à l'européenne. Comme l'ensemble des modèles traditionnels, il paraît néanmoins aujourd'hui remis en question notamment face au développement accéléré des dépenses et de l'inégalité qui résulte nécessairement de la dichotomie assurance/assistance.
La recherche d'un équilibre entre les deux conceptions doctrinales, Bismarck et Beveridge, semble aujourd'hui encore d'actualité
Les Distinctions entre les États-providence beveridgiens et bismarckiens
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Beveridgien |
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Bismarckien |
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Objectifs de l'État-providence |
Répondre gratuitement aux risques de la vie |
Compenser la perte de revenu | ||
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Conditions d'accès aux prestations |
Être dans le besoin |
Avoir cotisé | ||
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Financement |
Impôt pour tous |
Cotisations en fonction du revenu | ||
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Type de redistribution |
Verticale |
Horizontale | ||
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Gestion |
Etat, avec contrôle par le Parlement |
Acteurs eux-mêmes : employeurs et salariés. |
Si tous les Etats-providence ont partagé un objectif commun, celui de faire dépendre le bien-être des individus le moins possible des lois du marché, chaque pays a développé une conception politique particulière du rôle de la protection sociale. L 'idée d'un "modèle social européen" unique a assurément fait long feu. Loin d'être uniformes, les régimes de protection sociale affichent en Europe une grande diversité, que l'essor, depuis les années 1980, des études comparatives met en relief. Appréhender avec rigueur les logiques des autres régimes de protection sociale devient alors indispensable. Cela permettra en outre de renouveler notre regard sur notre système, comme sur les enjeux des réformes à venir. On peut […] regrouper les différents systèmes de protection sociale européens au sein de trois ou quatre grandes familles, selon les réponses données à quatre questions :
Les différences de financement trouvent leur traduction dans le mode d'organisation ; S’agissant des modalités pratiques du recouvrement , cela varie également en fonction du régime de protection sociale en cause. Mais la plupart des Etats prévoit le recouvrement et le versement des cotisations sociales auprès d’un organisme unique en ce qui concerne l’ensemble des cotisations à l’exception, dans la plupart des cas, de celles relatives aux accidents du travail (cf annexe).Les différentes conceptions de la protection sociale qui existent aujourd’hui se distinguent :
Les travaux du chercheur danois Gosta Esping-Andersen et du chercheur belge André Sapir de l’Institut de recherche bruxellois Bruegel ont montré que l’on peut regrouper les systèmes de protection sociale en quatre grandes familles ou régimes :
Cette distinction implique de différencier à la fois les objectifs politiques et sociaux qu’ils cherchent à atteindre et les instruments qu’ils utilisent pour les atteindre :
A. Sapir répartit les quatre systèmes sociaux sur une échelle à deux paramètres : Efficacité et Equité :
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Forte |
Faible | |||
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Efficacité |
Forte |
Nordique |
Anglo saxon | |
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Faible |
Continental |
Méditerranéen |
1211. La logique sociale-démocrate dans les pays scandinaves. Efficace et équitable.C’est le principe d’égalité qui est au cœur de la conception social-démocrate. Les pays nordiques comme la Suède apparaissent comme ceux qui ont poussé le plus loin la logique universelle inspirée par Beveridge. Née d’une alliance entre classes ouvrières rurales et industrielles, cette conception de la protection sociale a pour objectif d’assurer l’égalité, la cohésion et l’homogénéité des groupes sociaux au sein d’une grande " classe moyenne ", au moyen de mécanismes importants de redistribution. Les droits sociaux doivent principalement être associés à la citoyenneté, et les prestations délivrées par le secteur public, sous forme de services gratuits ou prestations forfaitaires de haut niveau. Cette conception repose sur le principe de l’universalité de la couverture sociale, conçue comme un droit de la citoyenneté. Les systèmes de protection sociale portés par cette conception garantissent au mieux les droits sociaux des citoyens et leur indépendance par rapport au marché, en favorisant le plein emploi par une politique active d’embauches publiques (notamment pour les femmes), par la délivrance de nombreux services gratuits et grâce à une protection sociale qui combine des droits universels et des prestations d’un montant élevé. Cette protection de haut niveau assure en retour une forte légitimité politique à ces systèmes de protection sociale qui bénéficient à tous. Les pays nordiques (Danemark, Suède, Finlande, Norvège et Islande) apparaissent comme ceux qui ont poussé le plus loin cette logique universelle. a) L’Etat y intervient tout d’abord par une forte offre d’emplois publics qui garantissent de nombreux services sociaux gratuits à tous les citoyens. b) La protection sociale y est aussi un droit de tous les citoyens, la plupart des prestations en espèce sont forfaitaires et d’un montant élevé, versées automatiquement en cas d’apparition d’un besoin social. c) Les salariés reçoivent cependant des prestations complémentaires au travers de régimes obligatoires de protection, à base professionnelle. Ces choix permettent non seulement d’accroître la légitimité du financement puisqu’un plus grand nombre d’individus ont potentiellement accès aux prestations, mais aussi de garantir une plus grande générosité et une plus grande efficacité des transferts que dans des systèmes basés sur des prestations dites ciblées. Au-delà du moindre effet de stigmatisation des bénéficiaires, cela se traduit par des garanties solides de remplacement du revenu à un niveau élevé ainsi que par l’accès gratuit à un ensemble de services qui sont financés collectivement. Les modèles nordiques peuvent être résumés ainsi :
LES EXEMPLES DES SYSTEMES NATIONAUX DE SANTE : DECENTRALISER ET METTRE EN CONCURRENCE
La décentralisation, axe prioritaire de réforme du système finlandais ; Une deuxième vague de réformes pragmatiques, marquée notamment par la responsabilisation des malades et le développement du secteur privé ; Des résultats globalement positifs
Un régime décentralisé étendant la liberté de l'offre et de la demande ; Améliorer la gestion ; Un effort d'évaluation et de mise en concurrence ; Un bilan satisfaisant
Une vaste décentralisation ; Des dispositifs d'évaluation étendus ; Des mesures globalement appréciées Ce modèle suédois repose notamment sur un Etat-providence très développé et généreux, caractérisé par un degré considérable d’uniformité et de transversalité des transferts et services sociaux. Les sources de financement de la protection sociale suédoise : Les transferts et services sociaux sont financés par un mixte d’impôt et de cotisations sociales qui représentent une des plus lourdes charges parmi les pays de l’OCDE ; ces transferts représentent environ 18% du PIB ( pour une moyenne de 13% dans l’OCDE) et peu de prestations sont soumises à des conditions de revenus, ce qui leur confère un caractère de généralité ou d’universalité assez marqué. La protection sociale est également en grande partie financée par les cotisations, essentiellement patronales ; Tout salarié doit verser une cotisation générale au taux de 7,00 % dans la limite de 7,5 fois le montant de base Au 1er janvier 2001, le plafond mensuel de base auquel il convient de se référer pour le calcul de la plupart des cotisations et des prestations est de 37 900 SEK (environ 4 500 € ) Le plafond est donc égal à : 37 900 x 7,5 = 284 250 SEK (environ 34 K€) . Les employeurs doivent verser des cotisations, selon les taux suivants applicables au 1er janvier 2002 : Assurance vieillesse : 10,21 % ; ; Pension de survivants : 1,70 % ; ; Assurance maladie : 8,80 % ; ; Assurance parentale : 2,20 % ; ; Accidents du travail : 1,38 % ; ; Marché du travail : 5,84 % ; ; TOTAL : 30,13 %L’assurance-chômage est financée, dans sa plus grande partie, au moyen de cotisations versées par l’employeur. Toutefois, l’Etat intervient aussi massivement par le biais de subventions destinées surtout au régime de la retraite de base (la part des contributions publiques y atteignait 48,9% en 1999). Ces subventions sont budgétisées et financées par les recettes fiscales. Fiscalité nationale :Tous les résidents en Suède acquittent, en principe, des impôts à l'Etat et aux collectivités locales : Les impôts permettent notamment le financement des services médicaux et des prestations de sécurité sociale. L'employeur prélève à la source l'impôt sur le salaire ; les travailleurs indépendants sont personnellement responsables du versement de leurs impôts. Les cotisations doivent être payées en même temps que l’impôt. A la fin des années 1990, a été introduit le prélèvement des cotisations sur le revenu général. Celles-ci ne représentent pour le moment qu’une partie minime du coût des assurances. Fiscalité locale : Les soins de santé en Suède sont du ressort des districts (Landsting), qui disposent à cette fin d’un droit propre de fiscalisation. L’aide sociale est financée par les impôts locaux. Pour la gestion de ces ressources, l’ensemble de la sécurité sociale en Suède est placée sous l’autorité du ministère de la Santé et des Affaires sociales (Socialdepartementet). Seule, l’assurance-chômage n’est pas intégrée au système public de protection sociale de ce pays.
Quelles que soient les mesures employées, il existe un consensus assez large pour dire que la Suède est l’un des pays qui réussit le mieux à égaliser les revenus et à réduire la pauvreté relative après impôts et transferts sociaux. Quand bien même la réforme de la fiscalité a réduit la progressivité de l’impôt sur le revenu, celle-ci reste importante et la combinaison impôts/transferts continue d’avoir un effet particulièrement marqué sur le revenu disponible ainsi que sur le niveau relatif de pauvreté ; c’est-à-dire la proportion d’individus dont le revenu est inférieur à un pourcentage du revenu médian ( par exemple, 50 ou 60%).
1212. La logique libérale des pays anglo-saxons : efficace, mais inéquitable. Le principe fondamental de gestion libéral de la protection sociale est de privilégier le marché plutôt que l’Etat dans les mécanismes d’allocation des ressources. Ses principales caractéristiques :
Ils favorisent de forts dualismes au sein de la société, entre le groupe de personnes les plus démunies, qui dépendent principalement des aides sociales souvent synonymes de stigmatisation, et le groupe des plus privilégiés qui peuvent assurer leur protection grâce au marché. Entre les deux, les classes moyennes sont partagées entre la peur de sombrer dans l’assistance et la coûteuse nécessité de s’assurer selon des mécanismes de plus en plus marchands.
Les pays typiques de ce régime :
Un régime libéral ; des risques persistants Régime fondé sur le marché, mais tendant à étendre sa protection sociale en faveur de certaines populations fragiles : Un exemple : extension de la couverture sociale en faveur des personnes âgées LES PROGRAMMES PUBLICS D’ASSURANCE : MEDICARE et MEDICAID A) Financement du Medicare (à soins médicaux des personnes Agées).Le système actuel est financé grâce à un impôt dédié de 12,4% payé à égalité par l’employé (6,2%) et par l’employeur (6,2%), les travailleurs indépendants payant 12,4% de leurs revenu. Cet impôt s’applique uniquement sur les premiers 94 200$ (en 2006) de revenus (earnings base). Ce taux et cette assiette sont fixés par la loi, son montant est revalorisé en fonction de l’accroissement moyen des salaires. L’argent recueilli est déposé dans des caisses particulières permettant de financer les prestations:
Le financement de la sécurité sociale n’est pas capitalisé (pay-as-you-go) : Les cotisations payées aujourd’hui par les actifs et autres recettes sont utilisées au fur et à mesure pour régler les prestations vieillesse aux retraités et à leurs ayant-droits. Origine des fonds Chiffres 2005 En G$ SOURCE: 2006 OASDI Trustees Report.
B) Financement du MedicAid (à Pauvres, exclus, qui n’ont pas les moyens de se soigner). Cotisations sociales assises sur les salaires, éventuellement plafonnés, aux taux de 1,45% au titre de la maladie. C) Managed care et concurrence aux Etats Unis, évaluation d’un mode de régulation L’organisation des soins est fortement marquée par le managed care, terme générique qui désigne tout système intégrant à la fois le financement et les prestations de soins.En 2000, plus de 70 % des Américains sont inscrits dans un plan de managed care, soit par le biais de leur employeur, soit individuellement, soit encore dans le cadre des programmes publics d’assurance Medicare et Medicaid pour les personnes âgées, les personnes handicapées et certaines familles pauvres avec enfants. Le fort développement du managed care durant les dernières années a profondément modifié les relations entre les différents acteurs du système de santé avec la mise en place d’instruments de régulation incitatifs du côté de l’offre et de la demande. - Quel rôle a joué, dans le ralentissement de la croissance des dépenses de santé aux Etats-Unis, la politique de rationalisation de la production des biens et services médicaux menée par les organismes de managed care ? - Ces derniers n’ont-ils pas été trop loin dans leur politique de restriction d’accès aux soins ? - Quel a été, en particulier, l’effet de la généralisation du managed care sur la qualité des soins ? C) Financement de l’assurance chômage : l’" experience rating ".La définition : Modulation individualisée des cotisations sociales dues par les entreprises en fonction de l’historique des coûts qu’elles ont exposées aux régimes sociaux, désignée dans le monde anglo-saxon par le terme " experience rating "Appliqué à l’assurance chômage, le système d’experience rating suppose que les entreprises ont une marge de manœuvre dans leur politique de licenciement et donc qu’une modulation des cotisations peut inciter les entreprises à limiter les fluctuations de leurs effectifs. Aux Etats Unis, les cotisations employeurs sont modulées en fonction des coûts, selon trois modalités différentes :
Pour chaque entreprise, on calcule le solde entre les versements de cotisations et les allocations versées aux ex-employés de cette entreprise. Ce solde, cumulé année après année, est divisé par la masse salariale imposable sur les trois dernières années. Ce ratio est alors comparé au barème de l’année et on en déduit les cotisations .
C’est le ratio entre les allocations versées aux ex-employés de l’entreprise et sa masse salariale imposable sur les 3 ou 5 dernières années. Ce ratio est ensuite comparé au barème de l’année.
Les salaires des ex-employés (et non les allocations versées) sont rapportées à la masse salariale imposable. Ce ratio est ensuite comparé au barème en vigueur afin de déterminer le taux de cotisation. Cette modulation en fonction du coût effectif des licenciements risque néanmoins d’avoir des effets discriminatoires envers les travailleurs qui ont le risque de chômage le plus élevé. Pour les salariés , cotisations chômage assises sur les salaires, éventuellement plafonnés, aux taux de 0,8%.
Un régime mixte cherchant à concilier efficacité économique et qualité sanitaire ; Un service national de santé recourant au secteur privé ; Des réformes recherchant l'efficacité de gestion et la qualité
Une décentralisation contractualisée, focalisée sur l'amélioration de l'accès aux soins ; Une large décentralisation ; Une mise en concurrence accrue ; Des moyens de contrôle multiples
Le système préconisé par Lord Beveridge a été progressivement mis en place par plusieurs lois instituant :
De 1948 à 1979, plusieurs réformes ont été réalisées afin de nuancer le principe d'uniformité des prestations et d'améliorer la situation des assurés tout en tenant compte de la diversité des situations individuelles. Il s'agit notamment de la création :
Par la suite, le gouvernement de Mme Thatcher n'a pas confirmé cette tendance et a préféré revenir à des prestations forfaitaires. Parmi les mesures prises à cette époque figurent :
Le 1er avril 1991 est entrée en application la réforme du N.H.S. qui introduit dans le système de soins la concurrence dans le but d'offrir au public des services plus efficaces. Le financement de la protection sociale au Royaume Uni : Ce système de protection sociale est en grande partie financé par l’impôt, alors que Beveridge militait pour la cotisation sociale. Au total, il y a une égalité entre contributions publiques (47,9%) et les cotisations sociales (51,4%) équitablement réparties entre salariés et employeurs. Le Royaume Uni a choisi de distinguer le financement :
Fondateur du système beveridgien en 1945, le système de protection sociale anglais repose encore sur le principe de l’universalité [soins de santé (NHS), prestations familiales, risque accident du travail et régime d’assistance chômage], ces risques étant presque entièrement à la charge financière des autorités publiques (è Sont financées par l’impôt :
En dehors des allocations familiales financées directement par l'Etat, trois fonds distincts sont utilisés pour financer les dépenses sociales :
Les personnes qui n’ont pas pu suffisamment cotiser à l’assurance nationale perçoivent des prestations sous conditions de ressources (income support). Les personnes qui ne contribuent pas à un système d’assurance complémentaire sont prises en charge par le système d’assistance qui reste très important au Royaume-Uni. L'assistance nationale doit rester complémentaire et limitée. Elle doit s'appliquer : aux personnes qui ne remplissent pas ou plus les conditions d'ouverture de droits à l'assurance, à celles qui ont des besoins spécifiques (par exemple en matière de soins), à celles qui sont dans le besoin pour des risques qui ne relèvent pas d'une assurance (par exemple certaines formes d'abandon ou de séparation) B) Pour les autres risques [prestations maladie en espèces, invalidité, vieillesse, assurance chômage], le principe de l’assurance prédomine (è Financement par cotisations sociales). Le financement est assuré intégralement par les cotisations sociales (logique assurantielle), le régime général de Sécurité sociale administré par l’Etat étant financé par des cotisations obligatoires complétées par des cotisations facultatives ; il n’est obligatoire que sous un plafond de ressources. L'ensemble des cotisations est affecté indistinctement à tous les risques couverts. Il y a une cotisation globale pour tous les secteurs, avec un taux de cotisation variable selon les salaires. Pour le salarié, il n’y a pas de cotisations pour un revenu inférieur à 57 £ par semaine. Si l'assurance nationale couvre toute la population, les assurés sont, depuis le 1er avril 1995, répartis pour l'effort contributif en quatre catégories selon leur statut :
Elle concerne les salariés dont les revenus excèdent le seuil hebdomadaire de 57 £ . Les cotisations sont retenues directement par l'employeur sur le salaire versé à l'employé. Le taux des cotisations, salariales et patronales, varie selon la rémunération. Pour les cotisations salariales, il y a un plancher et un plafond, mais les cotisations patronales sont dues sur la totalité du salaire. Par ailleurs, les cotisations, salariales et patronales, sont réduites lorsque les employeurs ont choisi de financer la retraite complémentaire en dehors du système national public. b) la catégorie n° 2 La catégorie n° 2 regroupe les travailleurs indépendants qui sont redevables d'une cotisation hebdomadaire fixe. c) la catégorie n° 3 Les cotisations de cette catégorie, payables par les salariés, les travailleurs indépendants ou les non-actifs sont des cotisations volontaires dont le montant hebdomadaire est fixe : Elles concernent surtout les personnes qui ne relèvent pas des autres catégories ou dont les cotisations ordinaires ne sont pas suffisantes pour l'ouverture du droit à certaines prestations contributives. Les non-salariés doivent verser un montant forfaitaire de 5,75 £ par semaine. Toutefois, ceux dont les revenus annuels sont inférieurs à 3 260 £ n'ont pas à payer de cotisations. d) la catégorie n° 4 Les assurés de cette catégorie sont les travailleurs indépendants, non-salariés dont les revenus annuels excèdent 6 640 £ par an ; leur cotisation est de 7,3 % des revenus compris entre 6 640 £ et 22 880 £ par an.
C) Toutefois, existe un fort recours à la privatisation quand cela est possible :
En effet, dans la conception beveridgienne de la protection sociale, l’amélioration éventuelle du niveau de protection est laissée à l’initiative des intéressés et relève de l’assurance privée (plus le niveau de protection "égalitaire" est bas, plus cela renforce le poids des assurances et donc des inégalités). La gestion de la protection sociale britannique : L'ensemble du système public de protection sociale, fortement unifié, est géré uniquement par l’appareil administratif de l’Etat central, sans intervention des partenaires sociaux, et contrôlé par le Parlement. Un établissement public national, le National Insurance Contributions Office, placé sous l'autorité directe du ministre des Finances (Inland Revenue) est chargé de la collecte et de la gestion des cotisations. Seules les assurances vieillesse complémentaires échappent totalement à la gestion étatique . En effet, bien qu'obligatoires, elles sont laissées au libre choix des futurs retraités. Il s'agit donc dans ce cas particulier d'une gestion concurrentielle.
La Suisse : accroître la concurrence, sans renoncer à la solidarité ;Un régime cherchant à allier liberté et solidarité, mais confronté à un problème de coût ; Des mesures tendant à faire davantage jouer la concurrence, à mieux responsabiliser les assurés et à alléger les charges de certaines catégories de revenus moyens Le Japon : des augmentations successives de tickets modérateurs ; une situation démographique marquée par le vieillissement de la population.
122. Les systèmes inefficaces. C’est dans les pays du centre du continent européen (l’Allemagne, la France, le Benelux et l’Autriche) que la tradition bismarckienne des assurances sociales est la plus forte. Cette conception de la protection sociale, organisée à partir d’une vision catégorielle de la société, vise beaucoup moins la réduction des inégalités que :
C’est la performance sur le marché du travail, la situation dans l’emploi qui doit déterminer le niveau de protection sociale offert à chaque bénéficiaire. Le niveau des prestations sociales est lié au niveau du salaire de l’assuré. La générosité relative des prestations sociales, contributives, servies au salarié (le plus souvent masculin) garantit aux assurés sociaux une certaine indépendance par rapport au marché en cas de réalisation d’un risque social. Dans cette logique, les individus sont dépendants du " salaire familial ", des droits sociaux associés au salaire du salarié et à ses ayants droit, garantis par son statut. La dépendance par rapport au marché est ici indirecte dans la mesure où le niveau des prestations sociales délivrées par ces systèmes est lié à la situation dans l’emploi (ainsi qu’à la situation familiale). L’universalité de la couverture sociale est alors fonction de la capacité de la société d’assurer ou non le plein emploi. Les assurances sociales sont obligatoires, sauf dans le cas de la santé pour les revenus les plus élevés en Allemagne et aux Pays-Bas.
Dans les pays où les cotisations sociales financent la protection sociale dans une large mesure, le financement est dit assurantiel selon le modèle Bismarckien du 19e siècle. L’essentiel des sources de financement des assurances sociales est constitué des cotisations doubles. (la France a longtemps battu tous les records avec près de 80% du système financé par les cotisations sociales jusqu’en 1996). Les cotisations sociales sont en effet pour une part à la charge des employeurs, et pour une autre part à la charge des personnes protégées (salariés, travailleurs indépendants, retraités et autres personnes).
Ces prestations se sont multipliées ces dernières années, sans pour autant former un ensemble cohérent et standardisé (il existe en France huit minima sociaux différents).
Les modèles d’assurance de type bismarckien : accroître la responsabilité des assurés, la concurrence et l’efficacité de gestion.
Les sources de financement de la protection sociale en Allemagne : La part des cotisations sociales représente encore 66,1% des recettes de protection sociale, dont 37,4 points sont financés par les employeurs et 28,7 par les salariés. La part des cotisations sociales a cependant tendance à diminuer (en 1990, les cotisations sociales représentaient 72% des recettes, contre 2/3 en 1999). Cette évolution est commune à tous les pays européens. L’Etat finance intégralement les prestations familiales : il n’y a pas de contribution spécifique.
L'Allemagne est restée fidèle à la tradition bismarckienne pour la gestion de sa protection sociale :
Dans le domaine de l’assurance chômage, les pouvoirs publics forment le troisième groupe. L’autonomie de gestion dans les caisses subsidiaires est effectuée exclusivement par les représentants des assurés.
Un nécessaire aggiornamento, qui gagnerait à s'inspirer des enseignements étrangers
Ils ont tenté une synthèse des deux modèles : bismarckien et beveridgien. C’est pourquoi, si leurs traits principaux se rapprochent du modèle continental (assurances sociales pour les prestations de garantie de revenu), ils présentent cependant des aspects spécifiques :
LES SYSTEMES MIXTES D'EUROPE DU SUD : DECENTRALISATION, RESPONSABILISATION, LIBERALISATION L'Italie : entre régionalisation et responsabilisation. Régionaliser, Responsabiliser,des résultats mitigésL'Espagne : une gestion décentralisée où le secteur privé occupe une place importante : Une gestion décentralisée ; Un secteur privé important ;Des difficultés de financement appelant des mesures complémentairesLe Portugal : un partenariat public/privé axé sur l'amélioration de la qualité et de la gestion ; Un système mixte présentant des insuffisances ; Des objectifs de réforme ambitieux ; Des mesures diversifiées, focalisées sur l'amélioration de la qualité et de la gestion ; Une évaluation encore incertaine, eu égard au caractère récent des mesuresUn régime grec pluriel, dont la gestion a été améliorée ; Un dispositif offrant une large part au secteur privé ; De meilleures conditions de gestion et de concurrence ; Vers une rationalisation du système
L’histoire extrêmement mouvementée et chaotique de leur protection sociale permet difficilement d’identifier un ensemble de traits communs et distincts. Il est cependant possible de rappeler les grandes étapes de leur histoire. Avant le seconde Guerre Mondiale , les pays d’Europe centrale avaient commencé à développer des régimes d’assurance sociale de type bismarckien.Après la seconde Guerre Mondiale , sous l’emprise soviétique,c’est Le premier droit social qui est garanti est l’emploi pour tous. L’ensemble des autres droits sociaux (accès aux soins de santé, prestations familiales en espèces, mais aussi en service de prise en charge des enfants, pension d’invalidité et de retraite) est aussi garanti à tous les citoyens par l’Etat, mais mis en œuvre le plus souvent par les entreprises nationalisées (les centres de santé, les crèches sont mises en place dans les grandes entreprises, qui sont aussi chargées parfois de verser les pensions). Avec la chute du Mur (1989) , l’ensemble des dispositifs existant va être remis en cause, notamment par la privatisation des entreprises, mais aussi par la montée du chômage.Dans un premier temps, au tout début des années 90, la plupart de ces pays vont adopter des lois sociales relativement généreuses, prévoyant la mise en place d’un système d’allocation chômage, le paiement des pensions de retraite, le droit à la santé, l’aide aux familles, etc. Mais la plupart des pays vont bien vite se retrouver dans l’incapacité de payer les prestations promises. Endettés, une grande partie d’entre eux vont avoir recours aux aides du FMI et de la Banque Mondiale, vers le milieu des années 90. Ces aides seront soumises à conditionnalité, clauses ou exigences parmi lesquelles on trouvera l’obligation de privatiser une partie des systèmes de retraite et de santé, l’Etat devant se contenter d’une intervention minimale destinée aux plus pauvres (modèle libéral de protection sociale promu par la Banque mondiale notamment). Le degré de privatisation des systèmes de protection sociale de ces pays est aussi fonction de leur niveau d’endettement (et donc de leur dépendance aux organisations financières internationales). Cependant, avec la préparation de l’accession à l’Union Européenne et/ou avec le rejet politique de méthodes néo-libérales brutales (type thérapie de choc en Pologne), certains pays ont parfois cherché à améliorer leur protection sociale publique, leur capacité dans ce domaine dépendant à la fois de leur capacité institutionnelle (à lever des impôts ou des cotisations sociales, à cibler les bénéficiaires, à verser les prestations, etc.), et de leur capacité budgétaire (niveau de croissance économique et d’endettement de l’Etat). La plupart des nouveaux Etats membres d'Europe centrale :Des réformes courageuses, favorisant la responsabilité individuelle et les mécanismes de marché ; Une première vague de réformes partielles n'ayant pu juguler les dérives des systèmes étatisés ; Un nouveau mouvement de réformes tend à s'engager, axé sur la responsabilisation des acteurs et la mise en concurrence
211. Les institutions européennes n’ont jamais eu de compétences importantes pour traiter des questions de politique sociale. Malgré une volonté initiale d’harmoniser les différents systèmes européens de protection sociale, la Commission Européenne n’en a jamais reçu les compétences législatives nécessaires, excepté pour organiser la coordination des systèmes de Sécurité sociale pour les travailleurs migrants. La Sécurité sociale est un aspect essentiel de l'exercice du droit fondamental à la libre circulation des personnes. Sans une coordination au niveau européen, l'application des divers régimes nationaux de Sécurité sociale pourrait porter préjudice aux droits de Sécurité sociale des citoyens européens et aux membres de leur famille qui se déplacent à l'intérieur de l'Union européenne. Une véritable liberté de circulation nécessite la protection de ces droits. C’est l’objet du règlement No 1408/71 et de son règlement d'application No 574/72 qui traitent des problèmes transfrontaliers surgissant en matière de Sécurité sociale. Ils ont pour objectif de coordonner les différents régimes de sécurité sociale des pays signataires, en vue de favoriser notamment la mobilité sociale.Selon le principe de subsidiarité, chaque Etat membre est resté maître de son système de protection sociale. Les systèmes de protection sociale se sont développés dans une optique et dans un cadre national : il est encore nécessaire de parler DES systèmes de protection sociale européens et non d'un système, car les Etats de l'Union Européenne ont engagé très peu d'efforts d'harmonisation de ceux-ci. Cependant, il semble aujourd'hui difficile de ne pas prendre en compte la dimension géographique européenne et les efforts déployés pour permettre une certaine convergence des systèmes nationaux en Europe. Face aux défis précités, un processus de réflexion a été entamé par l'Union européenne au travers de règlements spécifiques. Ceux-ci ne visent pas à harmoniser mais à coordonner les systèmes de sécurité sociale des Etats membres, c'est-à-dire qu'ils ne remplacent pas les divers systèmes nationaux de sécurité sociale par un système européen unique. Ainsi, les Etats membres sont libres de déterminer les détails de leurs systèmes de sécurité sociale, y compris les prestations qui sont accordées, les conditions d'octroi et les montants, tant qu'ils respectent le principe fondamental de l'égalité de traitement et de non-discrimination L'Union Européenne a commencé à promouvoir une collaboration plus étroite entre les États membres en matière de modernisation des systèmes de protection sociale. Cette coopération passe par :
Au sein des Etats sur le territoire desquels le règlement (CEE) n° 1408/71 est applicable, on rencontre une grande diversité de systèmes de protection sociale. Cette diversité est d’autant plus accentuée que les systèmes de recouvrement des cotisations sociales sont différents eux aussi, selon les pays :
212. La construction européenne souhaite favoriser la convergence vers le haut des systèmes de protection sociale européens, lesquels font partie intégrante du modèle social européen, en fixant des objectifs communs aux Etats membres en matière de protection sociale :
Les caractéristiques du marché du travail diffèrent considérablement de celles qui prévalaient au moment où les États membres ont créé leurs systèmes de protection sociale (taux de chômage élevé dont une forte proportion de jeunes, de femmes et de chômeurs de longue durée, interruptions de carrière, structure des ménages en évolution, émergence de nouvelles formes de travail etc.). Les systèmes de protection sociale doivent donc fournir une aide active aux travailleurs et aux demandeurs d'emploi, notamment en favorisant la capacité d'insertion professionnelle et d'adaptation, tout en introduisant de fortes incitations en faveur de l'emploi et d'un travail plus avantageux par :
L'objectif fondamental est de garantir à chacun une retraite adaptée et dont le financement soit garanti. Cela peut passer par la recherche d'un équilibre entre système de capitalisation et système par répartition. La Commission estime donc qu'il faut :
La protection sociale joue un rôle crucial, en combinaison avec d'autres moyens d'action, dans la lutte contre l'exclusion sociale et la promotion de l'intégration sociale. Les systèmes de protection sociale doivent :
En effet, chacun doit pouvoir bénéficier des politiques visant à améliorer les soins de santé. Il est donc important de :
Il en ressort quelques enjeux majeurs :
La mise en œuvre du marché unique européen puis de l'union économique et monétaire se nourrit de paradoxes. Il est souvent annoncé qu'il faut faire l'Europe pour défendre aussi la spécificité de son modèle social, qu'aucune autre région du monde n'a réussi à mettre en place de façon aussi complète. Pourtant , la richesse du patrimoine social européen commun, au-delà de sa diversité, est aujourd'hui menacée par la priorité donnée dans la construction européenne à des objectifs purement économiques :
Cette toute-puissance du marché permet au discours libéral de devenir la norme : Seul le régime libéral de protection sociale, résiduel, laissant la part belle au marché, y compris dans les mécanismes de protection sociale, semble adapté et ne pas constituer un obstacle à la compétitivité de l'économie européenne. Ainsi, chaque pays d'Europe met progressivement en place des politiques nationales de recul de la protection sociale. P. Taylor-Gooby et V. George, deux chercheurs britanniques, ont mis en évidence les différentes caractéristiques de cette dynamique de recul. La liste est longue, mais significative :
Les évolutions récentes du système français de protection sociale ne sont donc pas spécifiques, elles s'observent dans l'ensemble de l'Union européenne. Cette dynamique libérale de la transformation de la protection sociale risque fort de renforcer la dualisation sociale et, à terme, de remettre en cause l'essentiel du patrimoine social européen. L'histoire montre que la mise en place de grands programmes sociaux ne s'est jamais faite sans des mobilisations politiques et sociales importantes, qu'il s'agisse des premières victoires des socialistes dans l'Allemagne de Bismarck, de la force des mouvements ouvriers et des classes moyennes dans les pays scandinaves entre les deux guerres ou bien du contexte politique de l'après-guerre dans la plupart des pays européens continentaux, marqué par la force du mouvement ouvrier ou social-démocrate, la faiblesse du patronat (souvent disqualifié par la collaboration) et la volonté de l'Etat de refonder le contrat social. Seule une mobilisation sociale étendue à toute l'Europe, portée par des mouvements politiques et sociaux organisés à l'échelle européenne, susceptibles de contribuer à l'élaboration de projets politiques communs, permettra d'orienter la construction européenne vers la refondation d'un Welfare state européen.La construction économique européenne a de plus en plus de conséquences indirectes et négatives sur les politiques sociales nationales, au point qu’il a été jugé nécessaire d’organiser au niveau européen une coordination des politiques de protection sociale. Dans le cadre de cette " méthode ouverte de coordination ", de nouvelles orientations sont définies, qui, faute d’une mobilisation suffisante des acteurs sociaux, pourraient guider les réformes nationales vers un modèle d’Etat-providence minimal. Si une intégration directe et explicite des politiques sociales n’est pas apparue possible, chaque étape de l’intégration économique européenne a eu des conséquences de plus en plus négatives en matière sociale.
L’application de ces quatre libertés et du droit de la concurrence pouvait entrer en conflit avec l’organisation de la protection sociale, dans la mesure où les organismes de protection sociale ont le plus souvent le monopole des prestations.
En 1993, la CJCE a cependant conclu que les caisses de sécurité sociale n’étaient pas des entreprises et que l’obligation d’affiliation n’était pas contraire au droit de la concurrence . La mise en œuvre des libertés de prestation de service et de circulation des marchandises a elle aussi fait l’objet d’arrêts ayant des conséquences sur les systèmes d’assurances sociales. Ces libertés concernent le domaine des transports, assurances, des banques, etc. …Les arrêts Kohll et Decker de 1998 amènent à y inclure les prestations de santé Cependant, cette jurisprudence n’a pas encore eu d’implication visible au niveau des politiques nationales de réorganisation des systèmes de protection sociale. Les effets de la mise en place du marché unique restent donc encore limités du fait que la jurisprudence de la CJCE réserve toujours un statut spécifique aux organismes de protection sociale légaux et leur reconnaît un monopole légitime. En revanche, la préparation de la monnaie unique et le pacte de stabilité ont eu un impact plus négatif sur les systèmes de protection sociale.
La préparation de la monnaie unique a entraîné une série de réformes visant la réduction des dépenses sociales. L’adhésion à la monnaie unique était conditionnée par le respect de critères de convergence économique inscrits dans le traite de Maastricht ;
Du fait de ces critères, élaborés et acceptés par les pays membres, il n’est plus possible d’utiliser les dépenses sociales pour relancer l’activité économique par une augmentation du pouvoir d’achat comme cela était le cas auparavant. Les politiques sociales apparaissent dorénavant comme des coûts, dont il s’agit de contrôler l’augmentation si l’on veut respecter les critères de Maastricht, puis du pacte de stabilité et maintenir la compétitivité des produits nationaux (faute de pouvoir jouer sur les taux de change). Désormais, l’impératif de réduction des déficits sociaux relève donc des engagements européens des Etats membres. Ainsi, en France, la " nécessité de respecter les critères de Maastricht " a été pour beaucoup dans l’annonce du Plan Juppé de novembre 1995.
Au milieu des années 1990 , de nombreux pays européens (Pays-Bas, Irlande, Danemark, Espagne, Italie notamment) ont conclu à des pactes sociaux nationaux visant à garantir modération sociale et acceptation des réformes des systèmes de protection sociale dans le cadre du respect des critères de Maastricht.La perspective de la monnaie unique a donc imposé de réduire les déficits publics et parmi ceux-ci les déficits sociaux. Des mesures douloureuses (augmentation des prélèvements mais surtout réduction du niveau des prestations) ont été prises.
Avec le Pacte de Stabilité qui est venu succéder aux critères de Maastricht, l’objectif de contrôle voire de réduction des dépenses publiques est affiché encore plus explicitement. Parmi les dépenses publiques, celles qui augmentent le plus vite sont les dépenses sociales. Dans ce contexte, après 1995, les acteurs économiques des institutions européennes (Direction générale économique et financière ; Comité de politique économique) ont pris prétexte du fait qu’ils devaient contrôler que les Etats membres respectaient les termes du pacte de stabilité pour critiquer les gouvernements qui laissaient filer leurs dépenses publiques sociales. Alors même qu’aucun traité n’accordait de compétence aux institutions européennes pour définir les orientations en matière de politique sociale, ces acteurs économiques multiplient les rapports soulignant les difficultés démographiques à venir, les risques d’explosion des dépenses de santé et de retraite. Pour y faire face, ils suggèrent de plus en plus explicitement des solutions, des " réformes structurelles ", qui sous-entendent une bonne part de privatisation des systèmes de retraite et de santé. Devant les assauts de ces secteurs économiques, (soutenus par les groupes d’intérêts patronaux, les assureurs et les Institutions financières qui aimeraient voir s’étendre et s’intégrer au niveau européen le marché de la protection sociale privée), les acteurs sociaux des institutions européennes (Direction Générale de l’Emploi et des Affaires Sociales, notamment) ont commencé à tirer la sonnette d’alarme :l’idée que les politiques nationales ne sont que du ressort national apparaît de plus en plus comme une fiction, et si on laisse les choses en l’état, ce sont les acteurs économiques européens qui vont s’occuper de politiques sociales, ce qui n’est un gage ni de générosité, ni de justice sociale….
Au même moment, (entre 1996 et 1997), des dirigeants sociaux-démocrates ou socialistes arrivent au pouvoir dans de nombreux pays européens (Tony Blair, Lionel Jospin, Gerhard Schröder notamment). C’est dans cette conjoncture que le rapport entre l’Europe et la protection sociale commence à s’inverser. Jusque là, ceux (pays scandinaves, Allemagne, France...) qui voulaient préserver leur propre modèle social pensaient préférables de le garder sous leur autorité. Les mêmes réalisent alors qu’il vaut mieux confier certaines prérogatives positives aux institutions européennes, avec l’objectif de préserver (mais aussi de réformer) le modèle social européen, plutôt que de voir celui-ci remis en cause par les processus et acteurs de l’intégration économique européenne. Ainsi, un titre emploi est-il intégré dans le Traité d’Amsterdam (adopté en 1997), signifiant que l’objectif de plein emploi fait partie des politiques européennes. De même, Lionel Jospin accepte-t-il en juin (1997) de signer ce traité d’Amsterdam à la condition qu’un sommet exceptionnel consacré aux politiques d’emploi soit organisé.Cela sera fait fin 1997, quand sera lancé " le processus de Luxembourg ", qui vise à coordonner les politiques d’emploi des pays de l’Union européenne. L’objectif n’est pas d’imposer des politiques particulières mais de définir en commun des orientations partagées, des lignes directrices. Chaque pays cherche à les mettre en œuvre à sa façon, mais doit rapporter tous les ans le contenu des mesures prises et les soumettre à l’évaluation de ses partenaires. A l’initiative du gouvernement portugais, au printemps 2000, cette démarche, intitulée alors " méthode ouverte de coordination ", a été étendue à d’autres domaines sociaux, comme celui des retraites, de la lutte contre l’exclusion, ou des systèmes de santé. Désormais, les nouvelles normes qui guident les réformes des systèmes nationaux de protection sociale tendent donc à être définies en partie au niveau européen. Ces normes visent à rendre la protection sociale plus favorable à l’emploi, aussi bien par la baisse des charges sociales, une plus grande flexibilité des marchés du travail, une amélioration de la qualité de l’emploi que par une activation des dépenses sociales (augmentation des dépenses de " formation tout au long de la vie ", mise en place d’incitation à l’activité en échange de prestations). En matière de retraite, l’objectif est notamment de passer d’un taux d’emploi moyen européen de 30% en 2001 à 50% d’ici 2010 pour les travailleurs âgés de 55 à 64 ans (37 ,5% en France).On voit l’influence croissante de ces normes européennes quand on écoute les options aujourd’hui défendues par le gouvernement français, qui veut mettre fin aux préretraites, ou bien favoriser la formation tout au long de la vie. Ces normes sont censées représenter un compromis pour à la fois moderniser la protection sociale, l’adapter aux nouvelles conditions économiques et sociales, et pour refonder et préserver le modèle social européen. Le processus en étant à ses balbutiements, rien ne laisse encore présager d’un résultat absolument néfaste pour la protection sociale. Cependant, ces normes font l’objet d’intenses négociations entre pays et entre acteurs ; Tout comme les sociaux-démocrates, les organismes de protection sociale ou bien les syndicats de salariés ont longtemps été réticents (et le sont encore souvent) à participer aux débats européens. Mais les compétences en matière de politique sociale passant au niveau européen, il semble urgent de renoncer à l’isolationnisme souverainiste en matière sociale pour investir les instances et forums européens afin de défendre une vision positive, solidaire et universelle des politiques sociales de l’avenir. Faute de quoi, ce sera la version minimaliste et résiduelle qui l’emportera. Après la seconde guerre mondiale, l’idée maîtresse de l’Etat providence français est de procurer, grâce à la Sécurité sociale , un revenu différé " au travailleur et à sa famille " afin de les protéger contre les aléas de la vie. A l’époque, les économistes font le pari que ces ressources complémentaires vont soutenir la consommation intérieure, donc la croissance, donc l’emploi. Cet effet vertueux ne résistera pas à la mondialisation. Si la consommation intérieure reste un moteur, les exportations en deviennent un autre qui exige des entreprises une compétitivité accrue. Du coup, les patrons ne voient plus d’un même œil les cotisations qu’ils versent au pot commun : elles deviennent des charges supplémentaires qui alourdissent le coût du travail. Les libéraux qui prennent le pouvoir dans les années 1980, entreprennent une campagne de recul de la protection sociale. M. Thatcher, par exemple, diminue drastiquement les dépenses du National Health Service. Les Etats-Unis prônent " l’Etat-Providence résiduel ".
311. Les libéraux font quatre reproches à une protection sociale assurée par les cotisations sociales. Répartition des sources de financement de la protection sociale (En %)
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Contributions publiques (Impôts) |
Cot. Soc. Employeur |
Cot. Soc. Salarié |
Autres (Dont fonds privés) |
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UE 25 pays |
37,0% |
38,9% |
21,0% |
3.10% |
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UE 15 pays |
36,9% |
39,0% |
21,0% |
3,10% |
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Zone Euro 12 pays |
32,8% |
41,2% |
22,6% |
3,40% |
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Allemagne |
34,6% |
36,3% |
27,5% |
1,60% |
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Royaume Uni |
49,5% |
32,7% |
16,2% |
1,60% |
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Suède |
48,8% |
40,6% |
8,8% |
1,8% |
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Etats Unis |
> 40% |
Source : Eurostat.
Cercle vicieux :
Cercle vicieux :
La mondialisation depuis les années 80 met les Etats en concurrence dans la captation de l’épargne et de l’emploi. La crédibilité financière est un atout pour attirer les capitaux. Or, les déficits budgétaires et le déficit de la Sécurité sociale en France sont dommageables à cette crédibilité. Les critères de Maastricht cherchent notamment à réduire ces déficits en vue d’une monnaie unique forte et internationale. Les firmes multinationales (FMN) ont désormais les moyens d’être sélectives. Le coût du travail, la flexibilité salariale et la politique fiscale et sociale sont des enjeux au cœur des débats portant sur la délocalisation des FMN. C’est la compétitivité, l’attractivité des pays d’Asie qui semblent plaider en faveur d’un recul de la protection sociale en Europe. D’après, respectivement, les théorèmes HOS et Stolper Samuelson, cette concurrence est à l’origine du chômage des salariés peu qualifiés et de l’égalisation de leurs rémunérations afin de restaurer compétitivité et échange. L’existence de mécanismes qui entrave ces baisses de salaires peut être considérée comme à l’origine de la perte de compétitivité des pays occidentaux et de leur chômage.
La montée très forte des prélèvements sociaux dans le total des prélèvements obligatoires est souvent remise en cause par les organisations internationales comme l’OCDE. D’une manière générale, le poids des prélèvements sociaux est dénoncé :
L’augmentation des prélèvements sociaux (dépenses médicales en hausse, chômage en progression, pensions de retraite en augmentation), est d’autant plus contestée que les sources de financement de la protection sociale se sont taries peu à peu avec la forte diminution de la croissance, entraînant une progression importante des déficits sociaux. Enfin, l’apparition de théories libérales dans le champ de l’économie publique a conduit à une remise en cause de cette tendance à l’inflation des dépenses
Toutes ces critiques conduisent à des demandes renouvelées de privatisation de la protection sociale, d’introduction de la concurrence, de la relance du débat sur les mérites respectifs de la répartition / capitalisation et de diminution du poids de l’Etat providence.
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Taux de pauvreté(<= 60% de la médiane) 1998 |
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Total |
Dont politique familiale | |||
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Suède |
32,9% |
3,5% |
10% | |
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France |
30,3% |
3,0% |
18% | |
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Allemagne |
29,6% |
3,0% |
16% | |
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Royaume-Uni |
26,9% |
2,4% |
21% | |
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Etats Unis |
moins de 15% |
nd |
12,7% en 2004 *** |
Source : Eurostat*** Pour les Etats Unis : http://aspe.hhs.gov/poverty/05poverty.shtml
Entre
il y a, à l’évidence, deux choix de société. Le modèle social en faveur duquel arbitre chaque pays se traduit par un niveau et une répartition de la dépense publique très différents. Après avoir presque doublé entre 1960 et 1980, puis légèrement progressé au cours de la décennie suivante, les dépenses publiques à caractère social diminuent depuis 1993. A l’inverse, les Etats-Unis consacrent aux objectifs sociaux des sommes beaucoup moins importantes que ne le laisserait supposer leur niveau de revenu. Le système américain transfère " toute l’insécurité à ceux qui sont les moins capables de l’assumer ", les moins qualifiés, ceux du bas de l’échelle. C’est la fin du régime social de la grosse entreprise qui paie bien et offre des garanties. Ainsi, les difficultés financières de General Motors l’ont contraint à réduire de 1 G$ ses versements pour l’assurance maladie de ses 106 000 salariés et de son million de retraités. Ce n’est qu’un exemple de cette politique qu’appliquent les autres constructeurs automobiles, les compagnies aériennes, le pétrole, la sidérurgie ou la chimie. Le bon ouvrier de ces secteurs traditionnels, figure centrale de la fameuse classe moyenne américaine, se retrouve privé de couverture sociale. Il va lui falloir cotiser directement à ses frais pour une assurance santé. Les plus faibles et les plus imprudents vont rejoindre les 45 millions d’américains qui n’ont plus aucune assurance sociale. Pour les retraites, il existe un minimum (cf. supra), versé par un organisme fédéral. Mais celui-ci, financé par les cotisations des entreprises, est lui-même en très grave déficit. Le système social américain est donc beaucoup moins durable que la croissance.
32. Les difficultés de la protection sociale en Europe génèrent des réformes en profondeur et de nouvelles formes d’intervention sociale.. 321. Les difficultés de financement incitent les différents pays à diversifier les ressources de la protection sociale 3211. Par la mise en œuvre de nouvelles sources de financement.
Ainsi, en Allemagne, la baisse des cotisations sociales a été réalisée par l’allégement du coût du travail sur les bas salaires et par le remplacement d’une partie des cotisations retraite par une écotaxe pesant sur les entreprises. Cette taxe écologique prélevée sur les activités polluantes et affectée aux dépenses sociales a été créée en 1998. D’un rendement annuel de 1,3 G€, elle alimente un fonds de pension.
C’est une des solutions qui est de plus en plus suivie par les pays occidentaux :
Depuis plusieurs années, des institutions internationales comme l'OCDE, le FMI et l'Union européenne recommandent de retarder l'âge de la retraite. Pour eux, allonger la période de cotisation et raccourcir le temps de retraite est le seul moyen pour rééquilibrer les systèmes nationaux, qui ne peuvent supporter en l'état l'allongement de la durée de vie et la courbe démographique. La réforme allemande : Augmenter la contribution des assurés et rationaliser les dépenses ; Une augmentation générale de la contribution des malades ; Une diminution globale des prestations ; Une amélioration du fonctionnement du système de santé ; Des voies d'économies substantielles, mais un système dont l'efficacité est encore jugée insuffisante Une autre réforme (dite Réforme Riester, du nom du Ministre du Travail et des Affaires sociales) vise non plus à remplacer des cotisations par des impôts, mais à les remplacer par des contributions privées volontaires : c’est le cas de la réforme allemande des régimes de retraite. En 2001, a été introduit une part de capitalisation dans les retraites. Le gouvernement allemand s’est fixé quatre objectifs :
La réforme des retraites en Allemagne comprend 2 composantes essentielles : a) la diminution des prestations du régime de base (hausse progressive des taux de cotisation et baisse du taux de remplacement du système de répartition de 70 à 67% en 2030) b) l’instauration d’une retraite complémentaire par capitalisation,
Celui-ci a en effet possibilité de souscrire un plan d’épargne retraite à titre individuel (à partir de 2002) avec l’aide de l’Etat (Pour inciter les Allemands à épargner, l'Etat a prévu de laisser aux salariés le choix entre une bonification annuelle ou une déduction fiscale, selon leurs revenus.). Le capital accumulé doit être complètement transformé en pension. L’addition de la capitalisation et de la répartition devrait permettre un maintien du taux de remplacement à 70%. Toutefois, ce maintien est conditionné par :
La loi sur les pensions privées complémentaires est entrée en vigueur en 2002. On estime à quelque 20 millions, le nombre de personnes éligibles au dispositif Riester. * * * Néanmoins, quatre ans après la mise en place du dispositif, force est de constater qu’il est insuffisant à lui seul à régler les problèmes de l’assurance retraite en Allemagne : depuis la " réforme Riester ", le gouvernement est dans l’obligation de proposer au Parlement des mesures de redressement appropriées, dès lors que le taux de cotisation du régime d’assurance vieillesse est susceptible de dépasser respectivement 20% et 22% d’ici 2020 et 2030. Il doit également agir si le taux de remplacement net instantané de la pension devait durablement être inférieur à 67%. D’après des prévisions de février 2003, ces deux objectifs ne sont pas compatibles avec la législation en vigueur actuellement. Les experts prévoient un franchissement par le taux de cotisation du seuil de 20% en 2015 et du seuil de 22% en 2023. L’objectif d’un taux de cotisation maximum de 22% en 2030 nécessite donc des réformes supplémentaires du régime d’assurance vieillesse qui vont concrètement se traduire à terme par :
L'allongement de l'âge de la retraite figure au programme du nouveau gouvernement de la grande coalition signé officiellement le 18 novembre 2005. D'après l'accord, à partir de 2012, les Allemands devront travailler un mois de plus chaque année, si bien que l'âge légal de départ sera de 67 ans en 2035, et les cotisations seront augmentées.
Ces deux dernières mesures, figurant dans le rapport de la Commission Rürup, remis en août 2003, devraient permettre d’économiser plus de deux points de cotisations.
C’est principalement dans les pays libéraux que cette idée a fait son chemin : Au Royaume-Uni, A) un des principaux secteurs de la couverture privée est la pension de retraite. Ces régimes de retraite professionnelles ou personnelles s’articulent au sein d’un cadre régulateur déterminé par le Parlement. A été introduit en avril 2001 un système d’épargne retraite collectif (Stakeholder Pensions) qui fait suite à la loi sur la réforme de la sécurité sociale et les pensions. Les retraites complémentaires peuvent prendre deux formes :
Les principales caractéristiques de ces pensions sont :
Sous réserve que certaines conditions soient satisfaites, la pension complémentaire et volontaire peut remplacer la composante " fonction du revenu " de la pension de base versée par l’Etat, entraînant par ailleurs une réduction correspondante partielle ou un remboursement de la cotisation à la National Insurance au bénéfice du régime choisi. C’est d’ailleurs ce que font la majorité des britanniques en raison de la modicité des pensions d’Etat. C’est pourquoi de nombreux spécialistes disent que le système britannique est un système par capitalisation, alors que la réalité est de dire que c’est un système de répartition insuffisant qui conduit les assurés à choisir des compléments importants par capitalisation. Pourtant, les conclusions du rapport déposée le 12/10/2004 par une Commission indépendante des retraites, mise en place par Tony Blair pour préparer une réforme, et présidée par Adair Turner, ne laissent guère de doutes : le régime anglais des retraites est en crise .: Première raison : Comme les autres Etats européens, le Royaume-Uni doit faire face au vieillissement démographique dégradation du ratio Actifs / Inactifs au Royaume-Uni
è Pour garantir aux futurs retraités un revenu équivalent à celui d’aujourd’hui, il faudrait épargner 57 G£, soit 1 450 € / hb, ce qui est inenvisageable, l’Etat n’étant que faiblement impliqué dans le financement des retraites (6% du PIB). D’où le rôle majeur joué par la capitalisation. Or, et c’est là la Deuxième raison de la crise : l’éclatement des bulles boursières de 1999 et 2008 mettent à mal le rendement des fonds de pension privés auxquels le retraité et son ancien employeur avaient cotisé pendant sa vie professionnelle. Désormais, le niveau de retraite dépend étroitement des performances aléatoires du marché. Les grandes entreprises mettent la main à la poche pour assurer la survie du système, érodant ainsi leurs bénéfices, et faisant baisser le cours de leurs actions. Les solutions ou hypothèses proposées par la Commission Turner :
Tout citoyen a en effet la possibilité de souscrire une assurance médicale privée, qui peut éventuellement être offerte par l’employeur, afin de couvrir les frais de traitement privés du NHS ou des hôpitaux privés. Ces contrats d'assurances privées offrent par exemple des compléments d'indemnités journalières en cas de maladie, des capitaux-décès... En 1999 – 2000, une réforme du système de santé a visé à laisser la liberté du choix de leur organisme assureur aux citoyens britanniques, organisme qui négocie ensuite ses propres conventions de soins avec les médecins et hôpitaux de son choix, selon ses tarifs. Il s’agit d’une nouvelle avancée dans la privatisation du système de santé britannique. Aux Etats Unis, L’idée d’une ownership society a été lancée lors du premier mandat de Bush, mais ce n’est qu’au cours de son deuxième mandat qu’elle est devenue un des principaux thèmes de l’agenda politique du Président. Selon l’esprit de la réforme, c’est en apprenant à gérer leur propre régime de sécurité sociale et d’assurance - santé que les citoyens redeviendront " maîtres " de leur vie. Premier volet : proposition hautement critiquée, la réforme, que le Président propose, consiste à permettre la création de comptes d’épargne personnels, investis à la bourse, dans lesquels les travailleurs investiront les sommes désirées en vue de leur retraite.Or, c'est justement cette proposition qui avait fait dérailler la Réforme de 2005.Et pour cause. Des arguments démographiques démontrent que les jeunes, les femmes et les minorités ethniques souffriront énormément si la réforme à lieu. Plusieurs analystes considèrent que la population sera incapable de profiter des opportunités offertes par le marché boursier. La seconde initiative de la ownership society concerne l’assurance santé. La réforme a été lancée en décembre 2003 avec la création de Comptes d’épargne santé (Health Savings Accounts, HSAs). Le but de ces HSAs est de contrôler les coûts du système de santé tout en augmentant le nombre d’assurés.Le système de HSAs fonctionne ainsi : le citoyen dépose de l’argent sur son HSA et utilise ce montant pour défrayer les coûts de ses soins de santé, jusqu’à un certain seuil. Si les coûts dépassent ce seuil, la compagnie d’assurance prend en charge les frais. L’argent déposé dans le HSA est déductible d’impôts. La réforme du système de santé est elle aussi critiquée. Tout d’abord, le problème de sélection adverse n’est pas pris en considération (le fait que les individus s'assurent de manière proportionnelle aux risques qu'ils estiment encourir). En second lieu, les plus pauvres n’y trouvent aucune incitation pour économiser, puisqu’ils sont peu taxés. Finalement, le projet diminue l’intérêt de payer pour la médecine préventive (peu dispendieuse), puisque dans ces frais sont rarement couverts par l’assureur. . Les réformes liées à la ownership society impliquent une refonte en profondeur du système d’imposition américain. Celle-ci inclura probablement la diminution des taux d’imposition sur les revenus d’investissement, initiative souhaitée depuis longtemps par Bush. Toutes ces mesures impliquent donc une diminution globale des revenus du gouvernement.
En Suède , en octobre 2004, le gouvernement suédois a présenté ce nouveau système. A compter de janvier 2005, les entreprises suédoises doivent financer 15% des coûts de prestations dans le but d'encourager les entreprises à prendre des mesures pour réduire les périodes d'absence en mettant sur pied des mesures de prévention et de réhabilitation plus efficaces.En échange, le gouvernement a de nouveau réduit de trois à deux semaines la période pendant laquelle l'employeur doit payer à lui seul les congés de maladie, en plus de réduire la contribution des employeurs à l'assurance-maladie. 3212 .- Par une remise en cause du lien entre capacités contributives et droit aux prestations La problématique : Pourquoi ? sous quelle forme ? Ce lien se renforce t il ? pourquoi ? Point de départ : l’opposition entre système bismarckien et beveridgien. Dans le système bismarckien, la protection sociale est accordée en contrepartie d’une activité professionnelle. Seul celui qui travaille s’ouvre des droits. Il existe une proportionnalité des cotisations par rapport aux salaires, et une proportionnalité des prestations aux cotisations : les assurances sociales visent à compenser la perte de salaire. L'ouverture de droit aux prestations dépend de la qualité de cotisant de l'intéressé. Cette conception va perdurer dans différents systèmes européens et notamment en Allemagne qui reste encore aujourd'hui, particulièrement attachée au système d'assurance sociale. À l’inverse, dans le système beveridgien, du fait même du principe d’universalité, les personnes protégées cessent d'être déterminées exclusivement par l'appartenance à la classe des travailleurs salariés. Accède aux prestations celui qui est dans le besoin. C'est désormais l'ensemble des citoyens qui est couvert - par "citoyens", tous ceux qui remplissent une condition de résidence et qui contribuent sont visés - et chaque personne se voit reconnaître des droits propres. Il est plus intéressant de travailler par modèles sociaux que par pays individuellement.
Les systèmes de protection sociale orientés par cette conception impliquent de forts dualismes au sein de la société entre :
Le système est financé essentiellement par des impôts et des cotisations sociales très lourds. Du fait de transferts ultérieurs, l’absence de capacité contributive d’un citoyen est compensé par la collectivité. Cet Etat providence très généreux garantit à tous un niveau satisfaisant de prestations. C’est le modèle qui résiste le mieux à la tendance générale de substitution de prestations complémentaires d’ordre privé aux prestations des régimes obligatoires de sécurité sociale.
Du fait de son origine bismarckienne, cette logique reste très attachée au lien entre cotisations et les prestations. Mais la montée de la crise économique et des formes non standard d’activité ont contraint les systèmes obligatoires de sécurité sociale à se généraliser à des catégories de bénéficiaires non cotisant. Dans tous les pays qui ont adopté le modèle bismarckien, le principe d'assurance s'est peu à peu généralisé par l'extension à des catégories de population initialement non protégées (employés, étudiants, travailleurs indépendants...) et à des " risques " non pris en compte à l'origine. En France, dès 1946,le plan de sécurité sociale prévoit sa généralisation qui sera achevé en 1978. On constate donc que de manière générale, une déliquescence du lien entre capacité contributive des droits aux prestations provenant de deux phénomènes conjoints :
Dans ce cas, un lien est recréé mais en sortant de la protection sociale obligatoire. 3213. Par un financement spécifique des prestations dites de solidarité (déconnectées de la vie professionnelle ; exemple : les charges de famille)Problématique : Doivent elles être entièrement fiscalisées ? Le sont elles partout en Europe ?Face à la montée des nouveaux risques : exclusion, dépendance des PA, vieillissement de la population...comment ont réagi les différents systèmes européens ? comment financent-ils les réponses à ces différents risques ? Une harmonisation est-elle possible ? De quelles prestations parle t on ? il peut s’agir :
Ces charges sont donc la traduction de la solidarité nationale et, à ce titre, relèvent davantage de l’impôt que des cotisations. En France, les prestations familiales, d’origine patronale, continuent à être financées par des cotisations exclusivement patronales. Leur fiscalisation est un thème récurrent depuis des années. Quant aux prestations dites de solidarité : AAH, RMI,API…, elles sont versées par les CAF pour le compte de l’État ou du Conseil général. En Europe, l’importance des prestations de solidarité et la compensation de la pauvreté et de l’exclusion dépendent étroitement du modèle social. Dans les pays nordiques , ont été mis en place des services d’accès gratuit pour les femmes enceintes et les mères d’enfants en bas âge.Ils facilitent la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Tout comme les services de solidarité en faveur des plus démunis, ils sont financés par l’impôt et traduisent la préoccupation constante des pouvoirs publics de transférer du pouvoir d’achat vers les familles nombreuses ou démunies. Au Royaume-Uni , les allocations familiales sont financées directement par l’État.Dans les autres pays libéraux, il appartient à chacun d’être son propre assureur. Dans un système conservateur corporatiste , où l’accès aux droits sociaux est fondé sur le travail, l’exclusion du marché du travail se trouve redoublée par une exclusion du système de protection sociale.En Allemagne, la législation avant-gardiste en matière de protection sociale a eu pour effet d'orienter le développement du secteur associatif. C'est donc dans le cadre du modèle corporatiste allemand et autour du principe d' "auto-gestion" que s'est développé le secteur associatif allemand. Ainsi, l'assurance sociale est souvent administrée par le biais d'institutions indépendantes, à l'intérieur desquelles les représentants des employés, du patronat et de l'État sont en étroite collaboration. Le but du modèle néo-corporatiste étant de rassembler à une même table des intérêts antagonistes, puis d'ajouter l'État comme intermédiaire neutre. De cette manière, on parvient souvent à générer des consensus en dehors des institutions politiques et à désamorcer les tensions avant qu'elles n'éclatent au grand jour. À côté du principe corporatiste, se trouve un second principe ayant contribué à structurer le secteur associatif en Allemagne. Il s'agit bien entendu du principe de " subsidiarité ", dont les catholiques allemands ont toujours été les ardents défenseurs. La compétition entre les églises et l'État pour la distribution des services sociaux a historiquement mené à un compromis institutionnel, dont l'idée subsidiarité est le principe-clé. Ainsi, de nombreux services sociaux demeurent encore aujourd'hui sous la responsabilité d'associations indépendantes. Le rôle de l'État demeure quant à lui " subsidiaire " et se limite généralement au financement et à l'encadrement législatif.
3214. En laissant une participation financière croissante à la charge des assurés. D'une manière plus générale, comment les Pouvoirs Publics s'y prennent-ils en Europe pour faire prendre conscience à la population du coût de la santé ? Par des actions sur les tarifs et sur la prise en charge financière (hausse du ticket modérateur, forfait de remboursement). Tous les pays sont contraints d'adapter les systèmes de protection sociale aux modifications de l'environnement social et économique des années 2000 : rationaliser les systèmes passe par un contrôle des dépenses.
Exemples : Allemagne :20 décembre 1988 : adoption d'une loi sur la réforme de la santé (Gesundheitsreform-Gesetz GRG) qui comprend notamment l'introduction du ticket modérateur pour les médicaments et leur remboursement sur une base forfaitaire dépendant du prix du médicament le moins cher d'une classe d'équivalence thérapeutique. 14 novembre 2003 La loi de modernisation de l'assurance maladie (GKV-Modernisierungsgesetz) met en place l'introduction d'un ticket modérateur pour les consultations médicales (10 euros), la suppression de la prise en charge de prestations,Pays Bas 1er janvier 2004 Déremboursement de certaines prestations : la contraception au dessus de l'âge de 21 ans, les soins dentaires, la kinésithérapie et la gymnastique médicale au-dessus de l'âge de 18 ans, les médicaments sans ordonnance et les frais de transports, exception faite de certaines catégories de malades.Juin 2003 : instauration du système de ticket modérateur en Slovaquie. Le rôle des mutuelles, à ce titre, est-il partout le même, selon les différents systèmes de protection sociale ? Un système très protecteur, très "inclusif", du type nordique, implique-t-il obligatoirement une dérive générale des dépenses, des abus caractérisés ? Pourquoi ? Il n’y a pas obligatoirement de dérive, même si le taux de remboursement des frais de santé est élevé. S’il existe une prise de conscience qui responsabilise la consommation de chacun, la pérennité du système peut être envisagée. En France, l’exemple est celui du régime d’Alsace Moselle. Le taux supplémentaire de cotisations maladie y est réajusté chaque année, moyennant quoi, puisque le volant d’ajustement porte sur le coût de la protection sociale obligatoire, la protection mutualiste reste un coup stable. Le système est en équilibré, et suscite auprès des assurés et ayants droits un fort taux d’adhésion.
322. Des nouvelles formes d’intervention sociale 3221 Un rôle social accordé à l’impôt sur le revenu. Pour avoir une vue plus exacte des politiques publiques menées en faveur d’objectifs sociaux, il faut aussi tenir compte du rôle que peut jouer l’impôt :
a) Les conditions de prise en charge des enfants en Allemagne dans le barème de l’impôt sur le revenu ont ainsi été modifiées. b) De même, au Royaume Uni, un régime fiscal, Family Credit, créé en 1986, permettait la prise en compte des revenus des parents dans les subventions versées pour les enfants. Le Family Credit a été réformé en octobre 1999 et a fait place le WFTC (Working Families' Tax Credit) qui repose sur la même logique, mais de façon encore plus prononcée en faveur du retour à l’emploi. Le crédit d’impôt initial est modifié en un crédit d’impôt plus favorable aux familles. Un rappel : Au Royaume – Uni, les prestations sont non imposablesc) Le Family Credit britannique reprend le même principe que l’EITC (Earned Income Tax Credit) américain, mais appliqué en tenant compte de la structure familiale. L’EITC, directement délivré par l’administration fiscale, est une forme d’impôt négatif destiné à lutter contre la pauvreté en évitant l’effet désincitatif des minimas sociaux.
Le crédit d’impôt réduit l’impôt sur le revenu. Si le crédit d’impôt dépasse l’impôt, la différence sera remboursée au contribuable. Pour les plus pauvres (il s’agit de travailleurs pauvres) le revenu peut ainsi être augmenté jusqu’à 40 %. En 2005 près de 50 millions d’américains en ont bénéficié. Il s’agit surtout de foyers composés de personnes jeunes, isolées et ayant au moins un enfant. Les hausses de barèmes en ont fait un mécanisme substantiel de soutien aux revenus des familles aux Etats-Unis. Même s’ils ne sont que partiellement mesurés, ses effets redistributifs semblent relativement importants et comparables aux effets des prestations de protection sociale sous conditions de ressources. Le système américain redistribue par le biais de l’impôt l’équivalent de 2,3 points de PIB.
C’est en Suède que la part des dépenses sociales ‘’récupérée’’ par le biais des impôts directs sur les prestations est le plus élevée, environ 13% des transferts monétaires retournant dans les coffres de l’Etat sous forme d’impôt sur le revenu et de prélèvements sur les salaires.
3222. Comme en France, les exonérations de Sécurité sociale constituent un outil de politique sociale. A) Outil de lutte contre le chômage. a) Au Royaume-Uni : Engagement en 1996 d’une politique de réduction des cotisations patronales sur les bas salaires.b) En Allemagne :Suite aux travaux de la commission Hartz déposée le 16 août 2002, commission mise sur pied pour établir une stratégie complète de lutte contre le chômage, un des axes de la nouvelle politique allemande est la promotion des emplois à bas salaire. La nouvelle réglementation, entrée en vigueur le 1er avril 2003, prévoit entre autres d’étendre les exemptions de charges sociales et d’impôt pour une plus grande partie des bas salariés, pour des exemptions totales qui passent de 325€ à 400€ par mois. La réglementation fixe également la valeur des charges pour l’employeur désirant embaucher un travailleur dans cette catégorie d’emploi : celui-ci doit payer des charges forfaitaires de 25%, qui sont réduites à 12% lorsqu’il s’agit de travail domestique. Est également introduite une " catégorie modulable " pour les travailleurs dont le salaire mensuel varie entre 401€ et 800€. Les charges de l’employé passent ainsi de 4%, pour un salaire de 401€, à 21% pour un salaire de 800€. B) Outil de lutte contre la pauvreté. Les experts de la Commission Hartz. ont proposé de réduire massivement les charges sociales et le fardeau fiscal pour les travailleurs à bas revenu.
Dès 1883 et jusqu'à la fin du XIXe, l'Allemagne mis en place les premières législations sur l'assurance-maladie, sur les accidents de travail, l'invalidité et sur les fonds de pension. Cette législation avant-gardiste en matière de protection sociale a eu pour effet d'orienter le développement du secteur associatif en Allemagne. C'est donc dans le cadre du modèle corporatiste allemand et autour du principe À côté du principe corporatiste, se trouve un second principe ayant contribué à structurer le secteur associatif en Allemagne. Il s'agit bien entendu du principe de " subsidiarité ", dont les catholiques allemands ont toujours été les ardents défenseurs. La compétition entre les églises et l'État pour la distribution des services sociaux a historiquement mené à un compromis institutionnel, dont l'idée subsidiarité est le principe-clé. Ainsi, de nombreux services sociaux demeurent encore aujourd'hui sous la responsabilité d'associations indépendantes. Le rôle de l'État demeure quant à lui " subsidiaire " et se limite généralement au financement et à l'encadrement législatif. Le financement du tiers secteur provient à la fois de l'État (64,3% en 1995), des dons (3,4%) et de la facturation de services et de cotisations (32,2%).Dans le cas du secteur de la santé, c'est 94% du financement qui est assuré par l'État en 1995. Le financement public demeure aussi prioritaire en éducation et en recherche, avec 74%, de même que dans le domaine des services sociaux, avec 65,5%. À l'inverse, le financement privé, à partir de la facturation de service ou des cotisations, joue un rôle dominant dans le secteur de l'habitation (98,6%), des regroupements syndicaux ou professionnels (97,2%), de la culture et des loisirs (66,2%), de même que de l'environnement (62,1%).
Conclusion Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, tous les pays européens ont progressivement étendu à la quasi-totalité des citoyens la couverture des risques sociaux. Les systèmes de protection sociale européens sont aujourd’hui confrontés aux mêmes défis :
Depuis une vingtaine d'années, tous les pays européens, confrontés notamment à la très forte croissance des dépenses de santé, de chômage et de retraite, ont cherché à freiner les dépenses sociales. Il n’y a pas de modèle idéal : face aux chocs de la mondialisation, bien peu de pays développés sont parvenus à remodeler leur système de protection sociale en mariant de façon complètement convaincante économie et social, compétitivité et solidarité. Ce faisant, tous ont diminué les prestations, et certains sont allés jusqu'à remettre en cause certains des principes sur lesquels leur système avait été fondé. Ainsi, le Royaume-Uni a introduit des éléments de " marché " à l'intérieur de son service public de santé. Dans ces conditions, on peut se demander dans quelle mesure l'architecture et le fonctionnement des différents systèmes de protection sociale demeurent conformes aux principes fondateurs qui les ont inspirés. A l’aube du XXIème siècle, l’enjeu global et commun des réformes de la protection sociale est de trouver un nouveau socle fondamental qui permette de rendre compatibles nouvelles politiques économiques avec des politiques sociales renouvelées. Il s’agit de trouver pour l’Etat-providence une nouvelle fonction sociale et économique, équivalente à ce qu’était la fonction de démarchandisation , mais adaptée aux nouvelles circonstances. Cette nouvelle logique globale se cherche autour des notions de " remarchandisation ", d’activation et d’investissement social. Mais il s’agit aussi, au sein de chaque Etat-providence particulier, de trouver les nouveaux compromis politiques sur lesquels fonder une interaction positive entre l’économique et le social. Il s’agit ici de redéfinir la conception politique particulière à associer à la protection sociale, dont nous avons vu qu’elle différait d’un régime de protection sociale à l’autre (conception libérale, sociale-démocrate ou conservatrice corporatiste). Tous les pays n’ont pas réussi à faire accepter cette redéfinition, à trouver les termes légitimes d’un nouveau compromis.
Bibliographie : 1. La protection sociale au sein de l’Union Européenne. Site oficiel des Communautés Européennes : 2. " Les systèmes européens de protection sociale : une mise en perspective " Document de travail de Lucie PAQUY fait pour le ministère des Affaires sociales (janv. 2004).
3. " Les évolutions de la protection sociale en Europe : contraintes institutionnelles, évolutions d’ensemble, stratégies politiques. " Bruno Palier. Fondation Jean Jaurès Août 2005, n°13.4. " L’avenir du modèle social européen. " ARTIAS Février 2005 Bruno Palier.5. " L’Europe et la protection sociale " Sciences-Po Bruno Palier.6. Sur le modèle français de protection sociale :
7. Sur le modèle américain de protection sociale (sites en anglais)
8. Sur le modèle suédois de protection sociale :
9. Sur le modèle allemand de protection sociale : 10. Sur le modèle anglais de protection sociale : 11. Sur les problèmes de financement des retraites en Europe :
12. Sur les réformes des systèmes de protection sociale en Europe :
ANNEXE 1 Les coordinations des politiques de recouvrement des cotisations sociales au sein de l’Union Européenne Dans certains pays les cotisations sont recouvrées par un organisme unique et dans d’autres Etats, l’organe compétent en matière de recouvrement dépend du type de risque financé. Dans ces textes, de nombreuses dispositions sont consacrées aux prestations sociales en faveur des travailleurs circulant sur les territoires des Etats couverts par les règlements. Toutefois, les articles traitant du recouvrement des cotisations y sont disséminés de manière parcimonieuse. Ainsi, sont consacrés au recouvrement des cotisations sociales :
Les employeurs étrangers qui n’ont pas d’établissement dans l’Etat où est exercée l’activité, se trouvent dès lors confrontés à certaines difficultés en vue de se conformer à la législation sociale. En effet, des problèmes se posent, notamment dans le recouvrement des cotisations sociales : les employeurs peuvent rencontrer des obstacles linguistiques ou des difficultés quant à la déclaration de leur salarié auprès de l’organisme de recouvrement. Deux hypothèses (les plus fréquentes) peuvent être distinguées :
Dès lors, on s’interroge sur le point de savoir dans quelles conditions un employeur n’ayant pas d’établissement sur le territoire d’un Etat peut verser les cotisations afférentes à l’activité de son salarié. En effet, ce dernier ne sera pas nécessairement informé du fonctionnement du système de recouvrement applicable dans ledit Etat et des différentes formalités à effectuer en vue de son immatriculation auprès des services compétents (si cela lui est possible). L’employeur se trouve dès lors, confronté à une série de questions :
On comprend dès lors, la difficulté que pourront rencontrer les organismes locaux compétents, lors du recouvrement forcé des cotisations sociales. En effet, il n’est pas aisé de recouvrer une dette à l’étranger sans moyen de contrainte légal ou convention d’exequatur. Il convient d’observer que dans le règlement n° 883/2004 appelé à se substituer au règlement (CEE) 1408/71 précité, quand son règlement d’application aura pu être adopté, l’article 84 permettra, le cas échéant, en matière de recouvrement de cotisations, de reconnaître et de mettre à exécution sur le territoire d’un Etat membre les décisions exécutoires d’un autre Etat membre. NB : Réforme française en matière de recouvrement de cotisations sociales en vue de la désignation d'un organisme unique chargé du recouvrement des cotisations pour un employeur qui ne dispose pas d’établissement sur le territoire français (article L.243-1-1 du Code de la sécurité sociale)
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