L'article ci-dessous est paru à la page 19 de la revue "Croire Aujourd'hui", avril 2010. -------------------------------------------------------- Celles et ceux qui passeront cet été à l'abbaye de Tournus auront bonheur à découvrir, dans la salle capitulaire, l'exposition du peintre Jacques Aubelle (1). Graveur, pastelliste mais aussi sculpteur, l'artiste y présentera ses Porteurs d'humanité, des personnages de plâtre et de toile si présents dans leur vêture colorée (2). Le porteur d'imaginaire par exemple, le porteur de liberté, le porteur de doutes, le porteur de printemps... Ils sont vingt-quatre à nous dire que chacune, chacun a été porté un jour. Par une mère, par un musicien, un romancier peut-être, ou même par un ressuscité... Ce n'est pas rien, revivre ! Depuis bien des années, nombreux sont les poètes qui me portent et, en particulier, celui-là qui a su si bien revisiter les Écritures par la grâce d'un imaginaire fécondant : Jean Grosjean. S'agissant de résurrection, j'ai pris plaisir à imaginer Grosjean devant le porteur de création d'Aubelle.
Comme un convalescent au moment de quitter l'hôpital, le Jésus d'outre-tombe se réhabitue à vivre avec précaution. Vous entendez qu'en sortant du tombeau, ce n'était pas la gloire ! Le messie (3) fait même un peu de dépression. La dépression d'après résurrection. Normal au bout d'un tel accouchement. Ce n'est pas rien, revivre. Repétrir le monde Du coup, il a peine à s'éloigner du tombeau, il tourne autour, il y rentre afin de plier délicatement le linceul pour qu'il serve au suivant. Il va même jusqu'à se reprocher «de s'être levé trop étourdiment d'entre les morts.» Ressusciter après trois jours, n'était-ce pas de la précipitation, finalement ? Un acte «d'impatience juvénile» suggère Jeanne-Marie Baude... (4)
Alors, il cherche à comprendre ce qu'il est en train d'inventer. C'est quoi, ressusciter? Surtout, ne pas répondre trop vite. D'abord s'approcher du porteur de création. Le personnage, très pâle, la tête légèrement penchée vers l'avant, tient entre les mains une sorte de mappemonde. Il regarde, il écoute surtout ce qui sommeille dans cette terre-là, ce qui, peut-être, va surgir de la glaise originelle quand il va la travailler. Car «on repétrit le monde en permanence», me confiait un jour Jacques Aubelle.
Le messie de Jean Grosjean découvre que ressusciter, c'est tenir la terre en main, la modeler, poursuivre l'acte créateur, car la Genèse est encore en route, l'Exode toujours d'actualité. Mais par où passe la création dans le désert? Il appelle le ciel pour savoir, mais le ciel ne répond pas. Alors il pleure et il découvre à travers ses larmes que la Résurrection emprunte aussi le chemin de l'Exil et que ressusciter, c'est «réinventer enfin tout le déjà fait». Le porteur de résurrection est un porteur de création.
Heureusement, la nature, le paysage, les animaux soutiennent le jeune ressuscité. Comme la huppe qu'on entendit «pupuler derrière les arbres » (5). Et quand la huppe pupule... la Résurrection peut commencer. Prêtre, écrivain et théologien 1) Du 15 juillet au 15 août. 2) On peut les voir sur www,jacquesaubelle.fr 3) Ce messie « imaginé », Grosjean, au fil des textes, l'écrit avec une minuscule. 4) Jeanne-Marie Baude, L'oeil de l'âme. Plaidoyer pour l'imaginaire, Bayard, 2009. 5) Jean Grosjean, Le Messie, Gallimard, NRF, 1974. | Le personnage regarde, mais il écoute surtout ce qui peu-être va surgir de la glaise originelle quand il va la travailler auteur de l'article ci-contre paru dans "Croire aujourd'hui" (avril 2010) |

