Chapitre 17 : Le Voyage -Décides-toi, on approche de l’intersection. Tripald ou Marjovate ? demanda une voix masculine haut perchée. -Marjovate. Le gouvernement est à Tripald, et si une campagne anti-esclavage se pointe comme la rumeur le dit, les bordels n’en voudront pas autant qu’à Marjovate. -Vers le sud alors. T’es sur, hein ? -Fais ce que je te dis, s’exaspéra la voix plus grave. Tim Curry. Tim Curry et un autre avec une voix de castrat. Rodney soupira derrière son bâillon. Dire qu’il se ventait de ne pas être effrayé par Stephen King, maintenant le clown vengeur revenait le hanter (1). -On devrait lui donner à boire, dit le plus petit en continuant d’appuyer sur la manette qui permettait à la petite carriole d’avancer. On n’en tirera pas beaucoup s’il est tout desséché ! McKay leva les yeux au ciel. Après plusieurs heures de voyage harassantes, enfin ils y pensaient ! Et même si tout ce vocabulaire monétaire ne lui prédisait rien de bon, la perspective de quelques gouttes d’eau lui redonna de l’espoir. Tim Curry (enfin, son sosie) le redressa et lui enleva le bâillon. Rodney ouvrit et ferma la mâchoire plusieurs fois, constatant que les commissures de ses lèvres étaient intactes. Un verre métallique remplit d’eau fut glissé entre ses lèvres et il but avidement, déshydraté par le parcours rendu chaotique à chaque fois que la carriole passait sur un caillou et par toutes ces émotions. -Qu’est ce que vous allez faire de moi ? demanda t’il avec un timbre plus roque qu’il ne l’aurait voulu une fois le verre vide. -Te vendre. Et tu n’as pas vraiment le choix… Le scientifique couina de surprise. Bon, il s’en doutait un peu, mais la confirmation était quand même un peu dure à avaler. Ces idiots allaient le vendre comme de la vulgaire marchandise ! Savaient-ils au moins ce qu’il représentait ? Il était le cerveau de la galaxie Pégase, sans lui on pouvait être certain que la menace Wraith ne serait pas éliminée de sitôt ! -Pourquoi moi ? -Regarde toi dans un miroir, répondit simplement le pilote à la voix aigue. On avait besoin de leur fournir quelqu’un, on t’a repéré, fin de l’histoire. Tu n’avais qu’à pas de déshabiller devant une fenêtre à la vue des passants… L’atlante rougit malgré lui. Ca avait tout simplement été une des situations les plus humiliantes de toute son existence, pourtant remplie de situations plus humiliantes les unes que les autres. Comme quand cette brute épaisse lui avait piqué ses vêtements en cours de sport, quand il était encore au lycée. Mais ce qui l’embêtait, voire le vexait, c’était qu’on puisse l’attaquer pour son corps plutôt que pour son esprit. Quelle sorte de crétins étaient ces gens ? La carriole le secouât encore et il distingua vaguement à travers le pare-brise crasseux une espèce de blason représentant des barres blanches horizontales et verticales sur un fond noir, fièrement posé au dessus d’un panneau avec dessus quelque chose d’écrit. En Genii. -Où va-t-on ? demanda Rodney, un peu paniqué. -T’es sourd ? On va à Marjovate, bougonna le plus grand. McKay fronça les sourcils. Ce nom lui disait quelque chose en fin de compte… Oh-mon-Dieu ! -La deuxième ville Genii ? Mais ce n’est pas possible, on n’était pas sur une planète Genii ! -On a passé la porte des ancêtres pendant que t’étais évanoui espèce de débile, répondit Tim Curry avec dédain. Mais enfin, Goslu, tourne à gauche !! Tu veux aller où là, dans le désert ? Le type à la voix aigue soupira avec mauvaise humeur et tira sur une drôle de manivelle, puis la carriole tourna brusquement. Sur l’espèce de pare-brise à l’avant, Rodney pouvait voir se dessiner un chemin de poussière. -Ecoutez, mon peuple a un accord d’amitié avec les Genii. Vous devez me relâcher ! Argumenta le canadien. Je suis d’Atlantis, vous comprenez ? -Ouais, mais nous on est pas Genii, on bosse juste pour eux, alors t’auras beau dire tout ce que tu voudras… Goslu, accélère, t’as peur d’écraser un insecte ou quoi ? Le bâillon fut remis à Rodney malgré ses protestations et il fut recouché sans trop de délicatesse sur la banquette. Bientôt, il n’eut plus d’autre choix que de se perdre dans la contemplation du paysage en se creusant la cervelle afin de trouver un moyen de se sortir de ce pétrin. Peut être que quand ses tortionnaires allaient le sortir de la carriole… Non, il y aurait sûrement d’autres personnes. Des Genii. Peut être qu’il aurait simplement à s’expliquer avec eux, à leur expliquer la situation pour qu’ils réalisent que c’était une méprise et qu’ils devaient immédiatement le renvoyer sur Atlantis. Il dirait à Elizabeth de conseiller au gouvernement Genii de stopper le trafic d’être humain, ce n’était vraiment pas civilisé. Et puis il retrouverait John. McKay baissa la tête et respira les odeurs qui émanaient du t-shirt de John. Il était un peu à l’étroit dedans, mais c’était un peu comme si Sheppard le serrait dans ses bras. Quand il rentrerait, ce serait la première chose qu’il ferait : le prendre dans ses bras. Bon, pour l’embrasser évidement, il attendrait d’être à l’abris des regards, mais un câlin amical ça n’avait jamais choqué personne. De toute façon, il doutait fortement de sa capacité à se retenir d’enlacer le militaire s’il se présentait devant lui là tout de suite maintenant. Au bord des larmes, il renifla et leva la tête, se concentrant sur le paysage. Pleurer devant ses kidnappeurs, ça faisait vraiment fillette, et il voulait être pris au sérieux. Il n’était pas du genre à se laisser faire, ah ça non, tout Atlantis pouvait en témoigner. Et puis dans les films, les héros ne pleuraient jamais lors des prises d’otages et autres situations désespérées. °°°°O°°°° (1) Tim Curry a joué le clown dans l’adaptation télévisée du roman « Ca » de Stephen King. Et apparemment, le film a traumatisé plus d’un enfant ! C’est l’histoire d’une méchante créature qui tue sous la forme d’un clown avec de grandes dents pour résumer… °°°° |