Chapitre 12 : A la force de tes bras -Alors ça Rodney, ça sert à rien du tout, sauf à te rendre ridicule. -Je sais très bien que tu n’as aucune notion de ce qu’on appelle un film de Kung-fu, siffla McKay, les joues rougies par l’effort, mais c’est un mouvement très répandu. -Ca ?!? S’exclama Erian, ça pour moi c’est de la danse. Non seulement tu n’arriveras jamais à toucher quoi que ce soit avec un coup de pied aussi haut, mais en plus il suffit que l’adversaire attrape ta cheville pour que tu te retrouves par terre. L’intéressé soupira bruyamment, puis se rangea à l’avis du jeune homme. Après tout, il n’était pas Bruce Lee, et aux dernières nouvelles Bruce Lee n’avait jamais tenté de se battre avec une bonne dizaine de kilos en trop. Autant se cantonner aux prises de self-défense qu’Erian tentait de lui enseigner (si on considérait qu’un coup de poing en plein centre du visage constituait une prise de self-défense). -Alors le type qui approche, imagines qu’il fait deux têtes de plus que toi. Tu fais quoi ? - Je me sauve… tenta Rodney, tout en sachant pertinemment que ce n’était pas la réponse attendue. - Ah, oui, dans une pièce minuscule et close ! Soit ta cellule est complètement différente de la mienne, soit tu deviens vraiment idiot à force de rester ici. Le canadien serra et desserra les poings plusieurs fois, tentant de se contenir. Erian devenait vraiment désagréable quand il décidait de se la jouer « adolescent je sais tout ». -Tu vises bas ! S’exclama le garçon, exaspéré par la bêtise de son élève. De préférence là où ça fait mal. - Corriges moi si je me trompe, mais le type ne va pas être très content après ça…et moi je serais toujours dans une pièce sans sortie possible. -Ouais, mais tu ne fais pas que ça, tu l’achèves ! Ajouta Erian, un petit sourire sadique flottant sur les lèvres. McKay leva les yeux au ciel. L’adolescent le plaça sans ménagement en face de lui, et mima un coup de genou à l’entrejambe. Puis, il fit se baisser Rodney, lui sauta sur le dos en simulant des coups de poing au visage. -Je vais avoir un lumbago si ça continue, grogna le scientifique en tenant de se débarrasser de son ami. -Tu sauras comment te défendre au moins, argumenta l’autre en riant. - Je fais pas 35 kilos comme toi Erian, je vais pas sauter sur le dos d’une armoire à glace ! - Je ne fais pas 35 kilos ! Protesta le jeune homme. - D’accord, 36, taquina l’astrophysicien en renversant son interlocuteur sur le sol. Le rire d’Erian remit du baume au cœur de Rodney. Ce petit bonhomme ne riait pas souvent, il était même du genre plutôt cynique, un peu comme le canadien à son age. Cynique, blasé et moqueur. Sauf que lui avait plutôt de bonnes raisons de l’être. De ce qu’il lui avait raconté, il avait été capturé par le bordel quelques mois avant lui. 17 ans, plutôt petit et mince, de grands yeux marron et des cheveux noirs qui partaient en bouclettes quand ils étaient longs. Erian se prostituait volontairement depuis l’age de 15 ans, mais un jour un client l’avait embarqué et l’avait vendu au bordel. Il avait expliqué à Rodney que ce métier, quand il l’exerçait en toute liberté, était plutôt plaisant et pratique : Erian s’était enfui de chez ses parents pour échapper à leur autorité et avait besoin d’argent. Il était assez beau et avait surtout beaucoup de charme, une pudeur très limitée et déjà quelques conquêtes au compteur. Devenir tapin quand il avait besoin d’argent lui avait paru l’évidence même. Le scientifique avait pris du temps avant de comprendre Erian. Ca n’était pas la même culture, pas la même mentalité, pas les mêmes tabous. Chez les Genii, l’homosexualité était traitée sur le même pied d’égalité que l’hétérosexualité (en fait ils ne faisaient même pas la différence) et la prostitution était un métier comme un autre. Le sexe était lui aussi un acte comme un autre et n’était chargé d’aucun tabou. Le seul tabou chez les Genii, c’était la servitude et la faiblesse, l’un découlant de l’autre : les Genii ne supportaient pas l’échec et l’infériorité, pour eux un perdant n’était même plus considéré par la société comme un homme. Pas d’entraide, pas de charité, c’était chacun pour soit et l’Etat pour tous. Erian, avant d’acquérir le statut d’esclave, aurait donc été considéré par la société Genii comme un adolescent semblable à une quantité d’autres adolescents, et son style de vie n’aurait choqué personne. Mais ça c’était avant de devenir un faible, un perdant, un prisonnier. Maintenant, Erian, Rodney et tous les autres (même Togbert) étaient des moins que rien. -Rodney ? demanda finalement Erian en fermant les yeux, se reposant allongé sur le sol. - Oui ? répondit Rodney en se massant le dos. - Tu crois qu’on sortira un jour ? L’intéressé soupira en haussant les épaules. A dire vrai, il était là depuis presque un an maintenant, il commençait à perdre espoir. Il s’était rendu compte du temps passé là quand Helkin lui avait parlé de la grande fête de l’Etat, organisée tous les ans. Les employés étaient alors en congé pour toute la journée, chose très rare chez les Genii. La grande fête de l’Etat avait eu lieu pas longtemps après son arrivée. Il s’en souvenait parce qu’il avait eu une espèce de dérangement gastrique à cause de la bouillie infâme de la cafétéria, et qu’il avait du attendre deux jours entiers avant d’être soigné. Bien sur, il s’était également rendu compte que ses cheveux avaient poussés, lui arrivant aux épaules. Il aurait voulu les couper, néanmoins Togbert le lui avait interdit : cela lui allait bien. Et même si à cause de l’absence de miroirs Rodney ne pouvait pas trop savoir si c’était vrai ou non, il avait le sentiment qu’il lui fallait les raccourcir, afin de peut être un jour être reconnu d’un client allié des Atlantes, afin de peut être un jour rentrer chez lui. -Je crois que j’accepterais de faire la paix avec mes parents si je les voyais, annonça rêveusement Erian. - De toute façons les miens sont morts… - De toute façons tu n’es qu’un vieux croûton, taquina l’adolescent. Le vieux croûton en question accueilli la remarque à coups de couverture dans la tête. -Tu dis tout le temps qu’avant d’être capturé, tu étais un super génie ! Alors pourquoi tu ne trouves pas un moyen de nous sortir d’ici, demanda soudain Erian, son ton ayant changé. -Il y a des gardes partout, des barreaux aux fenêtres et pas de système d’aération. Il n’y a aucun moyen de sortir. -Ce McGyver dont tu me parlais, je suis sur que lui pourrait nous libérer, bougonna le jeune homme. Le canadien ne pus réprimer un petit rire à la fois tendre et moqueur. - McGyver est un personnage de fiction, je te l’ai déjà dit. C’est une histoire inventée… - N’empêche, il serait plus fort que toi s’il existait ! Insista l’adolescent. - A ce moment là, compares moi à Batman, soupira son interlocuteur. - Tu l’aimes Batman, hein ? Rodney gloussa. C’était dingue, partout dans l’univers, les gosses aimaient les histoires de héros, de ses hommes extraordinaires qui pourraient les sauver. Note : même lui, qui se considérait maintenant comme un adulte, adorais les comics. Il se promit que si un jour il revenait sur Atlantis, il ramènerait à Erian quelques comics. Ses pensées furent interrompues par l’entrée de Berve, le garde préféré de Rodney. Ou plutôt le garde qui préférait Rodney. Il le laissait voire Erian et faire quelques choses par ci par là normalement interdites aux prisonniers, et cela en échange de rien du tout. Il lui avait juste dit qu’il était amoureux de ses yeux. Bien sur, cela avait dérapé une ou deux fois dans la cellule du scientifique, mais ça avait été de sa faute. Quelques fois, il avait besoin d’affection, et pas seulement de sexe pur et dur, et par-dessus le marché forcé. Berve n’était pas désagréable à regarder, et puis il était surtout très gentil. Berve était juste un peu idiot. Rodney ne profitait pas de ça pour lui causer de problèmes, mais c’eut été facile. Berve lui rappelait le Larry des Souris et des Hommes de Steinbeck, qu’il avait lu au lycée. Il n’aurait pas fait de mal à une mouche, il obéissait aux ordres sauf quand il n’en avait pas envie. Il avait sûrement été embauché à cause de sa taille impressionnante et de ses muscles, plutôt dissuasifs en cas de mutinerie. -Tu devrais aller te laver Rodney, j’ai vu Togbert qui traînait prés d’ici, il ne faut pas qu’il nous voie, annonça presque timidement le garde d’une voix grave. - Ok, merci ! répondit le scientifique d’un ton enjoué. Il octroya une tape amicale dans le dos d’Erian et rejoint Berve dans l’embrasure de la porte. Il le regarda quelques secondes dans les yeux, constatant avec amusement que cela faisait toujours rougir les oreilles et les joues du garde. C’était en quelque sorte sa récompense. -J’aime tes yeux Rodney. - Je sais, répliqua l’autre dans un sourire, moi aussi c’est la seule partie de mon corps que j’aime. Berve se mordit la lèvre inférieure et posa la main sur l’épaule de Rodney avec une infinie douceur. -Moi j’aime tout, annonça t’il d’un ton catégorique et néanmoins timide. Ce fut au tour de McKay de rougir. Ca l’embarrassait un peu. - Dites, vous pourriez éviter de flirter dans ma cellule ? Le ton dégoûté d’Erian fit rire Rodney. |