Marc Jolibois est un marcheur. Un marcheur est autre chose qu'un promeneur. Parmi les photographes marcheurs il y a ceux qui photographient les choses par leur nom et ceux qui les photographient par leur prénom. Pour les premiers l'oeil enregistre, pour les seconds l'oeil écoute. Marc Jolibois fait plus qu'écouter. Sa démarche est religieuse, au sens étymologique de religere, ce qui relie l'homme à l'Absolu. Trouver le lien. Telle est la grande question. Le lien entre soi et les choses, entre les choses et les choses...entre soi et soi. Le support de l'oeuvre poétique en gestation de Marc Jolibois ne pouvait donc être que le livre, et sa matière le signe. Mais son dialogue enchanté avec la nature et le cosmos reste un dialogue naturel, car toute connaissance naturelle par inclination ou sympathie, ou par connaturalité, fournit une analogie plus ou moins lointaine de l'expérience mystique[i] et tous les grands mystiques, de Saint Augustin à Saint Jean de La Croix nous enseignent que le dialogue surnaturel le plus intime se réalise dans la nuit des sens. Ainsi, une fois reconnus les domaines respectifs de la nature et de la grâce, distinguées les deux magies noire et blanche de l'ordre ou du désordre poétique (selon le point de vue où on se place), une fois reconnu que, finalement, ce qu'on cherche et ce qu'on trouve peuvent parfois s'opposer, alors, peut-être, y a-t-il chez Marc Jolibois les bases d'une photographie qu'on pourrait qualifier de spiritualiste, c'est à dire qui échappe à une critique purement matérialiste.
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Dans ce domaine délicat des relations entre poésie et mystique, que le XIX° siècle a si bien compris, Jacques Maritain nous éclaire :
La Poésie, à partir de Baudelaire, a accompli un énorme progrès dans "la conscience de soi-même", progrès dans le sens de l'esprit de poésie : c'est-à-dire la mise en liberté d'un don spirituel de perception et de disponibilité, ou de sensibilité à tous les sens invisibles dont regorgent les choses, à leurs significations secrètes, aux "correspondances" dont parlait Baudelaire, aux mystères d'en-haut et d'en-bas qu'elles se communiquent sans bruit ... bref à tout le spirituel immanent à la réalité, et où nous avons le droit de reconnaître un vestige de son origine supra sensible. Une telle sensibilité d'esprit a pour condition une extrême sensibilité de l'imagination et des puissances affectives et elle peut aussi bien tourner à une sorte de magie noire que paraître comme une lointaine préfiguration, encore charnelle, des dons de la grâce.[ii]
Dans le Salon de 1859, Baudelaire prétendait que l'art est le seul domaine spirituel où l'homme puisse dire : "Je croirai si je veux, et si je ne veux pas, je ne croirai pas". La cruelle et humiliante maxime : spiritus flat ubi vult [Jn III,8] perd ses droits en matière d'art.[iii]
Un siècle a passé. Baudelaire avait-il tort ou raison ?
Frédéric Ripoll
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