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CHAPITRE 4 : Punition

CHAPITRE 4 : Punition

-J’aimerai bien te garder tu sais…

Rodney sourit tristement et enfila ses chaussures, des espèces de bottines de cuir marron qu’il trouvait hideuses.

-Tu n’as pas le choix, n’est ce pas ? demanda le scientifique, même s’il connaissait déjà pertinemment la réponse à sa question.

-Je suis vraiment désolé Rodney.

Il suffisait de jeter un coup d’œil au visage d’Helkin pour se rendre compte qu’il était sincère. Mais que pouvait-il aux agissements de Togbert, hein ? Que pouvait-il au fait que ses yeux et son corps attirait de plus en plus de monde, que pouvait-il au fait que sa corpulence était à la mode chez les Genii ? Helkin tenait entre ses mains la vie et la mort de ses patients, ça aurait pu être le plus grand des pouvoirs, mais en réalité ça n’était presque rien. Lui, Rodney et leurs acolytes, tous n’étaient rien, juste des pions invisibles.

Ses pensées furent interrompues par l’arrivée tonitruante de Togbert. Le chef des domestiques avait brièvement (mais très bruyamment) frappé à la porte et était entré sans autre précaution supplémentaire. Il était grand et mince, avait les cheveux blonds et les yeux bicolores : un vert, un marron. Son menton fuyant lui donnait un air un peu bizarre, mais dans l’ensemble c’était un bel homme, la quarantaine précoce. Néanmoins Rodney eut un frisson de dégoût quand il posa la main sur son épaule.

-Je peux l’emmener ? demanda Togbert de sa voix fluette. Ca avait plus l’allure d’un ordre que d’une question…

Un air désemparé prenant naissance sur son visage, le vieux guérisseur acquiesça faiblement, n’osant plus regarder McKay dans les yeux.

Alors le domestique attrapa sans grande précaution le bras du canadien et le traîna hors de l’infirmerie, en direction de son office. Il y dormait les soirs de garde, et s’en servait surtout comme endroit où traiter les membres du bordel, des salariés aux esclaves.

Les murs des couloirs étaient rugueux, faits avec une espèce de ciment d’un gris clair contenant de petits cailloux. Si le sol avait été de céramique, il aurait étincelé, l’hygiène étant la qualité primordiale d’un bon bordel.

Rodney avait déduit que, par peur des maladies vénériennes, les Genii avaient développés une véritable religion du savon. Un bon tiers de la journée des prisonniers consistait à se laver des pieds à la tête, certains ayant plus de soins que les autres en raison des différentes modes physiques. En effet, chef les Genii, les canons de la beauté changeaient très régulièrement et variait selon les régions et les classes sociales. Les Genii qui auraient mérité d’appartenir à l’étage gériatrie d’un hôpital préféraient en général les hommes grands, minces et d’age moyen, un peu comme Togbert. Lui plaisait plus aux classes sociales moyennes (en effet, il n’était pas très « cher »), et il était malheureusement à la mode chez les adolescent comme chez les adultes d’age moyen. Mais il plaisait plus aux hommes qu’aux femmes, ce qui l’avait quelque peu surpris au début, lui qui n’avait que rarement eu des aventures homosexuelles.

Erian, qui était un petit brun fluet de dix-sept ans, était attirant pour beaucoup de monde. Il faisait souvent semblant de s’être accoutumé à la prostitution pour rassurer Rodney, mais ce dernier n’était pas dupe. Il ressentait un sentiment de protection infini à l’égard du jeune homme, qu’il se surprenait souvent à considérer comme un petit garçon, comme un petit frère.

Togbert, lui, agissait bizarrement avec McKay. Il aurait pu passé pour une ordure si seulement il n’avait pas vécu toute sa vie dans le bordel, s’il seulement il n’avait pas été le mari du patron. Helkin lui avait raconté que Togbert avait été enlevé à treize ans (alors qu’en général, les domestiques n’enlevaient pas les jeunes hommes avant au moins seize ans), et que le politicien patron du bordel, Byliag, un type de quarante ans de plus que lui, s’était entiché du jeune garçon. Quand celui-ci avait atteint dix-sept ans, l’age légal du mariage chez les Genii, il l’avait épousé, et était resté toute sa vie avec lui. Helkin avait dit à Rodney qu’au début, bien sur, leur couple avait été une aberration : Togbert était trop jeune pour se révolter, ne comprenait pas ce qui lui arrivait et étaient traumatisé par les « attentions » dont lui faisait profiter Byliag. Mais peu à peu, et surtout parce qu’il n’avait jamais connu rien d’autre, Togbert s’était mis à aimer Byliag de toutes ses forces, et depuis il ne l’avait jamais quitté, ni même trompé, sauf bien sur quand celui-ci le lui demandait (principalement pour effectuer les « initiations »). C’était le bon coté de Togbert : il avait pardonné et réussi à aimer celui qui avait détruit sa vie.

Néanmoins le chef des domestiques mettait le scientifique mal à l’aise. C’était lui qui l’avait « initié » (même si Rodney ne l’avait pas vraiment attendu pour expérimenter les joies de la sodomie), et depuis l’atlante sentait souvent les yeux désireux de Togbert se poser sur sa nuque, ou ses doigts s’attarder en lui lorsque exceptionnellement c’était lui qui le lavait. Et ça, ça ne lui plaisait pas du tout.

Togbert le poussa sans ménagement dans son office et le plaqua presque immédiatement contre un mur, ses mains immobilisant ses bras.

-Tu peux m’expliquer comment tu as pu te blesser d’une façon aussi idiote ? Lui hurla t’il, ses yeux lançant des éclairs.

-Je sais pas, j’ai un trou de mémoire… répondit Rodney ironiquement.

-Tu n’es pas dans la position idéale pour faire de l’humour ! Siffla t-il. Tu as voulu t’enfuir, c’est ça ?

McKay ricana tout en essayant de se dégager, et les doigts du chef des domestiques pressèrent ses bras encore plus fort.

-Réponds !

-Quoi, tu crois que je ne me plait pas ici ? Mais pourtant il me semblait bien que c’était le paradis sur terre ! Lança le canadien, avant de se rendre compte qu’il parlait à un Genii, et que les Genii n’avaient sans aucun doute pas lu la Bible.

Togbert relâcha Rodney et se passa nerveusement la main dans les cheveux. Qu’allait-il donc bien pouvoir faire de lui ?

-Déshabille toi, murmura t’il.

-Quoi ?!? Si tu crois que je vais te laisser me toucher je…

-Tu as essayé de t’enfuir, expliqua le domestique à bout de patience, tu as essayé de te faire porter blessé pour être retiré du service actif. Tu mérites une punition. Déshabille toi et rentre dans ce coffre !

Du menton, il désignait l’imposant coffre en ébène, la Némésis de Rodney. A chaque fois que l’astrophysicien faisait sa forte tête, ce qui arrivait très souvent, Togbert le punissait en l’enfermant dans sa lourde malle étroite, utilisant la claustrophobie de McKay comme un moyen de pression pour le faire céder ou le faire regretter ses « bêtises ». Comme on punirait un enfant…

Rodney n’avait pas le choix, et il le savait : Togbert était plus fort que lui. Il soupira et ôta son poncho, avant de se diriger vers le meuble.

-Combien de temps ? demanda le canadien avec angoisse.

- Je dois dîner avec mon mari tout à l’heure. Je reviendrais te libérer après.

Au ton qu’il employait, on aurait presque dit qu’il regrettait ce qu’il allait faire. C’était comme s’il se sentait obligé de torturer les prisonniers, comme si c’était la règle mais que ça le rendait malade de l’appliquer. Comme s’il se trouvait entre les bourreaux et les victimes, entre champagne et anesthésiant, entre politiciens et prostitués.

Il souleva avec difficulté le couvercle du coffre et laissa Rodney s’installer à l’intérieur, ses membres tremblant déjà d’appréhension. Il devait se recroqueviller, se plier en deux, la tête entre les genoux, dans une espèce de position de fœtus allongé pour espérer tenir dans le coffre une fois qu’il serait refermé. En général, il sortait de là avec un sacré tour de reins.

-J’espère que ça te servira de leçon, souffla Togbert en refermant le couvercle du meuble. Je sais à quel point tu détestes ce coffre…

Rodney poussa malgré lui un gémissement angoissé quand il entendit le loquet se verrouiller, puis les pas du chef des domestiques qui s’éloignaient pour enfin sortir de l’office, laissant le silence et l’enfermement étouffer peu à peu l’atlante.

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