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N°3
San Juan de l’Avila
Santa Puerta s’élevait au-dessus des collines abruptes de Rio de Janeiro. D’étroites ruelles zigzagantes, et délabrées, conduisaient dans les quartiers pauvres. La favela suspendue sur le moros, rempli de baraquements, s’érigeait, comme un château de cartes. Du linge séchait, en se balançant au gré du vent, suspendu sur des fils entre les cabanons fabriqués avec des matériaux de récupération. Mirella Espirito croisa un groupe d’enfants, en partance pour l’école. Elle songea alors, qu’il y avait à peine quelques mois de cela, elle, et son amie Yorrena Barreto, fréquentaient couramment l’école du quartier.
En effet, Mirella désirait ardemment s’instruire, afin d’échapper à sa condition précaire. Le soir, en revenant de l’école, à la lueur d’une bougie, elle faisait consciencieusement ses devoirs. Elle vivait dans un recoin dans l’arrière boutique de son oncle Antonio Espirito, et de sa tante Félixia. Pour avoir un peu d’intimité, il lui suffisait de tirer un simple rideau. Ce petit espace, lui servait néanmoins de chambre. Ils ne l’aimaient guère et avaient bien fait comprendre à Mirella, que lorsqu’elle atteindrait ses dix huit ans, elle devrait s’installer ailleurs. Le destin en décida autrement, car en l’abandonnant devant la façade inhabitée de l’orphelinat, ils s'étaient séparer d’elle, plus tôt que prévu.
Mirella aurait voulu dénoncer les tireurs fous de la favela qui avaient blessés Yorrena, mais, par crainte des représailles, elle craignait d’aller toute seule à la police. La jeune carioca entendait souvent parler de la corruption, qui régnait dans la favéla. Elle ne faisait confiance à personne. Un jour, je les retrouverai, se promit-t-elle. Ils paieront leurs mauvaises actions. Tous ses repères avaient disparu, maintenant qu’elle était seule. Pour survivre, elle devait absolument trouver un travail. Elle pensa à Nacré, son petit chat si frêle, qui avait encore besoin d’elle. Mirella se dirigea vers la place du marché San Juan de l’Avila. Les touristes déambulaient autour des rayons de souvenirs. Elle se déplaça à travers les rayons de friandises, entassées dans de grandes corbeilles, et chaparda un sachet de pâte de goyave qu’elle cacha dans les poches de sa robe.
La faim la tenaillait toujours. Elle prit rapidement la direction des denrées alimentaires, où les étalages fourmillaient de nourritures variées : des papayes, des mangues, des mandarines, des ananas. Elle constata qu’autour d’elle, d’autres enfants, guettaient les marchandises. Elle aperçut un garçon de son âge, vêtu d’un tee-shirt défraichi, d’une équipe de football local, et d’un short rapiécé. Il aidait les commerçants à porter leurs caisses de marchandises. Il sera sûrement récompensé avec quelques pièces de monnaie, à la fin de de la journée. Au moins, il pourra manger à sa faim, se dit-t-elle. Elle s’approcha et demanda au garçon : - Est-ce que je peux t’aider ? Ou alors, pourrais-tu demander au commerçant de m’embaucher ? Il secoua négativement la tête, et lui répondit rudement. - Tire-toi de là, c’est mon territoire ! Mirella s’éloigna tristement en pensant que le monde de la rue était sans pitié. Brusquement, elle s’accroupit, et se faufila sous un étal en bois recouvert de journaux.
La marchande, se trouvait à l’autre bout de la braderie. Elle sortait la monnaie d’une des poches de son tablier à carreau, pour la remettre à une cliente. Mirella glissa sa main sous l’étalage, vola une banane, qu’elle dégusta goulûment.
Soudain elle ressentit une violente douleur à la tête. - Ho ! La petite voleuse, hurla la vendeuse en lui agrippant les cheveux. Mirella se dégagea en lui sautant sur le pied. La marchande l’invectiva, en criant de douleur. Elle lâcha la jeune carioca qui détala. La jeune fille s’arrêta et regarda par-dessus son épaule ; elle n’avait pas été suivie. Le marché était bondé, peu de personnes avaient entendu l’altercation. Essoufflée, elle profita d’une cohue pour s’engouffrer sans payer dans un bus. Elle dégusta les friandises volées. Mais cela n’était pas suffisant. Fatiguée, elle somnola.
Quand elle ouvrit les yeux, elle se retrouva au terminus du luxueux quartier d’Ipanema.
Elle quitta le bus lorsqu’un éclair déchira le ciel. Soudain une pluie torrentielle se mit à tomber.
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