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Réflexions sur l'Histoire

Dans cette rubrique, nous vous proposons des réflexions alimentant une vision de l'Histoire et de la recherche archéologique qui se remet en question en permanence. Ces réflexions correspondent à une quête que les fondateurs de Galliléo ne cessent de poursuivre.  
 
Notre premier article porte un regard vers ces vieilles pierres, vestiges de civilisations et cultures disparues, qui constituent de véritables livres ouverts :
 
 - Les Pierres Philosophales
 
 

Les civilisations et les cultures anciennes ont laissé leurs traces matérielles faites entre autres, de vestiges de pierre qui constituent de véritables « livres lithiques ».

 

Lieux cultuels et sites mégalithiques anciens, chemins de connaissances jalonnés par la pierre, et étonnantes machines à remonter le temps.

 

Un regard distancié sur l'univers du mégalithe, pour repenser une approche méthodologique rigoureuse.

 

« Comment accéder à la compréhension du monde que nous avons  perdue, ou plutôt que nous venons de perdre ? Comment étudier ce qui témoigne d'une paradoxale distance malg la proximité temporelle ? Sans doute convient-il pour ce faire de porter une particulière attention

à l' inactuel, à l'insolite, à ce qui est décrété dérisoire.

Sans doute faut-il tenter une étude de la genèse de l'insignifiance, puis de l'évolution et de la diffusion des formes de l'incompréhension », écrit Alain Corbin dans « Les cloches de la terre ».

 

 Les cloches de la terre. Paysages et cultures sensibles et sonores dans les campagnes,  Albin Michel, 1994, p. 13.

 

Un des axes de notre recherche est l'étude des lieux cultuels et des sites mégalithiques qui ont été façonnés dès le néolithique.

L’érection des mégalithes a été située communément entre ~3500 et ~2500 avant le début de notre ère par la plupart des chercheurs.

Nous verrons plus loin dans notre exposé que des vestiges de ce type ont été érigés à des périodes largement plus antérieures (voir les découvertes de Gobekli Tepe en Turquie).

La civilisation des mégalithes aurait donc très largement précédé la construction des Pyramides égyptiennes*.

 *« Assez curieusement, la lettre grecque Pi  π qui figure et symbolise le dolmen est sensiblement l’hiéroglyphe égyptien qui signifie “maison”. »

 

Christian Mandon

 

“ Les origines de l’Arbre de Mai ”

http://racines.traditions.free.fr/astrnorc/astrnorc.pdf

 En occident, elle aurait été contemporaine des plus anciennes civilisations connues, sumérienne, mésopotamienne, syro - phénicienne, égéenne, crétoise et achéenne.

 

Les dolmens tabulaires ont été tardivement utilisés comme des nécropoles, mais ils avaient une vocation originelle aujourd’hui oubliée. Leur zone de répartition est très large. Elle va de la Scandinavie à l’Espagne, en France, en Corse, en Afrique du Nord, à Malte, en Turquie, en Palestine, en Inde, et même en Corée. Beaucoup de mégalithes ont été détruits mais il en reste encore un grand nombre. On en dénombre quatre mille cinq cents en France, huit cents dans l’île de Man, neuf cents en Allemagne, cinq mille en Algérie, trois cents en Corée. Les menhirs ou pierres levées posent les mêmes insolubles problèmes. Ils sont également parfois groupés en grand nombre. Les alignements de Carnac comptent trois séries de plusieurs milliers de menhirs rangés et hiérarchisés. Tous ces monuments ont été élevés par des populations nombreuses et très organisées.

 

De nombreuses questions se posent, auxquelles il est difficile de répondre.

Pourquoi le choix de ces lieux, quelles traces ont-ils laissé, quel enseignement a été transmis ?

D'où venaient les peuples qui les ont investis ?

Et quelle était précisément la finalité de ces pierres levées ?

 

Sur ce dernier point, certains posent avec audace l'hypothèse de lieux d'observation astronomique permettant de faire des relevés d'une grande finesse.

 

Ainsi, concernant  Carnac :

 

« Les chercheurs d'aujourd'hui ont recours à des instruments de mesure gigantesques, télescopes, détecteurs ou accélérateurs de particules, qui souvent, dépassent ce qu'un individu seul peut réaliser. Mais les premiers instruments de mesures astronomiques étaient eux aussi colossaux, œuvre d'un peuple et non d'un homme seul. Il s'agissait de pierres énormes, les mégalithes, disposées de façon à rendre possible le repérage de directions privilégiées.

Ces observatoires sont par exemple celui de Carnac en Bretagne du Sud, près de la presqu'île de Quiberon en France ou celui de Stonehenge en Angleterre.

Le menhir dit le Géant de Manio à Carnac servait peut-être de point de mire. Depuis un autre lieu du site, il était possible de viser par exemple un lever du soleil. Les premiers observateurs durent constater que le soleil ne se levait pas toujours dans la même direction. L'hiver, quand les jours étaient courts à Carnac, le soleil se levait au Sud-Est; quand la durée du jour était plus longue, le soleil se levait au Nord-Est. L'homme du XXIème siècle sait-il encore que le soleil ne se lève pas toujours exactement à l'Est ? »

 

Parisot J.-P.,Suagher F., "Calendriers et chronologie", 1996, Ed. Masson, (ISBN 2 225 852 251) : Un livre très complet et très précis sur les multiples calendriers élaborés par les hommes.

 

L'importance du balisage des solstices au regard des calendriers précis des observateurs du monde ancien semble avoir été une préoccupation fondamentale dans de nombreux sites, et a vraisemblablement perduré dans le monde druidique

 

« Les portes solsticielles : L’axe du monde est, dans l’espace, l’axe des pôles. Dans le temps, il s’agit du très riche symbole de l’axe solsticiel. Pour la légende, Janus, dieu latin de l’initiation aux mystères, détenait les clefs des portes solsticielles, c’est-à-dire des phases ascendantes et descendantes du cycle annuel. Il s’agit respectivement de la porte des dieux, qui correspond à la Saint-Jean d’hiver et à la renaissance du soleil, dans le signe du Capricorne; et de la porte des hommes, qui correspond à la Saint-Jean d’été et à la mort cyclique du soleil, dans le signe du cancer.

Ces deux portes sont encore Janua coeli et Janua inferni, portes des enfers et des cieux. On remarquera d’ailleurs l’analogie entre Janus et Saint-Jean. Comme quoi les symboles les plus anciens de la Tradition perdurent à travers les cultures et les religions.

Donc si l’on trace une ligne sur le cercle qu’est le zodiaque, entre les deux portes solsticielles, l’on retrouve le symbole de l’axe du monde. »

 www.artgauth.com /

Pour d'autres en revanche, rien ne prouve que les menhirs sont restés là où ils avaient été plantés : "Carnac a été restauré en 1890 et on a redressé des pierres pour qu'elles soient précisément alignées avec le soleil, explique l'archéologue Serge Cassen, de l'université de Nantes. Il y a des écarts de 80° entre certains alignements actuels et ceux relevés avant 1890." Ensuite, pourquoi les astres ?  "Il n'existait pas de cités-États à cette époque, la société n'avait pas besoin de faire des prévisions ni de découper le temps de manière précise. Nous savons à présent que les menhirs suivent l'orientation des failles géologiques de la zone broyée sud - armoricaine, nord-ouest.

 

Christine Boujot, Serge Cassen, « Le Développement des premières architectures funéraires monumentales en France occidentale ». Dans  : « Paysans et bâtisseurs, l’émergence du Néolithique atlantique et les origines du Mégalithisme », actes du XVIIe colloque interrégional sur le Néolithique, Vannes, 29-31 octobre 1990, Rennes : RAO, 1992, p. 195-211 (supplément n°5).

 

Lorsqu'on y regarde de près, on observe que les théories se font et se défont au gré des présupposés et des croyances des chercheurs.

Il faudra donc dépasser le « monde de nos propres opinions »*  pour tenter d'appréhender avec un regard neuf ces réalités.

Gaston Bachelard: Le nouvel esprit scientifique 1968

 

Le niveau actuel de nos connaissances nous pousse à la plus grande réserve quant à l'interprétation des livres à ciel ouvert que sont les pierres levées.

Et notre regard doit être empreint de respect et d'une grande modestie par rapport aux savoirs de ces peuples anciens.

(A titre indicatif, pour mener des investigations sur des expériences astronomiques, la reconstitution contemporaine de Stonehenge a été faite, avec nos moyens modernes, au moyen de blocs de siporex)

Nous redécouvrons chaque jour, au travers de timides indices, la richesse des connaissances et des filiations des idées qui ont été transmises jusqu'aux Gaulois, de manière continue ou au travers de séries de brassages et de migrations.

Ainsi, une astrophysicienne a révélé une carte du ciel sur une célèbre cruche en bois celte. Elle confirme les hautes connaissances astrales que César attribuait aux Gaulois, notamment à leurs druides.

« Nous avons cherché la collaboration de l'astrophysicienne Silvia Cernuti, spécialiste de paléoastronomie à l'Observatoire milanais de Brera. La question avait été modifiée et élargie ainsi : peut-on trouver dans le ciel une étoile qui était visible à la latitude de la ville de Brno vers l'an 280 av J.-C.

Des configurations significatives d'étoiles correspondant à la disposition des yeux des êtres monstrueux qui animent les deux grandes résilles de la cruche ?

Les résultats de la recherche de l'éventuelle signification astronomique des deux grandes résilles qui ornaient la panse de la cruche de Brno dépassent toute attente.

 

Le nom d'origine arabe d'Alde Baran (ad dabaram),"le Successeur", se réfère à son lien avec les Piades, un amas d'étoiles proche de la même constellation, très important dans l'astronomie antique. Le segment représenté dans le ciel inclut les "cornes" du Taureau, avec Elnath, " la Corne" (~Aur), qui peut être également rattachée à la constellation du Cocher (Auriga). à laquelle appartient l'étoile brillante Capella, "Ia Chèvre" (a AuI') dont Ie lever héliaque aurait été utilisé par les Celtes pour déterminer la date de la fête d' Imbolc, en février, à la fin de l'emprise du froid hivernal, au départ du renouveau de la végétation et de la Vie, avec la naissance des agneaux et le retour du lait des brebis. Elle était associée à la déesse Brigit. Une partie manquante de l'applique devait inclure encore au moins une autre étoile de la constellation du Cocher. De l'autre côté des "cornes" du Taureau figurent deux étoiles qui appartiennent à l'impressionnante constellation

d'Orion le "chasseur céleste" lancé à la poursuite des Pléiades. Il s'agit de Bellatrix, "la Guerrière" (y Ori) et de la double Meissa-Heka (A Ori).Il convient de souligner que l'étoile principale de la constellation du Grand Chien  (Canis major), "compagnon de chasse" d'Orion, est Sirius (a CMa), la Stella canicula, l'étoile la plus éclatante qui peut être observée depuis la Terre. Son lever héliaque déterminait pour les Celtes la date de la fête de Lugnasad, en août. Associée à la divinité souveraine et solaire, cette fête était l'occasion  à laquelle se réunissaient les grandes assemblées. Elle fut assimilée sous l'Empire à la fête d'Auguste, à laquelle se tenait à Lyon (Lugdunum) le Concile des Gaules.

 

Un  ciel connu des Sumériens

 

Llément central du segment de ciel étoilé représenté sur l'applique "hivernale" de la cruche de Brno, la constellation du Taureau, a été identifiée comme telle dès l'époque surienne : c'est le "Taureau céleste" du dieu du ciel Anou, dont la déesse de l'amour Ishtar fit déchner la force dévastatrice contre la ville d'Ourouk et son roi Gilgamesh.

 

Archéologia n°448 novembre 2007, p18 à 23

Article de Venceslas Kruta,  directeur d'étude a I'Ecole des Hautes Etudes, 1\1"section, directeur du Centre d'études celtiques, et Silvia Cernuti, paleoastronome, observatoire milanais de Srera

 

- KRUTA V., 2006, "Un chef - d'oeuvre de rart celtique: la cruche de Brno-MalomiHice", in Celtes: Belges, Boiens , Remes, Volques. , Editions du Musée

Royal de Mariemont, Morlanwelz.  (31433)

 

Les vestiges mégalithiques existent partout en Europe et lorsqu'on en mesure la période d'édification, on recule chaque fois un peu plus l'horloge du temps (la notion de période chalcolithique perd peu à peu son sens).

 

 

Ainsi à Goseck, dans la province de Saxe-Anhalt, à 180 km au sud-ouest de Berlin, les restes d'un monument circulaire de 75 m de diamètre, aux allures d'enclos à chèvres, ont été repérés au beau milieu d'un champ de blé.

 

Là encore, les hypothèses astronomiques sont récurrentes.

 

Érigé aux alentours de 5000 av. J.-C., il se composait probablement de plusieurs anneaux concentriques, surmontés de palissades en bois à hauteur d'homme. Chacun de ces murs était percé de trois portes : l'une orientée pile au nord, l'autre au sud-est, la troisième au sud-ouest. Ainsi, si Ulrix se plaçait au centre de l'enceinte le jour du solstice d'hiver, il pouvait voir le soleil

se lever dans la porte sud-est et se coucher dans la porte sud-ouest. "Nous avons calculé la position du soleil dans la région il y a 7000 ans, explique Wolfhard Schlosser, astronome à la Ruhr University, à Bochum. Ça coïncide !" Conclusion des archéologues germaniques : le tout premier observatoire de l'histoire de l'humanité a vu le jour à Goseck il y a 7 000 ans.

   

François Bertemes, P. F. Biehl: Goseck - Archäologie geht online. in: Archaeologie in Deutschland (AID). Theiss, Stuttgart 2005, 6, S. 36ff. (ISSN 0176-8522 ) 

 

 Ce n'est pas la première, et ce ne sera sans doute pas la dernière tentative de repousser la date de naissance de l'astronomie aux calendes préhistoriques. Le précédent détenteur du titre de "premier observatoire du monde" n'était autre justement que le majestueux Stonehenge dont nous venons de parler plus haut, cathédrale minérale édifiée par étapes entre -2800 et - 1100 par une poignée d'agriculteurs et d'éleveurs qui ne disposaient pour tous outils, selon les chercheurs, que de leurs mains, de haches de pierre, d'omoplates et de bois d'animaux.

 

Des vestiges mégalithiques ont été retrouvés en Turquie et reprennent des configurations qui nous sont familières (pierres levées disposées en cercle, etc.) mais dans des proportions franchement étonnantes.

 

Mais l'horloge du temps recule cette fois-ci de manière extrême.

 

Ainsi, dans l'Est de la Turquie, au pied du Mont Taurus, on vient de découvrir des constructions mégalithiques de premier plan à Gobekli Tepe.

Pour de nombreux scientifiques, Gobekli Tepe représente la plus importante découverte archéologique jamais réalisée. Après datation au carbone 14, l'âge du sanctuaire a en effet été estimé entre 13 500 et 10 000 ans. En comparaison, le célèbre site néolithique de Stonehenge ou les pyramides de Gizeh, datant respectivement de 2 800 et 2 500 ans avant J.-C., paraîtraient presque"récents".

Une quarantaine de pierres, sculptées ou non, utilisées pour bâtir des mégalithes en
forme de T, ont pour l'instant été mises au jour ; mais des sondages géomagnétiques de ce sanctuaire monumental ont révélé que plusieurs centaines d'entre elles se trouvaient encore enterrées.

Et Gobekli Tepe n'a pas fini d'intriguer les archéologues : en effet, le site a été volontairement et mystérieusement enseveli sous des tonnes de sable vers 8 000 avant J.-C.

Aucun signe d'agriculture n'a été relevé pendant les fouilles, ce qui remet à nouveau en question la finalité de ces architectures (importance accordée aux solstices par rapport au monde agricole).

 

Schmidt, K., Zuerst kam der Tempel, dann die Stadt. Bericht zu den Grabungen am Gürcütepe und am Göbekli Tepe 1996-1999, Istanbuler Mitteilungen 50, 2000, 5-40; ders., Göbekli Tepe, Southeastern Turkey. A Preliminary Report on the 1995-1999 Excavations, Paléorient 26.1, 2001, 45-54; Schmidt, K., Sie bauten den ersten Tempel. Das rätselhafte Heiligtum der Steinzeitjäger. Die archäologische Entdeckung am Göbekli Tepe, C.H. Beck, München (2006); Badisches Landesmuseum Karlsruhe (Hrsg.), Vor 12.000 Jahren in Anatolien. Die ältesten Monumente der Menschheit. Theiss Verlag, Stuttgart (2007).  

 

En France, la plupart des sites à pierres levées remontent à des périodes moins lointaines.

Ils ont été occupés ou réutilisés sur des périodes ultérieures, de manière continue ou discontinue.

Il en est de même des objets collectés, datant du néolithique, qui ont souvent été précieusement conservés par les Gaulois.

Ainsi, on a retrouvé dans de nombreux sites gaulois des objets anciens tels que des haches de pierre polie, considérées probablement par ces derniers comme des objets magiques.

On songe au statut des « pierres du tonnerre »*, comme les nommaient encore récemment les provençaux, ces haches polies qu'ils pensaient être la cristallisation de la foudre et qui protégeaient les habitations.

Pendant les fouilles, on a également retrouvé fréquemment de nombreux fossiles - en particulier des tests d'oursins  - qui devaient sans doute avoir des propriétés particulières aux yeux de ces peuples.

On retrouve également certaines traces de « pollutions » de tribus Celtiques ou d'autres cultures sur des lieux où ont été alignés certains Cromlechs.

*Irène Magnaudeix « Pierres assises, pierres mouvantes » – Les Alpes de lumière – Forcalquier  2004

 

 

C'est une constante banale qui guide nos pas : les modernes occupent toujours des lieux construits par des anciens.

Concernant les lieux cultuels, on retrouve cela à des périodes ultérieures et l'on peut dire avec certitude que toutes les cryptes paléochrétiennes ont été construites sur des lieux anciens où se pratiquaient des cultes à mystère : Il n'est pas rare de trouver des lieux de culte dédiés à Mithra sur lesquels ont été bâties les cryptes, puis des chapelles, églises ou basiliques.

Ces cultes à mystères ont joué un rôle d'intégration sociale dans l'antiquité en amont de la Christianisation Romaine, et témoignent du brassage des civilisations et de la filiation des idées entre l'orient et l'occident.

 

« Il faut maintenant parler des étonnants Cultes à Mystères qui étaient alors pratiqués en Grèce et dans tout l’Empire Romain. Les plus connus sont les Mystères d’Eleusis, qui célébraient le culte des deux déesses, Déméter (Cérès à Rome), et Perséphone, mais d’autres cultes étaient rendus à Apollon, Dionysos, Cybèle et Attis, Mithra, Astarté, Pan, Adonis (et Atargatis, déesse syrienne dont le culte était proche du précédent). Il faut aussi citer des cultes égyptiens très célèbres tels ceux d’Isis, Sérapis, ou Anubis, et divers Ba’al, (sauveurs), connus sous les noms de Jupiter Héliopolitain, en Syrie, et de Jupiter Dolichénien. Avant d’en examiner quelques uns, je voudrais vivement attirer votre attention sur l’importance de ces cultes à Mystères. Ils introduisent dans les pratiques religieuses antiques les concepts d’immortalité de l’âme, de salut et de résurrection. Sous l’influence de l’hellénisme qui les tolère, et au contact des très nombreux immigrants qui s’installent dans l’empire, les Romains accentuent encore leur grande facilité d’assimilation. Ils adoptent les nouveautés doctrinales des croyances étrangères et transforment les cultes orientaux dont les pratiques inhabituelles viennent secouer la morne monotonie de leurs habitudes »

 

Jacques Henri PREVOS  Le Ciel, la Vie, le Feu Chapitre 6 - Le Phare ruiné d’Alexandrie.

Religions à Mystères et Proto Christianisme.

 

 

 

Quels en étaient les bénéfices recherchés dans ces processus d'investissement d'un espace déjà consacré ?

S'agissait-il d'une tentative d'appropriation de propriétés énergétiques sacrées originelles.

Voulait-on par là effacer les pratiques cultuelles antérieures ?

« Désenvoûtement » des lieux, destruction des paganismes tels que ceux pratiqués jusque sous Charlemagne ?

Nous pouvons imaginer aisément que, dès le IVème siècle après J.C., les Gallo -Romains christianisés pratiquaient une forme de syncrétisme permettant de conserver leurs anciennes croyances, tout en se convertissant au monothéisme, à l'image du brassage des populations qui a eu lieu à cette époque.

 

Sous la chrétienté, des lignes de séparation nettes se sont développées entre les adeptes du pélagianisme et la ligne officielle de Rome. Le concile de Nicée convoqué par l'empereur Romain Constantin 1er, a tranché entre l'arianisme et le modèle de christianisme qui a perduré jusqu'à nos jours.

On peut donc penser que ces lieux cultuels ont été des enjeux considérables, dans une perspective de christianisation massive, et le théâtre de résistance et de pratiques cultuelles clandestines.

 

Lorsqu'on se déplace dans certains sites à haute valeur spirituelle ajoutée, il est parfois difficile de faire la part du modelage de l'homme (alignements de pierres levées, construction de labyrinthes, gravures, ouvertures de cupules là où se déplace une source, etc..) de l'oeuvre du « démiurge » naturel tel que l'appréhende le géologue ou le climatologue.

Et une montagne « sacrée » ou une grotte naturelle n'a pas forcément besoin d'un maçonnage d'appoint de l'homme pour être investie spirituellement.

Stéphane Cardinaux *avance d'ailleurs des hypothèses audacieuses sur la dimension qu'il appelle « cosmo tellurique » des objets géologiques naturels (montagnes, rochers, etc.mais aussi d'origine humaine (pierres levées, etc.).

Selon lui, ces dispositions auraient des résonances vibratoires qui se traduiraient par des formes d'énergie.

Ces hypothèses audacieuses doivent, selon nous, se confronter au cartésianisme des physiciens les plus terre-à-terre pour ancrer leur légitimité.

Nous n'en écartons, par là, nullement l'intérêt, dans l'attente d'investigations contradictoires.

« Tous les édifices construits par les bâtisseurs sont basés sur des traces géométriques rigoureux. Le livre a comme objectif de vous donner les outils nécessaires pour retrouver leurs traces (lorsqu'ils ont disparu) ou de comprendre les lieux sacrés existants : menhirs, mégalithes, dolmens, cromlechs, villas gallo-romaines, temples égyptiens, chapelles, autels, cathédrales, collégiales, églises...

Les études retracent les fondements géométriques et les grands chemins des forces telluriques de tous ces monuments. Car ils émettent des énergies" ethniques " subtiles, de nature tellurique. La capacité de chacun d'entre nous a ressentir ces énergies est proportionnelle a sa sensibilité radiesthésique et a son niveau de conscience.

 

Stéphane Cardinaux « Géométries sacrées » Edition Trajectoires tome 1, 2004

 

Nous devons explorer la toponymie des lieux, la disposition des rochers les uns par rapport aux autres dans l'environnement du lieu cultuel exploré, les inscriptions furtives et souvent discrètes qui tatouent la pierre, là où on ne s'attend pas à les trouver.

Les sources ne sont plus forcément à leur place, les changements climatiques et les effets des transformations de l'homme sur la végétation brouillent les pistes.

Et de nombreux indices ont disparu du paysage (toutes les parties en bois, les poteaux, etc. des lieux cultuels ou des observatoires astronomiques ne sont plus visibles).

 

Il nous est difficile d'appréhender ces réalités de manière objective.

Notre propre subjectivité, notre vécu, nos représentations, croyances et nos cadres de référence respectifs sont autant de prismes déformant,

Les apports énergétiques « naturels » qui émanent de ces lieux (les effets de l'altitude, de la pureté de l'air,..) entrent en compte.

A cela peuvent s'ajouter d'autres phénomènes de résonances vibratoires entre les dynamiques  minérales de ces lieux et notre propre corps que nous ignorons (après tout, nous sommes formés à 70% d'eau, constitué de métaux, etc.).

Les effets du soleil sur la pierre, la luminosité des paysages entrent également en ligne de compte.

Irène Magnadeix parle de « roche qui soleille », qui marque surtout le moment de rupture de la journée, celui de son midi quand « tout perd son ombre, quand le soleil prend tout ».

« La roche qui soleille », cachée dans le décor où elle n'existe que pour l'initié, l'habitant, le familier des lieux, marque d'abord le moment crucial de la journée, celui ou précisément le jour bascule.

Elle tient de l'assise, du pivot, peut-être même de la borne, alors que le cadran solaire n'est qu'une représentation de la mouvance, une métaphore de la « forme longue », cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l'homme ».

Irène Magnaudeix « Pierres assises, pierres mouvantes » – Les Alpes de lumière – Forcalquier , 2004

 

Nos pensées, dans cette quête, sont comme le reflet de notre image à la surface de l'eau lorsqu'on veut voir le lit d'une source.

Finalement, on risque de ne voir que ce que l'on veut voir !

« Si les faits ne correspondent pas à vos hypothèses, changez les faits ! » disait Einstein.

 

Chaque découverte doit se confronter impitoyablement au bon sens des anciens de nos campagnes qui connaissent souvent l'histoire de ces lieux.

Ainsi, un apparent lieu de culte peut s'avérer être à l'origine une carrière d'extraction de meules au Moyen-âge...

 

 

Confrontés à l'observation de ces sites, nous faisons entrer en scène l'univers des connaissances et le torrent tumultueux des hypothèses.

Cette source était-elle dévolue à Groselos, déesse Gauloise de la fécondité ?

Une fée y est-elle apparue en des temps reculés, dans les croyances locales ?

Quels rites ou quels pèlerinages s'y déroulaient ?

Pour quels bénéfices ?

Tel lieu était-il utilisé à des fins de relevés astronomiques ?

Quelle interaction, quelles ruptures entre des usages religieux et des instrumentalisations scientifiques de ces lieux, sur quelles périodes données ?

Comment ont été érigés les édifices ?

 

Dans notre recherche, Il y a interdépendance entre le réel, objectivable et reproductible selon les disciplines scientifiques et les effets de la représentation  et de l'autosuggestion.

Notre approche archéologique s'appuie donc sur des indices physiques (relevés, topographies,etc.), des explorations documentaires (apports de l'histoire, de l'étude des mythologies, des filiations linguistiques, du symbolisme, etc.).

 

Nous devons donc explorer, au delà de l'imaginaire, des mythes et du merveilleux des lieux, des données tangibles étudiées de façon contradictoire par des scientifiques praticiens de différentes disciplines (physiciens, géomètres, géologues, astronomes, etc.).

Ces études à visée limitée doivent enrichir nos hypothèses sur la place et le rôle de ces locus dans la vie quotidienne des hommes.

 

Finalement, notre méthodologie de recherche de ces lieux cultuels ou dévolus à d'autres activités, repose sur une dialectique permanente entre l'observable et le questionnement métaphysique, l'histoire et l'imaginaire*, le monde du temporel et des solstices qui règlent la vie des hommes et celui de l'intemporel et du sacré.

Et si nous tentons d'en prendre un léger surplomb, nous ne sortons pas indemnes de l'enchantement qui se dégage de ces lieux.

 

* « Le paysage imaginaire d'une recherche n'est pas sans

valeur, même s'il n'a pas de rigueur. Il restaure ce qui s'indiquait

naguère sous le titre de « culture populaire », mais pour muer en une

infinité mobile de tactiques, ce qui se représentait comme une force

matricielle de l'histoire. Il maintient donc présente la structure d'un

imaginaire social d'où la question ne cesse de prendre des formes

différentes et de repartir. Il prévient également contre les effets d'une

analyse qui, nécessairement, ne saisit ces pratiques que sur les bords

d' un appareil technique, ils ou elles altèrent et déroutent ses instruments.

Aussi est-ce l'étude même qui est marginale par rapport aux

phénomènes étudiés. Le paysage qui met en scène ces phénomènes

sur un mode imaginaire a donc valeur de rectificatif et de thérapeutique

globale contre leur réduction par un examen latéral. »

 

Michel de Certeau, de Certeau, L'invention du quotidien, tome I,

Arts de faire, p.67.

 

Nous retrouvons la dualité que nous venons de décrire plus haut dans la « philosophe des sciences » qu'est l'épistémologie, et qui est une source précieuse de questionnement au regard de notre quête.

 

« Dans le temps, aucune connaissance ne précède l'expérience, et toutes commencent avec elle »  Kant,  Critique de la raison pure.

 

Le problème de la démarcation (identifié comme étant le problème de Kant par Karl Popperhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Épistémologie) s'articule à celui de la justification des théories soit selon une méthode inductive, soit une méthode hypothético-déductive (sur ce point, un philosophe comme Popper pense que les théories scientifiques ne peuvent être justifiées, même sur la base d'un très grand nombre d'observations empiriques, mais seulement évaluées à partir de tests dont la logique consiste à tenter de mettre à l'épreuve les connaissances scientifiques). Toutefois, ce problème d'épistémologie concerne plus directement la question de savoir comment identifier ou démarquer les théories scientifiques des théories métaphysiques. C'est aussi le problème des fondements de la connaissance scientifique, ainsi que la question du réalisme/anti-réalisme, et celui du rapport au vrai. Ce qui mène également à la question du relativisme. Il y a aussi la question de l'unité de la science.

 

Bachelard et l'« obstacle épistémologique » : Gaston Bachelard définit, en 1934, dans un article intitulé La formation de l'esprit scientifique, ce dernier comme étant « la rectification du savoir, l'élargissement des cadres de la connaissance ». Pour lui, le scientifique doit se dépouiller de tout ce qui constitue les « obstacles épistémologiques internes », en se soumettant à une préparation intérieure afin que sa recherche progresse vers la vérité scientifique, ce dernier comme étant « la rectification du savoir, l'élargissement des cadres de la connaissance ». La notion d'obstacle épistémologique est ce qui permet de poser le problème de la connaissance scientifique : c'est à partir du moment où celui-ci est surmonté, donnant lieu à une « rupture épistémologique », que l'on atteint le but recherché. Les obstacles sont, pour Bachelard, non seulement inévitables, mais aussi indispensables pour connaître la vérité. Celle-ci en effet n'apparaît jamais par une illumination subite, mais au contraire, après de longs tâtonnements, « une longue histoire d'erreurs et d'errances surmontées ».

 

Bachelard dénonce l'opinion que nous laisse l'expérience empirique et son influence sur la connaissance scientifique : « le réel n'est jamais ce que l'on pourrait croire, il est toujours ce qu'on aurait dû penser », dit-il. « La science s'oppose formellement à l'opinion : l'opinion ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissances. » La connaissance scientifique consistera à revenir sans arrêt sur le déjà découvert.

Mettant l'accent sur la discontinuité dans le processus de la construction scientifique, Thomas Kuhn discerne des périodes relativement longues pendant lesquelles la recherche est qualifiée de « normale », c'est-à-dire qu'elle s'inscrit dans la lignée des paradigmes théoriques dominants, périodes pendant lesquelles de brefs et inexplicables changements constituent une véritable « révolution scientifique ». Le choix entre les paradigmes n'est pas fondé rationnellement. Cette posture implique que chaque paradigme permet de résoudre certains problèmes et, de là, les paradigmes seraient incommensurables.

Wikipédia épistémologie

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En menant avec persévérance ces recherches, à travers ces longs tâtonnements, d'une longue histoire d'erreurs et d'errances surmontées »l, .nous entrons dans un labyrinthe, franchissant une porte du temps, pour prendre la mesure de notre condition, au regard de ce qui a raisonné au coeur des hommes d'un lointain passé*.

 

Symbole d’un cheminement initiatique long et difficile, le labyrinthe est connu de nombreuses civilisations anciennes : les hommes préhistoriques, les Mésopotamiens, les Scandinaves, les Hopis, les Navajos, les Indiens, les aborigènes d’Australie, les Touaregs, les juifs de Palestine (datant de 2000 avant J.C.), les Mayas... En Inde, le labyrinthe est représenté sous la forme du mandala, art de tradition ancestrale, symbolisant le destin. Il s’agit d’un cercle sacré, au sein duquel on trouve des divinités bouddhiques. Il représente le mélange entre l’organisation du monde idéal, et le cheminement, long et difficile, de l’homme : le voyage intérieur. De même, en Chine, on trouve des labyrinthes gravés dans la grotte de T’ong T’ing, sous la forme de chemins d’encens dont la consumation sert à mesurer le passage du temps. Ils servent surtout la nuit, lorsque le soleil ne peut éclairer. En Scandinavie, il n’est pas rare de trouver nombre de labyrinthes, construits de pierres de différentes dimensions, afin de construire les murs d’un chemin. La figure de fylfot (svastika sacré) ainsi construite, et fondée sur neuf points (chiffre sacré), peut être trouvée sur des îles isolées. Elle sert pour des danses ou des jeux traditionnels.

Dans ces différentes cultures, les labyrinthes de pierre ou de gazon présentent toujours un parcours unique avec sortie rapide. Parcourir le labyrinthe, seul ou avec l’ensemble de la communauté, est alors l’occasion d’une introspection. Les méandres symbolisent le cours de la destinée humaine, ses pièges et ses tourments.

Pendant des millénaires, le labyrinthe a fasciné l’humanité par ses mystères, car un seul sentier mène au but. Des tracés de chemins tortueux ont été taillés dans les parois rocheuses du désert américain et sur les falaises scandinaves. Des dédales ont été taillés dans la tourbe du Pays de Galles et d’Angleterre (comme le Julian’s Bower à Alkborough). Monstres et géants font partie de ce mythe, et les Églises elles-mêmes se sont servies de son symbolisme.

Le labyrinthe du Minotaure construit par Dédale se serait situé en Crète, sur l’île du roi Minos ; c’est en effet sur l’ordre de ce roi qu’il fut construit, afin d’y faire enfermer la créature monstrueuse née des amours de la reine Pasiphaé et d’un taureau. Les recherches archéologiques faites en Crète sur les palais minoens, notamment celui de Cnossos, révèlent des constructions étendues, dont le plan d’ensemble est complexe. Le mythe du Labyrinthe pourrait n’être qu’une transposition de cette complexité architecturale ; par ailleurs, les Crétois vouaient un culte au taureau.

 

Étymologiquement, le mot dériverait du terme « labrys » qui désigne une hache, plus exactement une double hache comme celles dont on a retrouvé des reproductions gravées dans la pierre à Cnossos.

Le mythe du Labyrinthe est une double représentation de l’Homme et de sa condition : il est d’une part la représentation de l’Homme obscur à lui-même, qui se perd en essayant de se connaître. Il symbolise l’âme humaine dans toute sa complexité, en proie au mal (incarné par le Minotaure, être monstrueux). Toute rencontre avec le monstre se révèle fatale. Il représente d’autre part l’Homme face à l’univers : il est perdu, ne sait d’où il vient, où il est, où il va, et cherche à sortir de cet état, c’est-à-dire à trouver les réponses à ses questions.

19961996 HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Attali" 1996 HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Attali" Jacques AttaliJacques Attali, Chemins de sagesse - traité du labyrinthe 1996 HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Attali" Jacques AttaliJacques Attali, Chemins de sagesse - traité du labyrinthe HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/1996"

 

 

 

Le labyrinthe est aussi un archétype de la Connaissance. Son itinéraire se situe entre les Cornes du Monstre que l'initié doit affronter. Son parcours est un chemin d'épreuves correspondant à l'imagerie symbolique d'un pont à traverser. Ce pont archétypal est dénommé, dans la tradition mazdéenne Pont de Cinvat. Il sépare deux univers selon Henry Corbin. Le passage d'un univers à l'autre s'effectue au prix de cette traversée qui s'accomplit selon des stratégies précises, où rien n'est laissé au hasard, à l'instar de la sortie d'Égypte. Les directives devant mener à la sortie du labyrinthe sont consignées dans les rites et traditions.

Le labyrinthe est également symbole de voyage. Union entre la spirale et la tresse, il représente un voyage différent selon le but recherché : le traverser ou atteindre son centre. Dans le premier cas, l'épreuve est unique (le dernier voyage de l'homme vers la mort, ou le passage vers l'au-delà). Dans le second cas, l'épreuve peut être double, triple... car après avoir atteint le centre, encore faut-il pouvoir ressortir [26]. C'est l'image même de l'individu qui traverse une épreuve (physique, psychologique...), et qui doit sacrifier une partie de lui-même pour survivre. Celui qui a réussi devient un initié ; il entre dans une nouvelle vie (d'où l'importance des rites initiatiques depuis les hommes préhistoriques). Le face à face avec la mort permet à l'individu sa résurrection.

Janet Bord & Clarence Lambert, Labyrinthes et dédales du monde, édition Les Presses de la Connaissance,  1977

 

 

Notre cheminement intérieur trouve ainsi un écho puissant dans ces allées couvertes bien réelles dans lesquelles nous pénétrons, sur un chemin jalonné d'indices que nous tentons maladroitement de déchiffrer, avec les outils de mesures restreints qui sont les nôtres.

Tout au long de nos investigations, nous tenterons de reconstituer la filiation de connaissances et la transmission de valeurs spirituelles que de très anciennes civilisations ont précieusement dispensées.

Nous tenterons également d'y voir plus clair sur les technologies utilisées pour façonner des ouvrages parfois cyclopéens, dans une optique scientifique de rigoureuse objectivité.

 

Pour illustrer  notre propos, nous  terminerons notre exposé par cet extrait très intéressant d'Etienne Renardet : “Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine” (A.& J. Picard) :

 

« L’homme n’a jamais oublié que la pierre fut sa première auxiliaire et que, lui ayant servi d’outil, elle lui a permis de se séparer de l’espèce animale pour devenir l’homo faber. Dans le paysage, elle constitue des protubérances, des excavations, des falaises qui sculptent la Terre - Mère pour lui donner son visage. Le mégalithisme et l’aménagement des cavités se sont inspirés des constructions naturelles. Leur caractère religieux procède des mêmes motivations profondes mais plus élaborées.

Les monuments mégalithiques ont été utilisés pour des cérémonies nouvellement introduites par les Celtes, et les druides ont officié sur des dolmens, ce qui, par la suite, les a fait appeler “pierres druidiques”.

Au risque de simplifier à l’extrême, on pourrait dire que les roches naturelles ont été fréquentées par le peuple, alors que les constructions mégalithiques dont les Celtes ne connaissaient pas l’objet originel ont servi aux cérémonies officielles. Nous retrouvons là un aspect du dualisme culturel. Une grande prudence s’impose toutefois et la distinction entre un bloc erratique et une pierre implantée par l’homme est souvent impossible à établir. D’autre part, des pierres taillées de mains d’homme ont pu doubler des roches naturelles.

Cette observation faite, examinons le rôle des pierres. Elles ont servi de jalons sur les routes, et celles des carrefours prenaient un sens quasi religieux. Le voyageur avait recours à la protection des esprits non seulement pour éviter les accidents et les attaques, mais plus simplement pour ne pas se tromper de direction. A la pointe des clairières culturales, des bornes avaient précédé les croix des rogations. Dans la forêt, des pierres levées servaient de points de ralliement et de repère. Ces humbles vestiges sont arrachés chaque jour à l’occasion, surtout, des remembrements. Parmi ces bornes, certaines servaient de jalons pour la transmission des nouvelles. Peut-être étaient-elles visitées en des circonstances particulières par la foule. Des promontoires naturels, d’où la voix portait à de longues distances et sur lesquels parfois s’élèvent des croix ou des statues jouaient un rôle semblable.

Des roches naturelles ou des dalles aménagées étaient utilisées pour les offrandes. Des cupules et des saignées permettaient aux liquides de circuler avant de pénétrer dans la terre. Le peuple s’y rendait en foule. Des grottes étaient honorées dans des conditions semblables.

Des ensembles de pierres rangées en cercle permettaient des réunions cultuelles. Des cromlechs dont nous ignorons la fonction d’origine ont été aménagés à cette fin.

Parmi les roches naturelles, les escarpements au pied desquels jaillissent des sources étaient les plus fréquentés par les pèlerins, en groupes ou individuellement. Le temple de plusieurs villes était constitué par une masse rocheuse. C’est par exemple le cas de la Pierre à la Vouivre qui s’élève sur le plateau de Bibracte.

Le pouvoir fécondant de la pierre se manifestait par la fréquentation des roches, qui, par leur forme, se prêtaient au chevauchement par les femmes désireuses d’être mères. Ces dernières s’y rendaient individuellement ou à quelques-unes. Il en allait autrement des dalles sur lesquelles les malades étaient étendus, car c’est au cours de pèlerinages que cette pratique s’accomplissait. On étendait également les morts sur des dalles avant de les confier aux entrailles de la terre.

Les Gaulois avaient un sens profond du mystère. Passionnés de la vie sous toutes ses formes, ils cherchaient à en retrouver l’origine et remontaient à la conception. Celle-ci a lieu dans les entrailles de la terre ou du ventre maternel pour le corps, dans le tréfonds de la conscience pour l’âme humaine. Les contes celtiques nous permettent de cheminer dans cette recherche vers l’analyse de psychisme, comme les traditions nous aident à partager la joie de remonter aux sources de la vie. La grande nuit de l’année était le symbole de la conception qui précède la vie apparente. Il importait d’en déterminer la date afin de porter l’attention méditative sur elle.

Les observatoires naturels que constituent certaines roches jouaient un rôle pratique pour fixer la période du solstice d’hiver, sans négliger le caractère symbolique du lien entre la pierre et le soleil. Dans chaque région, des observatoires composés de roches et de repères étaient en usage.

Il est fort possible que les Celtes aient repris à leur compte d’anciens dispositifs d’observation solaire.»

 

INSTITUT GALLILEO                                                                                                                                       Jacques HONNORAT

 
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