Le
sacrement des malades puise son existence dans les dernières lignes de l'épître de saint Jacques : « Si l'un des frères est malade, qu'il fasse venir les anciens de l'Église, ils feront sur son corps une onction d'huile et ils prieront pour lui... Le Seigneur le rétablira, et, s'il a commis des
péchés, ils lui seront remis » (5, 14-15). L'onction d'huile est ainsi devenue un geste courant dans l'antiquité du Moyen-Orient, associé à des prières plus ou moins sacramentelles. L'époque ne permettait pas de discerner, comme aujourd'hui, ce qui était spécifiquement sacramentel de ce qui était uniquement un acte de prière. Il y avait toutefois déjà une double intuition : l'intuition que ce
sacrement concernait la Création et, dans la Création, l'œuvre spéciale du Saint-Esprit.
Malheureusement s'est répandu en Europe ce que l'historien Jacques Le Goff appelle « l'immobilisme angoissé du Moyen Âge » : c'est la hantise du
péché qui a été première. Il en est résulté deux conséquences. La première fut l'addition de trois
sacrements au moment où la vie est en péril : le
sacrement de la
pénitence et de la
réconciliation, le
sacrement des malades et l'
Eucharistie comme viatique. Comme ces
sacrements étaient administrés au moment où la vie était en péril et que chacun ressentait l'angoisse de l'agonie, on a retardé de plus en plus la donation des
sacrements. Jusqu'à retirer parfois au malade la capacité de répondre au
sacrement et de faire que le
sacrement, comme tout
sacrement, le convertisse. C'est bien l'angoisse des derniers moments qui a fait transiter vers les ultimes secondes ces
sacrements, dont le principal a pris le nom d'extrême-onction.
Seconde conséquence de cette position, l'opinion commune qui fait découler les malheurs du
péché. D'où l'idée antique que si on pardonne le
péché, normalement, la santé doit en résulter. Faire dépendre le malheur du
péché, une réalité physique d'un mal moral, est le dernier avatar d'une explication quand l'intelligence bute sur l'incapacité à comprendre les causes du malheur. On doit affirmer clairement que l'ensemble de la Révélation biblique va à l'encontre de cette théorie. Le Christ lui-même, par trois fois dans l'Évangile, va disjoindre le
péché du malheur : quand la tour de Siloé s'abat et écrase des gens (Lc 13, 4), quand Jésus dit : « On ne peut pas faire remonter le malheur de l'exécution des Samaritains à un
péché qu'ils auraient commis » (Lc 13, 1-2), et enfin dans la
parabole de l'aveugle-né (Jn 9, 3).
Au sujet de la Création, il n'est écrit nulle part dans la
Bible que la Création fut parfaite. Elle est dite bonne, c'est déjà beaucoup. Si la Création était parfaite au départ nous n'aurions plus qu'à la subir. L'exercice de notre liberté serait réduit à l'acceptation pure et simple d'un idéal auquel nous n'aurions point participé. Pour un être libre, la perfection est à la fois donnée et accomplie par sa liberté. C'est tout le passage de l'homme image de Dieu à la ressemblance de Dieu, d'une Création bonne à l'état du Royaume qui, lui, sera parfait. L'histoire est le lieu où nous collaborons, par
grâce, à la venue du Royaume.