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CHAPITRE 14 : Respire

Chapitre 14 : Respire

L’air passait de moins en moins bien à mesure que le rythme s’accélérait. Les bras en croix, il essayait de reprendre son souffle tandis que son client se perdait en coups de reins et gémissements pré orgasmiques, ses mains maintenant les hanches de Rodney en place.

- Je…j’arrive jamais à ça avec ma femme ! S’enthousiasma l’homme, la respiration hachée par l’effort.

Rodney voulu lui dire quelque chose de bien sentit genre « Sans blagues Einstein, pourquoi tu serais là sinon ? Tu t’es juste trompé de sexe à la mairie… », mais la phrase ne franchit jamais le seuil de ses cordes vocales douloureuses, qui semblaient brûler à cause du manque d’oxygène dans son organisme. C’était tout juste s’il arrivait à faire sortir ses gémissements de…oui, c’était bien du plaisir. Il ne se souvenait plus de la raison pour laquelle il avait accepté de coucher avec ce type. Peut être parce qu’il ne paraissait pas être un pervers ou un dangereux psychopathe, parce que sa physionomie inspirait la confiance. Parce que son visage n’était pas trop laid. Ou parce que Rodney en avait assez de se battre constamment.

Quand il avait accepté, il était loin de se douter que son client était un voleur d’oxygène. Il allait trop vite, il n’avait pas le temps de reprendre sa respiration. Il sentait ses poumons se consumer et son esprit devenir brumeux entre deux vagues de plaisir.

Finalement le client se retira non sans lui avoir fait profiter d’un petit souvenir fait maison, sans que l’air ne lui revienne. Le type s’allongea contre lui et sa main caressa sa poitrine encore sensible. Il détestait ces pères de famille pleins de bons sentiments qui essayaient d’instaurer un semblant d’intimité avec lui. Il n’était pas là pour épancher leur peine ou remplacer sexuellement et affectivement leurs femmes, il était juste une alternative vivante à la masturbation ! Ne pouvaient-ils pas comprendre qu’il n’en avait rien à faire de leurs excuses, de leurs marques d’affection superficielles ou de leurs états d’âme ? Il était juste un corps, pourquoi se souciaient-ils de ce qu’il ressentait ?

-Ca va aller ? demanda le client, soudain inquiet du rythme cardiaque et respiratoire du prostitué.

Rodney secoua la tête en signe de négation. Ca n’allait pas du tout. Ils avaient cessé tout mouvement, mais l’air ne voulait pas revenir. Il avait l’impression que sa gorge s’était resserrée, qu’elle empêchait l’air de pénétrer dans ses poumons.

-Voulez vous que j’aille chercher quelqu’un ?

McKay acquiesça et le client se rhabilla rapidement avant de débouler dans le couloir en criant qu’un tapin avait besoin d’aide. Rodney le traita mentalement d’idiot et porta la main à son cœur quand celui-ci devint douloureux. Il n’allait quand même pas mourir maintenant ?

Il vit le visage hagard de Liovanido au dessus de lui. Il avait du attendre son tour derrière la porte, le scientifique se rappela qu’ils avaient un tableau à finir. Il venait tous les cinq jours, et ce depuis deux ou trois moins. Cette présence familière le rassura.

-Respirez Rodney, doucement, dit il en lui prenant la main. Ne paniquez pas, tout va rentrer dans l’ordre, votre client est partit chercher un guérisseur.

Il tenta de suivre ses conseils. Inspirer, expirer… Bon sang, c’était un génie et il n’était pas capable de faire ça correctement ?

- Ne vous affolez pas, essayez encore. Respirez avec moi.

Le client de l’atlante revint précipitamment, arguant que le guérisseur lui avait ordonné de lui apporter Rodney.

Avec un juron poli (sa spécialité), Liovanido saisit McKay par les aisselles, demandant au client de prendre les jambes.

-Restez avec moi Rodney, souffla le peintre en rabattant le drap sur le corps de son ami. Concentrez vous sur votre respiration, et surtout ne paniquez pas.

Le scientifique paniqua malheureusement quand sa vision s’assortit de petits points blancs. Il savait que s’il s’évanouissait il avalerait probablement sa langue et finirait ad patres, ce qui n’améliora pas la situation.

Ils arrivèrent finalement dans l’antre d’Helkin qui leur indiqua une paillasse sur laquelle poser le patient. Il demanda à Liovanido de relever la tête de Rodney afin de lui faire boire une décoction de plantes, censées l’aider à se relaxer.

-Qu’est ce que c’est ? demanda soudainement Liovanido.

-Vous êtes guérisseur ? répondit abruptement le vieil homme.

-Non, mais je suis ashmatique. Il faut lui faire inhaler des vapeurs de Tumas.

Helkin secoua la tête en signe de désapprobation. De quoi ce mêlait donc cet homme ?

-Rodney n’est pas ashmatique, dit il en tentant en vain de faire boire son patient, incapable d’avaler. C’est juste une crise de panique.

- Non, navré monsieur mais je sais reconnaître une crise d’ashme, il a besoin de Tumas. Vous en avez ?

Devant le manque de réponse du guérisseur et l’urgence de la situation, le peintre chargea le client de soutenir le canadien et se mit à la recherche de sa plante parmi les flacons trônant sur les étagères chargées de poussière.

-Qui êtes vous d’abord ? Grogna Helkin

- Le client suivant, répondit l’artiste tout en cherchant.

- Vous feriez mieux de repartir, il n’est pas en état et ne le sera pas avant un moment…

Liovanido poussa un petit cri de victoire en exhibant son flacon de Tumas nouvellement retrouvé. Il en choisis un brin et en alluma une extrémité à l’aide d’une bougie. Puis, il fit inhaler la fumée s’échappant de la plante à Rodney.

-Je ne suis pas là pour abuser de lui monsieur, et je ne puis que me sentir offensé si vous me trouvez le profil de pervers.

-Il n’y a pas de visage typique pour les proxénètes, bougonna Helkin.

Ce dernier fut vexé de voir que le traitement du peintre marchait sur Rodney, qui commençait à se relaxer et à respirer.

-Et vous, qui êtes vous ? demanda t’il à l’attention de l’autre homme.

- Euh…le client. Mais je vous jure, je n’ai rien fait de particulier pour qu’il soit comme ça, ajouta t’il rapidement. On a juste fais l’amour, mais il n’a pas réussis à récupérer…

-Il était d’accord ou vous l’avez forcé monsieur ? demanda Liovanido, ses yeux clairs soudain assombris par la colère.

-Ca n’a pas d’importance, rentrez chez vous et essayez de ne pas trop vous vanter de vos exploits. Merci de votre aide.

Le client obéis aux ordres d’Helkin, qui fut transpercé du regard par l’artiste.

-Alors pour vous monsieur, Rodney n’as pas d’importance ? Constata amèrement le désormais hostile Liovanido.

-Bien sur que si, mais avez-vous la plus petite idée de l’endroit dans lequel vous êtes ? Lança le guérisseur avec dédain.

-STOP !

La voix éraillée de l’atlante avait résonné dans toute la pièce, attirant l’attention de ses occupants.

-Arrêtez de me couver en vous disputant. Ou de vous disputer en me couvant, peu importe…

Les deux hommes d’age mur se jetèrent sur leur protégé pour lui demander s’il allait mieux, si tout allait bien et la raison pour laquelle il leur avait fait une peur bleue. Sitôt rassurés, les deux Genii se perdirent une fois de plus dans un silence malsain.

-Liovanido, tu pourrais revenir demain pour ton tableau ? Je serais plus en forme qu’aujourd’hui, s’expliqua Rodney.

-Un tableau ? demanda Helkin, surpris.

-Oui, je suis peintre, Rodney est mon modèle. Vous n’avez pas entendu parler de moi ?

Le guérisseur haussa les sourcils, surpris. Il avait vraiment l’air d’un amateur d’art ?

-Enfin bref, dans une semaine j’ai une exposition dans la capitale, et il y aura deux tableaux représentant Rodney, une sorte de mise en perspective de la beauté et une critique de la politique du gouvernement, continua l’artiste. Je peux vous inviter si vous le souhaiter.

-Je ne vais pas me déplacer à Tripald pour voir un tableau de Rodney alors que je le vois tous les jours…

-Vous préférez peut être encourager la prostitution ? demanda Liovanido d’un ton acerbe, personnellement j’ai toujours trouvé ça extrêmement vulgaire.

McKay soupira, lassé de toutes ces piques. On aurait dit lui et Sheppard au début de l’expédition, avant qu’il n’y ait quelque chose entre eux.

Le canadien secoua la tête vivement quand une vision d’Helkin embrassant Liovanido derrière une fougère lui traversa l’esprit. C’était ré-pu-gnant.

-Bientôt vous allez me dire que le sexe est vulgaire ? demanda le vieil homme, ahuri.

-Bien sur, il n’y a rien de plus trivial que la reproduction et la recherche du plaisir corporel. Le sexe détourne notre esprit de sa contemplation et de sa compréhension, de la beauté du monde. Il nous assimile à des animaux.

-Rodney, tu l’as trouvé où ton énergumène ?

Le scientifique éclata de rire. La rencontre de ses deux amis faisait comme un choc des cultures à l’intérieur d’une même culture.

-Laisse-le, demanda t’il doucement, il a sa conception des choses et tu as la tienne. N’attaque pas ses choix si tu ne veux pas qu’il insulte tes petits-enfants.

-Mais ça vous apporte quoi au juste de vivre dans la retenue comme ça ? Lança Helkin à Liovanido, curieux.

Rodney le foudroya du regard.

-Je n’ai pas besoin de me retenir, je n’ai pas de désir pour les autres. Je suis la preuve vivante que l’on peut contourner son instinct animal et vivre en parfaite harmonie avec son esprit, débita l’artiste, rêveur.

-Je dirais plutôt que vous êtes asexué et que vous essayez de composer avec ça moi…

- Dites, vous ne pourriez pas arrêter ? Cria McKay, exaspéré. Je suis exténué, et si c’est possible j’aimerai me reposer un peu avant de reprendre mon travail trivial et, je le rappelle, obligatoire !