N° 40
L'oiseau de l'affranchissement
L' Elfe de Sagesse ajusta son monocle, en consultant les pages du manuscrit :
« Les puissants secrets du talisman du marais».
Creully le lutin, agrippé au bord du reposoir, l’aidait en tournant rapidement les pages. Des lettres s’échappaient en files indiennes. Certaines s’entraidaient. Des V faisaient rentrer des a et c minuscules dans leurs intérieurs, alors que des X majuscules bousculaient des chiffres qui rebondissaient à terre. Des lignes de lettres couraient sur les murs de la bibliothèque comme des fourmis s’évadant d’une fourmilière.
- Que cherchez-vous Maitre Njörd ? Demanda Sylvain inquiet.
- J’examine ces quelques pages pour trouver le signe qui nous permettra d’arrêter le mécanisme de l’amalgame.
Dehors, le vent soufflait par rafale. Des échos inquiétants se rapprochèrent.
- Attendez Creully ! Revenez en arrière, s’écria Njörd.
Le lutin s’exécuta et s’arrêta sur une page où il ne restait aucune lettre. Le Grand Elfe la frôla de ses doigts gantés, puis il jeta soudainement son encrier dessus. Sur la page blanche maculée d’encre, apparu un message.
- Voilà le signe mes amis ! « A la 666ème pleine lune dans la période de perdition des cinq Royaumes, le talisman doit suivre l’oiseau de l’affranchissement. »
- Ce chiffre ne me plait guère, renchérit Romaric en évitant d’écraser des lettres qui rampaient au plancher.
- Le 6 est le chiffre de la création du monde, et « le talisman doit suivre l’oiseau de l’affranchissement », répéta Sylvain soucieux. Qu'est ce que cela veut dire ?
- C’est le message que nous devons appliquer. Retenons-le. Et je précise que 666 est aussi le chiffre de la trinité diabolique ! Déclara Njörd, d’une voix lugubre.
Tout à coup, un bruit infernal retentit au fond de l’immense bibliothèque.
- Oui c’est le chiffre de la bête de l’Apocalypse ! S’écria le lutin. Vous entendez, la bête arrive !
Romaric et Sylvain se regardèrent effrayés.
- Le processus a commencé ! Tonna le Maître. Sortons par l’escalier de secours !
Les cloisons de la bibliothèque tanguèrent tout à coup. Creully le lutin, détala le premier, suivit de Romaric et du Grand Elfe. Ils arrivèrent au pied d’un escalier en colimaçon. Durant leur fuite, la veste de Sylvain se coinça dans la rampe. Le lutin gravit difficilement les marches branlantes et arriva au sommet de l’escalier. Les trois hommes découvrirent une large porte fermée. Creully s’écarta pour laisser Romaric et Njörd enfoncer la porte. Ils essayèrent à nouveau.
Soudain, la porte se gonfla et s’éclata. Les O congelés traversèrent la bibliothèque avec une force gigantesque. Ils pénétrèrent dans la pièce. Sylvain se retrouva propulsé contre une tapisserie et rebondit sur la rampe où il resta collé. Creully n’eut pas le temps de placer son masque de plongé. Son corps cambré revêtu d’une combinaison étanche s’enfonça dans les flots. Njörd hurla :
- Sylvain, je vous en supplie, sauvez les cinq royaumes ! Puis il disparut sous les O congelés.
Sylvain assista impuissant, à la disparition des trois êtres dans un tourbillon impressionnant. Ils sont morts ! Ce n’est pas possible, hurla tristement le jeune roi.
Au bout d’un moment, les flots s’arrêtèrent. L’elfe toujours agrippé aux marches de l’escalier, regarda attentivement les arcs cannelés dans lesquels les plis de ses vêtements s’accrochaient. Il s’aperçut que plusieurs lettres incrustées dans les tissus de son pantalon formaient une chaine solide autour de la rampe d’escalier.
Soudain, l’écriture cursive et les lettres formèrent une phrase :
- On a froid.
Sylvain abasourdit, se rendit compte que les lettres lui transmettaient un message. Intrigué, il souffla dessus pour les sécher. A nouveau, une nouvelle phrase se forma :
- On s’est échappées du plan !
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