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N° 37
Les dangereux O congelés
A plusieurs lieux de là, dans un monde étrange, son mari Sylvain, l’elfe de Lumière, se réveilla désemparé.
Où se trouvait-il ?
Il était allongé, sur une surface rugueuse. De petites barres lui gênaient dans le dos. La peur le saisit lorsqu’il remarqua que ses
pieds étaient liés. En levant les yeux, il vit le ciel constellé de multitudes étoiles, en forme de lettres. Il se souvenait maintenant
clairement des évènements avec Romaric se débattant sur le nénuphar.
Oui ! Les pages déchaînées du Livre des Esprits les avaient bel et bien avalés.
En essayant de se relever, soudain, il glissa, et se retrouva suspendu sur le toit d’une maison qui avait la forme d’un grand G ! Ses
mains attrapèrent de justesse le rebord d’une gouttière. La hauteur était impressionnante. Sylvain , en danger, vit Romaric, le
valet, adossé à une cheminée, somnolant sur le toit de l’immeuble d’en face, en forme d’un F.
- Au secours !
Le valet se réveilla. Ses mains étaient entravées par des morceaux de papiers. Il les arracha avec ses dents.
- Que faisons-nous-là ?
- Aidez-moi, je ne pourrais pas tenir longtemps !
- Ne bougez surtout pas roi des Feux d’Or, j’arrive !
Le valet sauta de toit en toit, trouva une petite échelle, l'utilisa pour s'approcher de l’elfe. Juste au moment où il parvenait à l’attraper, Sylvain tomba …
Durant sa chute vertigineuse du toit, au moment où il se rapprochait du sol, Sylvain comprit que c’était la fin… Il allait mourir,
sans revoir ceux qu’il aimait, sa jeune femme Océane, ses parents, ses oiseaux Picotine et Picotin et son royaume. Il avait échoué dans sa quête.
Romaric choqué, détourna son regard.
- Il m’a sauvé la vie et je n’ai rien pu faire pour lui ! Déplora-il bouleversé.
Au bout d’un instant, une voix l’interpella.
- Romaric !
Le valet se pencha, heureux de voir Sylvain rebondir dans un filet transparent, qui lui servait de trampoline.
- Roi des Feux d’Or, je vous croyais mort !
L’elfe venait d’échapper à une fin atroce.
- Sautez !
- J’arrive, Sire.
Romaric hésita, puis se lança dans le vide. Un froid glacial le saisit au fur et à mesure qu’il tombait. Après de multiples sauts, la nasse ne bougea plus. Romaric pu alors s'en extraire, et marcher dans une allée couverte de lettres vertes. Des maisonnettes en forme de K superposées, les entouraient. Elles ne possédaient pas de portes au grand étonnement du valet. Celui-ci rejoignit Sylvain, accroupit près une fenêtre.
- Pourquoi tous ces filets autour des habitations, Roi des Feux d’Or ? Et il n’y a aucune ouverture pour pénétrer à l'intérieur ?
- Ce sont de bonnes questions, auxquelles je n’ai pour le moment aucunes réponses Romaric.
- Que faîtes-vous Sire ?
- J’ai vu une lumière à l’intérieure de cette pièce. Et je compte bien m'y rendre.
L’elfe fractura le loquet avec son couteau, qu’il avait récupéré au pied d’un buisson aux feuillages en F. Un vent glacial soufflait autour d’eux. Soudain, de minuscules lettres en forme de « o » tombèrent à présent du ciel. Elles éclatèrent sur le sol.
Les deux hommes venaient subitement de comprendre l’utilité des filets. Ceux-ci filtraient les grosses gouttes d’eaux, d’un bleu foncé, qui se répandaient sur les filets au-dessous desquelles, se propageait une végétation soignée.
- Voici la réponse à vos interrogations Romaric !
- Ils sont très habiles les créateurs de ces installations. Cela évite la destruction des végétaux par les grosses gouttes.
La lucarne céda enfin.
- Venez, vous réchauffer !
Sylvain se glissa dans l’orifice sombre, et fut aussitôt suivit par Romaric. Une chaleur agréable les envahi alors qu’ils marchaient sur un sol moelleux. L'elfe tâtonna, et trouva un interrupteur. Lorsqu’il l’alluma, ils découvrirent qu’aucune ouverture ne leur permettait de quitter la petite salle.
- Il n’y a toujours pas de porte, constata Romaric.
Deux gros livres, d’un mètre d’envergure environ chacun, se trouvaient dans le recoin de la petite pièce. Des bourrasques de vents s’engouffraient par la lucarne qu'ils ne pouvaient refermer. Sylvain réfléchit.
- Nous devons quitter de cette pièce immédiatement ! Peut-être y a-t-il une solution à l’intérieur de ces ouvrages ?
Les deux hommes se saisirent d’un livre, et l’ouvrirent. Un grand dessin représentait un sous-bois. Romaric toucha l’image, et constata qu’il pouvait la traverser.
- Nous sommes dans le Livre des Pages des Esprits, et il y a d’autres livres à l’intérieur, d’autres chemins possibles. C’est inimaginable ! S’étonna l’elfe.
- On peut sortir de ce côté, dit le valet qui mit un pied dans l’image. Mais subitement, un gros serpent surgit d’un trou et s’enroula autour de sa jambe. Sylvain vint à son secours, et défia le reptile, qui lâcha sa proie en reculant. Les deux hommes effrayés, refermèrent rapidement l' ouvrage. Soudain des petites gouttes d’eaux s’engouffrèrent par la lucarne cassée.
Le froid pénétrait à grande vitesse.
- Il faut essayer l’autre livre, dit Sylvain décidé. Ils le soulevèrent puis l’ouvrit délicatement. Ils feuilletèrent rapidement les pages,
et furent déçus car aucunes illustrations n’apparaissaient. Mais à la dernière page, ils virent un chalet au bord d’un lac. Un feu de cheminée se consumait.
- Nous devons y aller, Roi de Feux d’Or. Mes mains sont gelées.
- Attendez un moment ! Sylvain avait une appréhension. Il plaça sa tête dans l’image. Et la retira aussitôt, lorsqu’une flèche lui frôla le crâne. Des individus embusqués autour du chalet, portant des arbalètes, lui tiraient dessus. Les deux hommes refermèrent immédiatement le livre.
- Comment pouvaient-ils deviner notre présence ? Demanda Sylvain, en ramassant une flèche.
- Il ne nous reste aucun livre de secours, paniqua Romaric, alors qu’une buée sortait de sa bouche. Sire, je ne ressens plus mes membres. Subitement la lucarne explosa, laissant jaillir dans la petite pièce, de gros blocs dangereux, en forme de O congelés.
Instantanément, sentant la menace, Sylvain prit son couteau et le planta dans le sol.
- On se trouve sur un protège-livre ! S'exclama Romaric en essayant de bloquer les masses d’O qui inondèrent la pièce.
L’elfe découpa une couverture souple et la souleva. Une galerie souterraine éclairée de torches s’ouvrit devant les deux hommes qui s’y précipitèrent.
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