Peuple de Dieu engagé dans l’histoire, Peuple de Dieu, témoin de son Royaume, Peuple de Dieu portant l’espoir des hommes, Peuple de Dieu bâtissant l’avenir.
Jours de Pentecôte, d’hier, d’aujourd’hui, quand dans la relecture d’un événement nous reconnaissons l’action de l’Esprit au cœur des hommes et du monde. Nous revenons, mon épouse et moi, d’un mois de voyage en métropole pour assister au baptême de notre petit-fils durant la célébration pascale. Nous en avons aussi profité pour aller en Allemagne, rendre visite à une de nos filles à « Frankfurt ». Ville immense et accueillante, où s’active une foule dense, dans un mouvement incessant. Contraste saisissant par rapport à La Réunion. Nous logions chez notre fille, qui vit en colocation avec deux autres personnes, une allemande et une italienne, toutes trois employées sur des contrats de courte durée, mais elles ne semblaient pas être angoissées par la précarité de leur emploi. Dès notre arrivée, nous avons été surpris agréablement de constater leur entente conviviale, «mettant tout en commun », et s’exprimant avec aisance aussi bien en allemand qu’en anglais comme la plupart des personnes rencontrées lors de nos déplacements dans cette ville. Il y avait là quelque chose de la Pentecôte, les actes des apôtres d’aujourd’hui, actes prophétiques qui contredisaient ce que certains responsables politiques annonçaient comme l’échec du multiculturalisme. Oui, à n’en pas douter, « l’Esprit poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification » (Prière eucharistique IV). Alors qu’au plan professionnel elles travaillaient à l’élaboration de projets et devaient faire preuve d’esprit d’initiative et de créativité, j’ai constaté au cours de nos conversations que concernant leurs projets personnels, l’horizon ne s’étendait pas plus que la durée de quelques mois et qu’il s’agissait souvent des vacances à venir de plusieurs mois consacrées à la découverte d’autres continents, avant de rechercher un nouvel emploi à Berlin, Londres ou ailleurs. | Elles avaient travaillé, économisé suffisamment pour en consacrer le bénéfice d’abord au projet de voyage. Ce monde tel qu’il était avec ses offres de biens de consommations dans tous les domaines, (voyages, sports, cultures), semblait répondre à leurs attentes immédiates au risque de leur faire oublier d’autres attentes plus profondes et essentielles. Nos migrations ne sont-elles pas d’inspiration divine, conduites par l’Esprit, à la recherche de la terre promise, donnée en héritage. « Il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la - Terre promise » (Hébreux 11, 8-9). Elles assumaient positivement cette précarité, mais suffisait-il de savoir s’en accommoder pour se construire totalement et construire le monde à venir ? Pour s’édifier et bâtir le monde de demain, n’est-il pas indispensable de se projeter en toute confiance dans le long terme ? Mais peut-on l’envisager quand mondialement tout devient précaire, et qu’il faut survivre ? Personnellement, au bout de quelques jours, j’avais comme un sentiment d’errance et de dispersion. Cette foule anonyme, enivrante et déstabilisante, m’avait désorienté. En ce troisième dimanche de Pâques, je me suis rendu à l’église du quartier où je résidais pour célébrer l’Eucharistie. Devant le chœur se dressait le cierge pascal, Christ ressuscité, présent, qui rassemble ses frères. Ne parlant pas du tout allemand, j’avais avec moi « Prions en Eglise » et j’ai pu participer en communion avec l’assemblée à la célébration eucharistique. Je n’ai eu aucun mal à suivre le déroulement de la célébration, tous les rites étant exactement les mêmes, en Allemagne comme à La Réunion. Je n’ai pas douté un instant que « Celui » qui cheminait avec les disciples d’Emmaüs dans l’Évangile du jour, cheminait aussi avec nous, dans nos différences, car tous nous l’avons reconnu à la fraction du pain et notre cœur était tout brûlant dans l’échange du geste de paix, où le sourire se faisait parole d’accueil avec le mot « amen ». Daniel Annette |