Chapitre 19 : La Vente Rodney fut étonné quand la petite carriole s’arrêta devant une rangée de cabanes métalliques qui lui firent penser aux toilettes du dix-neuvième siècle, entourées d’un sol finement grillagé sur ce qui lui apparaissait être des kilomètres, laissant entrevoir un trou. Un étrange brouhaha se faisait entendre, confirmant à McKay qu’il y avait effectivement de la vie en dessous. Derrière lui s’étendaient des montagnes poussiéreuses, aussi grises que le reste de ce désert très différent des alentours verdoyants du Stargate. Il avait du s’endormir pendant le voyage, pour changer si radicalement de paysage ils avaient du parcourir une distance affreusement longue. Il fut amené sans trop de douceur à l’extérieur de la carriole et grimaça quand ses pieds nus se posèrent sur les fines mais solides barrettes métalliques dont était fait le sol. -Bienvenue à Marjovate, la ville au ciel de plomb, annonça Tim Curry avec ironie. Le canadien sursauta quand il entendit un bruit sourd derrière lui. Il tourna la tête et vit arriver un groupe de 7 ou 8 personnes, traînant derrière eux une espèce de grand filet dans lequel se débattait de petits animaux que Rodney identifia comme étant les lapins locaux. Une des femmes du groupe poussa leur chargement dans l’une des cabanes en bois en ayant au préalable ouvert la porte et se casa elle même dans le petit réduit. Elle ferma la porte et un bruit mécanique se fit entendre. Quand ses compagnons ouvrirent la porte de la cabane pour se tasser à leur tour à l’interieur, elle avait disparu. Le scientifique en déduit alors qu’il se trouvait devant une rangée d’ascenseurs. -Goslu, ça fait cinq minutes que je t’attends, tu fais quoi ? Beugla Tim Curry avec mauvaise humeur. -Je verrouille la Kovdache, répliqua l’autre. -Verrouille-là plus vite, j’ai hâte d’en finir. Le soleil tapait fort sur la nuque de Rodney, qui essaya de ne pas penser aux conséquences d’une insolation. De toute façon, il n’allait pas rester là longtemps, si ? Goslu les rejoignit finalement et ils dirigèrent McKay vers l’un des ascenseur, se collant à trois à l’intérieur. Etouffé par les odeurs de terre et de transpiration, le canadien se mit à respirer par la bouche, en attendant que la longue descente dans les entrailles de la ville ne s’achève. Il sursauta quand le bas de l’ascenseur rencontra le sol et que les grilles s’ouvrirent sur des rues. Ca n’était pas une installation souterraine Genii classique, ça n’étais pas un bunker gris et humide rempli de quelques gardes à l’air morose. Marjovate puait et grouillait, des espèces de néons étaient accrochés aux murs extérieurs des maisons et ajoutaient de la lumière, parce que celle qui tombait du ciel grillagé avait le temps de s’estomper vu la distance à parcourir entre la surface et le toit des plus hauts bâtiments. -Marjovate est la ville la plus peuplée. Tripald est la capitale politique et Zourgaf est la capitale économique, là où vivent les riches, expliqua Tim Curry. Nous, pour toi on a besoin de beaucoup de monde… Une main se posa sur son épaule et la serra, imprimant sur la peau ses callosités à travers le t-shirt. Rodney grimaça et fut poussé vers l’avant, dans l’une des étroites rues de la ville. Toutes les rues semblaient piétonnes, dépourvue de charrette ou de ces petites carrioles dont se servaient les Genii pour se déplacer. Il se demanda comment ces gens pouvaient vivre ici, ne distinguant pas le jour de la nuit, respirant quotidiennement ces odeurs putrides. Il observa les vêtements des habitants et leur aspect général, en déduisant rapidement que le niveau de vie de devait pas être très élevé. Néanmoins dans son ascension vers le haut de la longue ruelle, McKay remarqua une ou deux fois des personnes un peu mieux habillées, avec peinte sur leur visage une mine dégoûtée. Ca sentait la classe moyenne qui s’encanaillait… Le brouhaha lui donnait mal à la tête et ses pieds nus supportaient mal le trajet. Il fut soulagé quand, à la fin de la ruelle, ses kidnappeurs l’arrêtèrent devant une petite maison et frappèrent à la porte. Une espèce de chatière au beau milieu de la porte s’ouvrit, laissant entrevoir un visage féminin. -C’est pour quoi ? demanda la jeune femme. -Une vente, répondit Tim Curry en empoignant le haut du t-shirt de John afin de secouer Rodney devant l’ouverture. -Vous n’êtes pas des soldats au moins ? Se méfia t’elle. -On porterai des uniformes si on en était, non ? La femme acquiesça et ouvrit la porte, intimant au petit groupe de la suivre. Ils furent emmenés dans la cour arrière de la maison et Rodney étouffa une exclamation de surprise. Sur environ 100 mètres sur 50 s’étendait un sol grillagé pareil à celui étalé à la surface, séparé du reste de la ville par d’autres maisons dont il voyait le dos. -Impressionnant, commenta Goslu. -Oui, comme l’armée ne rentre pas chez les gens, ils n’ont aucun moyen de savoir ce qui se cache au centre de ce pâté de maisons. -Ce sont les maisons des domestiques ? demanda le plus grand. -Oui, au moins nous ne trahissons pas le secret, puisque notre emploi en dépend… Byliag a été très astucieux quand il a construit le quartier. Le canadien baissa les yeux et essaya sans succès de voir ce qui se passait sous le sol grillagé. Décidément, les Genii étaient de grands amateurs de secrets et de souterrains, il se demandait comment ils avaient bien pu faire pour creuser aussi bas avec leur niveau technologique… Les bruits de la ville couvraient ceux de l’endroit caché derrière les maisons, mais il tiqua quand il entendit un son reconnaissable et pour le moins gênant qui s’intensifia avant de s’éteindre. Il pâlit. -Et par où rentre t’on ? demanda soudainement Tim Curry. La jeune femme ouvrit un placard et Rodney ainsi que ses ravisseurs se collèrent à l’intérieur. Elle ouvrit une petite boite accrochée au mur et pianota ce qui semblait être un code et l’ascenseur descendit dans les entrailles de la ville. Un sentiment d’angoisse tinté d’un soupçon de claustrophobie s’empara du scientifique, qui inspira profondément afin de s’en débarrasser. Ils arrivèrent finalement à destination et furent accueillis par deux gardes, à qui Tim Curry demanda où se trouvait la personne qui s’occupait des ventes. Ils lui indiquèrent une pièce à quelques centaines de mètres et Goslu poussa Rodney jusqu’à l’entrée de ladite pièce. Un homme grand aux yeux bicolores leur ouvrit. -C’est pour une vente ? -Oui. C’est lui, dit le brun en prenant Rodney par les épaules pour le présenter au chef des domestiques. Il leva un sourcil en voyant cet homme aux yeux bleus, un peu enrobé. Pas mal. Mais il ne devait pas être donné… -Il vient d’où ? -Nous l’avons capturé sur une autre planète. Lui même venait d’ailleurs, ne vous inquiétez pas, son peuple n’arrivera pas à le trouver ici, s’expliqua Goslu. -Je suis d’Atlantis ! Vous devez me relâcher ! S’emporta McKay. Nos peuples sont alliés, votre gouvernement sera heureux si vous me ramenez chez moi. Togbert sourit et s’approcha de son futur esclave, admirant de plus prés son visage. -Il n’y a rien de pire que le gouvernement, lui dit il en le regardant dans les yeux. Personne ne viendra te chercher ici. Accepte ce qui est et ça ira mieux pour toi… Le canadien fut parcouru de frissons et eut un mouvement de recul quand le chef des domestiques se mit à fouiller dans ses cheveux et à inspecter son visage. -Pas de poux, pas de maladie apparente… Je vais le soumettre à mon guérisseur avant qu’on ne puisse fixer un prix. Toi, dit il en direction de Rodney, déshabille toi. -Mais ça ne va pas ! Vous êtes complètement malade ! Paniqua le scientifique. -Il n’est pas très bien éduqué, commenta Togbert. Il fit un signe de tête en direction des gardes et après moult hurlements, McKay fut déshabillé contre son gré. Ce dernier, se cachant comme il pouvait à l’aide de ses mains, tenta de rentrer dans la pièce devant laquelle se tenait Togbert afin d’éviter les regards des gens qui traînaient dans le couloir. L’homme aux yeux bicolores le repoussa violement et Rodney s’étala par terre, plus humilié qu’auparavant. Exaspéré, le chef des domestiques demanda aux gardes de lui rendre ses vêtements, qu’il enfila en essayant de garder le peu de fierté qu’il lui restait. -Je demanderai à mon guérisseur de lui donner quelque chose pour qu’il se calme. Mais ses réticences, vous êtes bien conscients que ça va faire baisser le prix… dit Togbert en direction des ravisseurs de Rodney, qui le fusillèrent du regard. -Réticences à quoi ? demanda ironiquement McKay. Vous en connaissez beaucoup vous, des gens qui aiment qu’on les déshabille de force ?!? -Pourtant tu vas devoir t’y habituer… Rodney déglutit. Ca n’annonçait rien de bon… L’homme aux yeux bicolores posa une main sur son épaule. -Si tu veux survivre dans ce bordel, tu as intérêt à renoncer à ta fierté. Le scientifique se dit alors qu’il avait atterrit en plein dans un cauchemar. |