Chapitre 22 : Errements Il faisait nuit et il n'y voyait goutte. Il arrivait à peine à distinguer ses mains, avait du contourner plusieurs parois verticales et avait peur de s'être perdu. Même les Genii les plus aguerris prenaient la route pour rejoindre les plateaux, la montagne était trop dangereuse, même pour eux. Il n'avait croisé aucun signe de vie, pas de petite cabane de berger ou de monticule de pierre crée d'une main humaine. Il entendait juste certains cris d'oiseaux et à plusieurs reprises le cri grinçant d'un animal qu'il avait décidé de renoncer à identifier. Il ne sentait plus ses pieds ni le bout de ses doigts, le reste de son corps étant frigorifié. Et pour couronner le tout, il s'était mis à trembler de faim. Tu parles d'un génie ! Oublier son hypoglycémie avant de partir en randonnée, il fallait vraiment être fou. Helkin avait raison, il allait sûrement mourir ici, de froid et de faim. Il marchait depuis des heures, il n'avait aucun moyen de les compter mais cela lui avait semblé être une éternité. Il avait monté puis descendu la première montagne, se faufilant à travers les rochers. Son père l'avait souvent amené faire de la randonné quand il était enfant, mais cela n'avait rien à voir : ici, pas de sentier et pas de refuge, juste l'obscurité et les cailloux. Sa cheville gauche lui faisait mal. Il se l'était tordu avant que le soleil ne se couche, ses bottines ne maintenaient pas la cheville et il avait glissé sur une pierre ronde. Ca n'était heureusement pas enflé, et même si c'était douloureux il pouvait toujours continuer à marcher, même s'il avait l'impression que toute sa jambe s'engourdissait au fur et à mesure qu'il avançait. Ca devait être à cause de la douleur et du froid. Chaque caillou qu'il déplaçait résonnait d'un bruit sourd, chaque expiration entraînait devant lui un nuage de vapeur d'eau. Il se sentait comme Robinson seul dans cette nature sauvage, comme s'il était le dernier humain de cette planète, comme s'il était seul au monde. Ca avait été agréable un temps, mais là ça devenait carrément lassant. Il avait hâte de parvenir aux fermes. Peut être tomberai t'il sur des gens hospitaliers qui le laisseraient loger chez eux le temps que les choses se calment ? Il avait songé un temps s'arrêter pour la nuit, mais il avait aussi prit rapidement conscience que le froid mordant le tuerait à coup sur s'il se jetait dans les bras de Morphée. Marcher réchauffait son corps et le maintenait en vie. C'était devenu comme un automatisme, son cerveau fatigué n'intervenant presque plus. Il arriva devant une paroi verticale d'environ sept mètres de haut. Il avait le choix : soit il escaladait tout ça et se retrouvait immédiatement de l'autre coté, soit il faisait le tour, ce qui lui prendrait peut être plusieurs heures de plus, sans compter le fait qu'il risquait de se perdre. La première solution lui semblait la meilleure, en allant tout droit tout le temps il était sur de ne pas tourner en rond, et après tout ça n'était pas si haut que ça même s'il avait le vertige, et puis la paroi était jonchée de pierres auxquelles il pouvait s'agripper. Rodney s'aida d'un gros caillou pour atteindre les premières aspérités de la montagne et se hissa avec précaution toujours plus haut, prenant garde de ne pas poser le pied sur une roche trop instable. Il arriva doucement mais certainement en haut de la paroi et soupira, soulagé. Ca avait été un jeu d'enfant, vraiment. Maintenant il ne lui restait plus qu'à redescendre de l'autre coté, ce qui semblait plus facile étant donné que la pente était nettement moins raide. Enfin, si, quand même un peu, mais au moins elle n'était pas à pic. L'obscurité était trop épaisse pour qu'il puisse admirer le paysage et savoir vraiment où il avait débouché, mais avec un peu de chance il s'était nettement rapproché des fermes. Après avoir repris son souffle, il s'aida de ses pieds et de ses mains (qui n'étaient d'ailleurs pas au meilleur de leur forme) et commença à descendre. La fatigue et le froid aidant, son pied roula sur des cailloux et il perdit l'équilibre. Tout son corps se mit à rouler, rouler, heurtant les pierres et les rares plantes qui se trouvaient sur son chemin. Par réflexe, il se protégea le visage de ses bras et se recroquevilla, patientant jusqu'à ce que tout s'arrête. McKay avait mal partout, mais il était vivant. La descente lui avait paru durer toute sa vie. Son corps avait été arrêté dans sa course par le lit d'une fine rivière dont l'eau semblait tiède en comparaison avec la température de l'air. Il respira lentement, n'osant pas bouger et se remettant du choc. Il sentait son visage couvert de poussière, ses jambes et ses bras qui piquaient. Ca ne devait être que des blessures superficielles, même si quand il bougeait sa jambe droite il sentait que son genou avait quelque chose de pas clair. Il devait être déboîté. Son autre jambe, il n'arrivait plus à la bouger. Il sentait sa tempe qui lui piquait également, et le sang qui coulait de son nez. Il avait à plusieurs reprises sentit des pierres heurter sa tête. Avec le bol qu'il avait, il allait à coup sur mourir ici, d'une vulgaire commotion cérébrale. -Carson ! Appela t'il faiblement, l'état de son nez modifiant sa voix. Ce médecin de malheur n'était jamais là quand on avait besoin de lui ! Ca, pour draguer Pierre, Paul ou Jacques il y en avait du monde, mais pour l'empêcher de succomber à ses blessures... S'il voulait continuer sa route, il fallait que quelqu'un remette son genou en place, il ne pouvait pas le faire tout seul quand même ! Son dos était mouillé par la rivière, et avec le poncho qu'il portait ça n'était guère agréable. -Carson ! Recommença t'il, des lumières dansant devant ses yeux. Helkin ! J'ai besoin d'un médecin ! Avait-il une fracture de la colonne vertébrale ? Avec une chute pareille, c'était fort à parier. Il voulait juste rentrer chez lui. Pas dans sa cellule, non, sur Atlantis. Atlantis c'était chez lui. Et il retrouverait tous ces souvenirs fantômes, ses amis qu'il essayait de ne pas oublier, Carson, Elizabeth, Teyla, Radek, Ronon, et puis John. Il était sur que John ne lui en voudrait pas. Il ferait des efforts pour retrouver une vie normale et oublier ce cauchemar, les passes et les coups et les punitions. Il s'était interdit de penser à tout ça pour éviter de déprimer, mais maintenant il était libre, il allait s'en sortir. Il devait juste survivre à ça, et tout irait pour le mieux. Il attendit quelques instants que la douleur s'apaise. Il attendit presque une éternité. Puis il tourna la tête et bu un peu d'eau, appréciant la sensation de sa gorge desséchée enfin apaisée. Une saveur métallique se faufila sur ses papilles. Du sang dans l'eau ? C'était le Nil après le passage de Moise ou quoi ? Etait-ce son sang à lui ? Carson apparu et se mit à panser ses blessures, comme une silhouette sortant du brouillard pour le sauver. John sortit de l'eau, ses mèches mouillées collées sur son front, son t-shirt le moulant presque parfaitement. Il se pencha au dessus de lui et lui caressa les cheveux, soulevant délicatement sa tête pour la poser sur ses genoux. Il vit Ronon agenouillé à coté de lui et qui le regardait, et Teyla qui lui murmurait des paroles apaisantes, et Elizabeth, Radek, Jeannie... -Je t'interdit de mourir ici Mer' ! Ordonna t'elle. Je t'interdis de disparaître alors qu'on vient juste de reprendre contact. -Elle a raison Rodney, renchérit John. Tu ne peux pas nous laisser, qu'est ce qu'on ferait sans toi ? La cité a besoin de toi. J'ai besoin de toi. Il posa doucement les lèvres sur son front taché de sang et McKay ferma les paupières, appréciant la sensation. Une gifle brûla sa joue. Carson était penché au dessus de lui, de la colére au fond des yeux bleus. -Espèce d'idiot, ne t'avise pas de t'endormir ! Tu sais ce qu'est une commotion cérébrale, non ? -Il n'y arrivera pas, grogna Ronon. Il est trop faible, il a toujours été faible. -Il a raison Carson, murmura faiblement Rodney. Je suis trop faible, je n'aurais jamais du me laisser capturer dés le départ. J'aurais du m'évader plus tôt. Maintenant je suis sur que vous m'avez tous oublié. Une larme coula sur la joue de l'écossais, qui baissa la tête et s'éloigna de son patient. Le scientifique leva les yeux vers Sheppard, qui le regardait gravement. De l'eau coulait le long de son nez et de ses cheveux. -Et toi, après tout ça tu ne m'aimeras plus jamais. Ma vie est foutue de toute façon. -Alors c'est ça, vous abandonnez ? demanda Elizabeth. Vous imaginez toute la paperasse que ça va me faire ? On ne trouvera jamais votre corps ici ! -J'ai toujours été extrêmement original, ironisa Rodney. Tous reculèrent quand Teyla commença à chanter une de ses prières funéraires aux Ancêtres que le canadien avait toujours trouvé extrêmement ridicule. Il ne ferait pas l'ascension, il n'en était pas capable. Ca allait juste...juste finir. John l'embrassa sur les lèvres et partit rejoindre les autres dans le brouillard, reculant jusqu'à ce qu'à disparaître, le laissant seul et à l'agonie. La fin de sa vie aura été un monumental désastre. Il se laissa dériver vers le noir... ...Jusqu'à ce qu'une vive douleur à la jambe ne le réveille. Quelqu'un avait remis son genou en place, et pas de la manière la plus délicate possible. Des spectres de voix se glissaient jusqu'à son oreille, mais il était trop faible pour ouvrir les yeux. -Il a l'air d'être là depuis pas mal de temps, annonça une voix grave mais féminine. -Il est vivant ? demanda une voix étouffée par le bruit d'une radio. -Tout juste. Il nous faudrait un guérisseur, on n'ose pas le bouger pour ne pas aggraver ses blessures. Rodney tremblait. Son estomac lui faisait mal, tout tournait autour de lui. Mais il était toujours allongé dans la rivière, il sentait l'eau sur son dos. Il voyait la lumière du jour orangée à travers le rideau de ses paupières. -J'arrive avec un guérisseur de Marjovate et une civière, dit finalement la voix de la radio. S'il meurt pendant qu'on arrive, je vous tiendrais comme responsable, c'est clair ? -Très, Commandeur. Doit-on lui donner à manger ? -Le guérisseur dit qu'un peu de soupe ne lui fera pas de mal. Faites en chauffer. Mais surtout rien de solide. Apparemment, il n'allait pas mourir aujourd'hui. |