Everyday

CHAPITRE 5 : Rendez-vous

CHAPITRE 5 : Rendez-vous

McKay jeta un dernier regard nerveux au miroir. Ca prêtait à rire non ? Il croisait Sheppard quotidiennement et aujourd’hui en était presque à se pomponner !

C’était tout lui ça, il côtoyait une personne tout les jours, et à partir du moment où il se rendait compte que cette personne s’intéressait à lui, il bégayait en sa présence, devenait maladroit et complètement stupide.

Bien sur, le fait que Sheppard était un homme compliquait un chouia les choses. Il n’était que rarement sortit avec des hommes, et s’il ne comptait pas ses aventures d’un soir, il n’avait eu que deux petits amis. Carson, son meilleur ami, qui était en fait une sorte d’amour de vacances qui s’était transformé en amitié platonique (bon, ils n’avaient qu’une vingtaine d’années à l’époque, avaient essayé mais s’étaient vite rendus compte que premièrement ils préféraient discuter et jouer au poker plutôt que de se faire des mamours et deuxièmement que leurs parties de jambes en l’air ressemblaient plus à une séance de fou rire qu’à autre chose…ils étaient restés amis, très bons amis même, et Carson s’était trouvé un autre petit copain tandis que Rodney s’était mis à chercher désespérément la femme de sa vie), et puis Nicolaï, un chercheur moscovite qui faisait partie de l’équipe qu’il dirigeait en Russie (un type très gentil mais un peu trop intello à son goût…du genre à parler du dernier réacteur nucléaire russe au lieu de vous faire un câlin. Et puis la barrière de la langue avait eu des conséquences fâcheuses sur leur relation, Rodney voulant à tout prix apprendre le Russe, Nicolaï désirant coûte que coûte perfectionner son accent anglais…).

En résumé, McKay n’était pas mal à l’aise en situation romantique avec un homme, mais n’étais pas des plus expérimentés, et ça l’angoissait un peu. De plus, il connaissait le colonel depuis longtemps, et ça lui faisait un peu bizarre de le voir autrement qu’en coéquipier, qu’en ami. N’empêche, ça avait été un sacré baisé…

Rodney passa doucement la langue sur ses lèvres. Ca avait été si doux, si agréable… Il aurait aimé recommencer encore et encore, aller plus loin même, être avec Sheppard, tout le temps, et ne jamais s’en séparer.

Le canadien sourit. C’était ridicule, tout ça pour un malheureux baiser derrière une fougère…

L’étrange sonnette atlante retentit, signe que l’objet de ses pensées l’attendait derrière la porte.

Au bord de la crise de panique, l’astrophysicien ébouriffa ses cheveux afin qu’ils prennent le plus de place possible sur son crâne, éteignit la petite lampe de la salle de bain pour aller ouvrir.

Et voilà, soudain il était là, souriant, vêtu d’un t-shirt noir et d’un jean, tout simplement à tomber à la renverse. Mais Rodney, bien qu’incapable d’articuler autre chose que des borborygmes, se retint et invita d’un signe de main le militaire à l’intérieur de ses quartiers, sans oublier bien sur de refermer la porte.

Il remarqua que le regard du militaire bloqua quelques instants sur le mur de sa chambre entièrement couvert de diplômes, et sur la photo de son chat en évidence sur la table de nuit. Puis il se tourna vers Rodney, esquissant un sourire gêné avant de s’éclaircir la voix.

-Hum, à propos d’hier…je…euh…

Plein d’espoir, le scientifique se mordit la lèvre inférieure. Si le colonel bégayait, ça devait être bon signe, non ? Ca voulais peut être dire qu’il s’intéressait sérieusement à lui.

Son attention s’accrocha à un fil qui dépassait de son t-shirt afin d’éviter le regard de l’autre homme. Ce dernier leva les yeux au ciel et soupira, tant la tache qu’il s’apprêtait à accomplir lui paraissait difficile.

-Rodney, je sais que…que vous devez trouver mon comportement…étrange, bégaya le héros. Je…j’osais espérer que vous…enfin…

Sheppard s’enfoui le visage dans les mains, se retenant de peu de pousser un grognement de frustration.

- Excusez moi, je sais pas ce qui me prend ce soir mais je…

Rodney l’avait embrassé. Il s’était approché, les mains se tordants impatiemment derrière son dos, un petit sourire aux lèvres, s’était légèrement redressé et l’avait embrassé.

John eut un temps de réaction assez conséquent mais répondit au baiser, avant de finalement sentir les bras du scientifique qui l’enlaçaient doucement. Rodney se sépara de lui.

-Je suis désolé, j’en avais assez d’attendre, lança McKay avec un regard amusé. Ca ne vous dérange pas j’espère ?

Pour toute réponse, le militaire attrapa son ami par la nuque et l’embrassa de plus belle. Ca lui avait paru étrange que l’initiative de faire cesser sa déclaration sporadique vienne de lui, mais après tout, c’était très bien comme ça ! Rodney n’était pas aussi coincé qu’il l’aurait pensé finalement…

Ses pensées furent confirmées quand il sentit les mains du scientifique glisser sur ses hanches et déboucler sa ceinture, ce qui occasionna un petit cliquetis métallique un tantinet érotique. John gémit sans trop savoir exactement pour quelle raison, puis frissonna quand les froides paluches mckaysiennes virent frôler son abdomen. Il sentit le canadien sourire de satisfaction contre ses lèvres avant de rompre leur baiser.

- Ca ne va pas trop vite pour toi ?

- Je…euh…

Saperlipopette, voilà que les rôles étaient inversés ! C’était le Don Juan qui perdait son latin et le cancre en éducation sexuelle qui prenait les initiatives !

- Je sais pas, je dis ça comme ça, mais t’as l’air assez gêné, t’as jamais fait ça avec un homme ? demanda Rodney, curieux.

- Euh…non.

L’astrophysicien haussa les sourcils, étonné. Vu sa « Captain Kirk attitude », il aurait pensé de Sheppard qu’il avait essayé les deux cotés…

-Parce que toi tu…

- Oh oui, bien sur, mais tu sais il n’y a vraiment pas de quoi en faire un fromage ! Ajouta le canadien, c’est pas très différent d’avec une femme, sauf que bien sur c’est avec un homme. Je sais, ce que je te dis là ça ne doit pas vraiment t’aider, mais de toute façon c’est la vérité, on est des êtres humains, et quoi qu’en disent quelques pseudo scientifiques, c’est pas plus difficile d’avoir des rapports sexuel avec un homme ou avec une femme. C’est naturel tu sais ! Regarde les Bonobos, ils passent leurs journées à se faire des câlins, sans vraiment se préoccuper du sexe de leur partenaire… En fait, tu vois je fais partie de ces gens qui pensent que l’amour et le désir, c’est pas une question de corps ou de personnalité, même si évidemment d’un point de vue technique ça peut…

Il fut coupé dans sa tirade par Sheppard, qui l’avait allégrement poussé sur le lit et s’était jeté sur son visage, déposant de petits baisés un peu partout sur sa peau.

- Tu es toujours aussi bavard à ce que je vois, ironisa l’américain, heureux d’avoir retrouver une parole cohérente.

- En fait, j’ai tendance à débiter à tord et à travers quand je suis stressé.

John lui souri et les mains du scientifique reprirent leur place sous son t-shirt. Le militaire déboutonna le pantalon de Rodney et le fit glisser jusqu’en bas, caressant les cuisses douces et velues, attrapant les genoux pour remonter les jambes et agripper les fesses à travers le…euh…bon dieu, c’était quoi ce caleçon ?!?

-Je croyais que tu étais allergique au citron ? demanda Sheppard, étonné.

- Quoi ? Mais ce ne sont pas des citrons, ce sont des kiwis !

Son interlocuteur pouffa de rire et entreprit de dévorer la peau qui recouvrait sa gorge à l’aide de sa langue. McKay sentit son t-shirt se soulever doucement avant de quitter définitivement son propriétaire, puis entrepris de se venger sur le vêtement de son ami.

Les plaques militaires de John tombèrent sur le torse de Rodney et leur texture métallique laissa une traînée froide sur sa peau. Il se glissa sous le corps de son partenaire et se redressa quelque peu afin que sa bouche attrape un téton, qu’il se mit à malmener allégrement avec sa langue. Sheppard émit un gémissement bizarre mais relativement excitant, et les mains du scientifique palpèrent le ventre musclé de plus belle, faisant devenir inégale la respiration du pilote. Les bras du militaire, qui le soutenaient gracieusement en position arquée au dessus de Rodney, se mirent à trembler quand le canadien accéléra le petit manége qu’il effectuait avec son téton.

Quand il eut décidé que le jeu avait assez duré, il enfila sa tête dans la boucle que formait le collier qui soutenait les médailles militaires accrochées au cou de John et embrassa leur propriétaire, qui s’affala sur lui sous le coup de l’émotion.

- Fais attention avec cette chaîne, tu vas nous étrangler tous les deux…

-Je me demande ce qu’ils mettrait sur ton certificat de décès… s’amusa le scientifique en attrapant les plaques et en caressant leur relief du bout des doigts. Mort au combat ?

Le sourire que John arborait s’évanouit. Merde, merde, merde, MERDE ! Il avait complètement oublié !

-Quelque chose ne va pas ? demanda Rodney, soudain inquiet.

Sans lui répondre, le militaire dégagea sa tête de la chaîne et se sépara de lui, avant de rapidement remettre son t-shirt et reboutonner son pantalon.

-Que…qu’est ce qu’il se passe ? Qu’est ce que tu fais ?

- Je suis vraiment désolé Rodney, ânonna tristement l’américain.

Perplexe, McKay se leva et attrapa son ami par les épaules, le forçant à lui faire face. Ce dernier n’osait pas le regarder dans les yeux.

- John…

Son prénom résonnait étrangement dans la bouche de celui qu’il aimait et qui ne l’avait jamais prononcé auparavant. Cela rendait la situation encore plus pénible à vivre…

Il le prit dans ses bras, ravalant ses larmes en le serrant fort contre lui. Il sentait tellement bon, un mélange de savon et de son odeur naturelle…

Il ne devait rien comprendre, il était à moitié nu dans les bras de l’homme qui avait failli lui faire l’amour cinq minutes auparavant, il devait être complètement perdu…

- Rodney, je veux que tu saches que je t’aime…murmura le pilote. Je ferais toujours tout pour qu’on reste ensemble.

Désorienté et encaissant le choc de la déclaration de John, l’intéressé resserra son étreinte.

-Mais alors pourquoi tu pars ?

- L’armée américaine m’interdit d’avoir des relations homosexuelles. Je suis désolé, je viens de m’en souvenir, je…

- Ignore cette loi ! Ce ne serait pas la première fois, lança Rodney, profondément secoué.

John soupira et embrassa la peau nue du canadien, le berçant doucement, le serrant d’autant plus contre lui. S’il n’avait pas été militaire, il aurait pu aimer Rodney, mais s’il n’avait pas été militaire, il ne l’aurait jamais rencontré. Quelle était la pire solution ?

-Rodney, à la prochaine incartade, je file en cours martiale, surtout pour quelque chose comme ça, expliqua le militaire. C’est une faute grave tu sais !

-Oh, quoi, tu vas me sortir tout ton discours américain conservateur du « c’est une tare, ça peut se soigner » ? Explosa McKay, tout en se dégageant de l’étreinte de Sheppard, j’aurais du m’en douter, vous les américains vous êtes tellement bornés, on dirait que vous avancez avec des ornières !

-Mais qu’est ce que tu me sors, tu crois que je suis d’accord avec cette politique stupide ? Arrête avec ton patriotisme canadien à la noix, je te parle de nous là !

-Parce que maintenant il y a un « nous » ? répondit le scientifique avec une voix bizarre.

Il s’assit sur son lit, tentant visiblement de se calmer. L’américain semblait plus qu’embêté, il se dandinait d’un pied à l’autre, pris entre l’envie de partir tout de suite en oubliant cette soirée, ou au contraire foutre sa carrière en l’air en couchant avec le type dont il était éperdument amoureux. Quant il avait failli mourir avec l’insecte d’Eratus accroché à son cou, il s’était demandé bêtement de qui des passagers occupant le Jumper – Ford, Teyla et McKay- il aurait préféré passer ses derniers instants. La réponse lui avait paru évidente, tant les yeux de Rodney le regardaient avec inquiétude et tristesse et tant ce dernier s’acharnait à tous les sauver. Ca avait été la première fois que Rodney s’était préoccupé de sa santé, de son sort, et ça l’avait extrêmement touché. Plus que ça aurait du. Et de missions en missions, de dangers de morts à morts évitées, leur duo marchant de mieux en mieux au fil du temps (si on exceptait le fiasco de Doranda), il était tombé amoureux du scientifique. Des sentiments qu’il avait trouvé bizarres, incongrus, mais qu’il avait accepté petit à petit.

Bien sur, il ne s’était pas déclaré, sachant bien que l’astrophysicien ne s’intéressait pas à lui, mais ce sentiment amoureux était devenu la toile de fond de son quotidien, ne bouleversant pas sa vie pour autant. Il avait continué à draguer des filles, à sauver Atlantis, à sourire à tout bout de champ. Mais maintenant, il aurait préféré haïr le scientifique plutôt que de l’aimer autant…

-Rodney, l’Irak, tout ça, ça coûte pas mal d’argent à l’armée. En plus de moins en moins de gens s’engagent, dit soudain John, plein d’espoir. J’ai entendu dire que l’Etat major était en train de discuter une éventuelle annulation du « don’t ask, don’t tell », pour faire des économies et arrêter de virer ceux et celles qui ne marchent pas sexuellement au pas (1). Peut être qu’en étant patient, cette loi disparaîtra et…et on pourra être ensemble.

-Tu sais, l’Etat Major n’ira pas vérifier avec qui tu passes tes nuits, répondit Rodney, acerbe, il suffit d’être discret. Je ne te demande pas de me faire l’amour devant Caldwell sur le pont du Dédale, je te demande juste d’être avec moi !

-Caldwell veut mon poste, il cherche la petite bête. Si toi et moi on a une aventure, il le saura. D’ailleurs je ne devrais même pas être ici…

McKay secoua la tête et attrapa son t-shirt avant d’entreprendre de le remettre. Non, vraiment, l’américain était un expert dans l’art de gâcher une soirée !

-Rodney, me fait pas la gueule à cause de ça, s’il te plait…implora Sheppard.

L’intéressé soupira et se leva face au militaire, les bras croisés.

-Tu as une solution Capitaine Kirk ? demanda t’il dans un sourire.

John lui prit les mains et le regarda dans les yeux. Mouais, c’était désespérément romantique, et le pire c’était que Rodney pouvait sentir ses organes internes –et son muscle cardiaque en particulier- fondre comme neige au soleil.

-Je te demande juste de m’attendre. Je sais pas combien de temps ça durera, mais je te demande de faire preuve de patience, jusqu’à ce qu’officiellement j’ai le droit de t’aimer. Quand ça arrivera, je te jure que je battrait avec toi le record du monde du baiser le plus long, devant tout le monde dans la salle de contrôle, mais en attendant…

- Tu dis ça comme s’il y avait une cohorte d’hommes et de femmes qui attendaient leur tour derrière ma porte, je ne suis pas aussi demandé que toi Sheppard ! répondit malicieusement l’astrophysicien.

Le Sheppard en question lui gratifia un large sourire, puis s’approcha de lui avec le regard de chien battu dont il avait le secret.

-Alors c’est un oui ? Tu m’attendras ?

- Je te le promets John…

Le militaire sourit et embrassa doucement son cher et tendre. Une poignée de secondes plus tard, il était partit, laissant Rodney ruminer solitairement sa frustration.

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(1) Véridique, en ce moment les déclarations de l’armée américaines sont de plus en plus contradictoires, ça va de démentis ouvertement homophobes aux soutiens à l’annulation de cette loi. D’ailleurs, les responsables américains se contredisent tellement que ça en devient comique si tenté qu’on suive un peu le débat

Sous-pages (1) : CHAPITRE 6 : Frayeur