L'élection de la gastronomie française à la table du patrimoine mondial de l'humanité au même titre qu'une muraille de Chine ou qu'une pyramide d'Egypte peut faire sourire. Elle n'en est pas moins une construction historique vectrice de culture et de savoir-faire. La gastronomie est pourtant une invention récente, qui ne remonte guère au-delà du XVIe siècle. Les grandes découvertes et les flux d'épices et de denrées exotiques en tous genres ont vraisemblablement dynamisé une culture culinaire qui commençait à être diffusée par l'imprimerie. La bonne chère devient un art de vivre, puis un thème littéraire, avec Rabelais. Malgré les guerres de religion et peut-être par elles, la table devient un lieu de partage, de joie et de communion à l'image du Christ et de ses apôtres, où l'alliance du pain et du vin scelle la base de l'alimentation. Plus jamais jusqu'à nos jours ces deux éléments inséparables ne quitteront la table du foyer français modeste comme celle du prince. La composition du repas appelée "service à la française" a été fixée aux XVIIe et XVIIIe siècles à la table des grands, dont François Vatel, maître d'hotel de Fouquet puis du prince de Condé, est incontestablement le plus illustre des représentants. Ainsi aux entrées enchaînent les rôtis, auxquels succèdent les desserts. Arrivés des colonies antillaises et américaines, les thés, cafés et chocolats deviennent vite une spécialités française qui se distingue dans les salons de la noblesse, avant de faire leur chemin jusqu'à la table du paysan au XIXe siècle. Mais là encore le "café" prend une tournure très française, pour devenir le lieu de sociabilité par excellence : celui des philosophes au XVIIIe siècle, mais aussi celui des ouvriers au XXe siècle. Alimentation et gastronomie sont des sujets rarement absents chez les historiens français. Bien plus qu'un simple moyen de subsistance, il faut y voir non seulement un "lieu de mémoire", mais également l'un des rares caractères encore vivant d'une histoire de plusieurs siècles. |
