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Le 21 avril 1985: Ayrton Senna remporte sa première victoire
Lorsque Ayrton Senna débarque au sein de la mythique écurie Lotus en
1985, elle n'est plus vraiment la machine à gagner des années 70 et ce
depuis la mort de son génial créateur, Colin Chapman, en 1982. Malgré
tout, Ayrton a de bonnes sensations et croit au potentiel de sa
monoplace, la Lotus 97 T motorisée par un V6 Turbo Renault. Lors des
séances d'essais de pré-saison, il a impressionné les ingénieurs du
motoriste français par son sens aigu du travail et sa capacité à
décrire chaque petit raté du moteur dans telle ou telle situation, en
pleine accélération ou en plein freinage. La vérité est qu'il aime le
travail, plus que tout. Il sait que pour remporter une victoire, il
faut des heures passées sur les circuits à régler parfaitement la
monoplace, à discuter avec les ingénieurs lors des briefings. Il fait
preuve d'une maturité étonnante pour un garçon d'à peine 25 ans. A son
contact, le directeur technique du team, Gérard Ducarouge, sait qu'il
va être possible de réussir de grandes choses tant le pilote a une
capacité à motiver les troupes autour de son talent. C'est pourquoi, en
arrivant à Estoril, où Ayrton Senna s'était distingué l'année
précédente, pour la deuxième manche de la saison 1985, l'équipe est
gonflée à bloc. La motivation se transforme en bonnes performances dès
les premières séances d'essais où Senna est toujours présent à la
première place. La Lotus-Renault fonctionne à merveille sur le circuit
tortueux d'Estoril et Ayrton domine son coéquipier, le styliste italien
Elio de Angelis, alors que ce dernier fait partie de l'équipe depuis
1980! Pour sa deuxième course seulement au sein de l'équipe britannique
il montre déjà un bel esprit de cohésion avec les membres du team.
Autant dire que le jeune Brésilien fait forte impression...
Impression confirmée lors des séances d'essais qualificatifs qu'il
domine de la tête et des épaules. Il réalise la pole position en
seulement deux tours alors que ses adversaires s'usent en vain afin
d'essayer d'approcher son temps! L'aisance avec laquelle il réalise le
meilleur temps nous ferait presque oublier qu'il s'agit de la première
pole de sa carrière (mais pas la dernière...). Senna est heureux
d'avoir été récompensé de son dur labeur mais il sait que le plus dur à
faire sera de garder cette position le lendemain, pendant la course.
C'est pourquoi, même après une aussi belle performance, il y a tout de
même le traditionnel briefing d'après-qualification. La victoire est à
ce prix. Autant dire que ce garçon apprend vite et qu'il a la tête bien
ancrée sur les épaules. Le samedi soir vers 22h, après avoir discuté
avec ses ingénieurs des réglages à adopter pour la course, il finit par
aller se coucher, pour un repos bien mérité. Au petit matin, Ayrton se
lève et sourie: il pleut. Bien que la pluie soit un énorme avantage
pour lui, il ne se réjouit pas trop vite. Une erreur est toujours
possible, c'est pourquoi il doit rester concentré, le plus possible. A
une demi-heure du départ, la pluie tombe encore plus fortement que dans
la matinée. C'est donc sous un véritable déluge qu'est donné le départ
de la course mais sans dommage. Ayrton prend la tête, évitant ainsi les
gerbes d'eau qu'il pourrait recevoir en étant dans le sillage d'une
autre monoplace. Il prend la tête et il ne la quittera plus. Alors que
la pluie redouble, Senna semble intouchable: il maîtrise la conduite
sous la pluie comme on avait jamais vu. Le mythe de "Magic" Senna vient
de naître. Il passe en fait l'essentiel de son temps à se battre contre
lui-même! En fin de course, la concentration se fait de plus en plus
difficile... Ayrton mène la course avec plus d'une minute d'avance sur
le second et il sait qu'il ne peut plus être rattrapé à la régulière.
Alors que les tours défilent, Ayrton repense aux nombreuses fois où,
quand il était très jeune, il est allé courir en karting sur le circuit
de Sao Paulo dès que se présentaient des nuages orageux. Il se rappelle
les nombreux tête-à-queue, les accidents puis les premiers tours où il
a réussi à rester sur la piste en roulant assez vite, les premières
fois où il s'est senti marcher sur l'eau... Il y repense en passant la
ligne d'arrivée. Il lève le poing bien haut en arrivant dans le
paddock. Il vient de remporter sa première victoire!
Sur le podium Ayrton affiche un grand et large sourire, à l'image
de l'exploit qu'il vient de réaliser. Au moment où l'hymne brésilien
est joué, son regard se perd dans le vide l'espace d'un instant. Il
pense au peuple brésilien englué dans la misère et il ressent une très
grande fierté. A chacun de ses déplacements lors de week-end de course,
il essaye de représenter sa nation du mieux qu'il le peut. Aujourd'hui
il sait qu'il vient de réaliser une très belle performance. Le
champagne coule à flot lors de la cérémonie et la joie est largement
palpable. Ce 21 Avril 1985, Ayrton Senna entre dans le cercle très
fermé des vainqueurs de GP. En fait, depuis qu'il pratique la course
automobile, il attendait ce moment: "Vous savez, c'est une vraie
libération. Maintenant, tout paraît différent et je n'aborderai plus
les courses de la même manière. Désormais, je sais qu'à chaque course
je peux gagner." Aux yeux des observateurs de la Formule 1, le
Brésilien prend aujourd'hui une autre stature. Le reste de la saison
1985 est assez difficile pour Senna. Lors des sept épreuves suivantes,
il va abandonner, à chaque fois sur panne mécanique. Ce n'est qu'en
Autriche qu'il retrouve le podium en terminant second. Une belle série
va suivre avec des troisièmes et secondes places respectivement aux
Grands Prix de Hollande, d'Italie et d'Europe à Brands Hatch. Il signe
surtout sa seconde victoire de la saison sur le circuit de
Spa-Francorchamps, théâtre du Grand Prix de Belgique. Mieux, il signe
pas moins de 7 poles positions sur l'ensemble de la saison et commence
à devenir un des spécialistes en la matière. La belle Lotus-Renault est
puissante mais pas assez fiable... C'est ce qui empêchera Ayrton Senna
de se battre pour le titre de champion du monde. Il attend donc
beaucoup de 1986.