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N°25 L’ardente libération Elle examina les coutures de sa robe. Plus aucunes sauterelles ne s’y trouvaient. L’essaim l’avait protégée. Contente, elle observa les alentours. Je n’en peux plus de fuir constamment ses horribles trolls ! La nuit tomba subitement. A bout de force, la naïade s’écroula dans l’herbe, et s’endormit profondément. Lorsque l’ours Martial découvrit des traces bordant le sentier, la Fée Rouge, d’un coup de fouet, stoppa le chariot conduit par le troll âne Baudet, toujours hypnotisé. - C’est ici que la naïade est passée ! Annonça Martial, catégoriquement. Crépin le jeune loup, quitta aussitôt la charrette. Il sauta plusieurs fois sur ses pattes pour observer l’étendue du champ. - Je ne vois pas la naïade ! - Tu es trop petit, laisse-moi te porter, lui proposa sa mère qui le rejoignit, et le hissa. Gabin le troll cochon renifla l’air.
Soudain, sans prévenir, il grimpa d’un bond sur les larges épaules de l’ours Martial, qui ronchonna. - Oui, je sens son odeur ! Confirma Gabin. - Fée Rouge, le champ est immense, constata Crépin, et on ne voit rien dans cette obscurité ! - Et avec ceci ? Cria-t-elle en se penchant dans l’herbe. Aussitôt, un embrasement se déclencha. Des flammes s’élevèrent. - Au feu ! S’écria Gabin effrayé, qui sauta des épaules de l’ours, pour se réfugier sous la charrette. - Que ce passe t’il ? Brailla Martial. Des étincelles se propagèrent dans le champ, à une vitesse impressionnante. - Bande de godiches ! J’ai mis le feu pour attraper la naïade à la sortie, hurla la Fée Rouge enragée. Elle se retourna, méconnaissable, ses habits pendaient en lambeaux. Autour de son visage cramoisi et enflé, jaillissaient les tiges de ses cheveux embrasés. Les orbites de ses yeux formaient deux crevasses, au centre desquelles se trouvaient deux points rouges qui fixaient les trolls terrifiés. Du feu crachouillait de ses sourcils noircis. - Quelle horreur ! Elle ressemble à un monstre, dit tout bas Crépin en serrant les mains de sa maman. - J’en ai bien peur, répondit t’elle dans un souffle. - En route ! Rugit la louve aux naseaux fumants, tout en bondissant dans la charrette. Les trolls reprirent immédiatement leur place, mais cette fois ci, Crépin, sur le conseil de sa mère, s’assit à l’arrière. La louve qui portait bien son nom de Fée Rouge, devenait surpuissante grâce aux pouvoirs de ses sourcils. Elle asséna un coup de fouet sur la croupe rougeâtre du troll âne Baudet, qui partit en trombe. Martial et Gabin coururent en éclaireur sur le chemin de terre en contournant le champ incendié. De hautes flammes attisées par le vent s’amplifiaient. Subitement, Océane se réveilla en toussant. Une épaisse fumée la saisit à la gorge, elle suffoqua. Rapidement, elle rampa dans les herbes sèches, qui craquèrent sous son poids, alors qu'une chaleur ardente se déployait. Elle traîna la serviette où se trouvait cachée la couronne des Elfes de Lumière du Royaume des Feux d’Or, et pensa à son époux en la serrant contre elle. - Sylvain, mon doux époux, je ne veux pas mourir ici ! Désorientée, elle s’engagea dans un chemin éclairé de flammèches, lorsqu’elle aperçu le convoi des trolls. - Voici la naïade ! S’écria Martial qui courait au devant du chariot. Bientôt, ils me rattraperont, pensa Océane apeurée. Essoufflée, les yeux rougis, elle s’arrêta, quand, tout à coup une force la souleva. Elle se retrouva assise sur le dos d’un centaure, au poitrail, et aux cuisses vigoureux. Une femme aux longs cheveux blonds, la maintenait par la taille. Le centaure, aux cheveux d’or bouclés, semblables aux poils de sa queue, possédait un magnifique pelage aubère, qui lui donnait un air impressionnant. Les parents d’Océane lui avaient toujours recommandé de se tenir éloigné des centaures. Ces êtres moitiés hommes, et moitiés chevaux possédaient des pouvoirs insolites et se nourrissaient de chairs crues ! Océane, effrayée, tremblait de tous ses membres. - N’ayez pas peur, lui dit le centaure d’une voix forte. - Accrochez vous, ordonna la jeune femme.
Légèrement vêtue, d’un ensemble composé de feuilles de lierres cousues sur de la soie blanche, elle portait des sandales tressées. Une couronne de fleurs ornait sa tête. - Je suis la Fée Blanche Elvire, et nous sommes assises sur le centaure Thècle, mon mari. Elle recouvrit leurs corps d’une couverture. - Nous sommes prêtes ! Aussitôt, le centaure tonique, galopa à toute allure à travers les champs en proie aux flammes, avec les deux femmes accrochées à son dos, puis ils traversèrent un mur de feu.
Alors qu’ils approchèrent des rives d’un torrent, le centaure prit son élan et franchit magistralement l’obstacle.
Cependant, à l’atterrissage, la serviette d’Océane se détacha et la couronne des Feux d’Or, roula dans l’herbe. Elle dévala une pente, rebondit sur un caillou, et atterrit sur une branche d’arbre mort, qui flottait sur les eaux tourmentées d’une rivière…
N°26 Le domaine de Mandore A l’aube, une forte averse surpris Sylvain. Le jeune elfe s’abrita sous le pétale d’une fleur gigantesque qu’il détacha de la végétation. Ensuite, il s’assit sur le nénuphar géant, qui naviguait au fil de l’eau.Son épouse, Océane lui manquait. Où se trouvait-elle ? Il l’avait vu pleurer dans la psyché de la reine Adélaïde. Il aimerait tellement la protéger, et la serrer dans ses bras. La santé de sa pigeonne, Picotine, le préoccupait. Fragile, elle tenait difficilement sur ses pattes endolories. Picotin s’était envolé depuis un bon moment, certainement en quête de nourriture. Le roi fouilla ses poches ; aucunes miettes ne s’y trouvaient. Le nénuphar traversa des multitudes de nymphéas de toute beauté. Alors que des trombes d’eaux se déversaient dans la rivière, le roi se souvint des nombreux voyages de ses pigeons qui permettaient au couple d’amoureux de correspondre secrètement. A la recherche d’Océane, ils risquèrent leur vie en s’enfonçant sous la dalle de la chapelle. Puis, ses oiseaux l’extirpèrent du monde obscure, enfouit dans les pages étranges du Livre des Esprits. Un parterre parfumé d’iris, et de jacinthes bordaient les rives. Soudain la galerie de plantes se termina abruptement, par une allée visible sur une seule berge. L’elfe aperçu au loin les tours d’un château. Aussitôt, il consulta la carte du Livre des Esprits. Une boursouflure représentait l’endroit où il se trouvait. Celle-ci s’amplifiait progressivement sur le plan ! Le roi regretta d’avoir entraîner les pages au fond de la rivière. J’ai du les détériorer. Au premier rayon de soleil, il enveloppa Picotine dans la poche de sa veste, et rama jusqu’à la berge. Il amarra le nénuphar à côté d’une barque envahie de mousse. Alors qu’il s’engagea dans une allée ombragée, Sylvain reconnu les plantes des elfes. Des Epimedium rubrum, aux jolis reflets roses, associées aux Epimedium pallidum blanches, tapissaient les pieds des arbres. Il suivit ainsi l’allée en toute confiance. Une délicieuse odeur de poulet grillé flotta dans l’air. Le roi, affamé, arriva devant une grille entrouverte. Au dessus de celle-ci, des fleurs fraîches l’enjolivaient. - Je crois qu’on a de la chance Picotine. Ce lieu parait très accueillant. Et qu’est ce que cela sent bon ! Il se retrouva en face d’une énorme porte d’entrée en fer forgé. Une clochette en fonte décorée de rosaces, trônait au dessus d’une plaque. Sylvain lut une épitaphe : « Bienvenue au domaine de Mandore. Visiteur, déclinez votre identité à haute voix. Tout être vivant doit être présenté. Un serviteur vous fera entrer dans ma modeste demeure, quand vous lui expliquerez les raisons de votre visite ». Quelque chose intriguait Sylvain. Des barreaux obstruaient toutes les fenêtres du château, sauf celle qui se trouvait à proximité de l’entrée. Le roi s’approcha, et curieux, regarda à l’intérieur. Un cuisinier en tablier, portant une toque sur la tête, s’activait autour d’un feu de cheminée. Trois bouquets de fleurs disposés autours de couverts dorés, ornaient une longue table somptueusement dressée. Des candélabres créaient une atmosphère tamisée. L’elfe, content de ce cérémonial, actionna vivement la sonnette. Quelques secondes s’écroulèrent, quand soudain dans un vacarme assourdissant, des serrures se déverrouillèrent. Les gonds de la lourde porte semblaient respirer à chaque ouverture. Sylvain compta huit verrous, de haut en bas. Pourquoi tant de sécurité ? Le maître de se château doit certainement craindre les visites extérieures. La porte massive s’ouvrit lentement, en grinçant. Sylvain frissonna. Celui-ci se retrouva en face d’une porte vitrée et vit à travers elle, le cuisinier le regarder, avec une joie contenue. Il se présenta. - Je suis Sylvain, le roi des Elfe de Lumière du Royaume des Feux d’Or. J’ai ma pigeonne, Picotine avec moi. L’homme rapidement lui répondit. - Je suis le valet du roi Mandrin du Royaume de Montvalon, je vous souhaite la bienvenue, roi des Elfes du Royaume de Feux d’Or. Que puis-je pour vous ? - Euh, je vous demande l’hospitalité, dit Sylvain en hésitant. C’est étrange, il s’est présenté comme le valet du Royaume de Montvalon, alors que nous sommes dans le royaume de Mandore, pensa t-il. - Que voulez-vous ? - Un peu de nourriture pour poursuivre ma route, et la permission de soigner ma pigeonne Picotine, qui est blessée. La porte vitrée s’ouvrit immédiatement. Soudain, le serviteur s’empressa de jeter son tablier ainsi que sa toque derrière lui, et frôla Sylvain, en criant : - Youpi ! Puis, il bondit hors du château. Le roi eut la surprise de voir le valet courir. Intrigué, il le suivit des yeux. Dans sa précipitation, l’homme tomba dans l’allée, se releva promptement et se dirigea jusqu’à la rive. Energiquement, il sauta dans la barque, et rama très vite. Cela me rappelle ma fuite du château en péril de la reine Adélaïde. Le roi secoua la tête. Non, je me fais des idées. Les conditions ne sont pas similaires. J’étais en danger alors que lui est joyeux. D’ailleurs, à la moindre menace, je pourrais partir, pensa t-il en observant la lourde porte d’entrée, restée ouverte. Sylvain entra dans la pièce principale, et resta abasourdi par ce qu’il découvrit…
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