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N°10 Confrontée au malin
– Non, maître et seigneur des Carpates, répondit Marcin en sortant sa tête sous la table.
Il frissonna, puis rabaissa rapidement la nappe.
Flora intervient craintivement.
– Seigneur des Carpates, je m'appelle Flora Bytom, et je viens de très loin. J’habite une petite ville appelée Nidzica, située du nord-est de la Pologne. J'ai donc traversé plusieurs régions, pour vous rencontrer. Je vous supplie d’arrêter de jeter des sorts, car cela fait souffrir des personnes. Vous ne vous en rendez sûrement pas compte. Subitement, l’homme éclata d'un rire rauque, déformant son visage rugueux. – Ah ! Ah ! Ah !…Qu’elle est drôle cette petite fouine ! Je vais t’apprendre quelque chose. Oui, je me rends parfaitement compte de ce que je fais…Ah ! Ah ! Ah ! Soudain, il leva son makila, mais se ravisa aussitôt. Non c'est trop facile. Je ne vais pas l'éliminer tout de suite cette petite vermine. J'ai envie de m'amuser un peu, pensa-t-il. – Que veux-tu au juste ? Demanda-il sournoisement. – Seigneur, je veux que vous annuliez tous vos maléfices. – Rien que cela ? Mais tu dois d'abord me convaincre, moi le grand seigneur des Carpates, car, cela fait deux siècles que mes pouvoirs existent. Il y a de cela dix ans, je m'ennuyais terriblement dans mon château prussien. Alors, j’ai décidé pour devenir très riche, de voyager et de coloniser les peuples de certains pays voisins, la Pologne, l’Ukraine ainsi que la Roumanie. Je jette un sort à ceux qui me résistent. Je compte bien continuer ainsi. Ma prochaine destination sera la Bulgarie et personne ne pourra m'arrêter, ajouta-t-il en souriant, laissant apparaître une rangée de dents noires et jaunes. – Si, moi ! Affirma Flora avec aplomb les deux mains sur les hanches. Je vais vous empêcher de nuire. Vous allez libérer les gens que vous avez ensorcelé, et rendre tous les biens volés ! Au fait, je connais un très bon dentiste. Maja et Marcin pouffèrent de rire, secouant la table sous laquelle ils s’étaient dissimulés. – Écoute, petite insolente. Tu viens ici me narguer, en pensant que tu vaincras l'homme le plus fort de la terre, cria-t-il vexé, le visage déformé par la haine. Sa voix devenait de plus en plus menaçante. – On va faire un pacte, proposa le jeteur de sorts, les traits empourprés. Je te donne trois gages "pour m'empêcher de nuire" comme tu l'affirmes. Je réaliserai un vœu, si tu réussis les trois gages, ce dont je doute, dit-t-il tout bas. Mais tu ne dois ni me détruire, ni me tuer, ni me chasser de cette région. Donc je resterai toujours le châtelain de Moldoveanu, constata-t-il les yeux plissés. Flora hésita. – Es-tu d’accord, petite peste ? Rajouta-t-il tout bas. De toute façon, tu n’as pas le choix. Contemple mes œuvres, lui dit-il en pointant son makila vers une large baie vitrée. Puis, il prit un télescope sur une étagère et le lui tendit. Flora, vit avec effroi, que ce qu’elle avait pris pour les arbres d’une forêt touffue, correspondait, à des centaines de personnes emprisonnées dans le sol, sur des cercles en bois cadenassés. Elle reconnut sa voisine Madame Tekla Locace, le visage effaré, ainsi que plusieurs habitants de Nidzica, figés de terreur. – Pourquoi avez-vous changé des êtres humains en épouvantails ? Le jeteur de sorts ignora sa question, et lui demanda, le visage endurcit. – Es-tu prêtes pour ton premier gage ? Ma patience à des limites. Brusquement, il projeta un rayon sur une chaise qui se brisa en deux. Flora chancelante, poussa un cri. Elle devait gagner du temps, pour affronter le monstre. Il était très puissant, et la ruse ne pouvait que la sauver. Soudain, elle eu une idée ….
N°11 Le pacte Face au jeteur de sorts, Flora, ne pouvait maîtriser les tremblements de son corps. Son idée de faire appel, aux pouvoirs magiques de la bague féerique, que Dounia la princesse d’Ukraine, lui avait offert allait pouvoir s’effectuer. Étant donné qu’elle se trouvait en danger, la bague allait sûrement fonctionner, même si elle avait épuisé ses vœux. Après tout, le Seigneur des Carpates possédait lui aussi un objet ; son bâton maléfique. – Je suis d'accord avec ce pacte, jura-t-elle, et ajouta. – Je ne vous détruirai, ne vous tuerai, ne vous chasserai pas de cette région. Elle se dressa sur la pointe des pieds, pour prononcer son premier gage, et dirigea le doigt bagué vers le jeteur et s’écriant : – Seigneur des Carpates ! Homme ignorant ! Vous affligez aux gens le Mal. Je fais appel aux pouvoirs de la bague féerique. Je veux que vous libériez tous les êtres que vous avez figé jusqu'à présent ! – Et c'est tout ? S'exclama l'homme moqueur. Ah ! Ah ! Ah !...Tu oses me défier avec une piètre bague et un gage ridicule ? Ah ! Ah ! Ah ! Subitement, son visage devint cramoisi. Il ajouta, – Je te réserve un sort à la hauteur de ton insolence ! L’homme enleva rapidement son chapeau et son écharpe. Puis, il frappa un coup sur le sol avec pointe de son makila. Des vibrations parcoururent la pièce. Aussitôt après, le jeteur de sorts ouvrit toute grande sa bouche. Elle se déforma et devint un long tunnel, qui aspira l’air autour de lui. La table sous laquelle Maja et Marcin étaient dissimulés s’envola. Ils rampèrent en s’accrochant aux meubles. Ils eurent juste le temps de s'enfuir péniblement, par la porte de derrière. Flora, fut collée au plafond par un souffle puissant, et se suspendit à une poutre de la cuisine. Ses doigts cédèrent, elle tomba, et s’agrippa de justesse aux chaînes d'une lampe. Ses jambes frôlèrent le trou béant qui avait remplacé la bouche monstrueuse. Soudain, sa pelisse glissa et disparut dans le tunnel. Toute la nourriture tourbillonna dans la pièce à une vitesse incroyable. Les assiettes volèrent et se brisèrent en éclats. Les aliments, et les ustensiles s'engouffrèrent dans la gueule ouverte du monstre, pendant des minutes interminables. Ballottée vigoureusement, Flora ferma les yeux en pensant qu’elle ne tiendrait plus longtemps. Tout à coup, le vent s'arrêta de souffler. La jeune fille rebondit sur un vaisselier abîmé, sans lâcher la chaine de la lampe. Elle regarda en direction de l’homme, et vit un immense gouffre, d'où remontait un bruit effroyable. Le jeteur de sorts rejetait tout le vent. Une tornade, aussi puissante que le vent Halny, qui sévissait, dans certaines montagnes de l’Est, arriva droit sur Flora. La jeune fille tomba directement sur le sol carrelé, fut traînée à terre, et projetée violemment à travers la baie vitrée de la cuisine. Elle chuta dans un précipice. C'est la fin, je vais mourir ! Le sentier se rapprocha avec les gros cailloux tranchants. Elle ferma ses paupières, en évoquant sa mère une dernière fois. Soudain, avant de toucher le sol, elle fut soulevée par les deux ailes transparentes, qui avaient réapparues dans son dos. Contente d’avoir échappé à la mort, elle vola lentement, et se posa délicatement sur l'herbe fraîche à côté des rochers pointus. Tout à coup, les ailes revenues au bon moment, se décrochèrent de son dos et s'évaporèrent dans l'air. Elle regarda le point noir en haut de la montagne, représentant le château de Moldoveanu. Il va falloir remonter ce sentier dangereux, se dit-t-elle découragée. Elle avait échoué dans sa mission. Le jeteur de sorts se révélait être un dangereux personnage, qui se métamorphosait. Elle évita des pierres pointues, et retrouva heureusement sa sacoche à quelques mètres de là. Flora prit sa gourde, but une gorgée d'eau, et soigna ses blessures. En mettant ses chausses rouleaux, stupéfaite, elle observa une petite touche marquée numéro deux sur le côté. Elle appuya dessus et les petits rouleaux compresseurs s'activèrent très rapidement. Instantanément, une force prodigieuse l’emporta sur le sentier rocheux, dans un nuage de poussiéreux. En vingt minutes, elle se retrouva devant le pont-levis abaissé du château. La jeune fille, enleva ses chausses rouleaux, les glissa dans son sac, et examina les alentours. Des ouvriers s’activaient autour d’une immense cavité, qui s’avérait être l’ancienne cuisine. Flora passa par la cour en rasant les bâtiments. Elle reconnu des paysans et des serviteurs. L’un d’eux, attelait l’âne robuste de Madame Paulina, alors qu’un autre attachait cinq charrettes. Le convoi s’apprêtait à partir. Marcin s’entretenait avec son père, Tomasz, tandis que Maja, encore sous le choc, pleurait accrochée à la jambe de son père. Celui-ci prit sa fille dans ses bras et la consola. Flora voulu les rejoindre, mais stoppa son élan. Il vaut mieux qu’ils me croient tous morte, pensa-t-elle, préférant préparer son prochain face à face avec le terrible maître de Moldoveanu. Elle longeant de magnifiques arcades surmontées de belles colonnes doriques, et se réfugia dans l'écurie. Fatiguée par ses périples, la jeune fille se blottit dans une meute de paille. Elle tressaillit en entendant, au loin le rire tonitruant du jeteur de sorts. Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !...
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