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N°29
Le territoire du drow
L e cœur de Sylvain battait la chamade. Il respirait difficilement. Les accoudoirs marbrés du fauteuil lui broyaient le torse. Habilement, les bras en marbre lui arrachèrent son poignard.
- Vous m’avez tailladé le pied, roi des Feux d’Or. Ne recommencez plus cela ! Lui ordonna une voix caverneuse, alors que du sang se répandait à terre.
Mais d’où provenait cette voix ? Son fauteuil l’attaquait, et lui parlait en même temps !
Le siège s’effrita et des poils ressortaient de la structure. Comment est-ce possible qu’un être vivant soit à l’intérieur de cet objet ?
- Cessez de gesticuler. Plus vous vous débattez, plus vous aurez mal.
Sylvain, tétanisé par un bruissement s’arrêta de bouger, et regarda ébahi, les pans de murs s’écrouler les uns après les autres. Les
colonnades de Rance constituées de décors construits en plâtre, s’effondraient les unes après les autres en laissant apparaître des
murs craquelés.
Affolée, Picotine survola la pièce en zigzaguant à travers les morceaux d’étoffes déchirées, et de gypses, qui se
démantelaient. Un immense décor habilement camouflé, recouvrait ainsi les ruines du château de Mandore. Transit d’effroi, le
jeune elfe ressentit avec soulagement que l’étreinte se desserrait lentement.
- Je suis Paterne, le maître de Mandore. Et vous êtes mon prisonnier ! Sylvain s’en voulait. J’aurai dû prévoir cette rencontre avec
le drow, car je l’avais vu dans la psyché de la reine Adélaïde. Et je comprends maintenant la boursouflure qui se trouvait sur le plan
du Livres des Esprits.
A sa grande surprise, les autres fauteuils autour de la table s’animaient. Celui en marbre rose se fendilla. Une femme drow
apparue, avec ses enfants attablés. Des yeux noirs luisants perçaient leurs âpres visages.
- Roi des Feux d’Or, veuillez nous pardonner de vous avoir tendu ce piège, déclara la maîtresse des lieux, incrustée dans son
fauteuil. Elle se leva en faisant trembler les couverts.
- Que dites vous donc Valériane ? Répliqua Paterne en se redressant brusquement.
Sylvain tomba et frotta ses membres ankylosés. Il regarda à travers les barreaux d’une fenêtre Picotin se nettoyer le plumage. Soulagé
de le savoir en vie, après la fermeture des lourdes portes du château, le roi pensa à Picotine. Il la vit, refugiée au fond d’une niche
vermoulue. En le voyant, l’oiseau hésita, puis, prit son envol, et se posa sur son épaule.
- Vous devenez notre nouveau serviteur, car vous remplacez notre ancien valet et cuisinier, Romaric, lui imposa Paterne.
Valériane ouvrit un coffre, et sortit plusieurs costumes de cuisinier.
- Vous en trouverez un, certainement à votre taille, dit-elle le fixant durement du regard.
- Jamais je ne vous servirais ! Je vous sommes de me laisser sortir de ce château maudit ! S’écria Sylvain.
Paterne et sa femme, lui fit face avec la rapidité de félins. Comment ces êtres de pierre pouvaient se mouvoir avec une telle
promptitude ? Ils semblaient de redoutables adversaires. Picotine effrayée, s’envola. Valériane tenta de la rattraper, et l’effleura.
Aussitôt, Picotine tomba et roula aux pieds de Sylvain. Celui-ci ramassa l’oiseau, et remarqua qu’il tenait entre ses mains, un bloc
de pierre !
N°30
Le plan d’attaque
En en hurlant sa colère, la louve tournoyait sur une motte de terre fumante. Au pied du talus, les ours trolls, agacés par
ses cris, se bouchaient les oreilles. Crépin se blottit dans les bras de sa maman. Martial, secoua vigoureusement sa tête et se gratta
l’oreille.
La Fée Rouge observait ainsi, le paysage dévasté par l’incendie, tout en agitant son fouet, pour éteindre les tisons que le vent
chaud transportait. L’air belliqueux, elle n’acceptait pas sa défaite. Dépités, les trolls assistèrent impuissants, à l’enlèvement de la
naïade par la Fée Blanche, Elvire, assissent sur le centaure, Thècle, qui chevaucha ensuite à travers les champs enflammés. Gabin,
le troll cochon, réfugié sous la charrette, tremblait de tous ses membres. Il redoutait le courroux de la Fée Rouge.
Soudain, une grosse voix au dessus de lui le fit sursauter.
- Ça sent le brûler !
- Tu m’a fais peur, Baudet !
Le troll âne reprenait conscience, alors que l’hypnose se dissipait.
- Pourquoi la Fée Rouge hurle t'elle ainsi ?
- Je crois que tu as manqué notre poursuite pour capturer la naïade.
- Je ne me souviens de rien.
- Même pas de ton larcin, lorsque tu as subtilisé le coffret de la louve ?
- Non ! Je n’ai pas fait cela ? Elle risque de me tuer cette sorcière. Gabin, l’attelage est trop serré. S’il te plait, délivres-moi de cet attirail.
- Tais-toi, mon ami, si tu veux garder la vie sauve. Elle approche.
La Fée Rouge redescendit lentement du talus. Elle scruta les trolls d’un regard lugubre.
- Venez autour de moi, leur dit t-elle froidement. Martial prit les devants. Sa femme et son fils, s’assirent derrière lui. La louve
fouetta vigoureusement le sol en appelant Gabin. Il arriva timidement, et se planqua derrière l’ours Crépin, qui, gêné, le repoussa
vers la Fée Rouge. Gabin atterrit sur les pattes de la louve.
- Pardon, ma bonne fée, dit t-il craintivement en regardant les sourcils en feu de celle-ci. Pourvu qu’elle ne me brûle pas, pensa-t-il anxieux.
- Quel balourd celui-là ! Cria-t-elle. Gabin, à cause de ta maladresse, la naïade s’est enfuit encore une fois !
La louve le griffa en le bousculant sans ménagement.
- Quel est celui qui a osé nous dérober notre naïade ? Demanda Martial, en changeant le sujet de la conversation.
La louve s’ébroua. Plusieurs poils brûlés tombèrent de son pelage, en laissant apparaître des cavités carbonisées.
- Il s’agit du couple de la contrée d’Hodorsud. Depuis des mois, mes troupes essayent de les capturer. Ils possèdent le talisman du marais.
- Oh ! S’exclamèrent les trolls en même temps. La surprise du troll âne Baudet intrigua la louve.
- Ah ! Le voleur est de nouveau parmi nous ? Constata-t-elle. Elle s’apprêtait à le corriger, lorsque Léonce coupa son élan.
- Fée Rouge, ne lui faîtes pas de mal. Il nous servira à tirer notre charrette.
La louve se ravisa.
- Ce talisman est fabuleux, reprit Martial.
- Depuis des années, les lutins ténébreux recherchent leur fétiche, ajouta Crépin.
- Non ! Il ne s’agit plus de leur talisman, car Elvire et Thècle le possédaient, et me l’ont dérobé à la taverne du Clos Rougeaud, alors qu’ils étaient mes invités.
- Ils étaient plutôt vos prisonniers, rajouta Crépin.
- Tais toi donc, souffla Léonce.
Un silence pesant se fit.
La Fée Rouge examina Crépin en grognant. Pour le protéger, son père Martial se mit aussitôt devant lui. La louve le dévisagea, en observant sa silhouette imposante.
- Poursuivons notre réunion, reprit-elle. J’ai un plan pour retrouver ma naïade et le talisman.
- Non, Fée Rouge ! C’est notre naïade car l’accord que nous avions conclu à de la caverne est caduc ! Lorsque nous récupérons
Océane, il redeviendra de nouveau valable, affirma catégoriquement Martial.
La Fée Rouge refréna ses ardeurs. Cela faisait longtemps qu’aucunes contradictions n’apparaissaient dans ses dires, alors que
maintenant, ces trolls devenaient impertinents. Elle pouvait en quelques secondes les réduire en morceaux. Mais, elle avait
encore besoin d’eux.
- Vous avez parfaitement raison, lança t’elle conciliante. Voici mon plan d’attaque. Elle leur exposa en détail leur prochain combat.
A la fin de ses explications, les trolls applaudirent. Puis, subitement, elle grogna. La louve, gueule grande ouverte, dégageant une
fumée noire et acre autour d’elle, prit son élan et sauta sur l’âne Baudet.
Gabin peureux, se boucha les yeux, refusant ainsi de voir le sort destiné à son compère.
Affolés, les trolls se demandèrent si la Fée Rouge tiendrait compte de la remarque de Léonce, pour épargner la vie du troll âne.
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