Chapitre 6 : Frayeur Le battant de la malle s’ouvrit accompagné d’un rayon de lumière qui aveugla Rodney. Togbert l’attrapa doucement par les aisselles et le souleva de sa prison de bois, avec d’ailleurs une force étonnante par rapport à sa corpulence. Le corps dénudé de l’atlante luisait de transpiration et était secoué de sanglots incontrôlés. Le chef des domestiques le porta jusqu’à son lit, qui occupait un coin de la pièce, avant de revenir vers la petite table et de saisir une corbeille de fruits. -Le dîner a duré plus longtemps que prévu, mon mari a souhaité faire une promenade, qui vu son age n’a pas été très rapide. Il s’assit à coté du scientifique, qui profitait du fait que son dos soit allongé et non plus douloureusement tordu pour reprendre une respiration à peu prés normale. -Ca va ? demanda Togbert, comme s’il venait juste de se rendre compte de son piteux état. Incapable de répondre et frissonnant furieusement, Rodney jeta un regard implorant à l’espèce de pomme rose que son tortionnaire tenait dans la main. -Oh, je vois. Tu es malade parce que tu n’as pas mangé, fit il en tendant le fruit à McKay, qui le dévora avidement sans vraiment se soucier de savoir si c’était un agrume ou non. Ca t’arrive souvent ça, non ? C’est bizarre… Le scientifique ne prit pas la peine de répondre et saisis une bonne poignée de fruits rouges de la taille de raisins dans la corbeille de fruits. -Tu ne risques pas également d’être malade à manger aussi vite ? S’amusa Togbert. - Je suis à l’agonie, la longueur de ton repas romantique a faillit me tuer. -Quoi, tu veux que je m’excuse de t’avoir puni trop durement ? répliqua le chef des domestiques. Rodney soupira et entreprit, avec difficultés, de se lever et de partir à la recherche de son poncho. -Je ne t’ai pas dit de te lever il me semble… -Je n’ai pas besoin de ta permission. -Si. Reviens t’asseoir, ordonna Togbert. Le canadien n’obéis pas, une lueur de défi dans les yeux. -Immédiatement ! Ajouta la voix cassante, qui était montée d’un ton. - Où est ce que tu as mis ma tunique ? -Quelque part. Tu ne vas pas te rhabiller maintenant et tu vas revenir t’asseoir ! - Non ! répondit McKay, qui commençait à paniquer. Togbert se leva soudainement et essaya d’attraper Rodney, qui se dégagea à temps. Ce dernier se jeta sur la porte, constatant avec rage qu’elle était verrouillée. -Laisse moi sortir ! Supplia l’atlante, une pointe d’hystérie dans la voix. -Quoi, tu as peur ? Chuchota Togbert, qui s’était glissé derrière lui et l’avait enserré avec ses bras. - Pourquoi tu me tortures comme ça ? S’étrangla le scientifique. Pourquoi tu ne me laisses jamais tranquille ?!? Il appuya son front contre le battant de la porte, s’éloignant le plus possible du corps de Togbert pour se coller contre la froideur du bois. Le Genii se mit à doucement caresser les cheveux de l’atlante, qui avaient considérablement poussés depuis son enlèvement et qui lui arrivaient maintenant en haut de la nuque et dont les mèches cachaient parfois ses yeux quand il était agité. -Je ne t’ai fait aucun mal depuis ton initiation tu sais. Je m’amuse juste à te terroriser, parce que j’ai remarqué que j’étais la seule personne dont tu avais vraiment peur… Il déposa un baiser sur sa nuque, ce qui fit pousser un gloussement angoissé au scientifique. -Mais je ne t’obliges pas à avoir peur, c’est de ta faute tout ça, ajouta t’il en libérant sa victime qui s’effondra par terre. Togbert lui lança un petit sourire dont on aurait su dire s’il était méprisant ou sympathique. - Tu sais, Byliag –mon mari-, il m’a dit quelque chose tout à l’heure, lança t’il sur le ton de la conversation. Ca m’a révolté sur le coup, mais en y réfléchissant, je vais devoir m’y faire. Le chef des domestiques s’assit sur son lit, les mains sur les genoux, scrutant avidement la forme humaine recroquevillée contre la porte, tremblant à même le sol. -Il va bientôt fêter ses 83 ans. C’est rare qu’un Genii atteigne cet age, à cause des Wraith, tout ça… Il m’a dit qu’il allait bientôt mourir et qu’il voulait que je me trouve quelqu’un avant sa mort, un futur époux qu’il approuverait. Togbert se mit à rire doucement. - Je ne sais pas si tu as déjà aimé quelqu’un, mais entendre la personne à laquelle tu tiens le plus au monde dire ça, ça fait un choc. J’ai toujours vécu avec lui, je n’ai jamais voulu envisager sa mort ou quoi que ce soit, dit il avant de ravaler sa salive. On n’imagine pas vivre sans la personne qu’on aime… Il soupira et esquissa un sourire teinté d’un soupçon d’amertume. - Quand tu as appris à aimer quelqu’un, je pense que…que vivre sans cette personne, c’est impossible. Néanmoins, quand il m’as dit ça, quand il m’as dit de me trouver quelqu’un d’autre, j’ai pensé à toi, énonça t’il doucement à l’attention de Rodney. Ne me demandes pas pourquoi, mais c’est toi qui m’es venu à l’esprit. Le chef des domestiques se leva doucement et s’accroupis en face de l’atlante, qui avait ramené tout son corps contre le battant de la porte, ses yeux au bord des larmes. -Tu dégages une espèce de force, de détermination. Et en même temps, ajouta t’il en avançant sa main pour caresser la mâchoire de l’astrophysicien du bout des doigts, dans des moments comme ça tu sembles tellement fragile… Tu es comme un parfum entêtant qu’on a du mal à oublier, ou une chanson qui reste dans la tête. Il lui sourit et se dirigea vers une petite armoire pour en sortit le poncho de McKay avant de le lui lancer. Le canadien l’enfila presque immédiatement et jeta un regard noir à Togbert. -Va te laver, tu sens la peur. Ca empeste. |