Jésuites à La Réunion

Famille Ignacienne

Editorial

La voie politique

de la charité

La fin de l’année 2009 s’annonce déjà fortement marquée par le lancement de la campagne électorale des régionales. Les appareils politiques se mettent en ordre de bataille, les tractations vont bon train en leur sein pour désigner leurs « champions ». Mais qu’en est-il des projets ? A quel « rêve » d’avenir chaque candidat va-t-il tenter d’accrocher notre attention, et ainsi nous convaincre de couler dans l’urne notre bulletin ? Il ne revient pas à l’Église d’énoncer une idéologie concurrente, ou de désigner celle qui s’approche au mieux de sa vision de l’homme et de l’homme en société. Néanmoins, elle demeure dans son rôle lorsqu’elle s’adresse à toute personne de bonne volonté, selon les mots du concile Vatican II, « pour éclairer le mystère de l’homme et pour aider le genre humain à découvrir la solution des problèmes majeurs de notre temps » (Gaudium et spes, n° 10).

Car au-delà des déclarations des uns et des autres, sur quels critères allons-nous exercer notre devoir de désigner ceux qui auront à former la prochaine majorité du Conseil régional ? Caritas in Veritate de Benoît XVI en met un certain nombre à notre disposition. Elle s’inscrit dans la suite des précédentes encycliques sociales qui portent au grand public la parole de l’Église « sur la nature, les conditions, les exigences et les fins du développement authentique et aussi les obstacles qui l’entravent » (Jean-Paul II, 1987, Sollicitudo rei socialis, n° 41). À nous de mener un discernement serein et éclairé. C’est pour nous encourager mutuellement à le faire que le texte suivant donne quelques points de repère de Caritas in veritate, les citations étant accompagnées du numéro de paragraphe dont elles sont extraites.

Père Stéphane, sj



La Réunion, solidaire de la mondialisation, est affectée par « le modèle de développement qui a été adopté au cours de ces dernières décennies » n°21). La crise actuelle, à la suite d’autres, en est la conséquence. Son déclenchement par les errements de la grande finance internationale sanctionne « la visée exclusive du profit » (n°21) qui « s’il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté » (n°21). L’urgence de la situation invite à rappeler au chrétien qu’il est un citoyen à part entière, en capacité d’exercer des responsabilités dans la cité, de manière libre et solidaire (n°11). Ce faisant, il ne s’écarte pas de la charité dès l’instant où son action à travers les médiations institutionnelles de la cité demeure animée par la recherche du bien commun, de ce « bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale » (n°7). Il pourrait au contraire lui être reproché, lorsqu’il en a la possibilité, de ne pas faire jouer son influence au service de la vie sociale : « C’est la voie institutionnelle –politique peut-on dire aussi– de la charité » (n°7). Exigence d’autant plus forte qu’à notre époque s’affrontent « différentes visions de l’homme » (n°18), certaines en contradiction avec le développement intégral de l’homme, tel que promu par l’Évangile. D’où « l’importance des structures économiques et des institutions » (n°17) au sein desquelles le chrétien ne peut se dispenser d’agir « pour faire évoluer les processus économiques et sociaux actuels vers des formes pleinement humaines » (n°20), et ainsi collaborer à l’émergence « d’un humanisme nouveau » (n°19).

La crise peut donc avoir ce bienfait de nous obliger « à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à trouver de nouvelles formes d’engagements, à miser sur les expériences positives et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets. C’est dans cette optique, confiants plutôt que résignés, qu’il convient d’affronter les difficultés du moment présent. » (n°21). « En ce sens, il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention et une participation plus large à la res publica » (n°24).

À La Réunion comme ailleurs, le défi est le même. L’encyclique Caritas in Veritate le résume ainsi : « L’accroissement systématique des inégalités entre les groupes sociaux à l’intérieur d’un même pays et entre les populations des différents pays, c’est-à-dire l’augmentation massive de la pauvreté au sens relatif, nous seulement tend à saper la cohésion sociale et met ainsi en danger la démocratie, mais a aussi un impact négatif sur le plan économique à travers l’érosion progressive du « capital social », c’est-à-dire de cet ensemble de relations de confiance, de fiabilité, de respect des règles indispensables à toute coexistence civile » (n°32). »

Mais l’encyclique appelle également à considérer que « l’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. C’est pourquoi il faut avoir présent à l’esprit que séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres » (n°36).

Caritas in Veritate invite donc à approfondir à nouveau le sens de la politique. « La conviction d’être autosuffisant et d’être capable d’éliminer le mal présent dans l’histoire uniquement par sa seule action a poussé l’homme à faire coïncider le bonheur et le salut avec des formes immanentes de bien-être matériel et d’action sociale. De plus, la conviction de l’exigence d’autonomie de l’économie, qui ne doit pas tolérer « d’influences » de caractère moral, a conduit l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice. À la longue, ces convictions ont conduit à des systèmes économiques, sociaux et politiques qui ont foulé aux pieds la liberté de la personne et des corps sociaux et qui, précisément pour cette raison, n’ont pas été en mesure d’assurer la justice qu’ils promettaient » (n°34).

Il s’agit alors d’affirmer avec force que « dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité » (n°36).

Et il revient à l’action politique d’assurer ce fondement à la vie économique. L’une comme l’autre « ont besoin de personnes ouvertes au don réciproque » (n°39). « Le développement est impossible, s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun. La compétence professionnelle et la cohérence morale sont nécessaires l’une et l’autre. Quand l’absolutisation de la technique prévaut, il y a confusion entre les fins et les moyens: pour l’homme d’affaires, le seul critère d’action sera le profit maximal de la production; pour l’homme politique, le renforcement du pouvoir; pour le scientifique, le résultat de ses découvertes » (n°71).

En rappelant constamment « le principe de la centralité de la personne humaine » (n°47), Caritas in Veritate nous invite à interroger tous ceux qui exercent le pouvoir politique –ou y aspirent– sur leur manière de conjuguer développement et croissance spirituelle (n°76).

Pièces jointes (1)

  • editotimot091101.pdf - le 17 nov. 2009 05:04 par Jésuites de La Réunion (version 1)
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Commentaires (1)

Jésuites de La Réunion - 2 févr. 2009 01:54

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