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N°35
La volteface
Crépin, traumatisé, s’était recroquevillé à l’arrière de la charrette propulsée à un train d’enfer, sur le sentier caillouteux. L’ours n’arrivait pas à enlever de son esprit, une scène qui revenait constamment.
Quelques heures plus tôt, il avait assisté à l’attaque de la Fée Rouge, sur le pauvre âne Baudet.
En effet, la louve en colère, plongea sur lui en dégageant une nuée de fumée, dans laquelle se trouvait l'âne en péril, puis quelques instant après, elle sortit en hurlant.
Plusieurs touffes poils de sa tête étaient tombées. Des croûtes épaisses apparaissaient. Elle s’approcha de chaque troll et les fixa. Une odeur de souffre acre se dégageait de sa gueule béante. Puis, elle leur dit.
- Si j’entends l’un de vous contester mes décisions, vous subirez la même sanction !
Ensuite, elle regarda le nuage de souffre se dissiper autour du troll âne Baudet. Il gesticulait. Dans sa tête gonflée, apparaissaient ses yeux grands ouverts, dont les paupières cillaient à peine. De ses naseaux sortaient une fumée noirâtre. Des rayons rougeâtres recouvraient ses sabots. Dès qu’il levait ses pattes en l’air, les feux disparaissaient, puis, réapparaissaient lorsqu’il les posait à terre. Il semblait souffrir atrocement.
Soudain, il s’ébroua, puis son corps resta raide près à partir en trombe. Crépin fut cependant soulagé, de voir l’âne Baudet vivant.
- Reprenez immédiatement vos places ! Ordonna la louve en remontant dans la charrette.
- Hue ! Hurla-t-elle en incitant l’âne à courir plus vite. En entendant ce cri, Crépin reprit ses esprits. Il se redressa, et remarqua que le chariot allait tellement
vite, qu’il ne voyait plus son père Martial, et le cochon Gabin, courir derrière le chariot.
- Fée Rouge, on n’a perdu mon père et Gabin, s’écria Crépin. La louve stoppa immédiatement la charrette.
Quelques instants après, les deux trolls épuisés arrivèrent.
- Fée Rouge, l’allure de Baudet allait trop vite, dit Martial haletant.
- Ma bonne Fée, nous sommes très fatigués, dit Gabin essoufflé. Nous ne pouvions plus vous suivre, ajouta t’il en s’allongeant dans le sentier.
- Nous souhaitons, nous reposer dans la charrette. Est-ce possible ? Demanda Martial.
A leur grand étonnement, la Fée Rouge accepta, et demanda à l’ourse de tirer les rênes à sa place.
- Léonce, suivez la route vers l’est, jusqu’à l’entrée de la forêt. M’avez vous bien comprise ? - Oui, Fée Rouge.
Puis la louve, qui fulminait intérieurement, alla au devant de la charrette. Je vais bientôt me débarrasser de ces fainéants, dès que j’aurais récupéré ma naïade et mon talisman.
- En avant ! La louve courait tellement vite, qu’au bout d’un moment, elle disparu à l’horizon.
Le chariot ralenti sa cadence. Les trolls en profitèrent pour discuter. Crépin se lamenta.
- Maman, je veux retourner chez nous ; je ne veux plus courir après la naïade.
- J’aimerai cela aussi, mon ange. Mais nous avons fait un marché avec la Fée Rouge, répondit Léonce, gênée.
- C’est une femme trop méchante. Je ne l’aime pas.
- Moi non plus ! Intervint le cochon, étendu près de Martial. Elle a fait du mal à mon ami Baudet. Regardez-le cavaler comme un damné !
- C’est une sorcière, ajouta Crépin.
- Ne dis plus un mot. Ordonna sa mère. Elle pourrait t’entendre.
- Vous ne croyez pas si bien dire, s’écria une voix stridente. Alors qu’il parcourrait le sentier, à une vitesse impressionnante la tête ébouriffée de la fée Rouge,
surgit derrière le battant arrière de la charrette. Ses sourcils crachouillaient de feux.
Effrayés, Gabin et Crépin, coururent à l’avant en s’accrochant aux parois. Martial se mit debout, et aussitôt ils se cachèrent derrière lui. Les pattes, de la Fée
Rouge, aux griffes acérées s’accrochaient, au panneau latéral en bois. Elle l’arracha subitement, et sauta dans la charrette. Et leur fit volteface.
- Oh ! C’est une rébellion ? Brailla-t-elle.
- Pas du tout, Fée Rouge, dit Martial.
- J’ai parfaitement entendu la conversation. Est-ce que tu pourrais préciser ? Petit effronté. Continua la louve, agacée.
- Fée Rouge, vous êtes de retour ? Coupa l’ourse en sursautant. La charrette brusquement s’emballa.
L’âne Baudet, toujours hypnotisé décampa de plus belle. Les passagers s’accrochèrent aux cloisons.
- Comment êtes vous revenu si vite ? S’étonna Crépin.
- Qu’est ce que tu crois petit sot ? Je voyage toujours sous le charriot et lorsque nous ralentissons, je redescends.
- Mon fils n’est pas un sot ! Reprit Léonce irritée.
- Ne nous énervons pas, releva Martial en se positionnant devant les trolls, effrayés.
- Léonce ! Arrêter la charrette immédiatement ! Cria la louve.
- Je ne peux pas, lança-t-elle en tirant sur les rênes.
Soudain, la louve lança un contre feu sur les sabots de l’âne. Les feux s’éteignirent. Cela eut pour effet immédiat de stopper le chariot à la lisière d’une forêt.
- Fée Rouge, reprit Martial, hardi. Je suis le chef de famille. Alors ne tenez pas compte de l’avis de ma femme, ou de mon enfant, qui sont secondaires.
- Je préfère cela, Martial. Et à l’avenir, contrôler votre famille ou je m’en chargerai. Dit-elle rageusement.
Martial grommela.
- Nous allons continuer à chercher cette naïade. Et que ceux qui ne sont pas de mon avis me le dise, menaça t’elle en clignant ses sourcils en feux. C’est compris
Gabin ?
- Bien sûr Fée Rouge, dit le cochon en tremblant. Euh ! Je vous suivrai les yeux fermés, ajouta-il en claquant des dents.
Le convoi pénétrera lentement dans le territoire de Hodorsud.
- Nous allons camper ici.
- En plein jour? Nous n’attendons pas la nuit ?
- Quel bourricot ce cochon ! Dit la Fée Rouge, enragée. N’avez-vous pas remarqué qu'a la tombée de la nuit, que le couple qui détient notre naïade et mon
talisman, reste inoffensif ? On pourra capturer Elvire et Thècle uniquement le soir, car le talisman n'agit pas la nuit. Pour cela, nous suivrons leurs traces.
Quelqu’un y voit un inconvénient ?
La fée Rouge n’eut pour réponse, que des trolls s’affairant dans le campement. La rébellion était maîtrisée.
N°36
La canopée
A quelques kilomètres de là, un combat rudement mené s’effectuait au bord de la rivière. Au-dessus de celle ci, les griffes d’Elvire, la Fée blanche, transformée
en vautour s’entremêlaient dans les vêtements d’Océane, soulevée dans l’air à une hauteur impressionnante.
La naïade, terrorisée regardait le taureau puissant, aux muscles décuplés, foncer sur Virgile, le bûcheron. Celui ci tenait sa hache en face de lui.
Où allait-il porter son coup, pour ne pas tuer son père Thècle le centaure, métamorphosé en taureau ?
Virgile eut le reflex d’éviter le contact en tombant rapidement sur le côté. Les cornes de l’animal déchaîné, s’enfoncèrent soudain dans les fentes d’un gros rocher. Le taureau se débattait. Virgile en profita pour se relever.
Il entendit les cris d’Océane, et lança sa hache, qui blessa l’aile du vautour. Aussitôt, les serres se relâchèrent. La naïade tomba dans l’eau. Virgile plongea, et la
ramena sur l’autre rive. Océane perdit connaissance. Virgile s’affola. Se sentant encore en danger, il vit, de l’autre côté, le taureau toujours bloqué dans le rocher ; tandis que le rapace, criait sur la berge.
Peiné et contraint d’échapper à ses parents ensorcelés, Virgile s’enfuit en portant dans ses bras Océane, évanouie, en direction des profondeurs de la canopée.
Puis, sans se retourner, il couru en pensant à la puissance du talisman qui ornait le cou de sa mère, transformée en vautour, qu’il avait dû blesser. ..
Le bucheron, Virgile, portant Océane dans ses bras, s’enfuit à travers une forêt de
châtaigniers et de pins gigantesques. Soudain, un orage éclata.
Des averses se déversèrent, lorsqu’ils s’enfoncèrent dans la haute végétation de la canopée.
La naïade retrouva ses esprits. Virgile s’arrêta devant un gros tronc d’arbre.
- Accrochez vous à ma taille Océane ! Ordonna-t-il.
Il décrocha des lianes enfouies sous des feuillages, tira dessus, et prit son élan. Soudain, les deux fugitifs furent propulsés dans les airs. Ils arrivèrent dans une cabane, perchée à plus de dix mètres d’altitude.
- Vite entrons, s’écria Virgile trempé.
- Où sommes-nous ? Demanda Océane.
- Chez moi, dit-il rassurant. Cet abri nous protègera du vent, du froid et de la pluie.
- On dirait que le toit est fait de branches de sapin ?
- Oui, et aussi de fougères pour l’étanchéité. Installe toi Océane, lui dit-il en lui amenant une couverture et des vêtements qu’il sorti d’une valise.
Puis, Virgile activa un petit feu, fit chauffer de l’eau, et prépara du thé.
- C’est impressionnant ! S’étonna Océane en observant la propreté du lieu.
- Mes parents ne m’ont pas laissé le choix. Je devais les quitter, autrement ils m’auraient tué.
Il fallait bien que je me débrouille.
Océane s’assit sur une petite chaise en bois, rembourrée de paille. Elle essuya ses longs
cheveux mouillés, et pensa à la puissance du talisman, qui pouvait transformer les êtres en monstre. Le bûcheron revint avec deux tasses de thé qu’il déposa sur petite table en bois.
- Où puis-je me rafraîchir et me changer ? Ajouta-t-elle.
- On accède à la salle d'eau par la passerelle, qui communique avec une petite cabane à côté.
Océane s’y dirigea. Elle s’arrêta un instant, émerveillée par la beauté du paysage, en
découvrant l’immensité du territoire d’Hodorsud.
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