PROLOGUE La pluie, ça tombe encore ? Plic, ploc. Une goutte sur le nez. L’eau ruisselle sur les barreaux, et comme je tiens les barreaux, elle ruisselle sur mes poignets aussi. Je me hisse vers le haut de la meurtrière et passe la moitié de ma tête à travers la grille. Mes cheveux sont mouillés, j’ai froid. Je préfère avoir froid. Ma langue sort de ma bouche, elle chope des gouttelettes au passage. J’aime le goût de la pluie, de l’eau fraîche, pas comme cette eau saturée d’anesthésiants aux plantes qu’ils nous donnent. Ca me fait rire. Ils nous traitent comme les patients d’un hôpital psychiatrique alors que c’est eux qui nous rendent dingue. J’ai froid, mais là vraiment trop. Je descend du rebord de la meurtrière et resserre mon poncho autours de mes épaules. Ca gratte, c’est un peu comme de la laine. Mais c’est large et chaud, ça couvre tout le corps et ça s’enlève facilement. C’est ça qu’ils cherchent, l’enlever facilement, hein ? Je m’assoie sur mon lit. En face le mur est gris. Derrière aussi le mur est gris. A droite la meurtrière fait un œil dans le mur gris, à gauche la porte grise on ne la voit presque pas, juste assez pour en deviner les contours et la poignée. Je n’aime pas la poignée, surtout quand elle se rétracte. Ca veut dire que quelqu’un entre. Si c’est Helkin, ça va. Mais en général c’est pas Helkin, je comprend plus pourquoi ils viennent ces gens, je déteste ne plus comprendre… Je comprend pas pourquoi je suis ici, je comprend pas pourquoi le temps passe et rien ne change. A chaque jour sa dose de visiteurs, et je suis pas comme Erian et les autres, je m’habitue pas moi. Je sais pas depuis combien de temps je suis là, mais ça fait longtemps, je le sais, je le sens. J’ai maigris, et pour maigrir autant, je doit être là depuis au moins…longtemps. Au début ils ont essayés de me dresser, en se servant de ma claustrophobie et de mon hypoglycémie. Helkin leur a dit que j’allais crever à ce rythme là, alors ils ont arrêté. Je serais pour ceux qui aiment la résistance et l’écrasement. Je ne l’ai pas vu depuis deux jours Helkin. Il n’a pas fait son check-up. Carson lui ne ratait jamais ses check-up, avant que je sois emprisonné ici. Il n’oubliait jamais, et pourtant il avait moins de travail qu’Helkin sur ma petite personne. Je me jette sur la porte. Mes gestes sont plus brusques et plus imprévisibles qu’avant, j’ai l’impression d’être devenu une bête en cage. Un gardien vient m’ouvrir. Helkin a eu du travail avec les nouveaux arrivants. Ca veut dire que ça va ralentir la cadence pour moi ? Non, c’est pour les groupes qu’ils sont là, les nouveaux. Moi je suis unique. Je ne sais pas si c’est censé être un compliment, mais je voudrais être tout sauf unique ! Je voudrais revenir en arrière, en arrière, reculer, encore et encore… Je recule dans ma cellule, mon dos heurte le béton accidenté. Je donne un coup de tête dans le mur. Le gardien me dit d’arrêter. Encore un coup de tête. Encore un plus fort. Plus fort ! Et c’est le noir… |