N°15
Le Grand Elfe Majester
Le roi sentit à côté de lui, une présence sur le nénuphar géant. Il observa minutieusement la fleur de lotus, et, angoissé demanda. - Qui est là ? - Vous êtes bien loin de votre royaume Sir ! Lui répondit une voix grave. Sylvain remarqua, une petite fleur jaune, qui grossissait de plus en plus. Soudain, elle s’ouvrit. Stupéfait, il vit apparaître un homme, élégant et souriant, vêtu d’une longue cape en soie de couleur mauve, brodé de fil d’or. - Je suis le mage Majester du royaume de l’invisible. Que me vaut votre visite, roi des Elfes de Lumière ? Sylvain étonné, constata que le Grand Elfe le connaissait. - Maître, j’ai perdu ma couronne des Feux d’Or, si je suis venu de si loin, c’est pour vous demander conseil. - Quelle désolation ! Racontez-moi ce qui c’est passé. Pendant qu’ils discutaient, Picotin et Picotine papillonnaient dans les buissons aux alentours. Le roi relata ses déboires, et aussi l’attaque du troll chien. Le Grand Elfe cueillit une petite fleur de nénuphar, l’observa attentivement, et lui demanda : - Que me cachez-vous ? Anxieux, Sylvain regarda les pages du livre des esprits, en souhaitant qu’elles ne le dénoncent pas. Heureusement, elles restaient blanches. Majester joignit ses mains et concentra son regard sur la petite fleur. - Je vois, votre couronne, Sir, parmi d’autres trésors. Mais quelle est cette jeune femme en grand danger ? Sa souffrance est palpable. Sylvain réticent, hésita. Que pouvait déceler le mage, dans une simple fleur ? - Sire ! Dites-moi tout de suite la vérité, ordonna le Grand Elfe, en faisant trembler le nénuphar. Soudain, comme libéré de l’intimidation des pages du livre des Esprits, le jeune roi répondit, dans un souffle. - Maître, la jeune femme est mon épouse, Océane. - Alors pourquoi tant de mystère ? - C’est une naïade. - Je suis outré ! Vous avez commit de graves erreurs, cria l’Elfe Majester. Aucun Elfe de Lumière n’a jamais épousé une Naïade ! Un silence pesant envahi l’atmosphère. Au bout d’un moment, il demanda ; - Aimez-vous votre Royaume ? - Evidemment Maître ! - Aimez-vous cette naïade ? - Oui ! Majester, énormément. De tout mon cœur. - Alors, un choix doit être fait Sir. Jamais un Elfe n’a épousé une naïade dans nos contrées. C’est comme si la lune et le soleil se rencontraient tous les jours. Le déséquilibre cosmique serait catastrophique. Sylvain comprit, que la partie n’allait pas être facile. - La couronne ou la naïade ? Laquelle préférez-vous ? Sir, un choix important est à faire….
Pendant ce temps, à la taverne du Clos Rougeaud, le spectacle battait son plein. Le troll âne Baudet, prit son accordéon qu’il transportait toujours dans la charrette de Gabin, le troll cochon. Ensuite, il monta sur l’estrade et joua pendant que la naïade dansait. La fée Rouge se réjouissait de la représentation. De temps en temps, elle passait entre les clients pour leur servir quelques verres de vin. Puis, pour accélérer la danse, elle se rendait derrière l’estrade, et sournoisement lançait des coups de fouet dans les jambes d’Océane. Au début elle criait, mais, les applaudissements, et la musique couvraient ses hurlements. Au bout d’un moment, elle fut aphone. Des larmes coulaient sur ses joues. Les petites sauterelles accrochées à son vêtement, battaient leurs ailes rapidement, au rythme de la musique. A quelques lieux de là, les ours trolls arrivèrent à l’entrée de la propriété de la Fée Rouge. Ils flairèrent la bonne piste, grâce aux témoignages de plusieurs voyageurs, qui aperçurent la naïade installée dans une charrette. Une pancarte attira l’attention de Crépin, le jeune ours troll. - Regardez ! « Venez admirer à la taverne du Clos Rougeaud un numéro exceptionnel : la naïade aux sauterelles danse des claquettes ! ». - Allons récupérer notre bien ! Ordonna Léonce, en salivant. - Cette fois-ci, elle ne nous échappera pas, ajouta Martial, la gueule ouverte, dévoilant des crocs aiguisés. Les ours trolls, hargneux, se bousculèrent en dévalant le chemin bordé de vignes, conduisant à l’auberge du Clos Rougeaud.
N°16
Un cruel dilemme
- Il me faut une réponse, roi des feux d’Or, intervint le sage. - Je choisis de sauver ma femme, Océane. - Laisseriez vous donc périr les milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de votre royaume et… - Non Maître, coupa Sylvain, mais j’aime mon épouse. - Vous êtes encore indécis ? - Oui Majester. C’est un cruel dilemme. - En effet, le choix sera de votre responsabilité Sire, et il devra être effectué avant la rencontre avec le troisième elfe. Sylvain soucieux ne dit mot. - Votre épouse est actuellement entre les mains des terribles trolls. Ce sont des êtres maléfiques qui abusent et ne cherchent qu’à exploiter les êtres les plus vulnérables. Vous devez sans délai, rencontrer la Reine Adélaïde. - C’est ce qui m’a été conseillé par Maitre Njörd, l’Elfe de Sagesse. - Oui Sire. La reine a le pouvoir d’enlever le mauvais sort, qui règne sur votre union. Reposez-vous donc, et reprenez des forces pour demain. Voici de quoi vous restaurer. Il jeta des pétales sur le nénuphar et des fruits, et des petites galettes de maïs firent leur apparition sur un dressoir. Sylvain, le remercia chaleureusement. - Bon courage Sire. Tout à coup, le Grand Elfe Majester envoya une poignée de graines de nénuphar dans l’eau. Elles se transformèrent immédiatement en un petit pont. Il le traversa, arriva jusqu’à la rive, et disparut dans un épais brouillard. Le roi s’enroula dans un petit nénuphar pour passer la nuit. Il embrassa son alliance en pensant à son épouse et aux tourments qu’elle endurait. Ses oiseaux Picotin et Picotine s’endormirent à ses pieds.
Pendant ce temps, Océane, toujours ensorcelée, continuait de danser sur la scène infernale. Au petit matin, la salle se vida. A bout de souffle, fatiguée, la jeune femme, ferma les paupières, puis s’asseyant sur une chaise s’endormit quelques instants. Elle fut brusquement réveillée, par la Fée Rouge qui la raccompagna dans le cagibi. Elle lui enleva son vêtement, et ses chaussures de fer pour quelques heures de repos. - Quel succès ! Mes clients étaient ravis. Nous avons même dû refuser du monde ! Demain soir tu recommenceras ton numéro de claquette. Elle lui montra une large planche, et posa dessus une couverture rapiécée. - Voilà ton lit ! Profite bien de ton repos. ! - Fée Rouge, quand aurais-je ma liberté ? Vous m’aviez promis de me relâcher, si je travaillais pour vous. Auriez-vous oublié votre engagement ? Demanda Océane en regardant les barreaux qui encadraient la fenêtre du cagibi. - Dans un mois tu retrouveras ton pouvoir de naïade, alors tu seras libre. En l’enfermant à double tour, la Fée Rouge pensa que la jeune fille allait devenir très dangereuse. Je trouverai bien un moyen pour la garder dans mon territoire.
Océane regarda tristement sa robe accrochée à un cintre. Pauvre sauterelles, vous êtes aussi épuisées que moi. Elle prit une écharde qui dépassait d’un vieux fût, dénoua les fils. Des sauterelles sautèrent quelques instants dans la pièce. Océane les rattrapa, ouvrit la fenêtre, et elles s'envolèrent. Elle prit une décision. Chaque jour, j’en libérerai quelques unes ! Elles sont inoffensives, et si nombreuses, que la Fée Rouge ne s’en apercevra même pas. Océane regrettait d’avoir fait confiance au troll cochon qui l’avait vendu à cette méchante Fée Rouge. Exténuée, elle s’allongea, en pensant à la ruse qu’elle devait employer pour s’échapper de cet enfer. Où es-tu Sylvain, mon tendre époux ? Aide-moi ! Implora-t-elle avant de s’endormir.
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