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CHAPITRE 18 : Changements en perspective

Chapitre 18 : Changements en perspective

Rodney avait du mal à ouvrir les yeux, enivré de trop de sommeil. Pourtant il sentait la main de Togbert derrière lui, cette main qui lui caressait le dos et les cheveux et qui ne le dérangeait même plus. Il avait appris à accepter ces mains légèrement baladeuses, un peu comme un animal domestique. Togbert ne le maltraitait pas, il s’occupait bien de lui et le laissait dormir dans son lit en attendant, tandis que lui dormait avec Byliag.

En attendant quoi ? Le scientifique se le demandait souvent. La mort du vieux tenancier, son mariage forcé avec le chef des domestiques où peut être la guérison complète de ses blessures… Non, Togbert n’avait jamais eu tant d’égards. Il devait juste être jaloux, et le maintenir enfermé dans sa chambre lui permettait de s’assurer que Rodney n’irait avec personne d’autre que lui.

En attendait, l’atlante essayait de profiter au maximum de cette attente étant donné que son alternative ne lui plaisait vraiment pas. Là au moins il pouvait dormir et essayer d’oublier. Ca faisait déjà plusieurs semaines qu’il dormait tout le temps.

Il sentit les doigts de Togbert caresser lentement la large cicatrice au dessus de ses reins, encore un peu sensible. Cela le fit sursauter et les doigts s’envolèrent, leur propriétaire soudain informé du réveil de Rodney. Il le retourna doucement sur le dos en le prenant par l’épaule et écarta les mèches de cheveux qui lui barraient le front. Des cheveux qui lui arrivaient au bas de la mâchoire alors qu’il les avait coupés court à son arrivée, il y a plus d’un an, et qui semblaient presque bruns dans la pénombre. La peau du prostitué semblait animée d’une lueur orangée, ses imperfections mises en relief à la lueur de la grosse bougie plate et disgracieuse qui trônait au dessus du lit, et dont le crépitement rendait l’atmosphère de la pièce un peu plus intime.

McKay s’aperçu que le chef des domestiques pleurait. C’était tellement étrange de voir son tortionnaire pleurer…

-Tu es réveillé ? demanda t’il d’une voix enrouée.

-Manifestement, répondit froidement le canadien.

Togbert renifla et ses doigts remontèrent le long du corps allongé, caressants la cicatrice dentelée que Rodney portait au cou. Une femme avec des ongles un peu trop longs à son goût.

-C’est Byliag. Helkin m’a dit qu’il allait bientôt mourir, murmura le chef des domestiques dans une moue douloureuse. Quelques jours tout au plus…

Rodney ne pu s’empêcher d’être désolé pour Togbert. Il lui avait consacré toute sa vie…

-Je vais rester avec lui. Je ne sais pas s’il m’entend mais je…je veut l’avoir avec moi jusqu’au bout. Je veux pas qu’il parte… ajouta t’il en redoublant de pleurs.

L’astrophysicien fronça les sourcils et serra les dents. Non, il n’allait pas le consoler. Même s’il souffrait, cet homme lui avait fait trop de mal.

-Et après ? demanda froidement Rodney après un temps.

-Après… Je prendrais sa place et tu prendras la mienne, répondit t’il d’un ton monocorde. Je t’apprendrais.

-Et pour ça on a besoin de se marier ?

Togbert le regarda en fronçant les sourcils.

-Je ne t’aimerai jamais autant que Byliag, mais c’est comme ça. Pourquoi, tu ne veux pas ?

-Je t’en prie ! dit Rodney avec une défiance non dissimulée. Prend quelqu’un d’autre, je suis sur qu’il y a des tas de types qui seraient ravis que tu les sorte de là… Moi j’ai du mal à supporter ta présence.

Sans crier gare, Togbert attrapa le visage de Rodney dont les joues étaient couvertes d’une barbe de plusieurs jours et l’embrassa avec une violence qui, si le principal intéressé n’avait pas amorcé un mouvement de recul, aurait pu lui casser une dent. Dégoûté, l’atlante essaya de le repousser avec ses poings, qui furent vite plaqués au dessus de sa tête. Il tenta alors de mordre alors cette langue qui l’étouffait, ce en vain, ladite langue démontrant une habilité étonnante à lui échapper tout en s’enfonçant dans sa gorge, lui donnant envie de vomir et l’empêchant de respirer. Il sentait son dos et l’arrière de son crâne s’enfoncer peu à peu dans le matelas, pressés par le corps du chef des domestiques au dessus de lui qui lui rappelait des souvenirs qu’il s’était efforcé d’oublier.

Aussi rapidement qu’il l’avait embrassé, Togbert se redressa, maintenant toujours les bras de Rodney immobilisés.

-Ca ne me plait pas plus qu’à toi, vociféra t’il le souffle court. Mais devoir composer avec tes états d’âme, je n’ai vraiment pas le temps pour ça !

-Lâche moi tu me fais mal ! Paniqua McKay.

- Mon mari va mourir, je vais devoir reprendre la direction du bordel alors même que Kolya vient de lancer une campagne anti-prostitution à cause d’un idiot d’artiste à la mode qui s’est mis dans la tête de dénoncer ça ! Je sais que tu n’en as rien à faire, mais je te demande de ne pas rendre la situation encore plus difficile.

-Kolya ?!? Demanda l’autre, ahuri.

Togbert le lâcha et enfouis la tête dans ses mains.

-Je ne sais pas comment je vais m’en sortir, cette brute profite de l’opinion publique, et si un artiste à la mode dit que la prostitution est répréhensible et que la prostitution forcée existe encore, Kolya va suivre son peuple pour le contenter, expliqua t’il. C’est un bon politicien.

-C’est surtout un malade ! s’écria Rodney. Je croyais qu’il n’était plus au pouvoir…

-Radim a du lui céder la place, il n’a jamais été aimé du peuple alors que Kolya est un héros national. Il a fait beaucoup pour nous, mais il fait ce que la majorité de la population veut. Et les Genii veulent en finir avec les bordels.

McKay frissonna. Si Kolya le trouvait, lui qui détestait les atlantes… Il risquait de finir en sandwich pour Wraith !

-Il ne faut pas qu’il vienne ici, commenta t’il avec effroi.

-Pourquoi, tu le connais ? demanda Togbert en se tournant vers lui.

-Oui, et lui et mon peuple ne sont pas très amis. La dernière fois que je l’ai vu, il torturait mon ami en se servant d’un Wraith…

Le chef des domestiques eut une expression compatissante. Tout le monde savait que les méthodes du commandeur Acastus Kolya pouvaient être impitoyables. Et si le bordel était découvert, c’était sur lui que pèseraient les retombées. Il pourrait très bien être exécuté.

Il frissonnât. Ca ne servait à rien de penser à tout ça.

-Je dois aller voir Byliag, dit-il après un temps. Il y a des fruits sur la table si tu as faim. Quand je reviendrais, je suppose que les choses seront différentes. Essaie d’adopter le bon comportement, tu es assez intelligent pour savoir ce qui est bon pour toi.

Il se leva et ouvrit la porte à l’aide de sa clef. Après un instant d’hésitation, il se tourna vers Rodney.

-Je vais demander à Berve de te laver. Profites-en pour lui dire au revoir, je ne compte pas le garder une fois que je serais tenancier.

-Quoi, tu vas le virer parce qu’on a eu le malheur de coucher ensemble une ou deux fois ? Siffla le scientifique.

-Je ne veux pas prendre de risque, expliqua calmement Togbert. Une fois mariés, tu me seras fidèle. Je te l’ai dit, tu n’auras plus à te vendre à n’importe qui…

-Non, seulement à toi.