N°12 Le contrôleur du temps
Le lendemain, Flora fut réveillée en sursaut, par les hennissements des chevaux qui s’agitaient dans leurs box. L’atmosphère était pesante. La jeune fille sortit de l’écurie, et se lava dans une petite fontaine murale à moitié recouverte de plantes sauvages. Au loin, des chiens aboyaient. Soudain, elle entendit d’quelqu’un approcher. Flora se dissimula sous entre les plantes. Quelqu’un s’introduisait dans l’eau. Flora regarda et vit soulagée Marcin, remplir deux seaux. – Flora ! Tu es vivante ! S’exclama-t-il en la voyant. Au même moment, Maja sortit de l’étable en portant une grande jarre de lait, remplie à ras bord. Elle fut contente de retrouver Flora qui s’habilla rapidement. Les enfants s’assirent au bord de la fontaine et burent quelques gorgées de lait. Ravis, les enfants l’écoutèrent, lorsqu’elle leur expliqua comment elle avait échappé à la mort. – Flora, il se passe quelque chose, dit Marcin anxieusement. Ce matin, le maître de Moldoveanu n’a pas prit son petit déjeuner. – Et il ne se trouvait pas dans sa chambre, ajouta Maja. C’est inquiétant ! – Il y a tellement de choses étranges, constata Flora, dépitée. Tout comme vos tailles qui n’ont pas changées, en dix ans. – Oui, nous sommes toujours restés des enfants. Lorsque le jeteur nous a ensorcelé, il a prononcé un sortilège corporel. Ainsi, une année équivaut à un mois de notre existence.
Tout à coup, la voix rugissante du Maître retentit. « J’ordonne, à tous mes serviteurs de se rendre immédiatement dans la cour du château !» Les enfants tremblèrent de peur. – La dernière fois qu’il nous a donné cet ordre, s’était pour actionner son bâton-épouvantail, s’écria Marcin. – Il y a cinq mois de cela, intervint Maja, les habitants du hameau se sont révoltés, car les troupes du Maître, pillaient quotidiennement leurs nourritures et leurs élevages. Affamés, et colériques, ils manifestèrent avec des fourches, et des bâtons, et voulurent déloger le maître. Mais, le jeteur de sorts alla à leur rencontre, en faisant virevolter son bâton au dessus de leurs têtes. Des gaz verts jaillirent, et figèrent les paysans en épouvantails. – Flora ! Viens donc avec nous, proposa Marcin. Nous sommes plusieurs enfants, serviteurs au château. – Il va me voir, constata la jeune fille. Maja se rendit quelques instants dans l’étable. Puis, elle revint avec des sabots, et un tablier que Flora enfila. Ensuite, elle compléta l’ensemble, par un petit foulard enserré sur sa tête. – Avec ce déguisement tu passeras inaperçu. Tiens ! Portes la jarre de lait. Il ne te reconnaîtra pas. – Tu courberas les épaules devant le Maître, et surtout évite de parler, car il reconnaîtra ta voix, ajouta Marcin.
Au bout de quelques instants, une vingtaine de serviteurs se regroupèrent dans la cour. Le pont-levis se leva, et la herse en bois ferma l’entrée principale de la citadelle. Soudain, le Maître de Moldoveanu chapeauté, apparut en haut d’une des tours semi-circulaires. Une cape rouge sang couvrait son corps. Ses soldats, derrière lui, s’alignaient dans le chemin de ronde protégé par des merlons. Ils portaient des arbalètes et des armes de jet. Le jeteur de sorts dirigea son bâton en direction de la foule en proférant des menaces. – J’ai appris que des ennemis se rapprochaient de mes terres. Je vais les devancer en leur réservant un accueil inoubliable. Il s’avança dans la courtine, pointa son bâton vers le donjon central, sur lequel pendait un large rideau de soie brodé de fils d'or. Celui-ci se souleva, laissant découvrir une énorme horloge en bronze massif, qui indiquait neuf heures. Tout à coup, les aiguilles tournèrent rapidement. - Il modifie le temps grâce à l’horloge temporel ! Cria Marcin. Dans le ciel, les nuages accélérèrent leurs courses, pendant que la grande aiguille tournoyait, et arrivait en quelques secondes sur dix heures. Pétrifiée, Flora laissa tomber la jarre. Les ombres des objets et des personnes changèrent de direction. De gros cumulonimbus chargés de pluie se déversèrent en trombe dans la cour du château, alors que les aiguilles atteignaient onze heures. Quelques serviteurs poussèrent des cris de frayeur, d’autres se couchèrent sur le sol. En un instant, le soleil revint. Ses rayons miroitaient sur les vitraux du château, tandis que des cirrus continuaient leurs courses folles dans le ciel. Les aiguilles de la grosse horloge s’arrêtèrent subitement. Les douze coups de midi sonnèrent. Rapidement, le jeteur de sorts lança son chapeau, découvrant ses cheveux hirsutes, et arracha sa cape dévoilant une armure argentée. Enragé, il brandit son makila vers l’horizon, en hurlant d’une voix lugubre qui résonna en écho à travers les montagnes des Carpates. – Que la bataille commence !
N°13 La bataille infernale Sitôt après que le jeteur de sorts eut déclaré les hostilités, un lourd silence enveloppa l’atmosphère. Le vent ne souffla plus, aucun piaillement d’oiseau ne s’entendit. Flora inquiète, observa les aiguilles de l’horloge, bloquées sur midi. Effrayés, les serviteurs se relevèrent au fur et à mesure. Subitement, le ciel s’assombrit, et des orages éclatèrent. Une rumeur se propagea dans la cour, pendant que le maître de Moldoveanu descendait de la courtine. – Les troupes du roi de Pologne arrivent ! Elles se trouvaient déjà dans la vallée ce matin ! Brailla un serviteur. – Le maître a accéléré le temps, et les soldats du roi Bogumil cernent le territoire, s’écria un autre. Tomasz couru vers les enfants, certains pleuraient. Il aperçu Flora et lui sourit. – C’était donc toi ! La jeune fille très brave, venue de si loin affronter le maître de Moldoveanu ? Mes enfants te croyaient perdue. – J’ai essayé de le raisonner, répondit-elle tristement. Subitement, une longue flèche en feu traversa la cour et alla se planter dans une charrette de foin. Celle-ci s’enflamma aussitôt. – Les enfants, allez vous protéger dans le château ! Ordonna Tomasz. Ils s’enfuirent vers les bâtiments annexes, alors que Flora, Marcin et Maja s’engouffrèrent dans la porte entrouverte d’une échauguette. Marcin et Flora grimpèrent rapidement l’escalier à vis de la tourelle, suivit de Maja, à bout de souffle.
Dans la cour, plusieurs serviteurs se concertèrent. – Tonnelier ! Prenons les armes, clama Tomasz. Les plus valeureux se rendirent avec lui, vers la salle d’artillerie. D’autres décampèrent, lorsque le jeteur de sorts surgit dans la cour entourée de soldats. Parvenus en haut de la tourelle, les enfants furent soulagés de ne rencontrer aucun veilleur. Bien à l’abri, Flora et ses compagnons de fortune, assistèrent à une impressionnante bataille. De lourdes pierres cognèrent le tablier du pont-levis. Des catapultes éparpillées autour de la forteresse, montées sur de gigantesques plates-formes en bois, envoyaient des cailloux pointus par-dessus les épaisses murailles. L’armée du roi Bogumil Venceslas se lança farouchement à l’assaut de la citadelle….
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