CHAPITRE 13 : L'Auberge

Chapitre 13 : L’auberge

Sitôt l’exploit viril de Rodney terminé, John avait contacté Ronon et Teyla afin de leur indiquer le chemin qu’il fut préférable de prendre. Lui et son cher et tendre les avaient attendus à coup de « je te tiens la main et t’embrasse mais au moindre bruit on se sépare », jouant quelques fois les GPS auprès de Teyla et Ronon. Finalement, ils reprirent la route tous les quatre, se dirigeant d’un pas rapide vers la source d’énergie.

Ils arrivèrent une poignée d’heures plus tard près d’un village de taille respectable. De petites habitations individuelles contrastaient avec ce qui semblait être des bâtiments publics. Le tout était d’une couleur oscillant entre le gris et le marron, ce qui fit dire à Rodney qu’ils étaient tombés sur une planète peuplée de gens dépressifs. Néanmoins, il se rendit bientôt compte qu’il n’y avait non pas une mais de multiples sources d’énergies, environ une petite dans chaque bâtiment. Un voile de déception passa sur les yeux de McKay.

-On a fais tout ce chemin pour des batteries de téléphones portables ?!?

- Ces gens ont des téléphones portables ? S’enquit Sheppard en fronçant les sourcils.

- Bien sur que non, enfin colonel ! Répondit le canadien, exaspéré. Ce que je veux dire c’est que ce sont de très faibles sources d’énergies, mais qu’elles sont nombreuses.

Lassé, Ronon s’assit sur un gros caillou et entreprit de nettoyer son arme. John força un sourire sur son visage, souhaitant remonter le moral de son équipe.

-On a qu’à aller faire connaissance avec les autochtones…

- Oh, oui, tant que vous y êtes demandez leur s’ils ont à manger, je meurt de faim, se plaignit Rodney. Et en plus j’ai les pieds en compote.

- Hey ! J’ai dit « on va aller faire connaissance », je ne parlais pas que de moi ! Allez, debout tout le monde ! De toute façon, ça ne servirait à rien de rebrousser chemin maintenant, la nuit ne va pas tarder à tomber…

Son équipe s’exécuta en bougonnant et le suivit à l’intérieur d’une grande bâtisse équipée de larges fenêtres vitrées allant jusqu’au deuxième étage. La pierre sentait le sable, et le matériau rappela à Sheppard les maisons rudimentaires en Afghanistan, dont les murs empêchaient la chaleur de rentrer. L’intérieur de la bâtisse dénotait une certaine richesse. Des tentures vertes couvraient les murs, décorées ça et là par des jambons. De grosses lampes ovales tombaient du plafond, diffusant une lumière incertaine. Des tables de bois sombre étaient disposées en cercle, près d’un étal de nourriture derrière lequel sévissait une jolie fille d’une trentaine d’années qui jurait comme un charretier.

Pas de doute, c’était bel et bien une auberge.

-Bonjour, nous sommes des voyageurs. On vient de très loin et nous aurions besoin d’un abri pour la nuit, commença le militaire, avant que Rodney ne lui chuchote à l’oreille qu’il n’avait pas besoin de se la jouer « Vierge Marie enceinte du Messie jusqu’aux dents » pour trouver où dormir.

-Bienvenue ! Répondit poliment la fille, dont le ton s’était adouci. Vous avez de l’argent ?

- Je craint que votre devise ne soit indisponible dans nos porte-monnaie respectifs, lança McKay.

L’hôtesse poussa un petit « oh » embêté, ce qui inquiéta Sheppard.

-Mais nous pouvons vous offrir autre chose en échange !

- D’accord, une nuit avec toi et vous pouvez dormir ici et manger à l’œil tous les quatre, répliqua la jeune femme avec un clin d’œil.

Ronon et Teyla pouffèrent de rire tandis que Rodney s’était lancé dans la parfaite imitation du lama furieux. Encore un peu et il crachait sur l’aubergiste.

- Désolé ma jolie, mais je porte une maladie vénérienne très rare, ce serait pas vous rendre service, répliqua John tout en tentant de contenir Rodney à coup de coudes.

- Que voulez vous me donner alors ? J’ai besoin de rien moi ! S’emporta l’hôtesse.

Les quatre compagnons se regardèrent, pensifs.

-Rien a réparer ? demanda soudainement Ronon.

-Ah si. Maintenant que tu le dis, mon système d’éclairage a de gros défauts, les lampes clignotent tout le temps.

-Eh bien voilà ! S’enthousiasma Sheppard. Rodney, à vous l’honneur !

Après un temps de réaction considérable, le scientifique suivit l’aubergiste en râlant et en traitant son équipe d’esclavagistes ne se rendant pas compte de l’étendue de son génie. Il n’était pas électricien !

Une fois le système électrique réparé et amélioré par Rodney, tous purent se nourrir correctement et bénéficier de deux chambres, chacune pourvue d’un lit double. Evidemment, Sheppard composa les « équipes » pour dormir de façon à être avec McKay. Sheppard et McKay.

-Embrasse-moi, avait demandé l’un une fois la porte de leur chambre fermée. Une chambre moyennement grande, équipée d’un lit de draps blancs et d’une penderie sur le mur opposé, le tout éclairé par de petites lampes à huile rectangulaires disposées un peu partout. De grandes fenêtres illumineraient la pièce quand il ferait jour, mais pour l’instant elles ne laissaient passer que les rayons de lune.

Sheppard embrassa McKay. Et comme au ralentit, quelques doutes se cassèrent en lui, l’inhibition s’envola, l’intimité naquit. Ou peut être avait-il juste oublié tout ce que cela impliquait, tout ce qu’il pouvait perdre. Le désir remplaça la peur, la luxure poussa le risque au bord du lit où celui-ci se brisa en mille morceaux.

Sheppard en avait envie depuis tellement longtemps. De cette odeur, de ces formes, de cette voix. De McKay tout entier.

Ce dernier le poussa sur le lit, et sans le rejoindre commença lentement à se déshabiller, son corps bloquant la lumière de la lune, faisant comme une ombre menaçante sur le lit. McKay sous ses airs de jeune fille effarouchée était bien un homme. Est-ce que c’était si grave que ça ?

Sheppard sentit son cœur se serrer et se poussa un peu, pour laisser McKay le rejoindre et l’embrasser. Il ne savait pas trop où placer ses mains sur ce corps trop large.

Il n’avait pas vraiment su quoi faire quand McKay l’avait déshabillé. On ne l’avait jamais déshabillé avec autant de tendresse. C’était tellement différent de tout ce qu’il avait imaginé, de tous ses fantasmes nouveaux qui s’étaient tissés dans sa tête quand ils s’étaient rencontrés.

Sans comprendre comment, ils s’étaient retrouvés sous les draps, Rodney au dessus de lui, sa tête se perdant dans les plis de coton. Ses mains un peu partout sur lui. Et soudain, son cœur qui s’accélère.

-Rodney…je…j’ai jamais…

-Je sais, avait murmuré Rodney dans un souffle, avant de se pencher sur lui pour l’embrasser en le serrant contre lui.

La peur et l’envie qui se mêlaient, ça n’était jamais arrivé. Le tout saupoudré d’amour. Au bord de la crise cardiaque.

-Tu as peur ? Avait demandé Rodney en fronçant les sourcils.

Il avait acquiescé, un peu gêné.

- On peut encore attendre si tu veux.

- Non Rodney. Je t’aime.

Ils avaient sourit. Ils étaient en train de s’embrasser quand on avait toqué à la porte. Bien sur, au début ils ne l’avaient pas remarqué.

Puis les coups s’étaient fais plus violents, le bois cogné avait résonné dans toute la pièce.

Une urgence ? Un problème avec Ronon ou Teyla ?

John s’était lentement dégagé de l’étreinte du scientifique en lui expliquant brièvement qu’il en avait pour une minute et qu’il devait rester tranquille. Il avait rabattu les draps au dessus de son corps maintenant immobile et avait enfilé son caleçon et un t-shirt, pour faire croire à son visiteur qu’ils dormaient bien tranquillement. Il avait ouvert la porte, réalisant soudain que sa bouche devait porter les traces des baisers de Rodney, et que ses efforts ne feraient sûrement pas illusion. Au diable tout ça, au diable l’armée. Il voulait juste retourner dans ses bras.

Il avait ouvert la porte, sans savoir ce qui se trouvait derrière. Il avait ouvert la porte comme on ouvre toutes les portes, machinalement, sans réfléchir. Sans se rendre compte qu’on pourrait bien un jour ouvrir la boite de Pandore. Sans se rendre compte qu’un petit acte quotidien comme celui-là pourrait avoir des répercutions sur notre vie entière ou celle des autres. Chaque minute de notre vie pourrait être une souffrance. Chaque année pour une poignée de secondes. Chaque seconde pour un acte irréfléchi. Chaque jour.

Et le cauchemar avait commencé.