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7 avril 2007 (( P H O T O S ))
Le taxi nous dépose à 07h10 du matin sur la place de Naghché jahane (l’image du monde) où nous sommes quasiment seuls. Les bazars qui entourent la place n’ouvriront qu’à 8h30, envahissant alors l’endroit de vêtements colorés, de vaisselle aux arabesques fines et de plats de cuivre de toutes tailles que les artisans fabriquent à l’arrière de leur boutique. Quelques tableaux également faits de cuivre sont exposés à l’entrée du bazar. Ils représentent une femme désirable et intouchable en train de danser un pichet du vin à la main devant des hommes ou encore des paysages et des maisons. Amusant, sur la façade de la banque Melli (banque nationale), les logos Visa et Mastercard sont également réalisés sur de grandes plaques de cuivre martelées. Mais pour l’instant tout est calme et le soleil remplit peu à peu le volume de la place qui était la plus grande du monde il y a 400 ans. La brume d’un grand jet d’eau fournit la fraîcheur nécessaire aux touristes en pleine journée et la silhouette majestueuse de la grande mosquée (Masjéd Shah), encore fermée à la visite à cette heure là, commence à se colorer au fur et à mesure de l’arrivée de la lumière. Comme je le dis toujours après avoir éteint 5 fois mon réveil en râlant, se lever tôt, parfois ça a du bon. Nous sommes parmi les premiers à entrer dans le Palais d’Ali Kapou où Shah tenait ses audiences publiques. Dès l’entrée, nous voyons des arabesques incroyables qui ornent les plafonds et les escaliers. L’auvent principal, sur lequel se tenait Shah face à son peuple, est soutenu par des colonnes en bois et son plafond en bois est également décoré et peint. Nous nous attardons dans une arrière salle, la salle des Sitars (un instrument musique iranienne), où Shah écoutait de la musique. Celle salle est remplie de dizaines de caisses de résonance en forme de sitars destinées à créer un bel effet acoustique pour accompagner les musiciens. Pour que le sens de la vue ne soit pas en reste, dans les alcôves, ceux qui écoutaient pouvaient également contempler des peintures de femmes en train de danser. L’entrée dans la Mosquée du Shah est un moment fort. Comme toutes les beautés orientales, elle a l’extrême délicatesse de ne pas se dévoiler tout de suite afin d’attiser le désir. Pour être tournée vers La Mecque, la grande mosquée n’est en effet pas alignée avec le reste de la place et, une fois passée la porte d’entrée, il faut faire quelques pas dans un couloir immense orné de mille mosaïques bleutées pour la découvrir enfin. Je ne crois pas disposer de suffisamment de mots pour décrire la perfection et le calme du lieu. D’ailleurs il y a des endroits qu’il faut vraiment visiter soi-même si l’on veut en ressentir toute la force et la singularité. Imaginez quatre façades immenses comme des cathédrales, aux décorations bleutées d’une extrême finesse et aux formes parfaites, infiniment répétées et pourtant toujours différentes. Imaginez le silence parfait d’une église, mais qui serait en plein air et baignée de soleil. J’avoue avoir plusieurs fois fermé et ouvert les yeux pour être sûr d’avoir bien mémorisé l’image qu’ils me transmettaient. Mais je sais déjà qu’il sera impossible de l’oublier. Après la mosquée, tout paraît forcément un peu terne. Et pourtant nous sommes à Ispahan qui recèle encore bien des trésors. Parmi ceux-ci, le palais de Chehel Sotoun, autre lieu de pouvoir d’une époque révolue. L’auvent de ce palais, qui abritait Sha lors des audiences publiques, est lui aussi porté par des colonnes en bois qui sont au nombre de 20. Mais on appelle cet endroit « le palais aux 40 colonnes » car les vingt construites se reflètent dans l’eau des jardins alentour, ce qui multiplie leur nombre par deux. Ce palais abrite quelques peintures relatant les exploits de l’Iran du temps où la puissance du Shah s’imposait à tout l’empire perse. En milieu de journée, visite d’une cathédrale catholique arménienne, assez loin du centre. Une curiosité également, même si l’on ne peut pas la mettre sur le même rang touristique que les visites précédentes. De l’extérieur, il est bien difficile de la différencier d’un mosquée et seule la présence d’une petite croix donne un indice sur la religion pratiquée en ce lieu. Mais l’intérieur de la cathédrale est bien différent et extrêmement riche : il est peint de fresques immenses du plus bas de l’édifice jusqu’aux voûtes intérieures, représentant bien sûr la vie de Jésus, mais aussi bon nombre d’extraits et de représentations bibliques que je suis incapable de commenter. La visite se termine en beauté par les ponts de Siose Pol et de Khajoo, vus de jour puis de nuit. Les iraniens ont très bien aménagé ces lieux en créant un parc et une promenade qui longe la rivière sur plusieurs kilomètres et sur les deux berges. Non seulement des touristes, mais aussi beaucoup de familles, d’horizons sociaux assez divers, se groupent ici pour passer la journée. On y trouve à la fois les vieux pêcheurs, les bandes de filles et de garçons qui s’observent de loin et les familles installées pour l’un des pique-niques pantagruéliques dont ils ont le secret. Quelques pédalos évoluent près des ponts et beaucoup de gens sont installés sur le pont lui-même, dans les petites niches qui sont de part et d’autre de la voie de circulation des piétons. Outre l’aspect très esthétique et régulier de ces ponts, on apprécie surtout ici la présence bienfaitrice de la rivière, très large et entourée de verdure. Les parcs sont une réussite car ils concentrent tout ce que la ville compte de personnes désireuses de se détendre. Au bilan de ces douze heures passées à Ispahan : une plante de pieds surchauffée, un appareil photo et un camescope dont les batteries ont rendu l’âme, mais surtout le souvenir émerveillé d’une architecture unique et envoutante. Moi qui ne suis que de passage en ces lieux, j’envie ceux qui ont le loisir d’y passer tous les jours car le temps semble vraiment y prendre une autre dimension. |

