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CHAPITRE 26 : Rééducation

Chapitre 26 : Rééducation

-Rodney, arrêtez de vous appuyer sur votre jambe valide !

-Je vous aime bien mais vous manquez cruellement de logique, lança McKay à Dorba. Si je ne m’appuie pas sur mon autre jambe, c’est précisément parce qu’elle me fait mal. Très mal.

-Mais le principe de cet exercice, répliqua Dorba en remettant Rodney en place entre les deux rampes de bois, c’est de vous entraîner à marcher normalement. Vous n’étiez pas boiteux avant de vous casser la jambe, n’est ce pas ?

Le scientifique grogna avec mauvaise humeur et tenta de mettre un peu de poids du coté de sa jambe gauche. Il souffrait le martyre, vraiment, et les Genii n’étaient qu’une bande de sadiques incapable de montrer la moindre once de compassion.

-Et puis d’abord, comment arrivez-vous à déterminer laquelle de mes jambes est valide ? J’ai aussi eu le genou droit déboîté je vous signale !

-Ca fait plus d’un mois, la luxation s’est résorbée. Une jambe cassée à deux endroits est plus meurtrie qu’un genou déboîté.

-Raison de plus pour ne pas m’appuyer dessus ! Insista le canadien.

-Allez, faites moi plaisir, essayez de marcher normalement… demanda doucement Dorba, d’un ton plus cajoleur.

-Non !

-Juste le long des rampes, je ne vous demanderai pas de les refaire en sens inverse…

-J’ai dit non !

Imprimant une expression boudeuse sur son visage, Dorba croisa les bras en signe de mécontentement. Rodney leva les yeux et ne pu s’empêcher de remarquer que même quand elle faisait la tête elle était très jolie. Il esquissa deux pas assortis d’une grimace pour la contenter. La ligne descendante du sourire de l’Aide se redressa, et McKay sentit une armada de papillons chauds se mettre à parader dans son estomac.

-Si vous finissez cette longueur de rampe, vous aurez droit à une surprise.

-Quelle surprise ? demanda le canadien, rougissant en imaginant de quel genre de surprise il aurait envie d’avoir de sa part.

-Si je vous le dis…

-Ca ne seras plus une surprise, je sais, épargnez moi le cliché. Qu’est ce que c’est ?

Il avait l’impression d’être agressif et cynique avec chaque personne pour laquelle il entretenait un intérêt certain. C’était plus fort que lui, comme si sa parole voulait créer un rempart de glace autour son être afin d’empêcher quiconque de le voir vraiment. Il passait alors pour un con arrogant et faisait fuir la ou les personnes convoitées, le plongeant dans une mauvaise humeur que rien sauf une bonne vielle équation impossible à déchiffrer pour le commun des mortels ne pouvait calmer.

-Un ami veux vous voir, lâcha finalement Dorba.

-Un ami ? Un Genii ?

-Oui, manifestement ça n’était pas un Wraith, quoique, à ce qu’il parait, vous les Atlantes n’étiez pas les derniers à vous lier d’amitié avec eux…

La bouche de McKay forma un « o » d’injustice, et il oublia pendant cet instant sa résolution de rajouter plusieurs degrés de douleurs à sa blessure, se relevant complètement devant les yeux ébahis de Holth.

-Ca n’était pas de l’amitié mais des alliances militaires provisoires ! Et vous n’avez pas de leçons à nous donner, vous et vos coups d’Etat incessants…

-Ma pique vous a visiblement redonné l’usage de vos jambes, constata la jeune femme en levant un sourcil sceptique, la prochaine fois que j’attend un miracle de votre part rappelez moi de vous insulter.

-Vous l’avez fait exprès ! S’exclama Rodney, scandalisé.

-Je me doutais un peu que vous en rajoutiez. Après tout, c’est votre droit le plus strict. Mais soyez gentil de finir votre exercice afin d’éviter de faire attendre votre ami mondain.

-Mondain ?

-C’est ça, changez de sujet…

Une fois l’exercice terminé, McKay fut reconduit dans son lit avec maintes précautions. On lui avait octroyé une chambre particulière à la demande de Dorba, qui disait que sa guérison nécessitait une certaine quantité de solitude et qu’il avait besoin de reconstruire sa sphère privée.

Le père de Rodney disait toujours qu’on reconnaissait les bons psys à leurs bonnes idées. La vérité c’est qu’il ne supportait plus les dortoirs de l’infirmerie de Tripald, où le calme n’était possible que grâce à l’usage de bouchons d’oreilles fais de mie de pain local.

Une fois installé bien au fond de son lit, une infirmière fit rentrer l’ami en question, qui avança précautionneusement dans la pièce.

-Liovanido ! S’exclama Rodney, ravi.

Le peintre le gratifia d’un sourire discret et s’approcha du lit en tendant timidement une main que McKay serra chaleureusement. Il lui avait appris ça après une séance de pose, un jour. Le Genii avait trouvé ça très exotique.

-Rodney, j’espère que tu vas bien, je suis si heureux de te voir !

Si le scientifique avait pu tenir debout, il l’aurait sans doute pris dans ses bras. Un visage amical était vraiment le bienvenu dans cette infirmerie morne.

-Il parait que mes blessures sont en train de guérir, le rassura l’atlante. Je me suis bien amoché en voulant m’échapper du bordel, l’ironie étant qu’ils m’ont rattrapés de toute façon.

-Je suis désolé, c’est un peu de ma faute…

Rodney fronça les sourcils. Bien sur Liovanido avait la manie énervante de s’excuser pour tout et n’importe quoi, mais il y avait là quelque chose de différent, comme s’il avait vraiment fait quelque chose de grave.

-C’est à cause de moi si tu es là. Si Kolya t’as trouvé.

McKay déglutit. Il ne pouvait pas croire que le peintre l’avait dénoncé. Il n’avait jamais été très bon pour juger les caractères des gens, mais il lui faisait confiance et le considérait comme un véritable ami.

-Je…je suis devenu plutôt célèbre. Mes œuvres ont du succès. Et ce tableau de toi que j’ai peint, il a été exposé dans beaucoup d’endroits, il a fait le tour de l’Etat.

Le cerveau du canadien marchait à toute vitesse, établissant les conjectures, rejetant les hypothèses et arrivant finalement à une conclusion avant même que les mots soient prononcés par son ami.

-Kolya t’a reconnu tout de suite. Je voulais vraiment te présenter mes excuses et je…

-Continue, que s’est-il passé ? Le coupa Rodney.

-Kolya m’a demandé qui tu étais, et où tu étais. Je savais qu’il avait une dent contre les atlantes, alors je ne lui ai pas dit. Je lui ai dit que tu étais juste un modèle banal, un Genii, que j’avais même oublié qui tu étais. Mais c’est rapidement devenu une obsession pour lui.

Liovanido baissa les yeux avant d’oser continuer.

-Ses hommes me harcelaient. Je m’arrangeais pour toujours rester accompagné, pour dormir chez des mécènes ou de bons clients, ce genre de choses. J’avais peur. Et puis un jour ils ont fouillé ma maison. Depuis que j’ai quitté le domicile familial je tiens un cahier où je note chaque dépense, pour être sur de ne rien égarer, pour pouvoir à la fin de l’année regarder ce que j’ai acheté sans rien regretter. Il y avait les factures du bordel, et c’est comme ça qu’ils t’on retrouvés.

-Ils ont attaqués le bordel sous le seul prétexte de me retrouver.

-Oui, acquiesça le peintre. Ils doivent vraiment avoir besoin de toi.

-Je ne te le fais pas dire.

Le tout laissa Rodney songeur. Il devait y avoir plus en jeu que cette histoire de bouclier, qui était loin d’être nouvelle. Quels étaient donc les plans de Kolya et de son gouvernement ?

En attendant, la culpabilité avait envahi le visage de Liovanido, et c’est en souriant que McKay leva les yeux vers lui.

-Tu n’as rien à te reprocher. Malgré les circonstances je suis mieux ici qu’au bordel. Au moins je ne suis pas maltraité. Et puis ça n’était pas de ta faute.

L’expression du Genii s’illumina et il posa la main sur le bras de son ami.

-Récupères le plus vite possible. Et si tu as besoin de quelque chose, quoi que ce soit, n’hésites surtout pas.