Quel dépaysement, pour un petit Suisse qui n'avait pratiquement jamais quitté son pays et ne connaissait qu'un tout petit peu de l'Europe.
Ambiance tropicale, un peu tiers monde et une ville énorme, sale, polluée; un trafic intense à toute heure du jour et de la nuit. Je trouve rapidement un petit appartement non loin de l'Ambassade et rachète à celle-ci la vieille voiture de service en voie de remplacement. Ainsi, je pourrai sillonner quelque peu ce superbe pays.
J'apprends à établir des passeports sans fautes, à étudier les dossiers des demandeurs de visas, à traiter les documents d'état civil (on voit beaucoup de jeunes Suisses se marier après quelques jours passés en Thaïlande – le mariage avec un Européen étant, pour la majorité des "hôtesses", un des moyens de quitter le milieu de la prostitution à laquelle beaucoup sont contraintes), à tenter de distinguer le vrai du faux dans les allégations des compatriotes victimes de vols de documents, etc. J'irai aussi, quelques fois, visiter nos compatriotes incarcérés pour toutes sortes de raison, la possession de drogue en étant la principale et constaterai que, si leurs conditions de détention me paraissent précaires, elles peuvent être considérées comme excellentes en comparaison à celles des Thaïs. Je suis rapidement confronté à pratiquement tout ce que j'ai appris en théorie.
Afin de connaître un peu cette Thaïlande, je deviens membre de la Siam Society, institution ethnologico-historico-culturelle, avec laquelle je participerai à de nombreuses excursions aussi bien en ville de Bangkok (il y a d'innombrables temples à visiter, d'innombrables fresques à admirer) que dans les environs et dans le pays.
Ces visites ont eu lieu en bus, en train, en typique bateau à longue queue, en barques de
pêcheurs... Ainsi, j'ai eu l'occasion de visiter les sites de Ayuttayah, ancienne capitale royale, non loin de laquelle se trouve le ravissant pavillon de Bang Pa In, (petite) partie de la résidence d'été de leurs royales majestés Bhumipol et Sirikit, de voir les ruines
des temples de Phi Mai, de Muang Tam et de Phanom Roong, de naviguer durant deux jours en radeaux sur le lac Bhumipol, de séjourner au parc national marin de Mu Koh Ang Tong, de découvrir les îles Phi Phi, alors qu'il n'y existait qu'une dizaine de bungalows en bambou, de passer un réveillon de nouvel-an dans le parc national du Phu Luang, dans le nord du pays.
J'aurai aussi visité Chiangmai et la région, entreprenant même un trekking de quatre jours dans les collines du nord du pays, du côté de la frontière birmane et du Triangle d'Or, profitant de l'occasion pour fumer ma première et unique pipe d'opium. Je retournerai dans le nord du pays en voiture et accompagné de Patricia – en vacances depuis la voisine Kuala Lumpur – en visitant, en route, les sites de Si Satchanalai et de Sukhotai, où nous découvrirons la magie des ruines au crépuscule.
Je profiterai également de ce séjour en Asie du Sud Est pour obtenir une licence de plongée sportive, avec de nombreux exercices au large de Pattaya – à l'époque seule station balnéaire internationale à proximité de la capitale, avec ses hôtels de toutes catégories, ses bars, dancings, touristes désœuvrés et, bien sûr, ses innombrables bordels – et de Sattahip, plus au sud, charmant et tranquille village de pêcheurs.
Comme les vacances s'accumulent je participerai à un voyage en Chine qu'organise la Siam Society. Nous nous rendrons dans l'ouest de ce pays, là où se trouvent les Thaïs originaux, descendants de ceux qui n'ont pas émigré vers le sud. Nous visiterons le chef lieu du Yunnan, Kunming, "petite ville" de deux ou trois millions d'habitants et les superbes temples qui n'ont pas été détruits.
Du Yunnan, nous avons attendu l'avion pendant des heures pour retourner à Canton et ensuite continuer sur l'Ouest, dans un endroit qui s'appelle Shantou ou Swatou (ou bien les deux ? - je découvrirai bien plus tard qu'il s'agit du même endroit), important pour les Thaïs, car c'est là que sont inhumés les vêtements du roi de Siam ayant initié l'ascension au trône du premier roi de la dynastie actuelle (l'histoire est très compliquée). A peine de retour à Bangkok, je repartirai dare-dare en direction de Kuala Lumpur et de Kota Kinabalu. Mes amis suisses ayant gravi le Weisshorn, j'ai pour ma part décidé d'aussi "faire un 4'000" et m'attaque au Mont Kinabalu, culminant à 4'100 mètres au Sabah, sur l'île de Bornéo. Il faudra une journée pour arriver au camp de base, un e journée pour monter à la cabane à plus de 3'500 mètres – limite de la forêt - et quelques heures avant le lever du soleil pour accéder au sommet.
L'escalade est aisée et peut se faire en baskets. Certains Chinois montent même en … tong !! Après avoir admiré le lever du soleil au sommet de cette montagne, c'est la descente, rapide, trop rapide sur un sol composé en majeure partie de racines, très, trop souples et il faudra deux jours pour récupérer les mollets. De retour à Kota Kinabalu, le voyage continue à destination du Sarawak (un rêve d'enfance). Il faudra prendre un avion pour "sauter par-dessus" le sultanat de Brunei.
Et, avant de rentrer en Suisse, encore vite un petit voyage organisé en Birmanie. On recule de 50 ans et arrive dans un pays fascinant. Une dictature féroce, mais un peuple d'une sérénité à toute épreuve. Peu de contacts avec ledit peuple, pour des raisons linguistiques et… politiques, mais des visites superbes. Les pagodes de Rangoon, les ruines de Pag an et de Sagaing, l'Irrawaddy à Mandalay, les jardins flottants et les "pêcheurs unijambistes" du lac Inlé… encore un rêve d'enfance qui devient réalité.
Mais le voyage est court, les visas de tourisme sont accordés pour 7 jours. Il aura été particulièrement enrichissant, d'autant que le groupe comptait… 3 participants. C'est dire que nous avons pu, souvent, obtenir du guide des arrêts non prévus, le temps de visiter l'un des innombrables marchés rencontrés sur la route, la "grotte aux 10'000 bouddhas" ou de tirer photo d'une scène particulière. C'est ensuite le retour à Bangkok et les préparatifs du départ, en pleine mousson.
Il me faudra aller à pied chez le collègue qui m'emmènera à l'aéroport, pantalons retroussés jusqu'aux genoux, car les taxis ne peuvent plus circuler dans les "sois" inondés de cette partie de la ville.








