21ème dimanche ordinaire B (23 août 2009)
Il nous est arrivé, à chacun de nous de dire une parole ou de poser un geste qui n’a pas toujours été bien compris par ceux à qui ils s’adressaient. On peut bloquer sur des détails. On ne donne pas tous et toujours le même sens aux mêmes mots. C’est ce qui arrive aujourd’hui dans l’évangile que nous venons d’entendre. C’est la fin de l’évangile sur le pain de vie où Jésus avait dit que son "corps" est vraie nourriture et que son "sang" est vraie boisson pour la vie éternelle. Cet entretien s’achève aujourd’hui sur une crise qui touche même les disciples. Nous avons entendu "beaucoup de disciples" dire : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! » Des disciples qui avaient marché à sa suite, qui avaient partagé sa vie, qui avaient entendu ses enseignements, les voilà qui cessent de le suivre, et le quittent. Mettons-nous un peu à la place de ces gens qui entendent quelqu’un dire qu’il est "descendu du ciel", ou encore qu’il donne sa "chair" en nourriture, qu’il donne son "sang" en boisson. Ces paroles, en effet, ne peuvent pas être comprises et certains décident de ne plus les écouter. Ils se sont heurtés au problème de la preuve : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous croyons ? » Jésus ne cherche pas à retenir ceux qui partent. Et il demande aux Douze de faire le choix : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Au nom de ceux qui restent, Simon Pierre fait une profession de foi, il redit leur fidélité à Jésus. Comme ceux qui partent, ceux qui restent n’ont pas tout compris des paroles de Jésus. Ils adhèrent à une personne, ils sont fidèles à une personne, Jésus. Ils ne suivent pas Jésus, seulement, quand il dit quelque chose qui plaît. Même quand ils ne comprennent pas, ils restent fidèles à Jésus. Cette question, Jésus la pose à chacun de nous, aujourd’hui : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Nous-mêmes, nous entendons depuis notre naissance, que Jésus se donne en nourriture. Avec notre intelligence, nous ne comprenons pas davantage que les disciples, mais nous avons décidé de faire confiance au Christ. | C’est bien de cela qu’il s’agit, non pas suivre le Christ seulement à certaines périodes de notre vie, ne pas choisir dans l’évangile ce qui nous plaît, mais le suivre dans une fidélité constante. Nous sommes invités à prendre tout son enseignement, même quand cela nous semble intolérable, même quand nous ne saisissons pas, même quand cela va à l’encontre de ce que nous aurions aimé entendre. En d’autres termes, nous sommes tous invités à la fidélité qui est une qualité essentielle dans la vie. Ceux qui peuvent se fier à quelqu'un, – à son époux ou à son épouse, à un ami, à un patron ou à un employé – se rendent bien compte que c’est important. L'Écriture dit qu’ « un ami fidèle est un trésor. » Cette fidélité importante pour les hommes, l’est aussi pour Dieu. Et dans les deux sens. D'abord on peut être sûr que Dieu nous aimera tout le temps, qu'il ne nous lâchera pas pour telle ou telle raison, bref qu'il est fidèle éternellement. Mais Dieu attend de nous que nous lui soyons également fidèles, c'est-à-dire que nous restions attachés à lui non pas par peur ou par habitude, mais par amour, par amitié. Mais nous sommes humains, avec nos faiblesses. Et souvent, nous sommes tentés par l'infidélité, de bien des manières. Tôt ou tard, notre fidélité à l'autre, notre fidélité à Dieu, est mise à l'épreuve, et nous conduit à des remises en question. Dieu, lui, il est toujours fidèle, nous, nous ne le sommes pas toujours. Les circonstances de la vie, nos activités, les distractions, nos doutes de foi, notre péché aussi, etc., conduisent parfois à des défaillances dans notre fidélité à Dieu. Parfois, nous trouvons que les enseignements de l’Eglise, c’est-à-dire, l’enseignement du Christ, lui-même, mettent notre foi à l’épreuve, comme certains disciples de l’Evangile. Dans la première Lecture, nous avons vu les Israélites, au temps de Josué, réaffirmer leur fidélité au Dieu unique. Pour les Apôtres, ce fut, l'occasion d'affirmer une fois de plus leur foi inébranlable au Seigneur. Aujourd'hui comme au temps de Josué ou de Jésus, notre foi, notre fidélité, est mise à l'épreuve. Nous sommes invités à renouveler notre profession de foi. Nous sommes invités à approfondir notre relation de fidélité au Seigneur. En participant comme ce soir, à l’eucharistie, nous réaffirmons notre foi non seulement en paroles, comme l'a fait Pierre au nom des Douze, mais aussi en actes en participant à la messe régulièrement. Nous professons ainsi que nous aimons le Seigneur mais surtout nous croyons du fond du cœur que nous sommes aimés de Lui. Entendre sa Parole, manger son corps, boire son sang, c’est-à-dire, accueillir toute sa personne, nous conduisent à plus de fidélité : fidélité aux personnes, fidélité à Dieu. Et alors, par-delà nos éclipses de fidélité, notre foi, notre espérance et notre amour envers Dieu se développent et se renouvellent constamment. La fidélité est une bien grande chose, un trésor, dans la vie. C'est elle qui, fait grandir les amis, renouvelle constamment les époux, entretient au mieux les croyants. Interrogeons-nous sur nos diverses fidélités, humaine et chrétienne, et, au besoin, prenons les moyens pour les maintenir et les renforcer. Et prions les uns pour les autres, afin que grandisse notre fidélité aux autres et au Christ.
Alain LUCILY, diacre permanent |