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N°4 Les cangaceiros
- Le boss est revenu du Venezuela ! Annonça Patricio Ferreira en se tenant sur le seuil de la porte.
- Patron vous êtes de retour ? Monsieur Ridolfi ? Demanda Alphonse Da Costa, le regard perçant, aux joues creuses, en se rendant dans le salon.
Une bonne odeur de pain se propageait dans la maison. - Hum, j’ai faim ! Ajouta Ferreira, en plaçant sa main sur l’embonpoint de son ventre. Il se dirigea rapidement dans la cuisine, en pensant y trouver Luna, la servante, s’affairer comme d’habitude aux fourneaux.
A travers la porte entrouverte du placard, Hélios vit apparaître un homme empâté, le visage bouffi, les yeux congestionnés. Il frémit de peur, car il venait de reconnaître, l’un des tortionnaires, un des cangaceiros1) chargé de collecter les fonds chez les artisans de son quartier. - Alphonse, il y a des pão de queijo 2) au four ! Mais il n'y a personne dans cuisine qui est un véritable chantier, ajouta t'il en regardant l'évier plein d'assiettes et de plats sales. - On va se régaler, répondit Da Costa, en mâchouillant sa chique, du coin des lèvres. - Je vais voir là-haut, décida Ferreira. Pendant qu'il se dirigeait à l’étage, son compère, entra au salon. Il s’affala dans le fauteuil en cuir marron foncé, le préféré de son chef, croisa les jambes, prit un cigare et l’alluma. Un jour, je prendrai la place du patron, pensa-t-il envieux. Il ne se doute pas du risque que j’encoure, pour collecter l’oseille chez les commerçants de la favela. Je dois sans cesse les menacer, car, ils sont récalcitrants dans leurs maudits quartiers. Au même moment à l’étage, Ferreira découvrit le lit défait, ainsi que des serviettes étalées dans la salle de bain. Réfugié dans la cuisine, Hélios profita pour sortir prudemment de sa cachette. Soudain, une grosse marmite se détacha d’une étagère, il la rattrapa de justesse. Lorsqu'il entendit des pas dans l’escalier, il s’enfonça dans le placard. Ferreira, furieux rentra dans le salon. - Regarde, j’ai découvert des serviettes humides !
Da Costa écrasa son cigare sur une serviette, et nerveusement reprit une chique.
Pendant que les bandits discutaient, Hélios se dirigea vers la sortie. Toutefois, il devait passer devant la porte du salon. Il décida de ramper sur le sol, en espérant ne pas être vu. - Il y avait quelqu’un ici en l’absence du patron. - Oui un intrus, qui est peut-être encore là ! Hélios arrivait pratiquement au bout de sa course, lorsqu’une sonnerie retentit. Tétaniser, il s’arrêta net. C’était la minuterie du four qui se déclenchait, annonçant la fin de la cuisson des petits pains. Au même instant, les deux hommes détournèrent leurs regards en direction de la porte du salon et virent dépasser la jambe d’Hélios. Celui-ci se redressa. Il constata qu’il ne pourrait pas atteindre la porte d’entrée. En effet, le déverrouillage prendrait du temps, et les deux hommes lui tomberaient dessus. Il fit demi-tour, et s’enfuit vers l’étage en grimpant rapidement les escaliers. Il n’y avait qu’une seule issue : la terrasse, d’où il était passé pour s’introduire dans la maison. Le carioca prit son élan, s’agrippa à la balustrade, et se jeta dans le vide. Il atterrit dans les branches d’un palmier. Ferreira sorti son arme. Un coup de feu retentit. Une balle passa au dessus de la tête d’Hélios. - Arrête ! Range moi ce flingue ! Cria Da Costa. Tu vas ameuter les flics par ici ! Da Costa cracha sa chique par dessus la balustrade, alors que Ferreira leva un poing menaçant en direction d’Hélios qui dévalait l’allée. - Petit vaurien ! Tu ne perds rien pour attendre. J’aurais ta peau ! Hurla-t-il.
Hélios reprit son souffle, car il venait d’échapper à des cangaceiros, doublé de redoutables jagunços. 3) Les deux bandits dépités se demandèrent, ce qu’avait bien pu voler, ce petit filou. Ils foncèrent au rez-de-chaussée. Leur patron Antonio Ridolfi leur faisait confiance. Car s’il manquait quoi que ce soit dans son domicile, ils en seraient les principaux responsables.
Ferreira éteignit la minuterie, et sorti les petits pains brûlants du four. Il souffla dessus, tout en les dégustant. Da Costa regarda attentivement le tableau fixé au mur du salon, qui représentait une célèbre reproduction du chef-d’œuvre de Stefano Veneziano, de 1369, « La Vierge au trône et l’Enfant ». Chaque fois que qu'il voyait son chef, Pedro Ridolfi, contempler ce tableau, il pensait qu'un jour, il deviendrait certainement plus humain. Cependant, lorsqu’il faisait coulisser le tableau, s’était pour placer ses butins dans le coffre-fort, dissimulé derrière. Da Costa prit une chaîne dans sa poche au bout de laquelle se trouvait une clé. Il l’actionna dans un boitier et commença à composer la combinaison du coffre. Il fut immédiatement rassuré en remarquant que le contenu restait intact. Il survola les liasses de billets. Les 170 000 dollars du mois s’y trouvaient. Cet argent provenait des recettes volées aux commerçants, et de trafics en tout genre, y compris les armes.
Réconforté, il s’enfonça profondément dans son fauteuil. - Qu’à t’il bien pu voler ? Demanda Ferreira en lui proposant quelques pão de queijo, qu’il croqua goulument.
C’est alors, qu'une idée leur vint en même temps. Leur patron jouait régulièrement avec un cube, qu’il cachait dans un coffret. Puis, il le déposait le plus souvent dans son coffre-fort. Que faisait le coffret posé sur le guéridon ?
Ils se précipitèrent et l'ouvrirent rapidement, et constatèrent stupéfaits que le précieux talisman avait disparu.
- Il est parti avec le Dé Cabalistique de Santa Puerta ! Hurla Da Costa. - Nous sommes des hommes morts ! Annonça Ferreira, en tremblant. Les cangaceiros1): des bandes armées du Nordeste brésilien.
Les pão de queijo2): des petites boules de pain au fromage.
Les jagunços 3) : des mercenaires.
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