Film et spiritualité


A la rencontre de Forrester

publié le 20 août 2011 05:28 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour : 20 août 2011 05:45 ]

Dimanche 11 septembre 2011
de 17h30 à 19h30
salle Jean de Puybaudet

Film de Gus Van Sant (Finding Forrester), USA, 2000,
avec Sean Connery, Rob Brown, F. Murray Abraham,
Anna Paquin.

Dans un quartier populaire de New-York, Jamal, un jeune noir partage son temps entre l'écriture et le basket-ball. Au moment où ses talents lui ouvrent les portes d'une célèbre
école, il rencontre un écrivain bourru et mystérieux.


Un conte moderne sur l'apprivoisement mutuel, sur le dialogue mystérieux qui peut s'établir entre un adulte et un adolescent. Une manière d'entrer avec confiance dans l'aventure éducative d'une nouvelle année scolaire et universitaire.

Les contes de la lune vague après la pluie

publié le 10 juil. 2011 11:55 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour le·21 juil. 2011 07:12 par Aimé Rouquette ]

Dimanche 21 août 
17h30 à 20 heures
Salle Jean de Puybaudet

Film de Kenji Mizoguchi (Ugetsu monogatari) Japon, 1953, avec Machiko Kyo, Masayuki Mori, Kinuyo Tanaka. Sakae Ozawa, Mitsuko Mito. Lion d'argent au Festival de Venise.

A la fin du XVI° siècle, dans le Japon sauvage des environs du lac de Biwa, deux frères vivent paisiblement, malgré la guerre des clans qui fait rage. Genjuro est potier, Tobei paysan. Le premier rêve de faire fortune, le second ambitionne un destin plus héroïque et veut embrasser l'état de samouraï... Ils quittent leurs femmes, Miyagi et Ohama, et partent affronter leur destin à la ville...

Quelle folie pousse un paysan et un potier à abandonner femmes et enfants à la terreur de la guerre civile ? Folie du pouvoir pour l'un, qui espère troquer sa condition de serf contre celle de samouraï. Folie de l'argent pour l'autre - folie plus profonde quoique moins flagrante pour être mieux partagée - qui sait combien la guerre profite au commerce ? Tous deux participent, chacun à son niveau et selon ses forces, à la folie par excellence, laquelle consiste à fermer les yeux sur une réalité pour s'engager dans les contrées ô combien plus vastes de l'irréel et du faux - comme le résume le dicton : lâcher la proie pour l'ombre. Ou saint Jean dans l’Évangile : « Quand la lumière est venue dans le monde. les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » (Jean 3, 19). Cette fable dramatique et cruelle raconte le destin de deux hommes qui comprendront leur folie en rencontrant le malheur et découvriront trop tard que seul l'amour offre une chance de salut dans ce monde impitoyable. Pour donner cette leçon de sagesse bouddhiste, il oscille entre crudité réaliste et poésie fantastique, tout en rendant un incessant hommage aux femmes, qui savent le prix du sacrifice comme l'art du pardon.

Ce film dont l'action est située dans le Japon médiéval n'est en rien daté ni circonscrit à un lieu particulier. La tragédie qui s'y joue est celle inlassablement répétée, toujours et partout, par chaque ressortissant de l'espèce humaine. Mizoguchi filme ces légendes sans jamais se (ni nous) raconter d'histoires. Son trait, sûr et incisif, loin de toute joliesse, a la beauté âpre des choses vraies. Il utilise la caméra pour y dessiner des plans dont les fulgurantes évidences rappellent la pureté des traits de pinceau des maîtres de l'estampe. Ici, nous sommes plongés dans le grand art, celui dont les secrets échappent à toutes les analyses. Jamais de pittoresque ou d'anecdotes clinquantes, mais toujours la vérité brute des êtres et des choses, restituée avec sobriété et efficacité. Cependant, derrière cette simplicité apparente des cadrages, des mouvements de caméra, se cachent une accumulation de détails, de matières, une richesse qui a l'élégance de rester invisible. L'art de Mizoguchi, c'est cela, une simplicité foisonnante.

« Le chef-d’œuvre de Mizoguchi, le chef-d’œuvre du cinéma japonais, un des plus beaux films de l'histoire du cinéma. C'est une somme où convergent et s'additionnent les tendances les plus opposées de l'art, ses sources d'inspiration les plus diverses. Il n'est pas possible de parler de lui que par énumération : il est, de quelque point de vue que l'on se place, à la fois ceci et cela, et quelque chose de plus encore : leur conciliation. C'est à la fois le mythe si grec de l'Odyssée et la légende celtique de Lancelot, un des plus beaux poèmes d'aventure et d'amour fou, un des chants les plus fervents qui aient été composés en l'honneur du renoncement et de la fidélité, un hymne à l'Unité, en même temps qu'à la diversité des apparences. » (Eric Rohmer, Les Cahiers du Cinéma)
Contes de la lune vague après la pluie




L'immeuble Yacoubian

publié le 2 juil. 2011 05:49 par Claudie Fierval   [ mis à jour le·10 juil. 2011 12:02 par Jésuites de La Réunion ]

Dimanche 17 juillet
17h30 à 19h30
Salle Jean de Puybaudet


C'est l'histoire d'un immeuble mythique du Caire et de l'évolution politique de la société égyptienne de ces cinquante dernières années, entre la fin du règne du roi Farouk et l'arrivée des Frères musulmans au pouvoir. En toile de fond, la question du « comment est-on passé d'une société dite moderne et ouverte d'esprit à une société souvent décrite comme intolérante ? »
L'Immeuble Yacoubian est une évidente métaphore de l'Égypte moderne. Construit en 1930 en plein coeur du Caire, cet immeuble est le vestige d'une splendeur révolue. Au rythme des chansons d'Édith Piaf, on regarde vivre ses habitants hauts en couleurs et on s'y attache. Dans les étages vivent les déchus et les parvenus : le fils d'un pacha, vieillissant amateur de chair fraîche, un commerçant reconverti dans la politique, un journaliste homosexuel. Ceux-là tentent de survivre en trichant avec les règles sociales et religieuses... Sur le toit s'entassent les pauvres et les déclassés : une jeune femme cernée par le vice et son copain qui sombre dans l'islamisme dur... L'immeuble est assez grand pour abriter un échantillon représentatif de la société égyptienne : de l'aristocrate déchu qui ne se remet toujours pas de la chute du roi Farouk, au jeune étudiant que le spectacle de l'injustice pousse vers l'insurrection islamiste, en passant par le commerçant copte obsédé par l'argent ou le pieux musulman qui invoque sans cesse Allah tout en achetant un siège à l'Assemblée nationale.
Au final, une très belle fresque qui nous dépeint, à travers la vie des habitants d'un immeuble, la réalité et la complexité de la nature humaine, en plus de nous présenter l'Égypte moderne. Un film choral tantôt drôle tantôt émouvant, annonciateur, prémonitoire du « printemps arabe » de la place Tahrir au centre du Caire.

Le promeneur du Champ de Mars

publié le 2 juil. 2011 05:31 par Claudie Fierval   [ mis à jour : 2 juil. 2011 05:48 ]

Dimanche 19 juin 
de 17h30 à 19h30
Salle Jean de Puybaudet

Film de Robert Guédiguian France 2004 avec Michel Bouquet, Jalil Lespert


L'histoire d'une fin de règne et d'une fin de vie : celle de François Mitterrand. Alors que le Président livre les derniers combats face à la maladie, un jeune journaliste passionné, Antoine Moreau, tente de lui arracher des leçons universelles sur la politique et l'histoire, l'amour et la littérature... Le Promeneur du Champ de Mars est une fiction librement adaptée du livre de Georges-Marc Benamou, Le Dernier Mitterrand (1997), chronique intimiste des derniers mois de l'ancien Président de la République.

L'interprétation de Michel Bouquet est magnifique : sa silhouette et son visage, coiffé d'un béret ou d'un chapeau noir, le font ressembler — à s'y méprendre parfois — à l'ancien chef de l'État. Alternant, avec grâce, l'humour, la perfidie et la gravité, Bouquet parvient à rendre son personnage à la fois étonnamment familier et entièrement mystérieux, souvent attachant, parfois détestable... Lorsqu'il survole en hélicoptère la cathédrale de Chartres, on le voit citer Charles Péguy avec un mélange d'humour et de respect (« Ainsi nous naviguons vers notre cathédrale... ») ou plus tard Léon Bloy (« Il n'y, a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des saints »), avant de qualifier cet écrivain de « visionnaire un peu aveugle »... Comme le journaliste qui l'interroge, le spectateur ne sait pas trop sur quel pied danser devant cet homme cultivé au point d'en être pédant, qui prétend avec véhémence être entré dans la Résistance dès 1942 et ne cache pas son faible pour un autre écrivain, Jacques Chardonne, qu'il sait réactionnaire... Devant cet homme rongé par la maladie qui s'intéresse aux conquêtes d'Antoine et confie ses préférences féminines, avant de placer le jeune journaliste sur écoute et de le faire suivre dans ses moindres déplacements...

Mais Le Promeneur du Champ de Mars prend ensuite toute sa profondeur lorsqu'il devient surtout — ce qui est rare dans le cinéma français contemporain — un film sur la politique elle-même, sur le pouvoir et ceux qui l'exercent. Sous les lambris de l'Élysée ou à l'occasion des derniers déplacements présidentiels en province, le film dessine alors, avec une brutalité feutrée, cette obsession mitterrandienne de finir ce second septennat et surtout de peser encore une fois sur le cours des choses (l'élection présidentielle de 1995), de laisser une trace indélébile, une image louable.

Robert Guédiguian, homme profondément de gauche (de tradition communiste), relève avec élégance un pari plus que risqué et filme ici une désillusion, celle de 1981, et le vide politique qu'elle a en partie créé. Mais le cinéaste parvient aussi à dépasser le personnage même de François Mitterrand (comme l'avait fait Raymond Depardon avec son portrait de Valéry Giscard d'Estaing en 1974) et à offrir, sans manichéisme aucun, le portrait fasciné et palpitant d'un homme de pouvoir. Trente ans après l'arrivée de la Gauche au pouvoir et à un an d'une nouvelle échéance présidentielle, cette rencontre exceptionnelle entre un acteur et son personnage s'avère fort stimulante pour nourrir la réflexion sur la 'politique dans le contexte français.


La voie lactée

publié le 8 avr. 2011 07:31 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour : 8 avr. 2011 07:41 ]

Dimanche 22 mai 
de 17h30 à 19h30
Salle Jean de Puybaudet

Film de Luis Buñuel, France, 1968, avec Paul Frankeur, Laurent Terzieff, Bernard Verley.

Deux hommes, Pierre et Jean, à moitié vagabonds, à moitié pèlerins, se rendent de Paris à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne. Au hasard de leur route, ils vont connaître bien des aventures et faire toutes sortes de rencontres via une galerie de personnages truculents, bizarres, prêtres, mystiques, hérétiques ou illuminés. Car leur pèlerinage est aussi un voyage dans le temps où ils vont croiser la plupart des hérésies qui ont été réfutées et combattues depuis l’origine dans l’Église catholique...

Réalisé avec l'aide de Jean-Claude Carrière, co-scénariste de nombreux films de Buñuel, La voie lactée est l'un des derniers films du cinéaste espagnol. Luis Buñuel, formé chez les jésuites, en a gardé un très fort intérêt pour les questions théologiques, mais il est toujours resté critique quant à la portée dogmatique de la religion.
En athée et anticlérical fasciné par la religion il donne ici un récit picaresque, construit à la manière de Jacques le fataliste : deux pèlerins en chemin vers Saint-Jacques de Compostelle, croisent les controverses théologiques de tous les siècles. Le résultat est une réflexion pleine d’audace et d'humour sur les dogmes fondamentaux de la religion catholique. Buñuel s'attache au mystère et à la nature de la foi chrétienne : « Je voudrais qu'après avoir vu ce film sept athées trouvent la foi et que sept croyants la perdent ».

Ce qui importe, en effet, à ses yeux, c'est que croyants et athées aillent au-delà de ce qu'ils connaissent ou croient. Mine de rien, il nous rappelle ce qu'est la liberté de penser. Au-delà, ce film peut être intéressant à resituer dans son époque (au lendemain de Mai 68). D'une part parce qu'il repose la question du péché, de la transgression, question qui pour Buñuel était indissociable de son abord de la sexualité et de la foi ; d'autre part parce qu'il rend compte d'un certain devenir culturel, narratif, des questions religieuses.
 
Outre qu’il fait faire paradoxalement une révision de l’orthodoxie théologique, le film La voie lactée est annonciateur du regain contemporain des pèlerins en route vers Compostelle (« le champ des étoiles » ; le chemin de Saint-Jacques étant l’image terrestre de la Voie lactée du ciel astronomique). Ce sera aussi notre hommage au grand comédien Laurent Terzieff récemment disparu.









Quelques jours en avril

publié le 23 janv. 2011 00:09 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour : 8 avr. 2011 07:25 ]

Dimanche 17 avril 2011
17h30 à 19h30
Salle Jean de Puybaudet



Film de Raoul Peck, USA-Haïti, 2005, avec Idris Elba, Oris Erhuero, Carole Karemera.

« Tous les ans au mois d'avril, je me souviens.... »,
Rwanda, Kigali, avril 2004 : Augustin, un instituteur hutu, tente de reconstruire sa vie avec Martine, victime comme lui du génocide. À l'appel de son frère Honoré, jugé par le Tribunal pénal international d'Arusha pour incitation à la violence raciale, il décide de se rendre en
Tanzanie, pour connaître enfin la vérité sur la mort de sa première femme Jeanne, une tutsi, et de leurs enfants.
Dix ans plus tôt, Augustin, capitaine dans l'armée rwandaise, les avait placés sous la protection d'Honoré, aux premiers jours des massacres. Il était alors convaincu que seul son frère, animateur influent de la radio RTLM (Radio Télévision Libre des Mille collines) pourrait les sauver, tandis que l'implacable logique génocidaire se mettait en place...
Réalisateur rare, Raoul Peck s'est souvent attaché dans sa filmographie à dresser un état des lieux de l'Afrique. Après Lumumba, un film sur le père de l'indépendance congolaise, ce réalisateur haïtien revient dans Quelques jours en avril sur les événements tragiques du Rwanda. Loin de sombrer dans le pathétique, son film offre un regard neuf empreint de lucidité et d'humanisme sur ce drame  de l'Histoire. Dans cette fiction il n'est question ni de jugement ni de manichéisme primaire. Peck explique, émeut et dérange. Il ne se contente pas de réaliser une oeuvre efficace, il décrit minutieusement  les engrenages du pouvoir et les enjeux politiques, il pointe le silence de la communauté internationale et il soulève la question centrale de la mémoire. Un tel film, qui montre combien tous les génocides se ressemblent et à quel point de simples citoyens nourris par la haine peuvent devenir des fonctionnaires de la mort, peut nous faire faire aussi paradoxalement une expérience de foi (« Le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde », Blaise Pascal). Quelques jours en avril, qui est sans conteste l'oeuvre la plus bouleversante et le film de référence sur le génocide rwandais, nous fait communier, en écho à la lecture de la Passion de Jésus du dimanche des Rameaux, à la passion contemporaine de ce peuple d’Afrique Centrale.





L'Evangile selon Saint Matthieu

publié le 22 janv. 2011 06:26 par Jésuites de La Réunion


Dimanche 13 mars 
de 17h30 à 20 heures 
Salle Jean de Puybaudet



Film de Pier Paolo Pasolini (Il Vangelo secondo Matteo), Italie, 1964, avec Enrique Irazoqui, Marcello Morante, Suzanna Pasolini. Prix spécial du jury au Festival de Venise. Grand prix de l’Office catholique du cinéma.

Le générique d’ouverture dédie ce film à « la chère et fidèle mémoire de Jean XXIII ». Depuis la naissance et l’enfance jusqu’à la mort sur la croix et la résurrection, c’est la vie de Jésus qui est retracée, d’après l’Évangile selon saint Matthieu. Pasolini donne sa propre interprétation du personnage du Christ, tout en utilisant mot pour mot une très grande partie du texte de l’Évangile.
Par rapport à tous les autres « Jésus » du cinéma, celui de Pasolini s'en distingue par la personnalité qu'il confère au Nazaréen : l'image qui se dégage du film est celle d'un orateur, on pourrait presque dire d'un propagandiste, véhément, toujours poussé en avant par un infatigable zèle social. Jésus traverse le monde des hommes, toujours pressé par l'urgence de délivrer partout son message exigeant qu'il lance comme par-dessus l'épaule à ceux qui le suivent. Il est mû par une force intérieure qui n'épargne rien, surtout pas les pouvoirs établis ni les religions.




Un cinéaste athée et marxiste filmant l’Evangile, ce fut un événement dans les années 60. Pasolini avait le sens du sacré. En explorant ce sacré, Pasolini ne faisait que souscrire à une nécessité historique, à en croire Albert Schweitzer : « Chaque époque trouve ses propres idées en Jésus. Elle ne peut pas le faire revivre autrement. ( ... ) Chaque individu le crée selon sa propre personnalité. Il n’y a pas d'entreprise historique plus personnelle que d'écrire une vie de Jésus » (tiré de sa thèse L'Histoire de la recherche sur la vie de Jésus). Que trouve Pasolini en fin de compte ? Ecce Homo, « Voici l’Homme ». L’Évangile selon saint Matthieu est sans doute son film le plus universel et le plus immédiatement accessible. Il nous accompagnera au temps du Carême.

L'île

publié le 22 janv. 2011 06:09 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour : 22 janv. 2011 06:20 ]


Dimanche 13 février 
de 17h30 à 19h30 
Salle Jean de Puybaudet


Film de Pavel Lounguine, Russie, 2008, avec Piotr Mamonov, Viktor Soukhoroukov, Dimitri Dioujev, Iouri Kouznetsov, Viktorika Issakova, Nina Oussatova.

Un monastère orthodoxe sur une île du nord de la Russie. Un moine perturbe la vie de sa communauté par son comportement étrange. En effet, selon la rumeur, l’homme possède le pouvoir de guérir les malades, d’exorciser les démons et de prédire l’avenir. C’est en tout cas ce que croient les pèlerins qui se rendent sur l’île. Mais le moine, qui souffre d’avoir commis une terrible faute dans sa jeunesse, se consi-dère indigne de l’intérêt qu’il suscite...
L’île raconte le chemin de rédemption d'un assassin. Soumis à une double contrainte perverse (être tué ou tuer son capitaine), il a lâchement tué un homme courageux et généreux. Devenu moine, il vit triplement isolé : sur une île du nord de la Russie ; exclu par ses frères du monastère ; mais plus encore s'excluant car rongé par le souvenir de son crime.


Tout se passe comme si ce film mettait en scène une identification au Christ qui, dans l’orthodoxie, s'opère sous la figure singulière et fameuse des « fols en Christ ». Ces hommes et femmes, moines mais aussi simples laïcs ivres de Dieu, choisissent de vivre exilés de la raison. Les gestes, les paroles et les silences du père Anatoli ne deviennent compréhensibles qu'à celui qui accepte d'être mesuré par une sagesse qui n'est pas humaine.
Et si L'île était au cinéma ce que L'idiot de Dos-toïevski était à la littérature ? En filmant une âme ravagée au ras de la tourbe et de la neige, plongée dans les affres charbonneuses d'une vie tourmentée, Pavel Lounguine réalise une de ces très rares oeuvres qui fixent aussitôt - et définitivement - notre regard sur le noyau du Mystère : être sauvé ou être perdu. Résolument spirituel, L’île est un hommage incandescent à la radicalité de la Vie religieuse fêtée ce mois-ci (le 2 février).

Conte d'hiver

publié le 11 déc. 2010 04:15 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour : 11 déc. 2010 04:26 ]

dimanche 12 décembre 
17h30 - 19h30
Salle Jean de Puybaudet

Film de Eric Rohmer, France, 1992, avec Charlotte Véry, Frédéric Van den Driessche, Michel Voletti.

Au cours de vacances en Bretagne, Félicie tombe amoureuse de Charles. Au moment de se quitter, elle lui donne une mauvaise adresse. Il n'a jamais pu la retrouver. Elle n'a jamais pu l'oublier. Cinq ans passent. Félicie élève seule Elise, la fille qu'elle a eu de Charles. Elle est persuadée que seule une conviction profonde et une fidélité sans faille lui permettront un jour de retrouver Charles...
Deuxième film de la série « Contes des quatre saisons ». De Maisons-Laffitte à Belleville, de Nevers à Villejuif, Félicie semble hésiter entre Loïc, l'intello chrétien, et Maxence, le coiffeur. Il est question d'indécision. Du moins en apparence. Félicie est « un coeur en hiver », en jachère, en attente. Dans l'oeuvre de Rohmer, selon le fin critique cinématographique Serge Daney, « tout nous ramène toujours à cette vertu primordiale : savoir attendre, apprendre à voir ». Ce Conte d'hiver est l'histoire d'une jeune femme, Félicie (ah le sens des prénoms !) qui suit ce chemin : elle sait attendre et elle apprend à voir, non pas d'abord à comprendre, à rationaliser parmi les possibles, mais à « voir ». C'est l'histoire d'une maturation lente, hésitante, maladroite, de quelqu'un qui cherche où est son coeur et qui. pour cela, doit savoir où est son trésor, son désir le plus profond. C'est aussi la description d'une « folie ». d'un choix jugé déraisonnable par tous ceux qui l'entourent. C'est une parabole sur l'espérance contre toute probabilité. La lumière qui permet à cette petite espérance » de tenir, de resurgir. de prendre le dessus sur des choix plus réalistes est une expérience fondatrice. indélébile, vécue cinq ans avant. Sur ce chemin, il y a de nombreux signes : comme l'insatisfaction laissée par les choix plus sages ; comme l'indicible moment de silence (et bien plus !) dans la cathédrale de Nevers, véritable basculement du film ; comme l'émotion qui saisit Félicie lors de la représentation du Conte d'hiver de Shakespeare.


Nous sommes dans une chronique où tout ce qui est montré est daté (on devrait presque dire minuté) du 14 au 31 décembre. Les trajets en transports en commun (horaires, météo et atmosphères) vécus par Félicie sont d'une extrême précision : ils sont les nôtres et nous nous y reconnaissons. La visite de Nevers par un regard de touriste, nous nous y retrouvons. Tout est impressionnant de vérité : l'ambiance d'un salon de coiffure, l'appartement d'un jeune bibliothécaire « intello », ou les repas, entre amis ou en famille. Et c'est dans cette horizontalité, cette quotidienneté pratique. incarnée, que surgit - le mot n'est pas trop fort (il évoque celui de résurgence et de résurrection) - le désir de ne pas manquer d'être là où nous devinons, espérons que nous sommes attendus, désirés, connus et reconnus. Même si nous en avons aussi peur (et jusqu'au dernier moment). Là est le coeur de ce Conte d'hiver.
Ce récit d'une attente sera notre conte de Noël et aussi notre manière de rendre hommage à Rohmer disparu cette année.

La nuit du chasseur

publié le 26 août 2010 04:47 par Jésuites de La Réunion   [ mis à jour : 26 août 2010 04:54 ]

dimanche 17 octobre 2010
17h30 à 19h30
Salle Jean de Puybaudet

Film de Charles Laugthon (The night of the hunter), U.S.A, 1955 avec Robert Mitchum, Shelley Winters, Lillian Gish.

Le prologue du film s’ouvre sur une image singulière : une vieille dame, sur un fond de ciel étoilé, raconte les Évangiles à des enfants. Elle les invite à se méfier des faux prophètes, loups féroces déguisés en doux agneaux. D’emblée, le film s’adresse aux enfants. La parabole que raconte Madame Cooper est ensuite illustrée par l’histoire qui commence. Harry Powell est un prêcheur assassin qui épouse les veuves pour s’emparer de leurs économies. Apprenant d’un condamné à mort l’existence d’un magot, il va épouser sa veuve et s’attaquer à Pearl et John, les orphelins détenteurs du secret de la cachette…

Au long de cette quête troublante de la paternité, les références bibliques sont nombreuses. Le thème de l’amour et de la haine présent tout le long du scénario, est signifié par les tatouages sur les mains du personnage central, sorte d’ogre fascinant, de fou mystique ; sur sa main droite : « Love » (amour), et sur la gauche : « Hate » (haine). Deux réalités qui vont s’affronter tout au long du film.

La Nuit du chasseur est un film en noir et blanc, ce qui sert bien le scénario où s’affrontent le bien et le mal. La perversion et l’innocence, la peur et le courage, le salut et le meurtre, l’amour et la haine, la vie et la mort, l’enfance et la vieillesse, ici plus qu’ailleurs, sont bien main dans la main. Le ton du film, à mi-chemin entre le drame criminel et la parabole poétique, est oppressant mais aussi lyrique, voire poétique. On y découvre une Amérique provinciale et bucolique qui peut se transformer en un univers hostile et dangereux.

Charles Laughton était avant tout comédien. La Nuit du Chasseur est son unique film en tant que réalisateur et il a réussi l’exploit de montrer en un film tout ce qu’un film est capable de dire. Véritable leçon de mise en scène, cet extraordinaire classique du film noir reste l’un des films les plus inquiétants jamais réalisés. Menaçante et envoûtante, cette pépite cinématographique est aussi un des films préférés du grand public, sensible au jeu de Robert Mitchum (ahurissant de méchanceté) et au rythme trépidant d’un scénario construit comme un conte, fait pour capter l’attention et pour parler au coeur d’enfant que porte en lui tout spectateur.


1-10 of 25