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CHAPITRE 27 : Quartiers gardés

Chapitre 27 : Quartiers gardés
 

-Nous y sommes, déclara solennellement Dorba en tirant la poignée de la porte métallique sur laquelle était peinte le symbole Genii de la neige.

-Ce n’est pas fermé à clef ? demanda Rodney en fronçant les sourcils.

- Les Genii ne sont pas des voleurs ! S’exclama l’Aide, un peu vexée. Pas entre nous tout du moins. Ce ne sont pas non plus des voyeurs, si c’est ce que vous craignez.

-Alors il doit y avoir beaucoup d’étrangers à Marjovate, grommela McKay. Et je ne suis pas Genii.

-Mais c’est tout comme, sourit-elle en pénétrant dans les nouveaux quartiers du scientifique.

La pièce n’était pas très grande, environ quatre mètres sur cinq. Au fond à droite de la pièce se tenait une petite cheminée qui n’avait pas encore été allumée. Un lit moyennement large dont la tête était adossée au mur perpendiculaire à la porte ainsi qu’unbureau posé près du mur d’en face assortit d’une chaise constituaient le seul mobilier agrémentant la pièce. Une applique située au dessus du lit éclairait le tout. Bien sur, il n’y avait pas de fenêtre, Tripald étant un énorme building souterrain. En avançant dans la pièce, McKay aperçu une dalle grillagée formant en renfoncement d’environ un mètre carré. Au dessus de ce carré se tenait un gros bidon métallique percé en son fond d’un trou refermé par un bouchon.

-Les commodités je suppose ? demanda sèchement Rodney en désignant l’installation du menton.

-Vous n’en aviez pas à Marjovate ?

-Si, mais elles ressemblaient plus au genre de chose que l’on a sur Terre. Sur ma planète, précisa le canadien. Les toilettes et les douches étaient séparées par exemple, et il y avait même de grandes baignoires…

-Les bordels sont assez rentables pour se payer ce genre d’installation de luxe, répondit Dorba. Un individu moyen doit se contenter de ça.

Rodney haussa les épaules et tâta le matelas avant de s’y asseoir.

-Si c’est le prix à payer pour ne plus offrir mon cul à la nation Genii…

Dorba haussa brièvement les sourcils et eut un petit rire estomaqué.

-Pourquoi jouez vous sur la provocation Docteur McKay ? demanda t’elle, visiblement décontenancée.

-A vous de me le dire, répondit malicieusement Rodney. Vous ai-je choqué ?

-Il en faut plus pour me choquer, croyez moi. Je cherche juste à cerner votre comportement.

-Il n’y a rien à cerner, dit le scientifique en la regardant dans les yeux. Je crois que je suis le pire patient que vous ayez jamais eu à traiter.

-Le plus arrogant sans aucun doute, le taquina t’elle.

-Jesuppose que c’est bon signe si mon arrogance revient. J’ai toujours été très conscient de ce que je valais.

Elle lui lança un sourire indulgent puis s’agenouilla au pied du lit. Du dessous elle tira une large caisse en bois, qu’elle ouvrit.

-Là dedans il y a une tasse, un pot de savon et des serviettes de toilette, ainsi qu’une brosse pour les cheveux et de l’herbe à dents, énuméra t’elle. Je crois que c’est du Brasme, vous n’êtes pas allergique au Brasme n’est-ce pas ? Il y a aussi de la place pour mettre vos affaires si vous le voulez.

-Je n’ai pas d’affaires.

On avait habillé Rodney avec un uniforme de soldat Genii terme et informe, et on lui avait donné des collants faisant aussi office de sous-vêtements ainsi que des bottes. Quand les infirmières lui avaient demandé s’il voulait garder son poncho et ses vielles chaussures marron, il avait refusé. Les avoir portées pendant un an et demi lui avait suffit.

-Vous savez, si vous acceptez de travailler pour Kolya vous pourrez gagner de l’argent et vous en acheter…

-Je voudrais prendre une douche et me raser, la coupa froidement McKay.

Holth baissa les yeux, se préparant à annoncerà Rodney le prix de sa « condition mentale » supposée.

-Je vais vous chercher une lame, mais je devrais repartir avec. Je ne peux pas vous laisser seul avec des objets coupants.

-Je peux très bien me pendre avec les draps, ou avec une serviette, sourit Rodney.

-Non, déglutit Dorba. Vous ne pouvez pas. Cette pièce a été étudiée pour les gens dans votre situation. Les draps et les serviettes se déchirent si vous tirez trop dessus, et le bois de vos meubles est trop solide pour que vous le cassiez.

-Je peux m’immoler avec la cheminée, s’amusa le scientifique, ravi de la voir emprunte de gêne.

-Une vitre très épaisse et conductrice de chaleur s’abaisse automatiquement dès que les capteurs détectent de la fumée. Et c’est nous qui allumons le feu, précisa Holth.

-Je ne suis pas suicidaire, vous pouvez me faire confiance. Je joue juste avec vos nerfs.

-La confiance est quelquechose qui se gagne Docteur, annonça Dorba en le regardant droit dans les yeux. Je vais vous laissez vous laver, je reviens dans quelques minutes avec une lame…

Rodney la regarda sortir d’un air pensif. « La confiance est quelquechose qui se gagne ». Une phrase à la Sheppard ça. Il sentit son cœur faire une embardée dans sa poitrine.

Il ne devait pas penser à ça, il ne devait plus penser aux siens s’il voulait tenir. Un jour il retrouverait Atlantis, mais il avait le pressentiment que ce jour était loin d’être proche, et s’il voulait réapprendre à vivre il devrait mettre ses inquiétudes et ses manques de coté.

Il se déshabilla rapidement en évitant de regarder son corps et avança dansla douche Genii. Il attrapa en passant le pot de savon en l’inspectant suspicieusement, ainsi qu’une serviette. McKay dévissa le bouchon du bidon avec précaution, et poussa un soupir de soulagement en constatant que l’eau n’était ni trop chaude, ni trop froide. Prenant un peu de savon visqueux entre les doigts, il approcha lentement sa main de son torse dans l’objectif de le laver. Il n’y parvint pas.

Son corps ne lui appartenait plus. Il ne semblait d’ailleurs pas être le sien.

A Marjovate c’était les domestiques qui le lavaient, et à l’hôpital de Tripald c’était les infirmières. On ne l’avait pas vraiment autorisé à se toucher depuis qu’une partie de la drogue que contenait son organisme s’était évacuée. Depuis qu’il se sentait pleinement conscient du monde qui l’entourait.

Rodney ouvrit finalement les yeux et regarda ses mains, puis ses bras et sa poitrine, son ventre, son sexe et ses jambes. Ses poils avaient repoussés, mais pas complètement et de façon courte et drue. Il avait quelques cicatrices en plus, et sa peau était tellement pale qu’elle le dégoûtait.

Inspirant profondément il entreprit de se savonner, essayant de ne pas sentir sa propre chair sous ses doigts. Il constata néanmoins qu’il pouvait sentir ses côtes, ce qui n’était pas arrivé depuis la fin de son adolescence, et que la musculature qui s’était dessinée durant ses trois ans dans l’équipe de Sheppard avait presque entièrement disparue. En se lavant les cheveux, il décida qu’il devrait les couper au plus vite, il ne s’était jamais apprécié avec les cheveux longs. Il se lava rapidement en évitant soigneusement toutes les parties érogènes de son corps, puis se sécha et enfila de nouveau l’affreuse combinaison Genii avant l’arrivée de Dorba.

Ses cheveux étaient mouillés et c’est en les essorant tant bien que mal qu’il entendit trois coups discrets frappés à la porte.

-Entrez !

Dorba tenait un petit miroir et un couteau lisse et aiguisé, qu’elle tendità Rodney avec précautions avant d’orienter le miroir vers lui.

McKay détestait se raser avec du savon, il n’était tout bonnement pas doué. C’est pour cela qu’avant de toucher à son visage, il leva la lame et coupa rapidement sa tignasse devant les yeux ébahis de l’Aide, ne laissant que quelques centimètres de cheveux.

-Vous…balbutia t’elle en fixant les mèches, immobiles sur le sol. Vous….

-Je n’ai jamais dit que j’étais coiffeur, plaisanta Rodney, mais au moins je me sens plus léger. C’est plus ou moins la coupe de cheveux que j’avais quand ils m’ont enlevé.

-Vous êtes imprévisible, lâcha t’elle enfin les yeux rivés sur sa tête.

-Laissez moi encore vous surprendre, sourit le scientifique. Pouvez vous m’aider à me raser ? Avec ce savon visqueux je risque d’aggraver mon profil de défiguré notoire…

En comprenant le jeu de mots, Dorba fut rassurée. Il semblait aller mieux qu’il y a quelques temps. Néanmoins, cette attitude surprenante qu’il avait, ce changement constant d’humeur, ces gestes brusques… Le Docteur McKay ne semblait plus être adapté à une vie en société, avec ses règles et ses présupposés. Elle sentait qu’il se forçait à faire de l’humour, mais voyait aussi que ça n’était juste qu’une façade.

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