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Chapitre 29 : L’Exécution Et le procès avait eu lieu. Juste lui, deux autres témoins séniles qui n’avaient plus mis les pieds au bordel depuis des années, cinq juges, et Togbert en face qui les regardaient tous sans vraiment les voir, comme emprisonné dans une camisole de mélancolie. Il n’avait pas l’air de réaliser ce qui lui arrivait. Il n’avait pas l’air d’avoir peur et ne niais rien. Il n’était plus qu’une coquille vide qui attendait sa sentence avec indifférence, un homme pour qui vivre ou mourir revenait au même. Ceci allégea quelque peu la conscience de Rodney quand il du répondre directement aux trente questions sans pouvoir expliquer ni nuancer, sans pouvoir essayer de le sauver. Alors oui, Togbert l’avait bien directement ou indirectement séquestré, privé de tout droit, privé de toute possession, réduit à l’esclavage, terrorisé, drogué, humilié, frappé, violé, mutilé en provoquant chez lui des dommages physiques définitifs, forcé à faire des choses qu’il n’aurait jamais accepté de faire. Oui, cela était bien arrivé plus d’une fois, plus de dix, plus de cent. Oui, il l’avait privé de sa vie d’avant. Oui, plus rien ne serait comme avant. Mais quand les juges lui avaient dit que l’interrogatoire était terminé, le canadien avait voulu ajouter tellement de choses… Bien sur il n’avait rien pu faire, et même s’il avait eu envie de casser la gueule de n’importe quel soldat qu’il trouverait en sortant de la salle des jugements il avait réussis à refouler toute cette colère et tout ce vide. Parce que ce n’était pas un soldat qui l’attendait derrière la porte de la salle. C’était Dorba et ses yeux baissés, et ses bras nerveusement croisés. -Je sais que c’est une mauvaise habitude d’écouter aux portes, lui avait elle confié quelque peu honteusement. Mais je voulais être sure que… -Que je dise toute la vérité ? Avait ricané le scientifique. Ne vous inquiétez pas, ces obsédés de juges ont entendu ce qu’ils voulaient entendre. -Alors il ne sera pas épargné. L’exécution a lieu en général une heure après le jugement, autant y aller tout de suite… Ils avaient marché longtemps et en silence jusqu’à la grande salle aux murs nus couverts de traces de balles. Elle ne sentait ni le sang, ni la mort, ni même la poudre des fusils Genii. On aurait dit n’importe quelle salle. Quelques personnes étaient déjà présentes, et leurs murmures à peine audibles donnaient au lieu une atmosphère d’église. Rodney n’avait jamais aimé les églises. Et voilà qu’ils étaient là, et qu’ils attendaient comme si de rien n’était qu’un homme se fasse tuer. C’était insupportable. -Comment allez-vous ? demanda Dorba. -J’ai la nausée, répondit McKay avec honnêteté. Je ne sais pas si je vais pouvoir supporter ça. -Comment vous êtes vous sentit pendant l’interrogatoire ? -Comme si rien n’avait changé et que j’étais toujours au bordel. Exactement comme maintenant en fait, lança t’il après un temps. Holth lui lança un sourire se voulant rassurant et lui prit le bras. Rodney sentit une fois de plus des papillons virevolter dans son estomac, mais beaucoup moins joyeusement que d’habitude. Il avait trop mal aux tripes pour ça. -Ils savent tous ce qui m’est arrivé, continua t’il en désignant du menton les autres occupants de la salle. Je ne suis pas assez con pour me sentir coupable, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir honte. J’ai l’impression qu’ils peuvent voir à travers mes vêtements. Et là Dorba fit quelque chose de totalement inattendu. Elle se plaça devant lui et le prit dans ses bras, doucement, sans vraiment le serrer, le tenant juste en plaçant délicatement le menton sur son épaule. -Vous croyez qu’ils voient à travers moi ? lui demanda t’elle doucement. -Non. -Alors tout vas bien, puisqu’ils ne peuvent plus rien voir ? -Oui, murmura t’il finalement. Tout vas bien. -Quand tout cela sera terminé, je vous emmènerais une journée ou deux en bord de mer, au dessus de Marjovate il y a une base de recherche et un petit village de pêcheur. J’ai demandé la permission à Kolya, il est d’accord, vous avez besoin de reprendre des forces et des couleurs. Le pouls de Rodney s’accéléra. Il allait sortir de nouveau, et revoir le soleil. Bien sur il savait qu’il ne pourrait pas s’enfuir, ce périple n’allait pas être un simple tête à tête avec la jolie Aide, ils seraient sûrement entourés de gardes. Mais la perspective de passer un moment au grand air, hors de cette base et avec Dorba, lui réchauffait le cœur. Ils restèrent quelques minutes ainsi puis se séparèrent, attendant en silence ce qu’ils ne voulaient pas voir. Et quand la porte de la salle s’ouvrit de nouveau pour laisser entrer Togbert ainsi qu’une poignée de soldats, Dorba serra fortement sa main dans la sienne. Rodney eu peur quand Togbert le regarda droit dans les yeux et lui sourit chaleureusement, comme s’il venait de retrouver un ami. L’ancien tenancier ne lui en voulait pas, au contraire il lui était reconnaissant d’avoir témoigné contre lui. Etait-il fou à ce point pour accueillir la mort à bras ouverts et remercier si chaudement ses bourreaux ? McKay s’était déjà dit à plusieurs reprises que Togbert était complètement fou. Il avait arrêté de le haïr il y a bien longtemps, l’avait seulement craint. Il le trouvait pathétique maintenant, avec ce regard vide et ce sourire absent. Et il ne voulait vraiment pas qu’il meure, chez lui on ne tuait pas les fous, on essayait de les soigner. A défaut on les enfermait. L’ancien tenancier croyait sûrement que dans la mort il retrouverait Byliag, que toutes ces danses juridiques se termineraient et qu’il pourrait être enfin tranquille avec cet époux tyrannique qu’il aimait tant. Rodney ne savait pas si les Genii croyaient à une vie après la mort. Certains croyaient que les Ancêtres veillaient sur eux, et que s’ils étaient assez sages ils leur permettraient de faire l’Ascension. Ca n’était que des billevesées, certes, mais Togbert devait réellement y croire pour être d’humeur aussi égale à l’heure de son exécution. Le canadien, lui, aurait hurlé à s’en crever les poumons, se serait débattu, aurait mordu les bourreaux et insulté les juges. Togbert lui, ne bougea pas d’un cil quand il fut poussé contre le mur et que trois soldats firent un pas en arrière en pointant leurs canons sur sa poitrine. Le signal fut un globe de verre qu’on laissa tomber par terre, et dont le son du cristal qui se brise personnifia aux oreilles de Rodney la vie qu’on arrachait au corps du condamné. Et lorsqu’une seconde plus tard les explosions des cartouches Genii retentirent, Rodney serra plus fort la main de Dorba et se mordit la langue pour ne pas éclater en sanglots. |