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N° 6 L'étrange famille Cristiano Mirella contemplait de la fenêtre le beau jardin de la Casa d’Ipanema. Des bégonias formaient des plates-bandes aux massifs imposants.
Elle aperçu une fillette, traversant un petit pont fleuri.
Ce jardin est paradisiaque. J’aimerai tellement m’y promener ! Pensa Mirella.
- Cela fait depuis trois longs mois que je cherche une aide ménagère idéale. Serais-ce vous la perle rare ?
Mirella se retourna, et vit une femme élégante, d’une quarantaine d’années. Vêtue d’un ensemble tropical en lin, garni de jolis rubans roses au bout de chaque manche, elle tenait une bible et un éventail entre ses mains gantées. En observant les traits de son visage ovale, Mirella perçut de la tristesse dans ses yeux.
La femme pénétra dans la pièce, et fit face à Mirella, qui la salua.
- « Cherche une aide ménagère, habituée aux grands travaux et sachant veiller sur des enfants », tel est l’énoncé de mon annonce, jeune fille.
- Bonjour madame Cristiano. Je suis Mirella Espirito, la place m’intéresse, car j’ai l’habitude d’aider mes frères et sœurs.
- Montrez-moi vos papiers.
Elle sortie sa carte d’identité et la présenta à la maîtresse de maison. Madame Cristiano fut surprise.
- Vous êtes bien jeune ! Savez-vous que vous n'avez que trois années de plus qu’Esméralda ma fille aînée, et cinq ans de plus que Camélia sa petite sœur ? Si je vous embauche, comment pourrez vous pour les surveiller ?
- J’ai seize ans, et j’ai été émancipée, menti Mirella, qui avait pris soin de falsifier sa date de naissance pour dissimuler ses treize ans.
Avec sa coiffure et sa robe, elle paraissait nettement plus grande.
- « Prenez garde à vous-même, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail…
- Mais que vous receviez une pleine récompense », termina Mirella. C’est un extrait d’une lettre de l’Evangile selon Saint Jean. Je le sais car je prie souvent le seigneur de m’aider dans les tourments.
- Qu’est-ce qui chez vous Mirella pourrait me convaincre de vous faire travailler ? Qu’avez-vous de plus, que les cinq autres aide-ménagères que je n’ai pas retenues ?
- Je suis patiente, et consciencieuse.
- Que c’est commun ! Dit Madame Cristiano en s’éventant.
- Heu ! Je possède de l’organisation, assura Mirella.
- Qui n’en a pas ? C’est ce que m’ont dites les autres, et je ne les ai pourtant pas retenues.
- J’ai de la chance, lança Mirella qui voulait absolument être recrutée.
- De la chance ? C’est nouveau, explique-moi cela.
- Je suis née dans une famille qui m’aime très fort. J’ai une amie qui m’affectionne beaucoup, et je vous ai rencontrée.
Madame Cristiano observa Mirella en pensant qu’elle avait beaucoup d’aplomb.
- Est-ce que votre famille vous aime. Et où est-elle ?
Mirella ne dit mot, puis elle réfléchit et ajouta ;
- Elle habite Manaus.
- Et vous avez fait tout ce chemin pour venir jusqu’à Rio de Janeiro ?
Mirella se rendit compte qu’elle devait expliquer son passé. Et c’est avec beaucoup d’intérêt que Madame Cristiano l’écouta. Au bout d’un instant, elle lui demanda.
- Pensez vous que c’est une chance d’être loin de votre famille ?
- Non, mais je suis sûre de les revoir un jour.
- Et votre amie ? Où se trouve-t-elle ?
- Elle est malade, et hospitalisée.
- Et pourquoi pensez vous qu’en me rencontrant la chance sera avec vous ?
- J’espère vous apporter mon savoir, malgré mon jeune âge. J’aurai ainsi du temps pour vous le démontrer.
Elle est habile d’esprit, se rendit compte la maîtresse de maison.
- Quels sont vos souhaits les plus chers Mirella ?
- J’aimerai revoir ma famille, aller à l’école avec mon amie Yorrena et récupérer Nacré mon petit chat.
- Ici, je pourrais vous donner le gîte, le couvert, et vous aurez un salaire pendant vos premiers mois d'essai. Vous aurez une chambre, et vous pourrez même poursuivre une partie de votre scolarité, en parallèle avec votre travail. Mais pour le chat, je crois qu’il faudra y renoncer.
Mirella se demanda, qu'elle était la contrepartie de tous ces avantages. C’était trop beau pour être vrai.
J'irai récupérer Nacré pendant mes jours de repos, pensa la jeune fille.
Madame Cristiano continua ses propos.
- Mirella, je dois maintenant vous révéler le véritable but de mon annonce. J’ai deux enfants qui ne m’obéissent plus. Mon mari Rafael Cristiano et moi, nous n’avons plus aucunes prises sur leur éducation. Nous les avons trop gâtés. Elles font systématiquement le contraire de ce que nous leur demandons. Toutes les aide-ménagères ont échoué à l’essai que je vais vous proposer. J’aimerai donc tester vos compétences Mirella.
Madame Cristiano ouvrit une fenêtre du balcon.
- Suivez- moi.
Elles s’engagèrent sur la terrasse, qui donnait sur une belle vue de la propriété.
- Regardez Mirella, la jeune fille qui est encore dehors à cette heure est Camélia. Cela fait une heure que le majordome lui a demandé de rentrer pour dîner, elle ne lui obéit pas. Et sa grande soeur Esméralda aussi est retournée jouer au fond du jardin. Chaque jour, je prie le seigneur pour amener mes enfants à la raison.
Madame Cristiano ouvrit sa bible et lut un passage :
- Dieu ne laisse pas tomber ceux…
- Qui se fient à lui, continua Mirella.
- Vous me surprenez encore jeune fille ;
- Je suis très croyante.
- Alors si vous arrivez à faire rentrer mes deux enfants dans ma maison, je vous embaucherai !
Mirella ravie de cette conversation à cœur ouvert, s’en alla tout d'abord vers Camélia, en empruntant une allée d’érable aux ports étalés, portant de magnifiques feuillages pourpre, délicatement découpés. |



