Jean-Jacques MOLES

La photo est ce qui m'advient nous dit Barthes dans la Chambre Claire.

Ad-venire, ce qui vient vers moi, est un mot riche de sens, d'où sont tirés les mots aventure, avènement, avenir.

L'aventure photographique telle que la pratique Jean Jacques MOLES est une façon d'accepter l'imprévu, de se laisser étonner, surprendre par les événements, dont l'essentiel est invisible et dont le photographe, s'il est attentif, peut surprendre quelques correspondances sur sa surface sensible. Notre fin de siècle , qui ne peut poser un pied devant l'autre sans se caparaçonner de garanties tous risques, a du mal à comprendre l'aventure ...

Mais il s'agit ici d'autre chose que d'aventures pour touriste en mal d'émotions et d'images fortes.

Rien de tel chez Jean Jacques MOLES. Pour lui ce qui advient implique aussi et surtout une relation à l'objet, et quel meilleur objet de relation que l'être humain ? Des Roumains aux habitants du Bénin Jean Jacques MOLES cherche avant tout le contact amical, la complicité. N'oubliez jamais, confiait Eva Rubinstein, cette photographe fille de musicien, que cette "forme" que nous photographions est un être.

 

 Photographier devient alors bien plus qu'un reportage, bien plus qu'un témoignage, une participation. C'est-à-dire une manière de s'ouvrir à l'autre.

Voilà la photographie de Jean Jacques MOLES, de la Roumanie au Bénin.

 

Les historiens de la Photographie considèrent que la période des Concerned Photographers a vécu, et dans la foulée, admettent volontiers que le reportage est un genre démodé. Nous ne serions donc plus concernés ou du moins, plus de la même façon. Autant dire que nous n'aurions plus rien à voir parce que plus rien à dire.

Bien avant l'apparition de la photographie, les philosophes grecs avaient déjà traversé ce genre de crise. L'un d'entre eux, en proie au doute absolu, n'ayant plus rien à dire, resta le doigt en l'air. Le photographe serait-il condamné, lui aussi, à rester le doigt en suspens sur le déclencheur, en proie au même doute ?

 

S'il est vrai que cette civilisation de l'image a du mal à trouver ses marques et à reprendre son souffle, il serait dommage que la photographie fasse les frais de ces interrogations de fin de millénaire qui, si elles sont très légitimes, n'en sont pas moins pressantes.

Heureusement, il arrive que du Tarn-et-Garonne un passionné accepte encore l'aventure et ouvre très largement le regard de son coeur ... et son obturateur.