N°14 Un piège infernal
Les trois enfants terrorisés, assistèrent à la bataille. Des flammes brûlèrent plusieurs pièces du château. Le jeteur de sorts enfourcha son cheval et prit le heaume que lui tendait un de ses soldats. Des cavaliers groupés autour de lui écoutaient ses ordres. Soudain, Tomasz suivit de quatre serviteurs armés s’élancèrent dans la bataille. Mais le jeteur de sorts, vigilant, les bloqua dans leur élan, en faisant surgir une grosse toile d’araignée grise, de son bâton. D’un revers de main, il les propulsa dans un coin de la cour. Tomasz ne pouvait plus bouger. – Papa ! Papa ! Cria Marcin, du haut de la tourelle. – Ne regarde pas, dit Flora en prenant Maja dans ses bras. – Je m’occuperai de ces traîtres plus tard, décida le maître de Moldoveanu. Il ordonna la levée de la herse, et fit baisser le pont-levis. En tête de sa cavalerie, ils sortirent tous en trombe et repoussèrent l’armée du roi de Pologne en direction des champs. La bataille dura un bon moment. Wladyslaw se dirigea vers Bogumil et l’emprisonna dans une toile d’araignée. Le roi tomba de son cheval. – Je vais me débarrasser de vous Roi Venceslas ! Cria t-il en pointant une épée sur sa tête. Un carrosse approcha à vive allure, et la princesse Dounia Volodymyr en sortit. Flora resta cachée au fond de celui-ci. Auparavant la jeune fille, grâce à son télescope, avait aperçu la princesse dans son carrosse qui surveillait la bataille. Laissant les enfants à l’abri, elle avait quitté l’échauguette, enfourché un cheval pour la rejoindre. – Pitié seigneur ! Hurla Dounia en protégeant son amoureux. – Ah ! Voici la princesse qui a refusé ma main, et a préféré choisir Venceslas. Regardez ma belle, la défaite cuisante de votre maudit roi de Pologne qui est maintenant à ma merci. Il ricana et ajouta – Vous m’appartenez princesse ! – Non ! Ne prenez pas ma fiancée ! S’écria Bogumil en essayant, de fendre la toile d’araignée à l’aide de son épée. Mais les fils très résistants se reconstituaient au fur et à mesure, en s’amplifiant. Le jeteur hésita. – Ah ! Vous la voulez ? Et bien la voilà, ajouta t-il en poussant rudement la princesse Dounia dans le piège. Quelle cruauté ! Pensa Flora, qui avait quitté prudemment le carrosse pour se cacher derrière des morceaux de bois. – Tout compte fait, je ne veux plus d’elle, car j’ai une autre promise. C’est la princesse Natacha Veliko Tarnovo de Bulgarie. Ah ! Ah ! Ah ! Subitement, le jeteur de sorts tournoya son bâton, d’où sortit un épais brouillard qui s’éleva dans le ciel. Une partie retomba lentement pour enrober plusieurs toiles d’araignée qui emprisonnaient l’armée du roi de Pologne. – Maintenant le temps est compté, fulmina gravement le méchant homme. Je vais accélérer le processus en vous libérant de vos souffrances. Tous ceux qui portent comme vous le sort de la vieillesse, y compris à travers les pays qui sont sous mon emprise, subiront dans deux jours, à la pleine lune, une transformation. Vous vous consumerez et deviendrez poussière! Voila ! Ah ! Ah ! Ah ! Flora tressailli. Elle avala péniblement sa salive, et pensa à sa maman qui ne vivrait, elle aussi que deux jours, de même que Tomasz. Lorsque le monstre s’éloigna, Flora s’approcha et vit les visages des amoureux vieillir de vingt ans. Le mauvais sort avait déjà commencé ! Des larmes roulèrent sur leurs joues. Elle rejoignit Maja et Marcin accablés. Les trois enfants partirent se cacher dans l’écurie pour discuter des derniers évènements. – Comment vaincre le méchant homme ? – On ne peut rien utiliser dans le château, car tous les objets se retournent contre nous. Tout est ensorcelé ! affirma Marcin. Flora les rassura et, déterminée leur dit : - « Nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre ! » Ils firent une prière en pensant à leurs proches. Puis, blottis tous les trois sous la paille, ils s’endormirent profondément.
N°15 La récolte insolite
Le lendemain, des coups de tonnerres déchirèrent le ciel. Les enfants furent réveillés en sursaut. Ils se lavèrent dans la petite fontaine. Soudain, ils entendirent résonner la voix tonitruante du maître de Moldoveanu. – Maja ! Marcin ! Où êtes vous donc petits garnements ? – Flora, nous devons vite le rejoindre, car ses soldats nous chercheront, en fouillant chaque pièce du château, dit, Maja angoissée et ils te découvriront. – On se reverra plus tard, répondit Flora en les enlaçant. Les deux enfants s’habillèrent rapidement puis s’en allèrent. Attristés, ils évitèrent de passer par la cour où se trouvait leur père, enfermé dans la boule de toile d’araignée. Ils arrivèrent dans la cuisine où le jeteur de sorts, le visage défait, hargneux, leur demanda – Où étiez vous passez ? – Je cherchais des œufs dans le poulailler, s’excusa Marcin, et moi je trayais la vache, murmura Maja. – J’ai faim ! Préparez mon déjeuner maintenant ! Je veux deux canards, un jambonneau et un tonneau de vin ! Hurla –t- il. – A vos ordres, Maître, répondirent les enfants en tremblant. Ils se précipitèrent vers les fourneaux. Pendant ce temps, Flora, accoudée à une fenêtre de la grange regardait tomber la pluie. Elle se souvient du couple d’amoureux une nouvelle fois emprisonnés dans l’horrible piège du jeteur de sorts. Elle revit leurs peaux ridées, mais elle avait remarqué qu’ils se souriaient. Même dans la souffrance, leur amour persistait. Je dois sauver le père de Marcin et Maja, tous les habitants, et surtout ma maman. Flora avait envie de pleurer mais elle se retint. Elle devait surmonter son chagrin. Au bout d’un moment, la pluie cessa et le soleil revint. Alors qu’elle observait la forêt d’épouvantails, elle aperçut au loin, scintiller une petite lumière. Il y a quelqu’un là-bas qui me fait des signes. Sans réfléchir, elle s’empressa d’atteindre le lieu. Obnubilée par les clignements, la jeune fille avait tant besoin d’espoir. Elle enjamba une petite barrière, et pénétra dans la forêt étrangement silencieuse, où se dressaient des épouvantails humains. Il y à quelqu’un ? Elle ne perçue aucun signe de vie. Personne ne lui répondit. Elle se dirigea vers un amas de toile d’araignée, dans lequel se trouvaient des corps humains enchevêtrés. Elle s’aperçut que la petite lumière, provenait de la médaille d’un soldat qui scintillait au soleil. Déçue, elle s’apprêtait à repartir vers le château, lorsque soudain elle se rappela d’une phrase que Marcin avait prononcé la veille. – « On ne peut rien utiliser dans le château, car tous les objets se retournent contre nous. Tout est ensorcelé ! » Quand était t-il des objets qui se trouvaient en dehors du château ? Pourquoi n’y avait-je pas pensé plus tôt ? S’étonna-t-elle. Elle roula un billot de bois, monta dessus et s’excusa en enlevant délicatement la médaille au cou du soldat mort. Puis elle dénoua le tablier d’une fermière restée figée, en train de gaver une oie, et l’étala sur le sol humide. Elle déposa la médaille au centre du tablier. Flora s’approcha d’autres épouvantails, fouilla leurs poches, et récupéra plusieurs objets. Maja la rejoignit. – Que fais tu Flora ? – J’essayes de trouver le moyen de vaincre le Maître de Moldoveanu. – Tu as raison, ces objets ne sont pas ensorcelés. Je vais t’aider. Les deux jeunes filles accumulèrent dans le tablier des objets de toutes sortes. Elles firent une pose, lorsque Marcin arriva avec quelques pommes défraîchies. – Désolé de vous proposer des restes ; je ne tenais pas à vous voir transformer en épouvantail. Flora le remercia et les mangea de bon cœur. Au loin, un orage éclata. – La pluie ne va pas tarder. Rentrons ! Proposa Marcin. Les trois enfants soulevèrent le tablier débordant d’objets et prirent lentement le chemin de l’écurie. Ils ne leur restaient qu’un jour et demi pour stopper le sort mortel de la vieillesse…
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