|
N°33
Le couple maudit
En entendant des grognements, Océane se retourna, et découvrit un taureau difforme avec une tête de sanglier. L’animal s’approcha menaçant. De multiples
entailles se propageaient sur son pelage encrassé. Il se cabra.
Virgile ramassa rapidement sa hache et se plaça devant Océane pour la protéger.
- Non, ne lui faites pas de mal !
Soudain, une laie au corps maculé de boue, sortit d’un buisson touffu. Elle grimpa sur un rocher. Le talisman accroché à son cou brillait. Des vapeurs
nauséabondes, provenant de celui-ci, se rependaient autour d’elle.
- Que faites vous sur notre territoire de Hordesud ? Cria le taureau.
- Mais que vous est t’il arrivé ? Vos corps ont changé d’aspect ! S’écria Océane surprise, en entendant la voix du centaure, Thècle.
La naïade reconnu alors péniblement la Fée Blanche, qui n’avait de blanc que son nom. En effet, la laie sale, grognait.
- Une naïade ! Mais elle semble si appétissante, dit la laie en ouvrant la gueule.
Soudain, des plumes noires recouvrirent son corps. Deux ailes poussèrent derrière son dos. Un bec surgit dans sa tête de laie. Elvire se transformait en oiseau.
- Je suis Virgile, votre fils, vous ne me reconnaissez donc toujours pas ?
- Petit voyou. Nous n’avons jamais eu de fils, lui répondit sèchement Elvire.
- Père, éloignez vous de la laie, car à ses côtés, vous vous transformez aussi.
- Ha ! Ha ! Ha ! Railla Thècle. Où donc as-tu vu une transformation ? Répondit-il alors que deux grosses cornes venaient de pousser au-dessus de sa tête. Son
corps doubla subitement de volume.
- Quelle horreur, et quelles puanteurs, s’écria Océane, en se bouchant le nez. J’ai dû mal à croire qu’ils m’ont sauvée la vie dans l’incendie.
- Cette naïade et ce garnement se moquent de nous. Ils méritent une correction. Attrapons-les ! Hurla Elvire.
Le couple maudit d’Hordesud avait bien l’intention de ne plus les laisser partir. Océane venait de découvrir que le talisman du marais comprenait bien deux facettes, comme lui avait précédemment expliqué Virgile.
- Quelle est cette malédiction ? Demanda la jeune femme en tremblant.
- Taisez vous Océane, et faites exactement ce que je vous dis, lui dit tout bas Virgile. A mon signal, retournez vous et courrez !
La naïade pensa à la rivière qui se trouvait derrière elle.
- C’est une folie de s’échapper par ce côté ! Pensa t'elle. Et quel est le signal ? Virgile ne répondit pas. Il s’adressa au centaure.
- Père, il faut absolument enlever du cou de maman le talisman. Il est néfaste pour vous deux. Je vous en supplie. Faites-le !
- Tu n’es pas mon fils. Et je ne vois en toi qu'un voleur qui veut nous prendre notre talisman ! Suivez-nous maintenant !
Soudain Virgile sortit de la poche de sa salopette, un petit objet et le plaça rapidement dans sa bouche.
- Vas-y ! Ordonna-t-il à Océane.
La jeune femme couru jusqu’aux flots, pendant que retentit un long sifflement. Elle se jeta à l’eau et nagea pour traverser la rive. Tout à coup, elle sentit un poids la soulever. Les deux griffes acérées d’un vautour noir, saisirent ses vêtements, et la souleva violement au-dessus de la rivière.
Prise au piège, suspendue en l’air, Océane, affolée, observa avec consternation le drame qui se déroulait sur la berge. Le taureau baraqué fonçait directement sur Virgile…
N°34
Voie sans issue
- Au secours ! D’où proviennent ces hurlements ? Se demanda Sylvain en ramant.
Il manœuvra son nénuphar et le dirigea dans un bras de la rivière recouvert d’un tapis de mousse. Les appels devenaient de plus en plus faibles.
Soudain, le nénuphar heurta une barque retournée envahie de lianes. Quelqu’un se trouvait prisonnier sous la coque. Aussitôt, l’elfe plongea dans l’eau trouble
et se glissa sous la barque. Il refit surface dans une poche d’air. Les rayons du soleil pénétraient par un trou béant. Une touffe de plantes obstruait l’autre côté de la paroi. Sylvain découvrit un homme épuisé, coincé entre l’embarcation et la racine d’un vieux tronc d’arbre.
D’un instant à l’autre, la barque risquait de les engloutir. Il s’approcha de l’individu au torse nu, qui respirait difficilement. Un enchevêtrement de lianes lui recouvrait le visage. Des sons rauques sortaient de la bouche de l’homme qui étouffait.
-Tenez bon ! Lui dit Sylvain en sortant son poignard. Il arracha délicatement les petites lianes piquantes, avec difficulté et découvrit un visage boursouflé, et ensanglanté.
- C’est vous ! S’écria Sylvain surpris de voir Romaric, l’ancien cuisinier qui l’avait lâchement abandonné dans le château de Mandore, entre les mains des drow.
- Roi des Feux d’Or. Sauvez-moi !
- Ne bougez surtout pas ! Lui ordonna Sylvain. Ces lianes rétractiles se resserrent quand elles sont touchées !
- Elles sont aussi omnivores ! Lui apprit l’ancien valet des drow, accablé. Regardez ! Elles viennent d’avaler ma chemise.
Sylvain distingua un tissu à carreaux, entremêlé dans la végétation. La main ensanglantée du valet se trouvait coincée dans une liane remplie de piquants.
Sylvain sectionna prudemment la tige dangereuse. Il prit le valet par la taille et lui dit.
- Accrochez vous à moi, et aspirez une grande bouffée d’air !
Après de multiples efforts, les deux hommes quittèrent la poche d’eau et nagèrent. Pendant que Sylvain aidait le valet à grimper sur le nénuphar, des lianes s’enroulèrent autour de ses pieds. Il se déchaussa rapidement, et coupa les liens. Stupéfaits, les hommes virent la barque et les chaussures broyées par les piquants tranchants insérés dans les lianes.
- C’est effroyable ! Cria Sylvain qui pagaya pour se dégager de cette voie sans issue. Il guida son nénuphar dans le cours d’eau principal.
- Merci, vous m'avez sauvé la vie, dit l'homme en s'écroulant sur le nénuphar. Je suis désolé roi de Feux d’Or de vous avoir abandonné dans le château des drow.
Je n’en pouvais plus de cet emprisonnement, s’excusa t'il. Méfiant, Sylvain lui demanda.
- Qui êtes-vous vraiment ?
- Je vous ai dit la vérité. Je suis bien le valet du roi Mandrin du Royaume de Montvalon.
- Paterne m’a raconté qu’une tempête vous a conduit à Mandore.
- Oui, je suis alors tombé dans le piège des drow. Comment avez-vous pu quitter le château ?
- J’ai subit un odieux chantage. J’ai laissé dans le château, ma pigeonne Picotine, que Valériane a transformé en bloc de pierre.
- C’est épouvantable ! Je voyais les enfants modifier les objets, mais je ne pouvais prévoir que ces drow détruiraient des êtres vivants ! S’exclama le valet.
- Ils ne l’ont pas encore tuée. Elle est endormie. Seul Paterne pourra la réveiller. Mais si Valériane, ou l’un des enfants drow, retouchent Picotine, elle mourra en devenant poussière. Et Paterne ne pourra plus lui redonner vie.
- Que c’est triste ! Compatit Romaric. Je voulais juste rejoindre ma famille, et il fallait que quelqu’un prenne ma place ; car, le château de Mandore ne peut rester sans serviteur.
- J’ai préparé le repas des drow pour une semaine et je dois revenir pour les sauver. Un silence se fit.
- Pardonnez-moi Roi des Feux d’Or de vous avoir trahi, ajouta le valet honteux.
- Pour vous faire pardonner, il faudra alors m’aider, à rechercher une femme responsable de nos malheurs. C’est la Fée Rouge. Romaric sursauta.
- J’ai déjà entendu parler de cette Fée Rouge, dit-il en frémissant. C’est une véritable plaie.
- Je dois lui prendre un poil de ses sourcils.
- De là, à récupérer un poil de ses sourcils ? S’étonna Romaric. Sylvain lança un regard foudroyant.
- Euh, bon d’accord roi des Feux d’Or, je vous aiderai, ajouta le valet en s’inclinant. Car, il n’avait toujours pas la conscience tranquille.
Pendant que Sylvain préparait le repas. Romaric fit un feu de bois avec des brindilles récupérées sur la berge. L’elfe réchauffa la soupe aux champignons, puis sortit deux miches de pain de sa sacoche. Les deux hommes mangèrent sur le grand nénuphar.
L’elfe lui raconta qu’il recherchait sa couronne du royaume des Feux d’Or, sa femme Océane et l’avertit du terrible sort enduré par la famille drow, dont les jours étaient comptés, s’ils ne retrouvaient pas la Fée Rouge.
- Je vous aiderai Roi de Feux d’Or. D’ailleurs, je connais très bien le chemin pour aller à la caverne du Clos Rougeaud.
- Nous avons alors, une longue route à faire. Le plan du Livre des Esprits ne m’indique plus les trajets, remarqua Sylvain en le consultant.
- Je peux le voir ? Demanda Romaric, intrigué.
Sylvain lui tendit le document, et lui conseilla de le remettre aussitôt après dans la sacoche qui fallait refermer.
-En effet, le plan est vierge. Confirma Romaric.
Tout à coup, Picotin se posa sur le nénuphar.
- Qu’il est beau cet oiseau ! Que tient-il dans le bec ? S’écria Romaric, qui déposa rapidement le plan dans la sacoche, pour s’approcher du pigeon.
- C’est Picotin, et il tient un morceau de la voilette de ma femme Océane !
Picotin montre nous le chemin, ajouta-t-il en s’emparant du tissu.
- La nuit tombe, Roi des feux d’Or. Nous ne verrons pas grand-chose.
- D’accord, Romaric. Demain, nous partirons à l’aube. Une fois rassasiés, les deux hommes s’allongèrent sur le nénuphar et s’endormirent rapidement.
Sylvain se réveilla en sursaut. Il sentit son corps paralysé. Une force entravait ses mouvements. L’elfe pensa aux lianes dangereuses. Il se retourna et aperçut au clair de lune Romaric, bouche bâillonnée, les mains ligotées, enfouit sous les énormes pages du livre des Esprits qui avaient triplées de volume.
Elles avalaient le valet. Le jeune roi s’en voulait de n’avoir pas prit le temps de vérifier si Romaric avait bien refermé la sacoche.
Les pages du livre des Esprits s'étaient échappées. Sylvain pétrifié, ne pouvait fuir le danger. Les pages infernales coururent vers lui, recouvrirent son corps et commencèrent à l'engloutir lentement.
|



