Chapitre 21 : Au Revoir La lumière à la sortie du tunnel les éblouit tous, et Rodney du protéger ses yeux de son bras quand enfin il regagna la surface. Un an et demi qu’il n’avait pas vu la lumière du soleil, cette lumière maintenant douloureuse mais tellement attendue. C’était l’espoir. C’était la liberté. Le ciel était bleu, sans nuages. L’air était sec, l’air était froid, l’air faisait mal quand on le respirait mais il était libre et pas filtré par les kilomètres de poussières, les grilles et les odeurs urbaines nauséabondes. Rodney était libre. -C’est magnifique ! S’extasia l’atlante, n’accordant pas d’importance au fait qu’il avait l’air d’un imbécile heureux. -Tu vas attraper froid, lui lança Helkin dont la respiration sifflait toujours. Il était vrai que McKay n’était toujours vêtu que de son poncho et de ses bottines marron. La température devait être aux alentours de 0, si ce n’est en dessous. De la vapeur se formait devant sa bouche lorsqu’il parlait. Berve s’approcha doucement de lui, les cailloux roulant sous ses chaussures quand il marchait résonnant dans la montagne. Il enleva son gilet et le lui posa sur les épaules. Rodney n’écoutait pas vraiment, et souriait en admirant le paysage. Des rochers à perte de vue, une route qui descendait dans la montagne, vers la vallée et la ville. Pas d’arbres, juste de la poussière, et pourtant il semblât au scientifique que c’était la plus belle chose qu’il ai jamais vu. Il renifla et n’empêcha pas les larmes qui mouillaient ses yeux de couler. Le cauchemar était finit. Il était libre. Il n’était même plus sur de savoir encore ce que cela voulait dire. Son cœur battait la chamade et l’air qui remplissait ses poumons était si froid qu’il lui donnait presque de la tachycardie. Berve le prit dans ses bras par derrière, le réchauffant un peu. -Pourquoi tu pleures Rodney ? demanda t’il soudain inquiet. -Je…je ne savais pas que je reverrais un jour le ciel. C’est beau, j’avais oublié que c’était aussi beau. Un bleu pareil, on ne le retrouve nulle part ailleurs. -Tes yeux sont plus beaux que le ciel, répondit solennellement Berve. Il n’y a pas de nuages dans tes yeux, et il ne fait jamais nuit. L’atlante sourit et jeta un regard à l’horizon découpé dans la montagne. Ils devaient se trouver plutôt loin de la ville, peut être six ou sept kilomètres, peut être plus. L’ascension dans le tunnel avait été tellement longue. Des kilomètres en diagonale montante creusée à travers la roche. Ils avaient des cloques sur les mains, mais ça en valait la peine. -Helkin, l’interpella Rodney, le Stargate est loin d’ici ? -Le quoi ?!? S’étonna le guérisseur. -L’anneau des ancêtres. Je voudrais rentrer chez moi. Le vieil homme soupira en secouant la tête. -Il est plus prêt de Tripald que de Marjovate, on n’y arrivera jamais à pieds, surtout par ce froid. Visiblement déçu, le scientifique baissa la tête et s’efforça de réfléchir. Il ne fallait pas que Kolya le trouve, ou sa liberté aura été de courte durée. Il devait trouver un moyen de rentrer sur Atlantis sans attirer l’attention. Il du se résoudre à l’évidence : il ne pouvais pas utiliser le Stargate tout de suite, il fallait qu’il attende que les choses se calment. -Vous…vous êtes en danger si vous rentrez chez vous ? demanda soudainement Rodney, s’inquiétant pour ses amis. -Le bordel n’enregistre pas le vrai nom de ses employés, mais des numéros. Ils ne peuvent pas retrouver ma trace, expliqua Helkin. Je n’habitait pas dans le pâté de maison entourant le bordel, j’expliquerait juste à ma femme que je dois chercher un autre emploi… Il leva la tête vers Berve, qui le berçait toujours. - Ma maison ce n’est pas important. J’irais avec toi, décida t’il. Tu auras besoin de moi pour te protéger. Helkin esquissa un sourire amusé et McKay serra plus fort le bras de l’ancien gardien en se calant contre lui. Le guérisseur toussait toujours, et la route semblait longue pour rejoindre la ville. C’était son vieil ami qui avait besoin d’assistance, pas lui. Lui pouvait se débrouiller seul. -Où mènent ces montages ? S’intéressa t’il. -Aux plateaux du Gersalt, lui répondit Helkin. Juste quelques fermes et quelques pâturages, de quoi nourrir la nation. -C’est loin ? -Tu n’y arriveras jamais à pieds Rodney, protesta le vieillard en devinant les intentions de l’astrophysicien, tu es trop faible, c’est de la folie ! L’atlante se dégagea de l’étreinte de l’autre homme et se dirigea vers Helkin, qu’il attrapa par les épaules. -Quel est le plus loin, Tripald ou ces fermes ? -Tripald, commença le guérisseur, mais… -S’il y a une chose que j’ai apprise ici, c’est que je suis beaucoup plus résistant que ce que je laisse présager, le coupa t’il. Je m’en sortirais, je sais que je suis increvable. Et d’ailleurs, toi aussi tu es bien placé pour le savoir. Helkin soupira. -Tu vas te perdre et tu vas mourir, essaya t’il de le convaincre. Je suis déjà allé chercher des provisions avec l’intendant du bordel. En Kovdache, il faut trois heures pour contourner la montagne et rejoindre les fermes. En coupant par la montagne, ça te ferait environ 2000 ligons et par ce froid… Deux mille ligons, l’unité de mesure Genii, équivalait à une centaine de kilomètres. Rodney pouvait y être dans deux jours s’il pressait le pas. Il savait qu’il pouvait y arriver. -Je ferais attention, je te le promets. Je serais mort de toute façon si Kolya me trouve, autant tenter ma chance. Berve, dit il en se tournant vers le gardien, viens il faut que je te parles. Il entraîna l’autre un peu à l’écart du vieil homme et le plaça face à lui. -Pourrais-tu me rendre un service ? -Bien sur ! S’enthousiasma le plus grand. Je ferais tout ce que tu veux Rodney, tu le sais. Le scientifique réprima un sourire et s’approcha de son ami afin de donner à la conversation un air de confidence. -J’ai besoin que tu veilles sur Helkin. Il n’est plus tout jeune, et tu vois bien qu’il tousse, j’ai peur qu’il n’arrive pas chez lui sain et sauf. Je veux que tu l’accompagnes jusque chez lui et que tu t’assures qu’il est en sécurité. -Mais…mais, riposta Berve en fronçant les sourcils, je pensais que tu allais dans les plateaux du Gersalt ? -Moi oui, mais vous je veux que vous retourniez à Marjovate, expliqua doucement McKay. Vous courrez plus de risques à rester avec moi, et vous ne méritez pas ça. L’ancien garde secoua vivement la tête et attrapa la main de l’atlante. -Je t’ai dit que je resterais avec toi. Maintenant on ne sera plus jamais séparés. Rodney se mordit la lèvre inférieure, le cœur gros. Avant tout ça, il aurait ignoré Berve, l’aurait peut être même méprisé parce qu’il était moins intelligent que lui, voire même moins intelligent que la plupart des ouistitis scientifiques autoproclamés avec qui il travaillait. Il n’aurait jamais cru pouvoir s’attacher à quelqu’un comme ça, quelqu’un qui ne réfléchis pas et qui écoute juste ses émotions et ses envies. Il l’aurait traité d’irresponsable. Maintenant, il lui semblait que la façon dont Berve dirigeait sa vie était bien moins chaotique que la sienne. Il s’était attaché à ce gros tas de muscle. Il s’était même trop attaché à lui. -S’il te plait, plaida t’il. Tu ne veux pas qu’Helkin meure n’est ce pas ? Berve secoua doucement la tête, un peu perdu. Il aimait Rodney, ça oui, mais Helkin était un chouette type lui aussi, sous ses allures de grand-père. -Ecoutes, je sais ce que tu ressent pour moi…commença le canadien. -Alors pourquoi tu ne viens pas avec nous ? -Je dois rentrer chez moi, eux aussi ont besoin de moi. Tu te souviens, je t’ai parlé de comment c’était chez moi ? L’autre homme acquiesça et renifla bruyamment, tentant visiblement de contenir ses larmes. Il n’était pas tenté par la planète de Rodney, avec tous ces militaires et toute cette eau. Son peuple n’était même pas protégé des Wraith ! -Tu veux bien faire ça pour moi Berve ? demanda finalement le scientifique en regardant son ami dans les yeux. Je suis désolé si je ne peux pas t’aimer autant que toi tu m’aimes, mais il faut que tu comprennes que… -Je ne suis pas si bête, j’ai compris. Mais ne je veux pas que toi tu meures, Helkin a dit que c’était dangereux ! -Je te promets que je ferais attention. Et que je penserais à toi, ajouta t’il dans un sourire. Berve le serra dans ses bras avec force, se retenant de pleurer. McKay lui rendit la pareille, enfouissant son visage dans sa poitrine. -On se reverra, tu me le promets ? demanda le garde d’une voix cassée mais pleine d’espoir. -Je te le promets Berve. Son compagnon s’écarta de lui, reniflant une fois de plus et s’essuyant les joues de sa manche. Comme beaucoup de montagnes, Berve était en fait un gros nounours. Tout du moins du point de vue du scientifique. Il allait véritablement lui manquer. Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre Helkin, Rodney le retint par la manche et posa une main sur sa joue. -Attend. Chez moi, lui dit il en le regardant une nouvelle fois dans les yeux pour lui faire plaisir, quand on veut dire bonne chance à quelqu’un qu’on aime bien on a une sorte de tradition… -Une tradition ? Rodney esquissa un sourire. Il se hissa sur la pointe des pieds et l’embrassa doucement. -Bonne chance, et fait attention à toi. L’ancien garde rougit jusqu’aux oreilles et bégaya un « merci » mal assuré. L’astrophysicien expira un bon coup afin de refouler la petite boule qui montait dans sa gorge et s’approcha d’Helkin pour l’enlacer à son tour. -Tu t’occuperas de Berve ? Tu lui trouveras un travail ? J’ai peur qu’il n’arrive pas à se débrouiller tout seul. -Ne t’inquiètes pas, le rassura le guérisseur, je dirais à Avenka qu’il travaillait dans le bâtiment avec moi. Rodney sentit qu’il allait se remettre à pleurer à tout moment, et pas de joie cette fois, aussi abrégea t’il ses au revoirs. -Essaie de retrouver Erian et de l’aider. Et surtout prend soin de toi, tu n’es plus tout jeune tu sais… -Mon garçon, se défendit Helkin, je suis encore assez jeune pour m’occuper de toi, voire même de vous tous. Occupes toi plutôt de survivre dans ce froid, c’est une mauvaise idée d’aller là bas tout seul et tu ne pourras pas dire que je ne t’aurais pas prévenu. Et ne t’avises pas de mourir surtout ! Rodney ne pu retenir un rire à travers ses larmes montantes. -Merci. On se reverra tous…promis t’il dans un sourire. Il ne savait pas s’il devait y croire, mais il pouvait au moins l’espérer. Il n’avait aucune intention de mourir ici de toute manière, et tout le monde savait qu’il était plus têtu qu’une mule. Il esquissa un signe de la main et pris la direction des montagnes, se faufilant entre deux énormes rochers tandis que Berve et Helkin reprenaient le chemin menant à la ville. |