N°17 Une âpre transaction Le lendemain, la Fée Rouge réveilla brutalement Océane. Elle lui fit prendre un bain, et endosser un nouvel habit envoûté. Il s’agissait d’un ciré violet qui lui arrivait jusqu’aux genoux. Ensuite, elle lui ordonna : - Océane, voici ton travail. J’ai loué tes services, pour la journée, au troll vigneron, Monsieur Cassis . Tu iras presser avec tes pieds, mes raisins. Le jus récolté dans les tonneaux, sera destiné à la fermentation du raisin, pour la fabrication du vin de qualité, de mon domaine du clos Rougeaud. - Homard ! Cria la Fée Rouge. - Presser des raisins avec mes pieds ? Tiens, il y a même des trolls homards maintenant ? Se moqua Océane. - C’est très bien ! Tu as de l’humour jeune naïade. Je vois que les travaux te délient bien la langue, répondit la Fée Rouge, agacée. Tu vas pouvoir t’amuser encore un peu. - Je n’aime pas votre façon de faire, et je compte bien vous en empêcher ! Répliqua la jeune fille. - Et comment feras-tu ? Ha! Ha! Ha ! Je te rappelle que ton pouvoir a disparu. Homard Cassis, un troll cheval musclé, à la crinière rouge, la conduisit dans le cellier. Il ouvrit une grande cage, et la poussa vers le pressoir. - Êtes-vous au courant que des machines plus rapides que moi, existent ? Vous auriez eu de meilleurs résultats ! S’exclama Océane. - Je le sais parfaitement, mais je préfère le naturel ! Riposta la Fée rouge. Quand mes clients sauront que le vin a été foulé par les pieds d’une naïade, ils s’arracheront les bouteilles. Et j’en vendrai davantage. Contre son gré, la jeune naïade commença à piler les grappes de raisins. Elle était comme hypnotisée. Elle travaillait tellement, qu’à la fin de la journée, elle avait considérablement maigrit. Aussitôt après son bain, elle enfila la robe aux sauterelles. Homard Cassis devait venir la chercher pour la conduire sur scène. Ce soir-là, elle décida de s’enfuir. Océane s’aperçut qu’elle avait tellement maigrit, qu’elle pu se faufiler entre les barreaux de la fenêtre du cagibi. Elle se retrouva sur un balcon. Grâce aux ailes des sauterelles, elle n’eut aucun mal à se poser au sol. Mais en quittant le domaine, son évasion fut vite interrompue par les clients qui s’approchaient de la taverne. Elle rebroussa chemin, et s’introduisit par une porte, derrière la taverne de la Fée Rouge. Elle monta à l’étage et se dirigea dans un long couloir. Ensuite, elle resta quelques instants à l’affût; ouvrit une porte et se retrouva dans la chambre de la Fée Rouge. Elle découvrit dans un recoin un petit coffre, rempli de tissus brodés, de dentelles, et de guipures. Océane se recroquevilla à l'intérieur pour s’y cacher. Soulagée d’avoir trouvé un refuge temporaire, elle referma le couvercle. Ils ne me rechercheront pas à l’intérieur, se dit-elle. J’aurai un moment de répit pour m’évader. Puis elle s’endormit. Au rez-de-chaussée, dans la taverne de la Fée Rouge des trolls affluaient de toutes parts, pour voir la naïade danser. Entre-temps, la famille troll d’ours débarqua à l’auberge. Martial alla directement voir la louve, la Fée Rouge. - Bonne Fée, cette naïade est à nous. Elle s’est évadée de chez nous. - Ah ! Et comment se fait-t-il qu’elle se soit échappée ? Dans ce cas, elle ne vous appartient plus. - Je vous donne ceci en échange de la naïade. Il sortit de son sac la couronne des Feux d’Or. - Oh ! Quel superbe trésor, monsieur ours. Je vous propose un marché, car la naïade ne vous sera d’aucune utilité, réfuta la louve. Martial frappa sa lourde patte sur la table. - C’est notre repas ! Cria t-il. L’ourse Léonce sortit ses griffes. Elle érafla la table en fixant durement la louve du regard. - Justement, vous ne pouvez manger cette naïade, qui est utile, pour le spectacle, et pour mon commerce de vin, leur expliqua calmement la Fée Rouge. - Je vous propose d’échanger cette couronne, contre une grosse charrette de nourriture pour hiberner cet hiver, continua la vigneronne. Pendant que ses parents discutaient et buvaient, Crépin s’éloigna. Il voulait à tout prix, revoir la naïade. Les ours hésitèrent. - Deux charrettes ! Ordonna Léonce. Alors qu’ils réfléchissaient en faisant des messes basses, la Fée Rouge leur servit à boire. Au bout d’un moment, enivrés, ils acceptèrent la transaction. - D’accord pour deux charrettes ? Leur demanda la louve. - Oui ! S’exclamèrent les ours en trinquant avec la vigneronne. - En attendant que mes serviteurs vous préparent vos charrettes de provisions, voulez-vous prendre place ? La louve ravie de cet accord, leur promis aussi une caisse de vin de son domaine. Puis, elle invita les trolls ours à s’installer aux premières loges dans la salle de spectacle, pour applaudir la danse de la naïade. N°18 La trahison
La Fée Rouge, louve habile en affaire, venait de récupérer deux biens précieux : la magnifique couronne du Royaume des Elfes de Lumière et sa naïade. Elle quitta la table des ours, en laissant Léonce et Martial en pleine discussion, en prenant soin d’emporter la couronne dissimulée dans une serviette, à l’abri des regards. Elle traversa discrètement la salle bondée de la taverne du Clos Rougeaud. J’ai rajouté dans leurs charrettes des pots de miel, et une deuxième caisse de vin pour les amadouer. Qu’ils sont naïfs ces ours ! Tout à coup, elle trébucha lourdement sur un objet. - Quel est l’imbécile qui a laissé traîner cet étui ? Hurla-t-elle en se redressant aussitôt. - Heu ! Heu ! C’est moi. Pardon patronne, s’excusa l’âne Baudet en prenant l’étui de son accordéon. Alors que Baudet voulait relever la Fée Rouge, celle-ci le bouscula contre un mur, et se précipita pour ramasser la serviette qui roulait sous une table. - Misérable ! Lui dit-elle furieuse, en se dirigeant rapidement à l’étage vers ses appartements. Intrigué par la lueur aperçue à travers le tissu, Baudet se demanda, Où va la patronne ? Il frotta sa patte, que le choc avait incommodé. Que cache t’elle sous son bras ? L’ours troll, Crépin, accoudé au comptoir semblait fort mécontent de l’accord réaliser par ses parents, qui leur faisaient perdre la couronne des Feux d’Or. Il avait bien l’intention de la reprendre. Heureusement que j’ai les idées claires, pensa t-il en regardant ses parents consommer joyeusement des verres de vin. Lorsque la fée rouge passa à ses côtés, suivi de près par le troll accordéoniste, Crépin sentit que quelque chose d’anormal se produisait. Il avala d’un trait sa limonade et se leva. Sans s’apercevoir que deux curieux la poursuivaient, la Fée Rouge entra dans sa chambre, en laissant la porte entrouverte. Elle se dirigea vers son coffre où Océane dormait profondément à l’intérieur, dissimulée sous de luxueuses broderies. Elle plaça la couronne sur les tissus en marmonnant : je serais de plus en plus riche ! Elle parle de richesse ? Cela m’intéresse, pensa l’âne qui se glissa derrière la porte. Puis il s’approcha lentement et se cacha derrière un paravent. Il retint son souffle. La louve prit une chaîne autour de son cou, où pendait une clé argentée. Elle referma le coffre à double tour, puis, quitta les lieux en utilisant la même clé pour verrouiller la porte de sa chambre. L’âne Baudet, apeuré, se rendit compte qu’il restait prisonnier dans la chambre de la terrible Fée Rouge. Crépin avait vu la Louve et l’âne Baudet, entrer dans la chambre. Pourquoi la Fée rouge avait enfermé le troll âne ? Il dévala les escaliers, pour ne pas se laisser surprendre et retourna près du comptoir. La louve redescendit rapidement pour accueillir ses nombreux clients. Elle monta sur la scène et s’approcha d’un micro. - Mesdames, messieurs ! Merci d’être venus aussi nombreux. Dans un instant, vous assisterez au numéro de claquette de la Naïade aux sauterelles. L’accordéoniste, baudet l'accompagnera sur cette danse magnifique. Les applaudissements nombreux retentirent à l’annonce du spectacle. La louve a enfermé son musicien dans une pièce, alors qu’elle vient de dire qu’il doit jouer d’un instant à l’autre ? S’étonna l’ours. Que se passe t-il? Où est la naïade ? Quelque chose d’étrange se déroulait. Tous les sens de Crépin en alerte, il traversa prestement la salle en direction de ses parents. Il devait absolument les avertir de cette trahison !
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