N° 39
L’âpre transaction
Le jour se leva sur la canopée humide de Hodorsud. Allongée dans son hamac balloté par la brise, Océane enfouie sous une chaude couverture, savourait ce moment de tranquillité.
Oh quel bel animal ! S’écria la jeune naïade, en voyant sauter un écureuil dans les branches humides d’un châtaignier géant. De sa petite cabane perchée en haut des cimes, elle observait le merveilleux paysage forestier. Une bonne odeur de thé vert, parfumé au citron, se rependit dans le refuge.
Virgile arriva, avec un plateau garni d’une tasse fumante, de biscuits secs, et d’une rose fraiche posée sur une serviette. Elle le vit s’activer derrière le paravent qui délimitait les pièces.
- Avez-vous bien dormi, princesse du royaume des Cascades ?
- Oui Virgile ; cet endroit est magnifique et reposant, répondit la jeune femme enchantée, en le rejoignant à table. En déroulant la serviette, elle trouva un joli voile bicolore à l’intérieur.
- Voici un petit cadeau, Océane. Je dois vous faire un aveu. En vous observant lors de votre baignade dans la rivière, j’ai vu réapparaitre votre pouvoir. C’est pour cette raison, que je vous offre cette voilette.
- Merci Virgile.
Puis, soucieuse, elle pensa aux parents du jeune homme, son père le centaure Thècle, et sa femme Elvire la Fée blanche, changés respectivement, en taureau et en aigle.
- Comment est-ce possible d'être transformer à ce point ? Demanda la jeune femme.
- C’est une très longue histoire, et c’est pour cela que nous devons récupérer le talisman.
- Votre mère est très puissante, rétorqua Océane.
- Par conséquent, pour notre protection, je dois brouiller les pistes de notre passage autour du refuge. J’irai aussi chercher des provisions pour le repas de midi.
Après son déjeuner, Océane prit ses vêtements de rechange et se dirigea vers la passerelle pour se doucher. Le vent soufflait aux cimes des arbres. Pendant que l’eau tiède retombait sur son corps, la naïade entendit soudain, deux sifflements courts.
- C’est peut-être un oiseau ? Pensa-t-elle, en n’y faisant plus attention. Elle quitta cependant la douche, se sécha et enfila rapidement la salopette que Virgile lui avait gentiment prêté. Elle brossa ses longs cheveux, puis attacha le voile autour de sa tête. Des éclairs sillonnaient le ciel assombri, lorsqu’elle traversa la passerelle pour se diriger vers la cabane. Océane s’accrocha difficilement aux lianes entremêlées. Brusquement, elle eut le souffle coupé par une odeur exécrable qui infestait l’air matinale.
Tout en s’approchant, elle vit le jeune bûcheron fouiller énergiquement dans son coffre.
- Virgile, j’ai mis le voile que vous m’avez offert, annonça t’elle. En reprenant des forces, je ne risquerai pas de vous faire du mal. Mais, je pressens un danger. Je flaire la même odeur que dégageait votre mère lorsqu’elle portait le talisman. Le jeune homme silencieux se retourna. Océane sursauta en voyant son visage hideux, et poilu. Deux traits qui représentaient ses yeux, l’observaient fixement.
Le monstre sourit, en ouvrant largement sa bouche édentée. Il sortit un épervier du coffre, le fit tournoyer et soudain l’envoya sur la jeune femme. Sous le choc de cette métamorphose, Océane resta paralysée à l’intérieur du piège.
- Virgile, s’écria t’elle, cela ne peux pas être vous ?
- Navré Océane ! J’ai tenté de vous prévenir avec le sifflet du danger, mais vous n’avez pas fuit à temps, dit-il en parlant avec sa gorge. Mes parents m’ont montré le fabuleux talisman.
Tout à coup, il enroula les sangles du filet autour de la jeune naïade. Elle pouvait utiliser ses pouvoirs contre lui, mais elle s’y refusa, car, Virgile n’en voulait pas à sa vie et surtout, elle risquait de le tuer. Il la balança sans ménagement sur son dos. Virgile utilisa deux lianes pour redescendre de son refuge. Il se déplaça, et glissa son ballot le long de l’arbre.
- Nous arrivons ! Annonça-t-il en s’arrêtant à mi parcours. Il découvrit en bas, une assemblée de trolls, et la Fée Rouge, qui s’agitaient en les attendant.
Le taureau Thècle et les trolls discouraient. La louve s’associa habilement avec le couple maudit de la contrée de Hordesud. En levant ses yeux au-dessus d’une branche d’arbre, on pouvait voir un aigle majestueux se poser.
- Fée Blanche, quelles sont vos capacités pour vous présenter dans une si belle apparence qui est celle d’un aigle magnifique ?
L’Elvire, flattée lui parla de son secret.
- C’est grâce au talisman du marais. Vous avez pu remarquer l’initiation que j’ai effectuée sur mon fils, Virgile, lorsque je l’ai coincé dans le buisson. En se transformant, il cède à tous mes ordres, et va bientôt vous apporter votre naïade. Ma puissance a augmenté car le talisman fonctionne aussi le jour. C’est pour cela que je vous remets la naïade. Ainsi vous nous promettez de ne plus envahir notre territoire d’Hordesud, pour essayer de prendre mon talisman.
La Fée Rouge serra sa mâchoire. Puis elle approuva l’accord en grognant.
Les deux Fées scellèrent alors leur âpre transaction.
- Pourquoi vous appelle-t-on Fée Rouge ? Demanda l’aigle, Elvire, à la louve.
- Mes sourcils y sont pour quelque chose. Je vivais dans un vieux domaine insalubre, avec un père méchant, orgueilleux, qui faisait souffrir par ses horribles colères toute notre famille. Ma propre mère n’avait aucune maîtrise sur son mari, devenu incontrôlable. Le jour de ma majorité, mes sourcils ont poussé d’un seul coup. Ma force a décuplé. Je me suis alors jetée sur mon abominable père qui s’est tu à jamais. Sa langue a disparu. Et quelle délivrance de ne plus entendre ses cris effrayants ! Je me suis rendue compte de ma force. Et j’ai amélioré le quotidien de mes proches.
- Comment avez-vous pu vous enrichir aussi vite ? Questionna-t-elle en regardant la manœuvre de Virgile, descendant avec le trésor.
- Je voyais la peur que déclenchait mon regard, les gens me donnaient alors volontiers, tous les biens que je réclamais. Ha ! Ha ! Ha !
Lorsque le bûcheron mit arriva, les ours Crépin et Léonce le bloquèrent face contre terre. Alors que la fée Rouge passa à l’attaque. Un jet de feu traversa ses sourcils et coupèrent la branche d’arbre où se trouvait perchée Elvire.
L’aigle chuta lourdement au sol Elvire hurla de douleur et pendant ce temps, la Fée Rouge lui arracha le talisman qu’elle portait au cou. Les trolls n’avaient pas perdu leur temps.
L’ours Martial et Gabin ligotèrent rapidement les quatre pattes du taureau. Puis ils entortillèrent avec une solide corde ses cornes, qu’ils enroulèrent autour d’un épais tronc d’arbre.
- Victoire ! Cria la Fée Rouge en élevant le talisman au dessus d’elle. Elle se précipita alors vers Virgile, le releva. Mais c’est avec stupeur qu’elle découvrit le filet vide, dans lequel se trouvait la naïade, bourré de feuilles d’arbre. Il n’y avait plus de trace d’Océane !
En effet, lorsque Virgile l’avait balancée dans son dos, Océane avait saisit habilement un canif qui dépassait de la poche de sa salopette. Pendant sa descente, elle avait coupé les banches d’arbres, accumulé le feuillage à l’intérieur. En arrivant à deux mètres du sol, Océane sauta dans un buisson, et se faufila derrière un arbre.
Puis, elle couru à travers la canopée. Au loin, des corbeaux croassaient. Le vent soufflait en rafale. Océane pénétra dans une zone humide, et marécageuse. Elle marchait difficilement et ne discernait pratiquement rien, à l’horizon. La peur, et le froid la saisissaient. Soudain, la naïade vit briller au bord de la rive, un objet.
Elle s’en approcha et découvrit avec surprise, la magnifique couronne du Royaume des Feux d’Or, qu’elle avait perdue quand elle chevauchait le centaure Thècle.
- Oh mon bien aimé, Sylvain ! J’ai retrouvé le diadème !
Tout à coup, les roseaux tremblèrent devant elle. Océane aperçut une forme massive. Elle distingua au centre de celle-ci deux yeux noirs qui l’observaient intensément.
|



