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N°27
L'écueil
Sylvain, fut agréablement surpris par la décoration raffinée. L’intérieur du château de Mandore resplendissait. De splendides colonnades en marbre de Rance s’alignaient sur les façades murales. Un gigantesque lustre en strass de Bohème, orné de pierres précieuses en demi-lune, et en amande, pendait au plafond. - Il y a quelqu’un ? Demanda le roi. L’agencement de la table paraissait plus beau, que lorsqu’il l’avait aperçu par la fenêtre. Une nappe en macramé brodée de fleurs de lys, recouvrait la longue table de marbre blanc. Autour des assiettes en porcelaine, des verres en cristal scintillaient. Des couverts en argent massif, gravés de trèfles complétaient le décor. Un poulet embroché cuisait dans la cheminée. Dans cinq minutes il sera trop cuit, pensa Sylvain, qui décida de l’enlever de l’âtre. Le roi du Royaume des Feux d’Or fit lentement le tour de la table, et remarqua de petites étiquettes nominatives, disposées derrière chacun des douze sièges. Il s’assit à la place « visiteur », dans un fauteuil en marbre gravés de motifs floraux, qui faisait face au seul siège en marbre rose. Il saisit un morceau de galette de maïs, dans une abondante corbeille, et l’envoya à Picotine. Son oiseau picora avidement. - Reprends vite des forces, ma petite Picotine ! Puis, il découpa le poulet, et se régala. Soudain, le regard de Sylvain fut attiré vers une forme dans l’allée centrale. - Regardes Picotine, nous avons un nouveau visiteur ! C’est Picotin ! L’oiseau s’apprêtait à entrer dans le château, tandis que Picotine s’envolait joyeusement à sa rencontre. Tout à coup, la lourde porte se referma entre les pigeons à une vitesse prodigieuse. Les verrous tournèrent dans un bruit effroyable, les uns après les autres. Sylvain stupéfait, tressaillit. Il voulu se lever de son siège, mais il ressentit une étrange sensation. Il bougeait avec de fortes vibrassions ! L’elfe en danger sortit rapidement son poignard, et gratta le pied de sa chaise. Soudain, le marbre se fendilla et laissa apparaître un pied rugueux poilu, aux ongles noircis. Sylvain effrayé hurla. Aussitôt les accoudoirs en marbre se refermèrent sur lui. Le roi réagit promptement en piquant le pied. Des gouttes de sang se répandirent sur le sol dallé. Les bras de la chaise le serrèrent, et l’emprisonnèrent. Prit dans un étau, il suffoqua. Sylvain était tombé dans un piège !
N°28 Le territoire d'Hodorsud
Océane épuisée par la course effrénée du centaure à travers les champs en feu, reprit difficilement son souffle, lorsque celui-ci gravit la pente d’un plateau abrupte. Elvire, la Fée Blanche, l’aida à descendre de la monture. Anxieuse, la naïade observa au loin, les champs de colza incendiés. - Merci de m’avoir sauvé la vie, dit-elle en serrant la serviette du Royaume des Feux d’Or. Puis, s’apercevant de la perte de la couronne, elle fondit en larmes. - Qu’avez-vous ? Nous sommes en sécurité ici, jeune femme. Ne vous inquiétez pas, lui dit doucement la Fée Blanche en lui tendant une gourde. Elle but une gorgée. Méfiante, Océane décida de ne pas révéler la perte de la couronne. - Pourquoi ces trolls vous poursuivaient ? Demanda le centaure. - Avez vous utilisez vos pouvoirs de naïade pour les stopper ? Continua Elvire. Océane sécha ses larmes. Avec intérêt, ils l’écoutèrent raconter son emprisonnement dans la caverne du Clos Rougeaud de la Fée Rouge, la poursuite des trolls ours, ainsi que la façon dont elle avait perdu ses pouvoirs. - Je suis bien loin de mon royaume. - En effet, vous êtes sur notre territoire d’Hodorsud. Personne ne s’aventure ici depuis des mois. Océane, mal à l’aise, regarda autour d’elle. Des broussailles envahissaient un terrain hostile. - Ma femme et moi avons été l’objet de la manigance des trolls. Cette Fée Rouge a détruit nos récoltes et nos terres. Ses troupes ont essayé plusieurs fois d’envahir notre plateau. - Que vous veulent-ils ? - Suivez nous dans notre modeste demeure, ajouta Elvire, en lui montrant des arbustes touffus. Océane eut du mal à distinguer la petite masure dissimulée derrière l’épaisse végétation. - Nous allons vous montrer l’objet de leur convoitise. Océane hésita, car elle se souvint de la trahison de la famille ours troll. Elle se retourna et regarda le visage du centaure qui fermait la marche. Préoccupé, il semblait perdu dans ses pensées. - Il est blessé ! S’écria la naïade. Elvire se précipita et aperçut la brûlure profonde qui couvrait le poitrail de Thècle. Elle l’aida à franchir le seuil de leur habitation. Tout à coup, un bruit de branches cassées retentit. - C’est certainement un animal sauvage. La jeune femme qui se sentait épiée, se dirigea vers le lieu sombre quand soudain, une ombre surgit et s’enfonça dans la forêt. Océane se pencha et remarqua des traces de pas. Il y avait bien quelqu’un ici ! Puis, angoissée, elle se retourna et pénétra lentement dans la demeure d’Hodorsud.
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