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N° 8 Esméralda, la révoltée Contente d’avoir réussi à faire rentrer la fillette dans la maison, et, encouragée par madame Cristiano, Mirella se dirigea dans le jardin, à la recherche d’Esméralda.
- Tiens voilà ma voleuse de balle ! S’exclama la jeune fille en la voyant.
- Je te l’ai nettoyée, et redonnée, donc je ne suis pas une voleuse.
- Mais tu as refusé de me la rendre, quand je te l’avais demandé. Et tu en as profité, pour t’introduire sournoisement dans ma maison.
- J’ai été recrutée par ta mère, madame Cristiano pour préparer les repas et nettoyer ta maison, attesta Mirella.
- C’est étrange, car ma maman recrute ses servantes à partir de 16 ans. Et tu as quel âge ?
- Seize ans.
Esméralda s’approcha à hauteur de Mirella et remarqua,
- Sans tes chaussures, tu es aussi grande que moi ! Tu es une menteuse, tu as au moins douze ou treize ans !
Devant l’agressivité d’Esméralda, Mirella ne savait que dire. Elle rougît et ne dit mot.
Esméralda jongla avec son ballon et lui dit.
- Je t’ai vu entrer avec ma petite sœur dans la cuisine. Je ne sais quelle ruse tu as pu utiliser, mais je t’ai vu faire une belle roulette dans l’herbe !
- Heu ! J’ai glissé, inventa Mirella.
- Comme par hasard ! Lorsque tu es venue vers moi, et tu n'avais plus aucun boitillement. Et bien moi, tu ne m’auras pas, et je rentrerai quand je le déciderai !
Mirella se rendit compte que cela serait extrêmement difficile de faire rentrer Esméralda chez elle.
- Comment sais tu que je venais pour te faire rentrer ?
- Ha ! Ha ! Ha ! Toutes les futures servantes ont essayé le fameux test de maman. Regarde elle nous observe du haut du balcon.
Elles virent effectivement madame Cristiano, arroser ses fleurs et entretenir ses bougainvilliers, suspendues au balcon.
- Elle espère que tu me feras rentrer. Tu peux retourner d’où tu es venue car tu as échoué, s’écria-t-elle, révoltée.
Subitement, Esméralda couru dans le jardin suivi par Mirella. Elle arriva devant une marelle. On va faire un pari Esméralda, proposa la jeune carioca.
- Si je te gagne au jeu de la marelle, on rentrera ensemble.
- Et si je gagne, tu t’en vas de ma maison ! Mirella approuva.
Après quelques minutes, Mirella perdit au jeu.
Esméralda contente, sourit et ajouta.
- Je te conseille maintenant de retourner d’où tu viens !
Puis elle retourna, alla devant le muret sur lequel elle frappa frénétiquement sa balle.
Mirella devait convaincre coûte que coûte Esméralda. La perspective de pouvoir quitter le quartier dangereux de la favela, et son sombre logis lui donnait de l’espoir. Elle n’avait pas encore vu sa chambre, mais l’idée de dormir dans un lit, sous des draps propres sans aucuns cancrelats errant sur son corps, la rendit nerveuse. Elle aurait voulu attraper cette fillette trop gâtée par son éducation, et la traîner s’il le fallait par les cheveux jusqu’à la cuisine pour la forcer à rentrer et se mettre à table !
Bien sûr, elle se retint, et préféra adopter une autre méthode.
Soudain, elle agrippa la balle et lui dit la vérité.
- Oui, j'ai ton âge, et je viens de la favela Santa Puerta.
Sans laisser lui laisser le temps de répondre, elle continua son récit. Esméralda resta bouche bée devant les évènements racontés par Mirella qui lui raconta son arrivée à Rio de Janeiro, et son bonheur de vivre dans la favela de Santa Puerta, avant l’arrivée de bandes dangereuses, qui détruisaient les quartiers. Elle lui appris le sort de Yorrena Barreto, sa meilleur amie, son délaissement de sa proche famille devant l’orphelinat désaffecté et remplit de clochards ivres, ainsi que ses mésaventures dans la favela pour y survivre au quotidien.
A la fin de son récit, Mirella lui demanda.
- Je souhaite Esméralda, que tu gardes de garder le secret sur mon âge, et de ne pas le révéler aux autres membres de ta famille, car je risque d’être renvoyée.
Esméralda resta sous le choc de ce récit poignant.
Lorsqu'une averse traversa le jardin, les deux jeunes filles entrèrent en courant dans la cuisine. Mirella observa le visage d’Esméralda, et constata des larmes qui s’entremêlaient aux gouttes de pluies.
Esméralda la prit dans ses bras et lui dit devant sa mère, stupéfaite.
- Bienvenue Mirella dans la Casa Ipanema !
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